• Sur les hauts de Blato

    May 13 in Croatia ⋅ ⛅ 18 °C

    Pendant que Marie rallie Lyon en avion en une heure, je navigue à environ soixante kilomètres au sud-est de Split vers l’île de Korkula. Trois heures de traversée : on peut dire que le ferry fait partie du « voyage lent ».
    Avant cela, on a rendu les clés de l’appartement, discuté avec Frédérique et François, deux français du Jura, fans de vélo et en vacances dans le coin, puis on a passé la matinée sur la Riva, le quai animé devant le palais Dioclétien.
    Split est une belle ville, vivante et agréable à cette saison. Marie et moi, on y a passé du bon temps en faisant de choses simples : balades, resto, plage, farniente dans les petites rues qui sentent bon le jasmin. On suppose tout de même que le niveau de vie doit être assez difficile pour bon nombre de personnes qui font des petits boulots ou qui sont à la rue. Le boom du tourisme et des locations en ville doit, comme dans de nombreuses villes européennes, faire exploser le prix des loyers. Le souvenir de cette ville restera pour nous le lieu de nos retrouvailles à à peu près mi parcours de mon voyage.

    Pour être sûr de ne pas louper nos transports respectifs, on a déjeuné a une terrasse pas trop loin des gares routière et maritime. Ces quelques jours ont été une belle parenthèse dans mon voyage. C’est avec un petit pincement que j’ai vu le bus s’éloigner. Même si j’y étais préparé, c’est beaucoup plus difficile de se quitter ici qu’il y a deux mois au départ de Mozé. Tous les voyageurs à vélo en solo sont, à un moment de leur périple, confrontés à la solitude. Au milieu de cette foule à Split, je dois dire que j’ai eu un petit coup de cafard et me suis questionné sur pas mal de choses au niveau de mon voyage. Je sais aussi, parce que j’en ai parlé avec d’autres cyclovoyageurs, j’ai lu des récits de voyage et visionne des films, que ce sentiment va s’estomper petit à petit et que l’appétit du voyage va reprendre le dessus.
    Me voici à nouveau avec moi-même (une tenue fraîchement lavée), sur la route avec Charlie mon fidèle destrier, quelques kilos de moins (merci Marie d’avoir rapatrié quelques objets inutiles) un joli drapeau français accroché à une sacoche (on l’a fabriqué avec un drapeau croate mais 🤫) et une selle rutilante.

    Un peu avant 15h, on embarque sur le Marko Polo, un énorme ferry pas trop fréquenté à cette saison. Charlie aura des compagnons dans la cale puisque 6 autres voyageurs à vélo ont également embarqué. La faible affluence a pour avantage de pouvoir s’étaler sur les banquettes pour se reposer ou discuter avec les voisins. Celui juste derrière moi habite Korkula, l’île sur laquelle je me rends. Il vient de passer 10 jours à l’hôpital à Split. Il me dit qu’il n’y a pas de centre de soins sur l’île et qu’il faut se rendre sur le continent pour presque tout ce qui est médical.
    C’est un sujet dont nous avons déjà parlé avec Toma quand nous sommes allés à la bibliothèque. Avec une telle géographie et une répartition aussi inégale de la population entre la côte, les îles et l’intérieur, la Croatie semble avoir beaucoup de mal à bien repartir les services publics sur son territoire. On le comprend aisément, et on s’est efforcé de dire à Toma qu’en France aussi il y a des déserts médicaux.

    Après 3 heures de ferry, un peu longues ma foi, Korkula est en vue. C’est la deuxième île la plus peuplée de Croatie, avec un relief assez tumultueux. Dès l’arrivée il va nous falloir monter et trouver un bivouac à environ une heure de route pour achever la traversée de l’île demain (jeudi de l’Ascension 🤣). Je pédale dans un décor de vignes dans lesquelles de nombreux ouvriers s’affairent. Le premier village que je traverse est plein d’enfants qui jouent dans la rue. L’île semble bel et bien habitée et vivante.
    Un peu plus de 10 kilomètres après notre débarquement, on se pose dans un champ d’oliviers. Au milieu d’une sorte de chaos, le décor est splendide et calme mais il a tout de même fallu grimper 250 m plus haut que le niveau de la mer. Ce genre de confort, ça se mérite ! Par contre, comme sur l’île de Cres, il n’y a pas de réseau et je ne peux même pas appeler Marie pour savoir comment s’est passé son retour. Tant pis, je l’appellerai demain puisque c’est férié.
    Je plante rapidement le campement, prend un bon dîner (merci les petits sachets de mayo importés de France pour accompagner l’œuf dur) et je suis au lit dès 21 h pour finaliser mon pingouin du jour.
    Les oiseaux du soir laissent place aux mystérieux bruits de la nuit.
    Je crois que je suis impatient de me remettre en selle demain.

    Bilan du jour :
    🚴 12 km (hors ferry)
    ↗️ 327 m
    ↘️ 103 m
    Read more