• ⛵️ Bermudes >> Acores

    April 29, Mer des Sargasses ⋅ 🌬 20 °C

    JOUR 1, mardi 28 Avril :
    Nous quittons le mouillage de Convict bay, il est 9h30. Nous serions bien partis plus tôt mais Douanes et Immigration nous ont demandé de venir faire la clearance juste avant de partir. Fred (voilier Loarwenn) me rejoint sur Zanzibar et rejoignons le bureau des douanes à terre, il est 8h. Nous partons simultanément, et contactons tour à tour Bermuda Radio pour obtenir l'autorisation d'emprunter l'étroit chenal de sortie. Nous bénéficions dans un premier temps du dévent de l'île, ce qui nous permet de hisser sereinement les voiles. Nous naviguons bord à bord jusqu'à la tombée de la nuit, nos vitesses étant quasiment les mêmes. Les conditions sont propices à de bons surfs, nous bénéficions de la traine d'une dépression dont le centre est passé la nuit dernière au Nord des Bermudes. Au programme des prochaines 24h : vent 30 nd, allure grand largue, houle max 3m prévue demain mercredi matin.
    Le régulateur d'allure fait le job et permet d'économiser les batteries. A la tombée de la nuit, celles ci sont encore à 94%.

    JOUR 2, mercredi 29 Avril : Zanzibar trace sa route sans broncher, la vitesse moyenne en 24h est de 7nd. Le vent et la houle sont encore assez soutenus mais nous encaissons tout cela par l'arrière : résultat, pas de chocs, ni de gîte, le bateau glisse et dévale la houle en allant parfois taquiner les 10, 11 noeuds en fin de surf.
    Au lever du jour, nous avons perdu de vue Loarwenn et ne les voyons plus à l'AIS depuis 3h du mat. Ils ont dû cravacher ferme pendant la nuit. Nous avions, en prévision de la nuit et suite à un grain dans la soirée, enroulé un peu plus que nécessaire le genois et pris le 3ieme ris dans la grand voile. C'est un petit peu au détriment de la vitesse, mais c'est la garantie de pouvoir encaisser un grain subit en pleine nuit, sans avoir à courir en catastrophe sur le pont. Nous nous contactons à la VHF, ils sont bien devant à environ 6 miles.
    Nous continuons à bien avancer (7nd de moyenne depuis le départ et nous pulverisons la barre des 160 nm parcourus chaque 24h).

    JOUR 3, Jeudi 30 avril : en première moitié de nuit, nous avancons super bien et les surfs s'enchaînent sur cette houle qui culmine à présent à 3,4 m, maximum atteint à 21h. Maintenant elle ira en atténuation progressive (plus que 2m50 sur la prévision de demain). Je suis réveillé vers 3h du mat, le vent s'essouffle comme prévu mais plus vite que la houle, ce qui rend la vie à bord un peu plus dure car le gréement commence à grincer et claquer au gré de la houle... c'est ce qui me réveille. Un rapide coup d'œil sur le traceur où je vois L'AIS de Louarwenn qui s'affiche à 5 miles devant nous (nous n'avons pas perdu de terrain et en avons gagné un peu cette nuit). Maintenant s'engage une autre bataille : celle de faire avancer au mieux Zanzibar dans cette bulle de pétole qui se présente devant nous. Quand Titouan sort de sa bannette, il est 7h et je suis encore sur le pont à tenter de grappiller le moindre dixième de noeud. Ça finit par un envoi du gennaker qui pendouille lamentablement sans capter le moindre souffle... cette zone de calme n'est pas très étendue et nous devrions nous en extraire progressivement. 2 options s'offrent à nous pour la suite :
    1. Aller chercher les vents plus au nord en réalisant une route qui n'est pas directe. Et en s'exposant davantage aux passages de dépressions et à la houle qu'elles génèrent.
    2. Rester proche de la route directe, quitte à subir comme ce matin des zones de calme.
    Je décide de tenter la deuxième option, les prévisions annoncent des zones de calme mais il faudra réussir à se positionner pour les contourner.

    JOUR 4, Vendredi 1er mai : Nous sommes à mille lieux des préoccupations du brin de muguet ou de la fête du travail. Pas de répis pour les braves ! 1500 miles à parcourir devant nous, un vent absent, voilà ce qui nous occupe. Je pensais bien dormir cette nuit... c'est encore raté. Après un dernier virement de bord vers 22h, promesse d'une nuit avec un peu de vent, c'est direction la bannette, bien décidé à en croquer (du sommeil). Je me suis levé toutes les heures à tenter d'accrocher le moindre souffle de vent et devant me contenter d'une vitesse de 1 à 2nd quand j'y parvient. À 3h, je me lève et suis à 2 doigts de tout affaler et d'aller vraiment dormir quand le souffle salvateur daigne arriver, j'envoie le gennaker. A 6h30, café avalé, je savoure enfin la vitesse de 5 nd en route presque directe, je n'ai plus sommeil. Le chat ne m'a pas quitté d'une semelle toute la nuit, venant à mes côtés quand j'allais m'allonger et se levant dès que je sortais de la bannette, probablement content de me voir adopter son rythme de vie nocturne.

    JOUR 5, Samedi 2 mai : Une nouvelle nuit où Zanzibar n'a pas voulu me laisser trop longtemps dans les bras de Morphée. J'ai eu l'idée de laisser le gennaker pour la nuit, les prévisions de vent étaient inférieures à 20 nd et j'étais bien décidé à rattraper la lamentable moyenne de 3nd de la veille. La glisse impeccable, une vitesse qui grimpe jusqu'à 8nd et pas un choc, gincement, rien..., le bateau est calé légèrement sur bâbord et rien ne bouge. Seul le bruit de l'écoulement de l'eau le long de la coque indique qu'on avale des miles. J'ai quand même du mal à trouver le sommeil quand je sais que le pépin peut arriver vite dans ces cas là. Je me suis malgré tout assoupi et c'est le passage d'un grain qui me fais sortir de ma bannette. La vitesse dépasse les 9nd et craignant que les efforts sur le bateau ne soient trop importants, je me décide à aller enrouler le gennaker et déplier le genois. L'enroulement se passe mal et le gennaker fait un joli cocotier (grosse poche de voile qui ne s'est pas enroulée et qui continue de prendre au vent). Titouan, réveillé par le vacarme sort sa tête du cockpit et m'aide à affaler le sac de noeud grossièrement dans la soute avant et évitons qu'il ne "chalute" (s'il tombe a l'eau, il devient tres difficile de récupérer un gennaker qui se rempli comme un chalu) . Passons sur sa tenue très peu académique mais il est courageux et vient sans hésiter aider son papa à se sortir du mauvais pas. Nous renvoyons le génois et retournons nous coucher. Le reste de la nuit nous a permis de bien nous reposer.
    Journée ensoleillée et nous avancons modestement à 6nd jusqu'à 17h où nous approchons d'une nouvelle zone pauvre en vent et je sens venir la nuit pourrie à chercher le moindre souffle...
    Côté bricoles, une latte de GV qui a failli se faire la malle... affalage de la grand voile, remise en place et bon serrage. On hisse à nouveau.
    Remplacement d'une manille qui s'est ouverte au point d'armure du genois sur l'enrouleur.
    Le régulateur d'allure fonctionne très bien et nous ménageons ainsi les batteries. La recharge solaire suffit à maintenir un bon niveau et n'avons pas eu recours au moteur pour recharger.
    Nos amis du Loarwenn sont partis plus au nord que nous et sont à 80 miles au Nord Est de notre position. Maintenant qu'ils sont hors de portée VHF, nous réussissons à communiquer avec notre irridium et leur starlink (messages).

    JOUR 6 Dimanche 3 mai : Les petits matins deviennent un peu plus frais pour nos corps bien tropicalisés, le port d'une polaire est de rigueur. Contrairement à mes craintes, le vent s'est maintenu toute la nuit, permettant à Zanzibar d'avancer très correctement au près bon plein à une vitesse de 5 à 7nd et par conséquent à l'équipage de bien dormir. Titouan dort bien en général et je le laisse profiter pour se reposer. Quand je ne dors pas, souvent il se réveille aussi plus facilement et son sommeil n'est sûrement pas des meilleurs (bruit des manœuvres, inquiétude de savoir son papa sur le pont). Mon option route directe a fini par tomber à l'eau car de nouvelles zones sans vent nous barrent la route. Nous faisons route plus Nord, rallongeant la distance à parcourir, mais nous y trouverons plus de vent. Ce matin, échange de messages avec Loarwenn, on a repris 20 nm sur notre retard, ils restent encore à 60 nm devant nous et connaissent les mêmes zones de calme qui leur barrent la route. Finalement, nos choix de route finissent par converger vers le meilleur point de passage (rien de surprenant, nous utilisons tous 2 les routages météo et les modèles convergent à 90 % vers cette option Nord).

    JOUR 7, lundi 4 mai : Une nuit reposante sur Zanzibar où l'avance est bonne (6 à 7nd dans un vent modéré) grâce au gennaker, que nous tenons jusqu'à 3h, puis le genois déroulé complètement pour finir la nuit. La journée l'a été beaucoup moins (reposante) où nous nous efforçons de garder de la vitesse dans un vent portant (allure grand largue), en utilisant tantôt le genois, tantôt le gennaker. Je retarde parfois l'enroulement de ce dernier tant la glisse est bonne. A l'approche des 25nd, sachant que les conditions doivent mollir dans l'heure qui suit, nous le conservons : bateau équilibré, pas d'écarts de route et surtout des pointes à 10 voire 11 nd pendant de longues secondes. Alors que nous sommes dans le carré affairés à des petits bricolages (je refais du pain, Titouan coud un dessous de plat avec du bout enroulé et reprise expérimentalement ses chaussettes...), nous entendons un bruit sec à l'extérieur et le voilier se met à lofer tout en prenant de la gîte.. . Nous sortons et découvrons que le gennaker affleure au raz de l'eau, sous le vent et qu'il est anormalement gonflé, plein de puissance. Je tente de mettre en route le pilote hydraulique afin qu'il nous laisse les mains libres pour aller régler le problème (le régulateur d'allure n'y arrivant pas) mais le bateau continue à lofer et se coucher (remonter au vent ou "partir au tas" comme on dit). J'affale la Gv pour réduire la puissance, ce qui permet de maîtriser l'embardée. Nous découvrons progressivement ce qui s'est passé : la fixation du taquet de drisse de gennaker en pied de mat à cassé, libérant 2m de drisse avant d'être bloqué dans l'entrée de drisse du mat. Le gennaker descend, se gonfle et dans l'effort, le bout dehors abandonne le combat et se plie à l'équerre. La récupération du gennaker a été épique car son enroulement est rendu impossible et celui finit dans l'eau, c'est au bout de longues minutes et d'efforts importants que je réussis à l'enfouir dans la soute avant. Bilan un taquet cassé, un bout dehors hs et nerfs de chute du gennaker déchiré dans la bagarre. Si on relativise un peu, il n'y a rien de grave, le taquet doit être riveté à nouveau au mat, le gennaker devra rendre visite au maître voilier et le bout dehors maison est peut être réparable une nouvelle fois mais je suis déjà surpris qu'il ai survécu jusque là.
    Il nous reste le spi qui peut être envoyé sans le bout dehors que nous hissons en fin de journée.

    JOUR 8, mardi 5 mai : Une nuit calme, nous profitons d'une bulle de pétole pour faire tourner le moteur quelques heures. L'insuffisance de vent et un niveau batteries à 50% rend ce recours au moteur nécessaire après 7 jours de navigation. C'est pas mal et mieux que lors de la transat aller où nous devions allumer le moteur bien plus souvent. C'est l'utilisation très régulière du régulateur d'allure qui soulage énormément les batteries mais en l'absence de soleil, celles ci ne se rechargent plus suffisamment. L'analyse météo indique un ciel couvert jusqu'à notre arrivée aux Açores. Nous réussissons à réduire la consommation du bord mais la situation est loin d'être critique (même avec des batteries vides, il y a toujours un plan B).
    Les routages météo convergent à peu près tous vers une route directe ou plutôt VMG. En gros cela signifie qu'aucune contrainte ou choix météo n'oblige à dévier de la route directe si ce n'est la direction du vent : dans le nez. VMG : il faut donc tirer des bords avec le meilleur compromis vitesse cap à l'objectif possible.

    JOUR 9, mercredi 6 mai : Nous poursuivons notre route suivant l'option Nord proposée par les routages et confirmée par le nouveau fichier téléchargé et mouliné ce matin. Nous devons évoluer au près, et arrondir notre route progressivement en suivant le système météo (bascule de vent vers l'est et à terme sud est pour replonger sur les Acores). Tout cela rallonge la route mais nous permet d'éviter des vents supérieurs à 30nd au près par la route Sud. Quelque soit l'option choisie, on doit rallonger la route, les vents sont contraires. Oubliés les 12 jours espérés et promis par les premiers routages analysés aux Bermudes, la météo évolue et les situations ne sont réellement fiables qu'à 4 jours... 4 jours c'est suffisant pour changer le fusil d'épaule et fuir une zone qui deviendrait agitée ou très ventée. Nous ne sommes pas à l'abri de zones un peu plus "dures" comme celle que nous connaissons depuis hier soir et qui s'atténue lentement cet après midi. Nous devons nous extraire d'une zone assez ventée, en remontant sur la route Nord retenue : allure près, 30 nd de vent et (heureusement) que 3 m de houle avec une période de 10s (houle assez longue). Nous passons quelques heures pénibles sous 3 ris GV et génois enroulé à plus des 3/4. Au pire moment, nous finissons par affaler la GV et avancons sous génois seul pendant 2h. Au delà de telles conditions, en plus de l'inconfort, les chances de casser du matériel sont fortement augmentées (il suffit d'écouter le bateau gémir, grincer, taper pour le comprendre). Mes 2 principaux critères pour élaborer les routages sont vent < 30 nd et houle < 3m. Le pire que l'on puisse rencontrer si la météo est fiable et que nous respectons les routages, c'est du près par 30 nd de vent avec une houle de 3m.

    JOUR 10, jeudi 7 mai : Nous retrouvons progressivement des vents de 20nd pour le plus grand plaisir de l'équipage et du matériel. L'allure est toujours au plus près pour suivre la rotation du vent. Pas d'ennuis importants suite à l'épisode un peu musclé que nous venons de connaître, en tout cas rien de visible... Seul ennui qui n'en est pas vraiment un, la fragilité des câbles de commande du régulateur d'allure : 2 cassses en moins de 2 heures. Le câble, en inox, type câble de frein de vélo casse pour l'instant en dehors de la gaine, ce qui par chance me permet de les rabouter par un simple noeud. S'ils cassent au milieu, c'est foutu, il faudra trouver autre chose que du câble inox (fils de pêche au gros par exemple).
    En attendant, nous suivons le route grâce au régulateur d'allure qui assure et qui fonctionne 90% du temps depuis notre départ des Bermudes. Nous naviguons en mode "vent" (le régulateur conserve toujours le même angle réglé avec le vent) si le vent tourne, le bateau tourne automatiquement et garde son angle. C'est parfait pour le contexte actuel où nous devons suivre une bascule de vent.

    JOUR 11, vendredi 8 mai : La moyenne de vitesse de la nuit est de 8nd à l'allure au plus près bon plein. Nous totalisons plus de 190 miles parcourus en 24h, notre record ! Autrement dit, ça cravache dur, dans une mer avec très peu de houle et un vent bien établi à 20nd. La nuit a été reposante car le régulateur suit tout seul la rotation du vent, il n'est pas nécessaire de reprendre les réglages de voile. Un simple coup d'œil depuis ma banette sur les valeurs de cap et de vitesse suffisent à voir que tout marche bien. De plus le vent a été constant toute la nuit et aucun pépin mécanique n'est venu enrayer la marche en avant. Au derniers échanges avec Loarwenn, ceux ci sont à 140nm dans notre SE : ils ont choisi une option plus Sud sensée être plus directe mais ils butent sur la dorsale (zone sans vent à la frontière de plusieurs systèmes météo) que nous sommes justement en train de contourner par le Nord. Pirate nous ramène un encornet échoué sur le pont durant la nuit espérant qu'on lui prépare pour remplir la gamelle ; il n'en est rien, nous y embrochons 2 gros ameçons en espérant le transformer en thon... sans succès.

    JOUR 12, samedi 9 mai : Nous évoluons toujours au près, dans cette opération de contournement du système météo qui nous barre la route des Acores. Nous devrions prochainement pouvoir arrondir notre route et descendre enfin sur l'objectif. Pour l'instant nous faisons encore route au cap 45° à 60° (en gros du Nord Est). Activités sportive du matin pour se maintenir en forme : plongée sous le bateau pour débarrasser l'hélice d'un énorme paquet de sangles plastiques que je découvre lors de ma tournée de controle quotidienne au lever du jour. Je trouvais que notre vitesse avait baissé depuis hier soir à la nuit tombée. Je comprends mieux maintenant. Nous affalons les voiles et ralentissons le bateau pour plonger car le paquet est vraiment coincé dans l'hélice et les tentatives de décoincer avec la gaffe sont vaines. J'enfile combinaison, harnais autour de la taille et ligne de vie retenue au bateau et c'est parti. L'affaire est réglée en 30s, nous sommes libérés du paquet de sangles. Je m'en veux de ne pas l'avoir vu hier soir, ça aurait évité cette contrainte sur l'hélice toute la nuit et on aurai accessoirement gagné 1 nd sur notre vitesse. Nous mettons en route le moteur et embrayons l'hélice quelques minutes : aucune vibration anormale. Nous renvoyons la toile et c'est reparti avec une vitesse augmentée d'un noeud.

    JOUR 13, dimanche 10 mai : Une nuit tranquille sur le même bord de près où la route est suivie sans anicroche par l'excellent régulateur d'allure (dont le câble a encore cédé 2 fois mais on est habitués). Le vent n'excède pas les 20nd d'après nos prévisions et c'est toutes voiles dehors que nous avancons vers les Acores. Bon, il est vrai que nous n'étions pas encore sur une route directe mais c'est chose faite depuis 9h ce matin où nous effectuons notre dernier virement en théorie. Ces bonnes conditions devraient nous accompagner jusqu'à Flores, première escale des Acores que nous comptons cueillir d'ici un peu plus de 48h. Message matinal de Loarwenn, ils sont à 130 miles et devraient toucher terre avant nous. C'est Zanzibar qui va devoir payer l'apéro...

    JOUR 14, lundi 11 mai : Nous cavalons à plus de 7 nd au bon plein vers Flores. Il nous reste 230 NM à parcourir sur ce dernier long bord : ETA demain soir 🤞si nous maintenons cette vitesse. Le vent annoncé va peu varier, entre 15 et 20 nd sur une mer à 2,90m en atténuation. La période est de 10s, la houle reste bien maniable et le bateau cogne peu. La nuit a été calme, j'ai dû quand même me lever à plusieurs reprises pour ajuster les surfaces de voile et le cap. Je laisse le pilote hydraulique faire le job, puisqu'il est maintenant plus intéressant de faire une route au cap magnétique, la direction du vent ne doit plus changer. Le passage de la houle est plus facile au pilote hydraulique qu'au régulateur d'allure qui fait plus d'embardées et casse régulièrement l'allure. Les batteries sont à 50% ce matin du coup, il faudra surveiller car la luminosité est assez faible (très nuageux) et elles ne se rechargent pas.
    Le ciel de plomb, la température et les jours qui rallongent sont autant de signes annonciateurs du retour en Europe et à son climat océanique tempéré. Nous allumons le chauffage une petite heure chaque matin, histoire de déjeuner au chaud en attendant que le soleil prenne la relève en s'élevant au dessus de nous (la température au réveil est de 16°C, rien de catastrophique).

    JOUR 15, mardi 12 mai : Je n'en reviens pas, la vie penchée à bord fait partie de notre quotidien depuis 8 jours. Nous sommes à l'allure du près depuis très (trop) longtemps et celle ci fatigue équipage et matériel. Je ne compte plus les prises de ris, enroulements de génois au grès de la force du vent et de l'état de la mer. Rien que cette nuit, 4h, je me réveille car le bateau se traine à 3nd, le vent s'essouffle... je renvoie toute la toile GV + génois, repars m'allonger avec une vitesse à 6nd.
    4h30, je dois à nouveau me lever car cette fois ci, il faut réduire, nous marchons toujours à 6 voire 7 nd mais l'angle de gîte est supérieur à 25° et le bateau tape beaucoup de l'avant. Je sors, réduis un peu le génois (pour soulager l'avant), je repars m'allonger....
    5h00 plus rien, vitesse 2,5nd... j'allume le moteur, dans l'attente que ça revienne...
    Il fait jour, je n'ai plus sommeil, je me fais chauffer un bon café.
    6h00, le vent revient arrêt du moteur
    Voilà petite tranche de vie à bord vue par le capitaine... Le matelot se repose, chutt...
    Derniers miles avant Flores, 80 exactement, à l'heure où j'écris ces mots, nous devrions arriver ce soir.

    Bilan : 21h30, nous posons l'ancre à Baja de Faja Grande, au nord est de l'île de FLORES. Nos amis de Loarwenn nous y attendent depuis le début d'après-midi, ils ont été plus rapides que nous. Nous avons quand même bien cravaché car ils avaient presque 240 miles d'avance sur nous suite à notre nuit sans vent et notre option sud au jour 3...
    Au final il aura fallu 14 jours et 12h pour traverser depuis les Bermudes. La météo rencontrée sur le retour est beaucoup plus compliquée que celle de la route des Alizés ... La route optimale (météo, houle, angles avec le vent) est bien plus longue que la route directe. Nous avons eu un peu de vents portants, de la pétole mais surtout beaucoup de vents contraires. En tout, plus de 8 jours de vents contraires ! L'allure du près est assez contraignante en terme de tensions sur les voiles et le gréement. Faire face à la mer occasionne de nombreux chocs contre la coque. Nous n'avons par chance pas de casse sur le matériel mais nul doute qu'il a du souffrir. Nous ferons un check approfondi dans les prochains jours (voiles, mat). Hâte à demain pour découvrir le décor car c'est à la nuit tombée que nous mouillons l'ancre.
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