• Remue méninges jusqu’à Cetinje

    May 20 in Montenegro ⋅ ☁️ 17 °C

    Nuit un peu agitée à cause de l’excitation de ce qui m’attend aujourd’hui. Je balance entre l’envie de grimper et tout là-haut et l’appréhension de ne pas pouvoir y arriver ou d’avoir une défaillance physique ou psychologique en cours de route.
    Après un petit déjeuner copieux, la préparation de mon chargement (dont la fabrication d’un panneau « Take care » à l’arrière de Charlie), je passe dire au revoir à Milan, le gérant de l’Hostel. Je me mets en route sur le coup de 10 heures. Pour l’occasion, j’ai rempli mon bidon avec une boisson énergétique que m’avait offert Frédéric de Culture Vélo Cholet. Je ne sais pas si ca aura une incidence, mais j’y aurai pensé à chaque gorgée.
    La météo est belle avec un ciel clairsemé de nuages, la circulation est déjà dense au sortir de Kotor. Alors que je range mes courses dans mes bagages, un voyageur à vélo qui arrive d’en haut s’arrête à ma hauteur. Il s’appelle Ali, il est Turc et habite Istanbul. Il parcourt l’Europe jusqu’à Trieste pour collecter des fonds pour les enfants, malades du cancer.
    Il m’explique son itinéraire depuis Cetinje, en haut des lacets, il est tout excité et son anglais n’est pas facile à comprendre. Il a dû prendre un tunnel, circuler sur une route en travaux avec énormément de véhicules. J’avoue qu’il me fait un peu peur, mais bon… si je suis là, ce n’est pas pour renoncer !
    Le premier kilomètre après avoir quitté la route principale est très exigeant, avec une petite route qui grimpe à 12, 13, 14 %. Si c’est comme ça, tout le long, ça va vraiment être éprouvant !
    Je rejoins une route un peu plus large qui commence à serpenter entre deux montagnes, et là je me sens beaucoup plus à l’aise. Mon rythme est bien régulier, la pente est gérable et les véhicules semblent assez précautionneux. Quelques lacets bien large commencent à se dessiner et la ville semble déjà un peu loin depuis les promontoires. J’ai beaucoup de plaisir à rouler, surtout quand je suis côté falaise. Un peu moins lorsque je suis côté précipice. J’ai plein de choses en tête : je pense à mes proches, à mes amis et vous qui me lisez chaque jour. Je pense à mon satané vertige, probablement héréditaire, que je suis fier de dominer.
    Sur le versant opposé à Kotor, la vue s’ouvre sur l’aéroport et la mer Adriatique au loin
    Je passe sous le téléphérique qui emmène les visiteurs au parc naturel Zanjev et je me dis que je suis bien sur mon vélo, plutôt que dans ses machines qui vous transporte au-dessus du vide dans des boîtes vitrées 😅. Je m’arrête fréquemment souffler un peu, boire un coup (c’est pas très bon en fait la boisson énergétique, mais je pense que ça a un bon effet sur mon organisme, au moins psychologique) ou faire quelques photos. Les automobilistes qui en font de même m’encouragent pour la poursuite de l’ascension. J’ai notamment partagé cet itinéraire avec un polonais qui s’arrêtait quasiment à chaque parking et restait faire de nombreuses photos. Du coup, on a grimpé à peu près au même rythme !
    La chaussée s’est rétrécie et le croisement et parfois compliqué entre les véhicules, notamment quand il s’agit de petits utilitaires. Mais bon, seules les voitures et quelques bus circulent ici. Les poids-lourds sont déviés par une autre route, probablement celle dont parlait Ali ce matin.
    Kotor est désormais toute petite dans le panorama et je me délecte de voir apparaître dans le paysage l’intégralité des bouches que j’ai parcourues hier.
    De l’autre côté, les avions de l’aéroport que j’entends distinctement, ressemblent à des jouets d’enfants. Je commence à prendre beaucoup de plaisir dans cette ascension. La pente est régulière, les sections sont assez longues entre les virages et j’ai trouvé un bon rythme de pédalage. Pourvu que ça dure !
    À cette saison, la végétation est bien en feuille et le parcours est quasiment toujours à l’ombre. C’est vraiment très agréable d´y pédaler et physiquement, pas si difficile que ça.
    Arrive la portion des 27 lacets les plus impressionnants, toujours sur la même déclivité, mais quasiment parallèles les uns aux autres. J’avais lu qu’ils étaient numérotés, mais les graffitis recouvrent tout. Je commence à compter sans trop savoir où j’en suis. Je fais des pauses au niveau des surplombs les plus majestueux. Parfois, quand j’aperçois un gros véhicule, et que je suis côté précipice, je m’arrête côté falaise pour le laisser passer.
    Les gens sont toujours aussi accueillants sur les parkings et viennent vers moi pour me féliciter. Au 25è lacet, un car de français est arrêté. Des passagers s’approchent pour discuter et en savoir plus de mon voyage. Yann et Dominique, si vous me lisez aujourd’hui, sachez que cette petite pause dans votre compagnie a été vraiment très encourageante.
    Ce 25e lacet était en fait le dernier, et je vais arriver au col dans quelques centaines de mètres, après quelques virages et en passant devant une tyrolienne sur laquelle, pour rien au monde, je n’oserais m’élancer.
    Il est 14h30 et ça y est, j’ai fait la première partie !
    L’ambiance ici est complètement différente. On est passé d’un univers maritime à la montagne. Je m’installe dans une petite clairière à l’abri du vent pour pique-niquer et savourer ce moment.
    Peu de temps, après, j’aperçois un jeune couple de cyclovoyageurs que j’invite à me rejoindre. Céline et Joey ont chacun la trentaine et viennent des Pays-Bas. Depuis début avril, ils ont entrepris un voyage à vélo vers Istanbul. C’est Céline qui en a eu l’idée, un matin au réveil, et qui a réussi à convaincre Joey cycliste régulier. Tiens donc !
    Tous les trois, nous sommes excités d’être arrivés ici. On partage notre enthousiasme et on décide de continuer ensemble cette super journée. C’est la première fois que je roule dans un petit groupe et c’est vraiment enthousiasmant.
    On redescend un temps entre les deux montagnes. On s’arrête prendre un café et faire le plein de nos bidons dans un petit restaurant ouvert depuis 1881. On discute avec l’aubergiste dont la famille tient l’établissement depuis cinq générations. Finalement, il nous offre le café !
    On repart à grimper le deuxième col pour ensuite arriver à Cetinje après une fantastique descente (vitesse de pointe de Charlie : 68 km/h).
    Cetinje est l’ancienne capitale du Montenegro. Elle a l’air sage et accueillante avec ses bâtiments officiels et les habitants qui nous souhaitent le bonjour. Elle est toute vêtue de rouge et or à la veille de la fête nationale.
    On traîne en terrasse jusqu’à goûter des liqueurs improbables pour fêter notre étape du jour. On cherche un camping en proximité, afin éventuellement de revenir ici demain pour être dans l’ambiance de la lièce populaire. On trouve chaussure à notre pied (je vous parlerai des chaussures de Joey un de ces jours) à une dizaine de kilomètres plus loin et une vue imprenable sur le lac de Shkoder.
    On installe nos tentes sur un tapis végétal moelleux, comme si la nature tenait à prendre soin de nous après nos efforts du jour. Les échanges avec Céline et Joey continuent après la nuit tombée. Si bien qu’on s’accorde pour continuer ensemble demain.
    Le bilan de la journée ne s’exprime pas qu’en kilomètres et dénivelé mais aussi aujourd’hui avec une paire d’amis que je ne suis pas prêt d’oublier et les nombreux encouragements reçus tout au long du parcours.

    Bilan du jour :
    🚴44 km
    ↗️ 1193 m
    ↘️ 665 m
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