• Altyn-Emel

    September 2 in Kazakhstan ⋅ ☁️ 18 °C

    Si nous avions peur de nous lasser des paysages que nous avons l’impression d’avoir déjà vus, les deux jours à l’est de la région d’Almaty nous ont mis plein les yeux. D’abord le lac Kaindy, étrange et silencieux, avec ses troncs d’épicéas noyés qui émergent d’une eau presque irréelle. Puis Charyn, ses falaises, ses canyons et cette succession de paysages minéraux qui changent de couleur au fil des kilomètres. Le Charyn State National Nature Park est immense, brut, spectaculaire. On marche longtemps sans vraiment savoir où regarder.
    En sortant des canyons, le ciel change brutalement. Le vent se lève et une tempête de sable se prépare. Un vent violent balaie la steppe et les flancs des collines et nous sommes envahis par des nuages de poussière. Comme cela ne semble pas se calmer, nous décidons de pousser jusqu’à Jarkent et d’abandonner l’idée du bivouac pour ce soir. Quatre murs et un toit semblent être une excellente invention. Dehors, l’orage se déchaîne pendant une bonne partie de la nuit.
    Le lendemain, nous reprenons la route par Taldykorgan avant d’entrer dans le parc national d’Altyn-Emel. Nous retrouvons les immensités désertiques, les montagnes aux couleurs improbables. À 70 km/h sur des pistes en tôle ondulée perdues dans la steppe, avec pratiquement rien à l’horizon.
    Nous y croisons un groupe d’Allemands voyageant dans quatre 4x4 avec chauffeurs. Pendant que leurs passagers partent se promener, les chauffeurs s’intéressent davantage à Nomade. Ils se glissent dessous, examinent les amortisseurs, les lames, les roues et tout ce qui mérite manifestement l’attention de gens qui passent leur vie sur les pistes.
    Et ils découvrent quelque chose que nous n’avions pas vu: sur les six grosses vis qui fixent la cellule au châssis, trois sont partiellement ou complètement cisaillées.
    Rien de dramatique. Nous décidons simplement de les remplacer dans la prochaine ville.
    Un peu plus tard, nous retrouvons les quatre véhicules vers le saule géant sacré de 700 ans, non loin de l’endroit où nous comptons bivouaquer. Les chauffeurs ont entre-temps réfléchi à notre problème. Pas question pour eux de nous laisser continuer ainsi. Au bout d’une demi-heure et d’une séance de mécanique improvisée au milieu d’Altyn-Emel, la cellule est de nouveau solidement fixée au reste de la voiture.
    Comme il nous reste une bonne demi-bouteille de whisky achetée en Écosse, nous la leur offrons. De toute manière, il aurait fallu la laisser, ou la terminer 😳, avant notre entrée en Chine.
    Et c’est peut-être cela que nous retiendrons autant que les paysages: deux jours d’une beauté incroyable, une tempête de sable, quelques boulons cassés et, au milieu de nulle part, des inconnus qui se couchent sous notre voiture simplement parce qu’ils ont vu quelque chose qui n’allait pas.
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