• Rotterdam R6 - de Huy à Maastricht

    August 6, 2025 in Belgium ⋅ ☁️ 19 °C

    Après une bonne nuit à l’hôtel du fort où nous n’étions pas loin d’être les seuls clients et avant de repartir, nous petit-déjeunons tout en bavassant avec le patron de l’établissement. Il nous explique un peu la Belgique, la grandeur industrielle de la Wallonie qui a permis à la Flandres de se développer, la richesse de celle-ci grâce au port d’Anvers, de la chimie et de tout plein d’autres trucs. Il flirte parfois dangereusement avec les sous-entendus, parlant des problèmes actuels qui n’existaient pas avant, les italiens c’était plus facile, même culture, même religion mais n’ose pas s’aventurer trop loin, histoire de ne pas braquer le client. Et puis je pense que c’est un vrai gentil. Il consent tout de même à reconnaître que le problème c’est le travail et le pognon.
    Nous prenons congés de lui et démarrons l’étape du jour, une étape plus courte que les précédentes. Avec la forme que je sens revenir, des réglages de selle adéquats, le beau temps, tout est réuni pour une étape tranquille et agréable.
    Mais autant la veille, le Meuse était belle, bordée de très belles maisons, ombragées ça et là par de grands saules, autant à partir de Huy, la force industrielle belge évoquée par notre hôte nous paraît visible. Tout d’abord, nous longeons la centrale nucléaire de Huy. Je veux bien entendre qu’un champ d’éoliennes, ça flingue un paysage et encore, ça se discute. Beaucoup de gens se sont paluchés sur le land art de Buren et ses alignements, et pleurnichent quand ils voient quatre éoliennes à la queue leu leu. Moi, perso, je trouve ça assez graphique.
    Je ne veux pas dire, mais les cheminées d’une centrale, dans le paysage, c’est tout aussi moche, voire plus mais c’est carrément plus menaçant. J’avais du mal à ne pas pédaler en apnée.
    La Meuse, elle, est domptée, colonisée, exploitée. Et nous roulons donc non-stop dans un univers un peu glauque. Il y a de la poussière, de la suie, du cambouis, de l’huile de coude, des sablières, des grues, des déchets. Ça rouille, ça suinte, ça fait du bruit, beaucoup de bruit. Nous tournons, évitons une usine, en contournons une autre, freinons en longeant un chantier. Pour le coup, c’est moins monotone que la ligne droite, mais c’est épuisant. On tatônne, on se trompe de chemin. Nous marquons une première pause pour un café à Seraing. Au final, nous décidons de manger en terrasse d’un café et pendant qu’Hélène est partie nous acheter des sandouiches à la boulangerie, une altercation éclate dans la rue entre une femme, à priori, bien chargée et si je comprends bien tout, une prostipute, et un passant, qui s’avèrera être, selon les dires du serveur à qui j’ai appris ce qu’était un Perrier rondelle, un irrégulier qui deale. Ça chauffe entre les deux et la prostipute harrangue le gaillard, le frappe, lui crache dessus. Lui manque de répondre, s’éloigne, puis revient. Ce qui remet une pièce dans le juke-box. Ça dure de longues minutes. Les gens tout autour sont au spectacle mais personne ne bouge. Sauf votre serviteur qui se lève et vient calmer l’énervée. Quelqu’un me remercie. Je retourne à mon Perrier, raconte à Hèlène qui n’a pas assisté à la scène et qui m’a ramené un sandwich long comme un bras - dommage, j’y avais étalé tout mon côté chevaleresque - l’intervention et voilà- t-y pas que notre prostipute revient me voir, cette fois, pour à la fois s’excuser mais aussi me faire partager sa colère, sa frustration, la douleur de son existence. Ça part dans tous les sens, ça n’a ni queue, ni tête, ni raison. C’est triste mais à force de palabres, elle consent à nous laisser en paix.
    Cette scène ne fait qu’ajouter de la tension à l’ambiance générale et nous repartons au milieu des engins de destruction, des chantiers, du bruit et de la poussière. Sur des kilomètres, on entend le bruit du métal, de l’usine, d’un mur qui s’effondre. Le revêtement, lui aussi est chaotique, entre macadam défoncé par des racines, ralentisseurs, pavés, plaques de métal mal fixées. C’est l’horreur !
    Ça brinqueballe, ça tremble, ça demande pas mal de concentration et en voulant quitter une rue pavée où mon fondement souffre le martyr, je prends un trottoir un peu haut, trop haut. Et m’étale de tout mon long. Encore une fois, plus de peur que de mal même si mon poignet gauche a encaissé. J’avoue, ça fait beaucoup pour la journée et je ne serais pas fâché d’arriver. Ça tombe bien, nous approchons de Maastricht et le calme revient. La Meuse est plus sauvage, les pêcheurs, comme la quiétude, réapparaissent. Ouf, je souffle enfin.
    Je partage mon ras-le-bol avec Héléne qui, elle, trouve les voies que nous empruntons assez sécurisées. J’objecte que depuis le matin, rien n’était plus aléatoire, risqué (nous avons roulé parmi des camions) que le trajet accompli. Tout en dissertant, nous arrivons dans les faubourgs de Maastricht. Ici, ce sont les Pays-Bas, le pays du vélo et les différences nous sautent derechef aux yeux. Le macadam des pistes cyclables est rouge, des plots empêchent les voitures d’empiéter, les feux de signalisation donnent la priorité aux vélos quasi instantanément et il y a soudain une multitude de cyclistes partout. C’est fou ! Là, je considère que c’est sécurisé. Le vélo est roi, l’automobiliste discipliné et courtois. Il faut juste faire attention de ne pas se faire percuter… par un autre cycliste.
    Nous arrivons dans un super air’b & b. Il est un peu tard, mon genou me lance un peu, moins que le poignet et nous sommes assez loin du centre : nous mangeons donc dans le quartier, mais le café visé est fermé. Nous devons choisir entre un kebab halal et un restaurant au nom évocateur : frittur
    Allez, désireux de connaître les coutumes locales, je prends une fricadelle, une autre friture dont le nom m’a échappé et des frites baignant dans une sauce, selon la serveuse, hollandaise. Le tout n’est pas bon, et on est vite écœuré. Le seul point positif est que la fricadelle est déjà moulée pour son avenir proche. Je ne vois que ça.

    Bilan à la mi-parcours : 452 kilomètres parcourus, 4 chutes en 6 jours, 127 litres d’eau gazeuse ingurgitée.

    J’ai dit « oui » à Huy
    Je n’étais pas trop serein à Seraing
    Il n’y avait pas de bouchon à Liège
    Je n’ai pas été traité à Maastricht.
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