• Nouveaux repères à Shkoder

    May 22–23 in Albania ⋅ ☀️ 25 °C

    Vendredi 22 mai :
    Nuit venteuse mais tellement réparatrice après la difficile étape d’hier. J’avais mis les bouchons d’oreilles et le masque à 4h, ce qui fait que je suis le dernier avec Tadas à émerger vers 8h. Cecile et Julien tout comme Céline et Joey ont déjà démonté leurs tentes, les 4 hollandais de Korčula sont en train petit déjeuner sur l’une des tables.
    Pas de panique, on s’est dit hier soir que chacun reprendrait la route quand il voudrait, pas forcément en groupe. J’avoue que j’aurai bien continué avec des acolytes car j’ai tellement apprécié ces deux derniers jours que j’ai un peu peur du « coup de mou » comme celui que j’avais eu après Split, au départ de Marie.
    Sauf que là, je suis également excité à l’idée de passer la frontière albanaise dans une trentaine de kilomètres.
    Les départs s’égrènent : les 4 hollandais, Julien et Cecile qui doivent prendre un bus à Shkoder pour les emmener au sud de l’Albanie, Céline et Joey qui visent le littoral albanais une centaine de kilomètres au sud et Satas, sans objectif précis si ce n’est celui de sa caméra 🎥.
    Je vais saluer Dragan qui nous accueillait dans son camping au milieu de nulle part puis je me mets en route. Bonne nouvelle, ça descend ! Le paysage change. Les chênes verts et végétations rases font place à des forêts de châtaigniers dont certains arbres ont probablement plusieurs centaines d’années. Le soleil peut bien chauffer, on est bien à l’abri à l’ombre.
    Du changement aussi au niveau de l’architecture puisqu’avant Ostros, je vois le premier minaret de mon voyage. Le passé tourmenté de cette région du globe a laissé des traces culturelles et religieuses. L’Albanie qui approche est riche de cultures chrétiennes, musulmanes et orthodoxes. La langue aussi évolue puisque les personnes auxquelles je demande s’il y a des commerces ouverts en ce jour férié (et oui, il y a 2 jours fériés au Monténégro pour la fête nationale) me répondent en albanais.
    Idem quand je m’arrête à hauteur de Nefail qui sort juste de son champ de tabac, au bout de la première grande descente de la journée. On échange via Google Trad et on arrive à parler « technique de séchage » pour le tabac (NDLR quand j’étais ado, je travaillais en saisonnier dans une ferme de Mazieres en Mauges qui cultivait le tabac. Activité complètement disparue aujourd’hui). Cette région du Monténégro produit encore un peu de tabac blond pour la production nationale. Il m’offre même une cigarette et accepte de faire une photo avec moi pour me remercier.
    Je n’ai pas fait 50 mètres que deux cyclo voyageurs arrivent face à moi. Éric et François remontent depuis la Grèce jusqu’à Trieste. Éric vient de la Drôme (La Motte Charançon près de Nyons) et François d’Annecy. Ils étaient hier à Shkoder et ont passé la frontière par le sentier (pas trop autorisé) le long du lac. François est couvert de pansements sur le coude et la cuisse suite à une violente chute en glissant sur les graviers.
    On prend un moment pour discuter en échangeant les bons plans de nos parcours respectifs. Éric et François, merci de vos petites astuces pour séjourner à Shkoder. J’ai trouvé chaussure à mon pied pour vraiment pas cher.
    Et encore quelques kilomètres plus loin, je croise deux autres voyageurs à vélo : Siobhan et Sergei, deux londoniens sont choisi les Balkans pour leur périple.
    La suite de cette journée est un peu plus classique avec une grande et longue côte (qui m’a parue interminable) jusqu’au point culminant de ma journée, une halte à une station service pour avaler un repas « sur le puce », le passage de la frontière avec l’Albanie et l’arrivée au lac de Skadar où je me suis posé a une terrasse afin d’activer ma esim albanaise et trouver une chambre.
    Je décide de rester deux jours à Shkoder pour me reposer et de réfléchir à la suite de mon voyage.
    En effet, le temps passe vite et j’en suis déjà à 10 semaines de voyage. En prenant les îles croates, j’ai fait un peu plus de kilomètres que ce que j’avais programmé. J’ai aussi passé plus de temps sur des haltes de de 2, 3 jours. Aujourd’hui je me sens un peu juste en temps pour aller à Istanbul d’ici fin juin en vivant la deuxième partie de mon voyage avec la même possibilité de savourer tous ces moments. Surtout, je ne souhaite pas vivre mon voyage comme une course contre la montre.
    J’ai aussi choisi de rester deux jours à Shkoder pour réfléchir à la manière dont je pourrais le réaménager et être rentré sans pression à Mozé fin juin, début juillet.
    Mes amis cyclovoyageurs des derniers jours et les personnes que j’ai croisées m’ont donné des idées. Pourquoi ne pas prendre un ferry depuis Corfou pour rejoindre l’Italie ? Ou l’Espagne ? Pourquoi ne pas remonter au dessus des Alpes en bus ou en train (après tout j’ai une carte inter rail) et suivre l’Eurovélo 6 ?
    Voilà où j’en suis en ce week-end de Pentecôte. Des pentes et des côtes dans la tête !
    Au fait, la chambre de l’hostel est assez sympa (surtout pour 6€ la nuit, petit déjeuner compris). Seul le propriétaire est un peu stone (très méthodique, il passe derrière tout ce que tu fais pour s’assurer que c’est fait comme il l’entend). J’y ai rencontré une française de Lyon et sa fille en tournée dans les Balkans pour 10 jours, un jeune couple d’Angers, jeunes diplômés de la CFA de la CCI restauration-service, et deux jeunes italiens qui, arrivés tard vendredi, on commencé par perdre leur iPhone. Après 1h30 d’investigations, on a fini par le retrouver entre les deux sièges de leur voiture. On se sent moins seul !

    Samedi 23 mai :
    Une journée de balade dans Shkoder. Immersions dans les rues piétonnes, les magasins improbables qui ne vendent que des ventilateurs, la police qui contrôle la circulation par drones, les vendeurs de légumes à scooter, les jeunes mamans qui font la manche avec le bébé dans les bras, les jeunes qui te sautent dessus pour parler avec toi, les grandes avenues embouteillées ou désertes, les chiens amorphes, les vieux qui jouent aux dominos, les odeurs de cuisine, la circulation en vélo, les minarets, les clochers, les coupoles, les musées qui ferment à 15h, les Qebap en pleine rue, la Tour Rozafa de 350 mètres de haut en construction… Un pays dans lequel, je pense, je ne suis pas au bout de mes surprises !

    Bilan du jour :
    🚴 60 km
    ↗️ 472 m
    ↘️ 860 m
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