• OK à Patok

    May 24 in Albania ⋅ 🌙 20 °C

    Il fait déjà bien chaud ce matin au réveil malgré la pluie de l’orage d’hier soir.
    Le jasmin embaume le jardin. Charlie vient de prendre un petite douche vu que mon hôte a passé un coup de jet sur la terrasse.
    En plus des angevins, il y a deux australiens de Melbourne au petit déjeuner. Encore un moment d’échanges intéressant.
    Un peu moins « ours » qu’à mon arrivée, le gérant de l’hostel accepte de me fournir et me cuire quatre œufs durs pour la modique somme 40 Leke (~0,40 €).
    Avant de quitter Shkoder, j’ai souhaité rencontrer Chuck et Suzan Atkinson, hôtes WarmShowers très connus de la communauté des voyageurs à vélo comme des « hôtes modèles ». Originaires des USA, ils se sont installés à Shkoder depuis une quinzaine d’années et ont aménagé leur espace pour recevoir chaque jour les voyageurs qui passent par là. Je leur avais demandé à plusieurs reprises de m’héberger, mais ils m’ont répondu à chaque fois qu’ils faisaient une pause. Je me suis permis d’aller les voir ce dimanche. Chuck était alité, convalescent suite à une opération dont je n’ai pas trop bien compris la teneur. Suzan, accueillante, m’a offert un verre et on a discuté de voyage à vélo et d’accueil.
    On a refait ensemble mon itinéraire en Albanie et, comme tous les voyageurs qui passent par ici, j’ai eu le droit de mettre une empreinte de ma main sur le mur de l’escalier. Avec ce petit geste, je fais désormais partie de la grande communauté des gens qui sont passés par ici et j’ai un peu eu l’impression d’être entré dans l’histoire des voyageurs à vélo.
    À l’extérieur, je retrouve la vie agitée de Shkoder intra-muros. Je photographie une tortue qui se promène sur le trottoir, l’occasion de discuter avec Admir et Anoar, les enfants du poissonnier. Dans les rues, beaucoup de gens m’encouragent et certains crient « Allez, la France ! » en voyant le petit drapeau accroché à ma sacoche. Ça fait plaisir !
    Je sors rapidement de l’agglomération et me retrouve dans un décor vallonné et agréable à pédaler. Par contre, les déchets s’amoncellent au bord des routes et dans les ruisseaux. J’ai parfois l’impression de retrouver ces décharges sauvages que j’ai parfois vu en Inde. Le curseur de notre rapport à l’environnement est, ici, en Albanie, complètement différent de celui que nous avons en France. Difficile d’éduquer quand des besoins essentiels.(alimentation, santé, logement.) sont déjà difficiles à satisfaire.
    Plus loin, en pleine campagne, un jardin et littéralement tapissé de fleurs roses. Coqs et poules s’y baladent allègrement, ce qui mérite une photo.
    Le propriétaire rapplique et m’explique un tas de trucs en albanais que je ne comprends pas. Il m’invite à avancer dans sa cour, puis prendre un café et un raki avec son père et sa femme. Behard, Lida et Fichere habitent ici ensemble et leur maison ressemble à une petite ferme avec un magnifique jardin et des animaux domestiques partout. Moment de convivialité agréable où on parle de nos familles respectives et de quotidien, avec l’aide de Google Traduction (j’avoue que c’est quand même bien pratique).
    Il est déjà presque midi, mais je n’ai parcouru qu’à peine 20 km. J’aimerais en avoir fait une trentaine avant ma pause déjeuner. Tant pis si le raki me tourne la tête d’ici là.
    Je déjeune dans la cour d’une petite église et aperçois quelqu’un qui passe avec un vélo-sacoches. Je l’appelle. Il s’agit de Victor, un français du Vercors, qui remonte plus ou moins l’Eurovélo 8. On prend le temps de discuter et de s’échanger des trucs sur le parcours qu’on va vivre chacun inversement. C’est sympa de se nourrir de l’expérience des autres, et de savoir où se trouvent les bons endroits d’hébergement, les sites touristiques à visiter, les vélocistes compétents…
    Techniquement son vélo est un hybride entre Gravel et vtt. Un cadre acier, un cintre élargi en bas et de gros pneus tubeless dont il me vante les mérites. Je lui suggère de passer par la Parenzana une fois qu’il sera en Istrie.
    Victor poursuit son chemin vers le nord. Moi je fais ma pause déjeuner et m’aperçois que Charlie a encore un rayon de cassé. Mais cette fois ce sera plus facile à réparer vu que c’est du côté du frein. Je m’en occuperai ce soir au camping.
    Je suis à la moitié de mon parcours du jour et il fait bien chaud dans les petits reliefs albanais. Le paysage ressemble aux grandes vallées alpines que je connais du côté de Voiron : des plaines cultivées et irriguées et, tout de suite, des hauts reliefs. Je me demande pourquoi ce paysage qui ressemble tellement au nôtre n’arrive pas à générer une aussi bonne qualité de vie que chez nous ? Est ce seulement une question de choix de société, de décisions collectives, de ressources ?
    Ma trace quitte la route pour suivre des chemins empierrés le long d’un ruisseau. J’espère à chaque virage l’ombre rafraîchissante des peupliers, mais non. Il fait bien chaud, même à l’ombre.
    Pour nous changer les idées, Charlie s’amuse à rouler dans la bouse de vache.
    Une bande de jeunes m’arrête pour me demander d’où je viens. Comme d’habitude ça finit par « combien coûte ton vélo ? ».
    Moi qui habituellement n’aime pas trop faire ce qu’on appelle du « vélo de route » je réalise que mes étapes sont majoritairement sur bitume. Est ce le fait d’aller d’un point A à un point B qui me motive, l’idée que ce voyage a un début et une fin ? Toujours est-il que j’aime vraiment voyager à vélo et que ce périple me l’aura confirmé.
    Et toujours le parfum de jasmin qui flotte dans l’air au passage dans les villages.
    J’arrive à la lagune de Patok sur laquelle j’ai repéré un camping sur Komoot. Le vent de face me fait un peu peur car je n’aime pas trop camper en plein vent. En fait, le camping aménagé et tenu par Christian et sa famille est assez abrité derrière un grand bâtiment. Tout y est organisé avec beaucoup d’autonomie : tu marques ton nom sur un cahier et quand tu te sers une bière ou autre, tu le notes et tu règles le tout en partant. J’aime bien ce genre de fonctionnement.
    La zone camping est assez paradisiaque puisqu’elle donne directement sur la lagune. Des tables et des chaises y sont aménagés sous des paillotes.
    Sur le terrain, Greta, une jeune allemande, a déjà monté sa tente. Elle vient d’arriver en ferry en Albanie après la traversée de l’Italie du Nord au sud jusqu’à Ancone. Après le montage de ma tente, on partage le dîner et elle apprécie beaucoup que je lui parle de mes choix d’´itinéraires. On échange aussi sur nos motivations, sur nos outils pour faire nos itinéraires… encore une belle soirée de partage.
    On savoure le coucher de soleil puis on va se prendre une nuit de repos bien méritée.

    Bilan du jour :
    🚴 78 km
    ↗️ 358 m
    ↘️ 355 m
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