Chez Aktam : traditions et appel de la "modernité"
June 6 in Uzbekistan ⋅ ☀️ 31 °C
A côté d'Ishtixon, à 70km de Samarcande, nous avons passé 5 jours en "workaway" chez Aktam Aka, Khusniya et leurs 5 enfants : Mahliyo (20 ans), Gulsanam (18), Diana (15), Temur (13) et Asilbek (10).
Ils vivent en pleine campagne, dans une région de vignes, une variété particulière qui sert à produire d'excellents raisins secs : les mayiz.
Nous avons aidé à désherber les vignes, elles rampent au sol, on travaille donc en duo : un qui embrasse et soulève le plant et l'autre qui arrache les mauvaises herbes à la sappe. Un travail très physique, surtout si on ajoute le facteur soleil qui commence à taper fort dès 9h du matin et devient intenable vers 11h jusqu'à 16h : la pause s'impose, repas puis sieste pour tous !
Malgré quelques ajustements nécessaires au début, nous avons aimé faire ce travail qui nous a permis de vivre quelques jours le quotidien de ces paysans que nous voyons dans les champs partout en passant à vélo dans cette région très rurale.
Aktam vit dans une maison comme toutes celles de la région, faite de briques de terre fabriquées sur place, avec la terre du lieu, moulées et séchées au soleil. Technique gratuite en matériaux et qui offre une excellente fraîcheur très agréable dans la maison, outre le fait qu'elle est "zéro carbone" et crée des habitats parfaitement intégrés dans le paysage. Et pourtant, l'attirance pour des matériaux moins rustiques (et plus consommateurs d'énergie), briques cuites ou moellons, pointe son nez... Attachement aux traditions ou appel de la modernité, voilà toute l'ambiguïté qui règne ici...
Ainsi, Aktam a fait construire chez lui un petit bloc-sanitaire en moellons et huisserie alu (grâce à l'aide financière du beau-frère à l'esprit plus "businessman" qui exporte le mayiz qu'il produit).
Celui-ci comprend une douche, un lavabo, des toilettes à l'occidentale et une machine à laver, tout le confort quoi ! Mais la famille continue d'utiliser les WC "à la turque" au fond du jardin, de se laver les mains dehors avec la petite cruche typique que l'on voit partout et de cuisiner, de boire et de faire la vaisselle avec des bassines d'eau toujours remplies de l'eau prise au tuyau. Je n'ai vu personne utiliser le robinet du lavabo, je ne sais s'ils utilisent la douche...quand à la machine à laver, elle ne sert que pour une partie du linge et il faut tourner le bouton du programme toutes les 10 minutes et vidanger dans une bassine vidée plus loin dans le fossé...
Sans doute ce "confort" est-il en bonne partie destiné aux volontaires comme nous et aux touristes qu'ils reçoivent parfois en Airbnb.
Comme toutes les maisons dans lesquelles nous avons été reçus, il n'y a que très peu de meubles. Une grande Chorpoya (grande plateforme de bois) ou une Supa (son équivalent bâtie en argile), occupe la pièce principale. Elle est toujours recouverte d'un grand tapis et de petits matelas (paillasses) aux tissus très colorés, les olacha ou gilam, qui sont apportés selon le nombre de convives et qui servent aussi à dormir. Il y a toujours une ou plusieurs Chorpaya ou Supa également à l'extérieur. Les pièces qui servent de chambres sont quasi vides mais toujours très fournies en Olacha pliés et empilés et que l'on déroule au besoin.
Il semble que ces pièces ne sont pas forcément attribuées aux uns ou aux autres des enfants, je les ai vu dormir sur la Supa de la pièce commune, sur la Chorpaya dehors, directement au sol ou sur les Olacha dans les autres pièces, même dans la cuisine !
Dans la maison il y a une cuisine équipée d'un frigo et d'un mini-four, quasiment les seuls meubles à part un joli petit bahut de bois peint venant de Russie. Khusniya y épluche les légumes, fait de petites préparations, toujours accroupie, à même le sol (comme pour tout !) mais la véritable cuisine est ce bâtiment ouvert dans la cour où se trouve le four d'argile et l'âtre. Dès 5h du matin Aktam y allume le feu et Khusniya y fait bouillir le lait tout juste trait, puis cuire le pain. Oui, chaque famille a une ou deux vaches qui fournissent le lait qui est principalement transformé en yaourt un peu piquant, le "kéfir" qui accompagne tous les plats. La farine est achetée en gros sacs pour faire le pain au quotidien, souvent les tomates et concombres (présents sur la table à chaque repas !) et quelques légumes sont produits dans le jardin familial. Comme nous a dit l'Oncle, "ici on vit avec les produits locaux".
Et la "modernité" ? Elle est surtout présente avec les téléphones portables, chacun en a un dès l'âge du lycée et les jeunes rêvent d'un iPhone. Par contre nous n'avons quasiment pas vu de télés, quelle chance ! Il y a 10 ans en Amérique du Sud elle était omniprésente, toujours allumée dans la moindre cantine de bord de route.
Aktam a aussi tenu à ce que tous ses enfants apprennent l'anglais (il était lui-même professeur de maths et d'anglais) et à recevoir des voyageurs en workaway pour permettre à la famille cette ouverture sur le monde. En effet, ils parlent tous très bien, nous avons pu avoir de beaux échanges en particulier avec les deux sœurs aînées, les garçons en revanche ont compris le pouvoir que cela peut leur apporter d'être les "traducteurs" pour les touristes (entre nous et l'Oncle qui ne parle pas un mot d'anglais, Asilbek a parfois traduit avec une certaine rétention d'informations 😅). Ils ont les yeux qui brillent en parlant de dollars ou de Dubaï, et rêvent de travailler dans l'IT...
Traditions ? "Modernité" ? Où se trouve le bon curseur ?....cela donne à réfléchir....Read more




















TravelerMerci pour ce témoignage. Est ce que Sonia va mieux??
TravelerOui ! Merci Marion, tout ça bien maintenant ! 😉😘
Traveler
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