• On bifurqua à Igoumenitsa

    May 31 in Greece ⋅ ☀️ 22 °C

    L’hostel était un peu mal fichu pour prendre son petit déjeuner. Les propriétaires étaient en train de cuisiner un plat dans la cuisine lorsque je me suis levé. Pas de soucis, j’ai quand même pu enfiler mon repas préféré, sans café cette fois.
    Je file discrètement et sans bruit comme les autres personnes du dortoir ne sont pas encore levées. Gjirokastër ça monte et ça descend. Je n’ai donc qu’à me laisser aller jusqu’à la ville basse et me poser à une terrasse histoire de déguster le petit café qui me manquait et d’échanger avec Marie. Les cloches de l’église orthodoxe juste en face interrompent notre visio prématurément.
    Mes provisions commençaient à se tarir. Je fais un tour au Superstar Market pour remplir mes sacoches. Cette fois je suis fin prêt à pédaler le long de la SH4, cette route qui file au sud vers la Grèce. Le paysage est déjà un peu différent : les hautes montagnes laissent la place à des collines moins tourmentées, la végétation est plus rase et les troupeaux de moutons ont investi les coteaux.
    J’avoue que je ne m’attendais pas déjà à ce décor. On a déjà un peu quitté l’Albanie d’autant que les panneaux routiers sont doublés avec l’alphabet grec.
    Comme c’est dimanche, le trafic routier est moins important qu’en semaine. De nombreux camions sont d’ailleurs dans les lavasho en train de se faire une beauté.
    Une large bande d’arrêt d’urgence fait office de voie cyclable. Il fait bon pédaler et j’ai le vent dans le dos. Mis à part le rayon cassé de Charlie, tous les voyants sont au vert pour que cette étape se déroule bien.
    Durant cette semaine en Albanie, j’ai pris la décision de changer mon itinéraire initial car je n’aurais pas le temps d’aller jusqu’à Istanbul et de rentrer en train dans de bonnes conditions. J’ai réaménagé mon projet en imaginant prendre un ferry d’Igoumenitsa à Ancone, de traverser l’Italie à vélo jusqu’à Cittavecchia au nord de Rome, puis de reprendre un ferry pour Barcelone afin de remonter à la maison par le sud ouest.
    En pédalant je me demande comment gérer la réservation des mes ferries. Si je les prends trop tôt je risque de les rater. Si je lesprends trop tard je risque de poireauter avant d’embarquer.
    Je décide de ne rien faire pour l’instant. On verra bien le moment venu.
    Je laisse la SH4 pour prendre le col qui me fera basculer vers Sarandë sur la côte puis la Grèce au sud. C’est la principale difficulté de la journée. Je m’en sors pas trop mal malgré le fait que je sois sur le versant ensoleillé de la montagne. Quand le vent est portant, il fait vraiment très chaud 🥵
    Petite pause dans une station service désaffectée en haut du col. Une bergère dirige ses moutons pour qu’ils n’encombrent pas la chaussée.
    Après avoir repris des forces, c’est parti pour une magnifique descente plein ouest, dans des paysages fabuleux. Je suis entouré de multiples petits sommets qui doivent culminer à 1300 m maximum, mais tous différents. La pente est bien raide. Charlie file à bonne allure et se manœuvre bien dans les lacets.
    Tiens, il y a affluence dans ce parc de loisirs ! Ce sont donc les voitures garées sur ce parking qui scintillaient depuis là haut.
    La route suit désormais un petit torrent dans un défilé très plaisant. L’espace est un peu plus fermé et je savoure les surplombs au dessus de l’eau. Plus bas, la rivière est canalisée pour l’élevage de truites et l’irrigation. Je me régale des remous bleutés et de rouler à la même vitesse que l’eau qui coule. La nature est belle et j’ai tellement de chance de profiter de tous ces paysages. Je le mesure presque à chaque coup de pédale.
    Il est midi passé et je me trouve un petit coin à côté d’un restaurant pour pique-niquer. C’est dans ce secteur que je vais laisser la SH78 pour filer vers le sud. Céline et Joey m’informent sur WhatsApp qu’ils viennent de passer la frontière grecque après Permët. Ça me motive pour mon itinéraire de l’après midi : et si je passais moi aussi en Grèce aujourd’hui ?
    Je prends un café au resto, change les Leke qui me restent en euros auprès d’un client qui, du coup, m’offre une limonade et je me remets en route.
    Cette portion emprunte la SH4, un axe très encombré. J’espère que ça ira mieux après Sarandë. Et finalement, à ma grande surprise, la trace file à gauche sur de petites routes en bon état et pas très fréquentées. C’est l’Eurovélo 8 que je retrouve sur ces derniers kilomètres en Albanie, et elle est vraiment très plaisante à parcourir. Les montagnes albanaises s’estompent peu à peu. A l’ouest, le paysage s’ouvre sur des îles et la mer adriatique, en évitant les secteurs touristiques surpeuplés.
    Mon gps retrouve un fond de carte pour la dernière ascension du jour, jusqu’à la frontière albano-grecque.
    Ça y est, on est en Grèce, 7è pays de mon voyage. Je suis tout excité de réaliser cela et je le crie sur la route. Quelle belle sensation, avec tellement d’émotion.
    Igoumenitsa n’est qu’à 29 kilomètres de la frontière : j’y serai ce soir. Tout change dans le paysage avec les vergers d’agrumes, les oliviers et les petites collines. La ville surgit soudain à 18h45, au détour d’un virage. Je vois les ferries, l’agitation de bord de mer, les magasins… je suis à Igoumenitsa !
    Il s’agit maintenant de gérer les priorités : prendre un billet de ferry, trouver un hébergement, partager mon étape du jour avec mes proches. Finalement, avec un camping à 30€ la nuit et un billet de ferry plus cher demain qu’aujourd’hui, je choisis d’embarquer dès maintenant, à 21h30.
    J’essaie en vain de trouver un adhésif du drapeau grec. Je traîne un peu avec des touristes allemands sur le port et je vais au Check in du ferry. J’apprendrais plus tard sur le bateau que ces pérégrinations auraient pu me coûter cher étant donné que la Grèce n’est pas sur le même fuseau horaire que l’Albanie et qu’il n’était pas 18h45 à mon arrivée à Igoumenitsa mais 19h45. J’ai embarqué à 21 heures passées !
    Charlie va passer 20h en cale. Je prends le nécessaire pour dormir un peu, manger, me changer et me laver et je me trouve un petit coin de banquette dans le bar pour m’allonger.
    Quelle journée !
    Je vous raconte la traversée dans un prochain pingouin 🐧

    Bilan du jour :
    🚴 119 km
    ↗️ 926 m
    ↘️ 1145 m
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