• Yvan Weitzel Macchia
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Rotterdam par la Meuse

An open-ended adventure by Yvan Read more
  • Trip start
    August 1, 2025

    Rotterdam Round 1 - de Troussey à Dieue/

    August 1, 2025 in France ⋅ ⛅ 21 °C

    Finalement, on est parti ! On ne va pas se mentir, une lourde menace planait sur nos vacances en raison d’une tendinite au niveau du ligament latéral interne. Deux mois de douleurs, de préparation tronquée avec seulement deux petites sorties, finalement assez peu significatives durant cette période, il y avait de quoi serrer les fesses. Mais un microkiné de mes amis et une séance de mésothérapie ont eu raison de la douleur et on a pu espérer voir Rotterdam.
    Petit rappel, cette année, c’est Hélène qui a choisi la destination. Nous suivrons donc la Meuse et ses méandres jusqu’au moment où elle se jette dans la mer du Nord.
    Et pour la première étape, nous avons décidé de nous arrêter chez mes beaux-parents, histoire de goûter, petits coqs en pâte que nous serons ce soir, encore un peu au confort royal de Dieue avant de basculer dans des hébergements plus spartiates. Du coup, cette première étape, nous la connaissons bien, pour l’avoir parcourue plusieurs fois. La petite montée de Vertuzey, comme hors d’œuvre, la trop longue ligne droite qui mène à Apremont, tout juste suivie par la longue montée au démarrage très raide qui casse les pattes, puis la bascule, à partir de Saint-Mihiel, sur la rive gauche de la Meuse jusqu’à la voie verte de Tilly, qui nous emmène en toute sécurité, sans plus de voiture, jusque Ancemont. Un saut de puce, en évitant la piste cyclable empruntant un pont au revêtement agressif, conçu par quelqu’un qui n’a jamais dû faire de vélo de sa vie et c’est Dieue. Je ne dirais pas qu’on l’a fait mille fois, mais le parcours, on le connaît bien.
    Sauf que… Cette fois, comme je l’ai dit, nous ne nous sommes pas préparés comme à l’accoutumée (Hélène plus que moi). Et nous sommes lestés par nos sacoches. Pour Hélène, c’est 22 kilos. Pour moi, c’est plus. Et ce n’est clairement plus la même chose qu’à vide. L’équilibre, la vitesse, la relance, tout est plus compliqué. Si on ajoute à ça la pluie intermittente et le vent (de face tout du long), cette première étape n’était pas aussi aisée qu’on aurait pu le penser. Notamment dans cette montée d’Apremont où j’ai dû faire une pause pour reprendre mon souffle et détendre mes cuisses tétanisées. Fort heureusement, ensuite on descend sur Saint-Mihiel, où nous nous sommes arrêtés, sur le sordide parking du Leclerc pour grignoter. Arrêter est un bien grand mot, puisque pressés par une forte pluie battante, nous nous sommes réfugiés sous un auvent. Là, j’ai oublié que j’avais des cales aux pieds et coincé, je me suis gentiment gauffré sur le côté. « Comme un judoka », m’a dit Hélène. N’empêche, c’est le genou, celui là même qui m’a créé tant de souci qui a pris. Mais sans gravité.
    Au final, l’endroit était tellement triste que nous nous sommes translatés de quelques mètres et avons engouffré notre pitance en face de la bibliothèque bénédictine ; ça a quand même plus de cachet. Avant de retrouver Christian un peu plus loin, venu, en pleine préparation du Cricriathlon, à notre rencontre pour nous accompagner sur les 25 derniers kilomètres.
    Pour finir, nous fûmes gentiment accueillis par.., un énorme orage puis par une Mam bienveillante, tendant deux serviettes aux êtres détrempés que nous étions.
    Pour moi, clairement pas l’étape la plus plaisante.
    Demain, nous basculons vraiment vers les vacances et des itinéraires à découvrir.
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  • Rotterdam Round 2 - de Dieue à Laneuvill

    August 2, 2025 in France ⋅ ☁️ 15 °C

    Je crois que ça n’étonnera personne, mais je suis un grand fan de Donald Trump. Tout chez lui m’inspire, que ce soit son rapport aux femmes, son degré inconsidéré d’empathie, cette classe folle. Tout chez lui m’impressionne, jusqu’à son climatoscepticisme, qui n’a d’égal, puisqu’on parle d’ordures, celui d’un Pascal Praud.
    Pourquoi vous parle- je du président des zétazunis, me direz-vous, alors que vous vous attendiez à ce que je déroule le contenu de la journée qui nous a amené aux portes de Stenay, à Laneuville, chez les très sympathiques Martine et Christian ? Ce sont nos premiers watmshowers en tant qu’accueillants et leur accueil à été tout bonnement royal, une fois de plus. Mais j’y reviendrai…
    Donald Trump, disions-nous.
    Nous avons donc quitté Dieue et pris la route plein nord, non sans faire une pause à Dugny, à 6-7 kilomètres de là, histoire de claquer une bise à notre copine Anne. Nous avons traversé Verdun, via la voie verte. Et ben Verdun, c’est une très jolie ville finalement. Pour moi, elle souffre de l’image que j’en ai. Dans mon inconscient, Verdun, c’est gris, c’est le brouillard, ce sont les remparts. Au final, quand on la traverse à vélo, c’est une charmante petite ville et boire un coup sur les quais ne doit pas être une expérience des plus désagréables. Je le dis d’autant plus que je l’ai déjà fait, ce qui ne fait qu’augmenter ma honte de céder à de tels stéréotypes.
    Un peu plus tard, nous retrouvons Ronan, sur la voie verte, qui nous accompagnera une trentaine de kilomètres. Petite pause déjeuner sous un kiosque et sous un ciel menaçant à Regnieville (30 et quelques habitants), dernière commune de France à avoir été raccordée à l’eau courante, en 1990. Comment ces gens faisaient-ils avant ? Mystère. C’est pas parce qu’on roule qu’on ne peut pas apprendre des choses !
    Connaissez-vous la loi de Yvan ? Quand on met son K-Way, il se met à faire beau, quand on l’enlève, il se remet à pleuvoir. Et bien c’est ce qui s’est passé du moment où nous avons quitté Regnieville jusque Cléry-la-petite où Ronan bifurqua à gauche pour rentrer. À cette instant précis, des trombes d’eau nous sont tombés sur la tête. Pour stopper les intempéries, j’ai donc retiré mon K-Way mais cette fois, rien n’y a fait et il a plu jusqu’à notre arrivée chez Martine et Christian. C’est là que j’ai pensé fort à Donald Trump et à son climatoscepticisme. Prendre des hectolitres d’eau sur la tronche en plein mois d’août, ça pourrait en faire douter du réchauffement climatique plus d’un. Et puis après, je me suis rappelé qu’il faisait 50 degrés en Turquie, que le Sud de la France était ravagé par des incendies qui ont même poussé jusqu’à la forêt de Brocéliande. Pour en arriver à la conclusion qu’au final, Donald Trump, c’était qu’un con. Mais ça, on le savait déjà. Pascal Praud aussi mais ça, on le savait aussi.
    Nous avons fait une petite halte à l’intermarché de Dun/Meuse et je me suis dit qu’on devait s’y faire un peu chier, à D’un, surtout au regard des marchandises qu’on peut trouver au rayon fruits et légumes et à la caisse. De quoi tromper l’ennui (voir photos jointes). La loi de l’offre et la demande… Hélène m’a demandé de lui acheter un avocat mûr pour le repas du soir, mais après réflexion, j’ai préféré éviter, pensant que la maturité du fruit n’était pas optimale (voir photo jointe)
    C’est donc totalement trempés, bien plus que la veille que nous sommes arrivés chez nos hôtes du jour. Et lorsque j’ai demandé où on pouvait planter la tente (pour ceux qui ne connaissent pas, Warmshower, c’est une communauté où on accueille des cyclistes qui peuvent planter leur tente dans le jardin et avoir accès à la douche - d’où le nom ingénieux de la dite communauté - mais ça reste finalement assez libres ; certains warmshowers passés par Troussey ont dormi dans des lits confortables), Christian nous répondu que Martine nous avait préparé une chambre. Nous n’avons pas poliment décliné l’invitation, mais accepté de suite.
    Et après une douche réparatrice, malgré une hauteur de plafond de 1,80m (j’en mesure 1,83), nous avons dîné avec eux et leur fils Mahieu. Ils se sont avérés être des gens engagés, militants, écolo et passionnants. Une très très belle rencontre et rendez-vous est pris pour leur rendre la pareille quand ils viendront dans le sud meusien.
    Nous avons roulé aujourd’hui 74 kilomètres et selon les dires de Ronan, le paysage de l’étape de demain s’annonce assez joli. D’autant plus que le temps a l’air de s’améliorer et qu’il ne devrait pleuvoir qu’épisodiquement.
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  • Rotterdam R3 Laneuville > Nouzonville

    August 3, 2025 in France ⋅ ☁️ 18 °C

    Le chaud et le froid, ça serait une bonne synthèse de la journée. Nous quittons, ce matin, Martine et Christian, non sans leur proposer une nouvelle fois, de les héberger s’ils viennent de par chez nous. Je vois dans les yeux de Christian qu’il n’y croit guère ; je parie avec Hélène que nous le les reverrons pas, elle me soutient le contraire. Affaire à suivre, même si Hélène part avec un avantage : nos hôtes connaissent Chantal et Christian, Chantal pour son livre sur les arbres remarquables et son action dans les jardins partagés de Verdun et Christian pour son rôle dans l’AMATRAMI, qui aide les familles étrangères en difficulté. À priori, trois sujets auxquels Martine et Christian sont assez sensibles.
    Bref, nous partons et passons, sous un beau soleil, assez rapidement dans le département des Ardennes. Et qui dit Ardennes dit montées. Et dans les 25 premiers kilomètres s’enchaînent quelques belles patates, comme dirait l’ami Roland, notamment juste avant Yonk où trois petits murs assez vicieux se succèdent.
    Notre problème du jour : le ravitaillement. Nous sommes vraiment dans une zone très rurale, nous sommes dimanche et les endroits où acheter notre pitance ne sont pas légion. « Il y a une boulangerie à Sedan, à 25 kilomètres », nous avait dit Christian. « Mais elle ferme à 13h »
    « Facile ». En partant avant 10h et même en roulant aux alentours de 15km/h, rejoindre Sedan et sa civilisation nous paraissait facilement réalisable. Sauf que Christian parlait de kilomètres voiture, pas ceux de la voie verte que nous empruntons. À midi et des brouettes, Sedan était encore bien loin.
    Fort heureusement, à Mouzon, charmante petite bourgade pittoresque, nous tombons sur une boulangerie ouverte, qui propose, entre autres, des tartes au sucre et aux guêpes. Pas convaincus, Hélène choisit une salade Cæsar avec beaucoup, mais beaucoup de salade verte (et assez peu de poulet) et moi, j’opte pour un wrap kebab. Parce que je suis joueur. Et parce que lorsque la boulangère m’a également proposé un wrap poulet andalouse, j’ai vu le flacon noir de sauce andalouse, dans le frigo, vestige des derniers barbecues organisés par Noah. Du coup, j’ai choisi Kebab. Et bien le wrap kebab, c’est comme un vrai kebab, il vient et revient vous rendre visite régulièrement tout au long de la journée. Surtout en plein effort.
    Nous reprenons notre belle voie verte et parcourons désormais des paysages assez sympa, très ouverts. Et surtout, les dénivelés sont derrière nous. Nous roulons plutôt bon train dans la pampa ardennaise mais la fatigue commence à se faire sentir. Les reliefs matinaux ont laissé des traces. D’autant que cette fois, nous roulons sur du plat. Et le plat, offre le désavantage, en plus d’être assez monotone, de n’offrir aucune plage de repos. On pédale tout le temps.
    Nous traversons Sedan et faisons, un peu fatigués, une pause à Glaire, sur laquelle je ne crache pas.
    Pour info, nous regardons où nous sommes hébergés pour la nuit. Une copine d’Hélène, partie en vacances, nous prête sa maison pour la nuit. On regarde sur la carte : damned, c’est à 11 km de Charleville Mézières, notre destination première. Et comme cette étape était déjà assez longue, mon moral en prend un coup. Nous repartons et là, patatras, une chute d’énergie terrible pour moi, comme il en arrive parfois au vélo. Je n’avance plus, mes jambes sont lourdes (elles l’étaient déjà avant), les pieds me font mal, je ne trouve plus de position favorables pour mes mains et il reste désormais, nouveau comptage, 25 kilomètres.
    C’est le moment que Hélène choisit pour m’offrir un Perrier dans un endroit incroyable : la familly’s friterie, sorte de terrain de jeux pour enfants, avec des frites. On semble évoluer dans un film des frères Dardenne.
    Tant bien que mal, nous parvenons à Charleville et faisons une pause devant une aberration architecturale. Une barre de HLM dégueulasse à été construite devant une porte de citadelle. C’est affreux et j’imagine que le concepteur a dû s’enfuir dans un pays d’Amérique du Sud qui ne pratique pas l’extradition.
    Repartant pour Nouzonville, la voie verte se termine d’un coup pour enchaîner sur un mur très dru. Je déraille en voulant passer sur le petit plateau et pédale dans le vide. Je vous rappelle que j’ai des cales aux pieds et qu’ils sont donc bloqués. Je me ramasse alors sur le macadam, cette fois, côté droit. Mais à part l’amour-propre, rien de cassé. J’ai peur pour mon appareil photo, mais lui non plus n’a rien. Ouf !
    Nous arrivons, et pour ma part, un peu vacciné par cette fin de journée, à Nouzonville et recherchons la maison de la copine d’Hélène. Elle est en haut d’une très grosse côte et nous devons mettre pied à terre et pousser les vélos (et les sacoches). Totalement essouflés, nous arrivons dans un petit paradis, avec une très jolie vue. Tu m’étonnes, avec ce qu’on vient de monter, elle peut-être belle la vue !
    L’endroit est génial, et même familier puisque je découvre une de mes gravures encadrée au mur. Après une longue douche chaude, un petit repas frugal, il va être temps pour moi, de recharger les batteries. La journée de demain était une des plus longues. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut y retrancher la distance entre Charleville et Nouzonville (puisque Nouzonville est sur notre itinéraire). Ce qui fait qu’au final, nous roulerons moins qu’aujourd’hui. Ça tombe bien, mon genou se rappelle à mon bon souvenir. Rejoint par un endroit où il y a des frottements lorsqu’on fait du vélo. La nuit s’annonce réparatrice.
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  • Rotterdam R4 - Nouzonville > Givet

    August 4, 2025 in France ⋅ ☁️ 21 °C

    Il paraît que les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Arrivé exténué la veille, meurtri dans ma chair, et constatant que nous continuerons à suivre le lit de la Meuse, j’avais peur que cette journée soit le sosie de la précédente. Inquiet, j’ai mal dormi, malgré une fatigue harassante. Et je me retrouve à 3h du matin à visionner des vidéos YouTube sur les remèdes aux maux des cyclistes. J’y retiens quelques conseils, à mon sens, précieux.

    Au réveil, il pleut. Un petit crachin et un ciel gris très bas. Mais, mais… ce n’est pas ce que nous avait annoncé mon appli météo.
    Faisant fi du temps maussade et frisquet, nous quittons Nouzonville, les 5 premiers kilomètres me servant à modifier des réglages pour trouver la bonne position. Selle plus en arrière, plus haute, trop haute. Mais au final, je m’y retrouve pas mal. Hélène attend patiemment que je finisse mais nous roulons bon train, dans un relatif confort.
    Nous longeons la Meuse, très large et qui commence à pas mal sinuer. Les paysages sont très jolis. L’ensemble est assez désert, très encaissé, et de temps à autre apparaît un village dont les maisons, en bord de fleuve donnent une impression de sérénité.
    Nous roulons bien, le soleil pointe le bout de ses rayons, et nous avalons assez facilement les 30 premiers kilomètres. C’est à partir de cet instant que ma femme, à l’instar d’un Mickael Jackson se métamorphosant en loup-garou, se transforme, elle, en ogre affamé. Une pause s’impose et la quiche prévue pour la pause de midi est ingurgitée aussi sec. Un des wrap passe lui aussi à la trappe, suivi d’une barre vitaminée. Je retire vite ma main de peur de me faire mordre. Pour ma part, je me contente d’une barre bio dont l’aspect me fait carrément penser à autre chose et qui pourrait contribuer à couper l’appétit. Mais l’ogre Hélène, que dis-je, le ventre, l’abysse, le trou noir, n’est pas dégoûtée, m’en croque un morceau et valide le produit.
    Je prévois notre pause de midi à Fumay, mais l’arrivée dans cette petite ville nous semble interminable, d’autant qu’Hélène a faim et réclame. La ville est blottie dans un des nombreux méandres de la Meuse et nous devons contourner les reliefs pour y arriver, sous un grand soleil qui tape. Je promets à Hélène un café, si, si, c’est sûr, j’ai vu un bar sur la carte. Las, l’Escale est fermé mais nous squattons sa terrasse pour une très longue pause où… je vous le donne en mille, nous nous sustentons. Nous partons ensuite vers le centre-ville à la recherche d’un café mais tout les magasins sont fermés, la ville est vide, triste, désertée.

    Retour sur la voie verte où la Meuse, qui était auparavant bien sage, parfois canalisée, s’engaillardit, devient plus sauvage. C’est très beau, me dis-je. Nous approchons de Givet, et là, à la sortie d’un virage boisé, nous tombons sur une horreur (voir photo). Le choc. Je me disais bien que le nom de Givet me disait quelque chose…
    Petites montagnes russes dans les bois, s’il n’y avait ces deux foutues cheminées, tout serait presque parfait.
    Nous terminons notre étape vers Givet et Hélène scrute son appli warmshower. Nos hôtes habitent à 3km de Givet mais doivent nous donner leur adresse. Ils ne nous la donneront jamais. Adieu l’auberge espagnole pourtant réclamée.
    Nous avisons donc le camping de Givet. La tente montée, la douche prise, nous filons au centre-ville à la recherche d’un resto. Attachés aux coutumes locales, nous optons pour un restau indien où la serveuse belge toute pleine de cette spontanéité d’outre Quiévrain finit par me montrer ses cuisses tatouées, derrière le bar et fort heureusement dans le resto vidé de ses derniers clients, après que je lui ai dit que c’était mon métier.
    Une fois cet émoi passé, nous retournons sous notre tente. Hélène, qui a saucé les plats, est repue, je peux tenter de dormir malgré le côté exigu de notre abri sans risquer grand chose.

    Demain, nous basculons en Belgique pour une étape aussi longue que celle d’hier. Avec toutefois une différence toujours plus croissante : le dénivelé positif fond comme neige au soleil ou comme quiche dans la gorge d’Hélène.
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  • Rotterdam R5 de Givet à Huy

    August 5, 2025 in Belgium ⋅ 🌙 15 °C

    Je me souviens parfaitement de la réflexion que je me suis faite ce matin, en imaginant ce que j’allais écrire ce soir : il n’y aura peut-être pas grand chose à dire.
    En effet, pas ou peu de dénivelé, à priori, un parcours, comme celui de la veille qui suit parfaitement le lit du fleuve. Je me suis clairement dit que le post de ce soir risquait d’être ennuyeux.
    Comme je le disais, philosophe, à notre voisine de camping qui se plaignait de la pluie et me demandait comment nous gérions notre « mal aux fesses » : « si tout se passait bien, on n’aurait rien à raconter ».
    Ça tombe bien, parce qu’Hèlène se lève avec sa tête des mauvaises nuits. « Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit », me dit-elle. Certes, certe, mais dans la trop longue fenêtre où j’étais éveillé, il me semble bien l’avoir entendu un peu ronfler. Mais ne jouons pas sur les mots, ni sur les maux, elle manque clairement de sommeil.
    Nous partons donc dans le centre de Givet pour trouver un café réparateur puis nous prenons la route, direction la Belgique, distante de 4 kilomètres à peine.
    Passés la frontière, une première évidence s’impose : l’entretien des voies vertes n’est pas la priorité du belge. Le macadam est parfois défoncé, parfois remplacé par du pavé, celui-là même qui assassine les avant-bras ; c’est un vrai gymkhana. Et quand on a le fondement sensible, cela peut s’apparenter à une torture. Puis la voie cyclable disparaît et nous rejoignons Dinant, et son Abbaye de Leffe, par une grande route et ses voitures menaçantes. Elle est assez roulante et ça tombe plutôt bien, l’étape est longue, nous sommes finalement partis assez tard et nous ne devons pas perdre trop de temps.
    Petite précision, si Hélène, qui pour l’heure, s’accroche pour rouler, fait face à d’énormes fringales, mon talon d’Achille, mon point faible dans l’armure, c’est mon addiction habituelle… l’eau gazeuse. J’en bois des hectolitres depuis le départ. Tentant un sevrage (et surtout parce que nous n’avons pas trouvé de magasin depuis la veille), je voyage, depuis le matin avec de la bête eau plate, morne, sans saveu, recueillie dans les sanitaires du camping du plan d’eau de Givet, un camping vachement bien parce que sans moustique dans les waters, dixit ma belle. C’est peut-être aussi parce que ça caille sévère.
    En plein manque d’eau pétillante, je propose à Hélène de faire une pause au Casino que nous venons de dépasser, pour en acheter. Le bâtiment est situé au dessus de la voie cyclable et nous empruntons une rampe d’accès pour rejoindre l’entrée. La rampe s’arrête direct sur la route, et une voiture arrive. Je freine, déclipse très rapidement, mais pas assez. Je m’étale côté droit dans un immense fracas, non sans me rattraper au mur de la rampe d’accès, ce qui atténue la chute. Le genou en sang, mais emporté par ma trop lourde addiction, je m’approche de la porte du Casino. Et croise un des employés qui en sort. À sa tenue, je vois qu’il n’est pas caissier et que ce Casino, même si sa police de caractère ressemble à s’y méprendre à celle de l’enseigne française, n’est pas un supermarché mais un vrai casino. Avec mon cuissard, mon casque et mes mitaines, aucun risque que je puisse y rentrer.
    Subséquemment à ma chute, mon garde-boue, à qui il manquait déjà deux vis, frotte contre le pneu. En face du casino, Hélène avise un réparateur de vélo. Mais il est midi trente et il n’ouvre qu’à 13h. Nous décidons de manger notre pan bagnat poulet acheté le matin assis sur des plots, à côté d’un maton qui empile les sacs d’ordure des détenus de la prison située entre le casino et le magasin de vélo.
    À 13h pétantes, je saute sur le mécano, un grand maigre tout mou qui trie toutes ses vis pour choisir la bonne. Il y a deux vis manquantes sur le garde-boue : il les trie donc… deux fois. Un petit coup de graisse sur la chaîne et je retrouve Hélène qui somnole sur son plot. Nous partons donc à la recherche d’un café pour elle et d’une eau gazeuse pour moi, puisque je vous rappelle que c’est la raison pour laquelle je me suis ramassé une nouvelle fois.
    Bref, nous avons pris pas mal de retard : il est 14h passés et il nous reste encore 55 kilomètres à parcourir.
    Nous reprenons la route assez pressés et nous augmentons la cadence. Et on avale les kilomètres.
    La Meuse est jolie et il y a visiblement plus de pognon ici que dans les Ardennes françaises. Bien calé sur ma selle, la chaîne graissée, les sensations reviennent bien et nous filons, filons. Nous avons même de belles séquences où nous roulons à 21-22 km/h. Rien à voir avec les 14-15 de la veille. Pour le coup, ce sont de super sensations. Mais nous nous épuisons et à l’approche de Huy, les jambes se font lourdes. Un regard pour situer le Bed and Breakfast où nous logeons et nous découvrons qu’il est hors de la ville et qu’il y a une grosse pente raide pour y arriver. Nous n’avons plus que deux sachets de semoule et une boîte de sardine et il est clair que nous ne ressortirons pas manger en ville. De plus, j’en ai plein les pattes. Nous changeons donc de plan et avisons le premier hôtel de Huy. Hélène me semble dubitative. Nous essayons d’en appeler un autre mais il est fermé. Ou ils sont trop chers. Je reste donc sur mon premier choix : l’hôtel du fort. La façade ne paie pas de mine mais le proprio est très sympa : même si son hôtel est resté coincé dans les années 70, nous dormirons là, les vélos prudemment rangés dans un garage.
    Une fois douché, nous rejoignons un restaurant du centre-ville (sur le chemin, j’aperçois une silhouette menaçante déjà aperçue la veille - à croire qu’on fait le tour d’Europe des centrales nucléaires, beurk !) où je prends des boulettes à la sauce lapin, en souvenir d’un voyage à Bruxelles. Mon ogre de femme reconnaît qu’elle a pas mal abusé ces derniers temps et raisonnablement prend une salade. C’est tout de même mieux que deux sachets de semoule…
    Et dire que j’avais peur de n’avoir rien à dire. Ça sera peut-être pour demain et une étape beaucoup plus courte.
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  • Rotterdam R6 - de Huy à Maastricht

    August 6, 2025 in Belgium ⋅ ☁️ 19 °C

    Après une bonne nuit à l’hôtel du fort où nous n’étions pas loin d’être les seuls clients et avant de repartir, nous petit-déjeunons tout en bavassant avec le patron de l’établissement. Il nous explique un peu la Belgique, la grandeur industrielle de la Wallonie qui a permis à la Flandres de se développer, la richesse de celle-ci grâce au port d’Anvers, de la chimie et de tout plein d’autres trucs. Il flirte parfois dangereusement avec les sous-entendus, parlant des problèmes actuels qui n’existaient pas avant, les italiens c’était plus facile, même culture, même religion mais n’ose pas s’aventurer trop loin, histoire de ne pas braquer le client. Et puis je pense que c’est un vrai gentil. Il consent tout de même à reconnaître que le problème c’est le travail et le pognon.
    Nous prenons congés de lui et démarrons l’étape du jour, une étape plus courte que les précédentes. Avec la forme que je sens revenir, des réglages de selle adéquats, le beau temps, tout est réuni pour une étape tranquille et agréable.
    Mais autant la veille, le Meuse était belle, bordée de très belles maisons, ombragées ça et là par de grands saules, autant à partir de Huy, la force industrielle belge évoquée par notre hôte nous paraît visible. Tout d’abord, nous longeons la centrale nucléaire de Huy. Je veux bien entendre qu’un champ d’éoliennes, ça flingue un paysage et encore, ça se discute. Beaucoup de gens se sont paluchés sur le land art de Buren et ses alignements, et pleurnichent quand ils voient quatre éoliennes à la queue leu leu. Moi, perso, je trouve ça assez graphique.
    Je ne veux pas dire, mais les cheminées d’une centrale, dans le paysage, c’est tout aussi moche, voire plus mais c’est carrément plus menaçant. J’avais du mal à ne pas pédaler en apnée.
    La Meuse, elle, est domptée, colonisée, exploitée. Et nous roulons donc non-stop dans un univers un peu glauque. Il y a de la poussière, de la suie, du cambouis, de l’huile de coude, des sablières, des grues, des déchets. Ça rouille, ça suinte, ça fait du bruit, beaucoup de bruit. Nous tournons, évitons une usine, en contournons une autre, freinons en longeant un chantier. Pour le coup, c’est moins monotone que la ligne droite, mais c’est épuisant. On tatônne, on se trompe de chemin. Nous marquons une première pause pour un café à Seraing. Au final, nous décidons de manger en terrasse d’un café et pendant qu’Hélène est partie nous acheter des sandouiches à la boulangerie, une altercation éclate dans la rue entre une femme, à priori, bien chargée et si je comprends bien tout, une prostipute, et un passant, qui s’avèrera être, selon les dires du serveur à qui j’ai appris ce qu’était un Perrier rondelle, un irrégulier qui deale. Ça chauffe entre les deux et la prostipute harrangue le gaillard, le frappe, lui crache dessus. Lui manque de répondre, s’éloigne, puis revient. Ce qui remet une pièce dans le juke-box. Ça dure de longues minutes. Les gens tout autour sont au spectacle mais personne ne bouge. Sauf votre serviteur qui se lève et vient calmer l’énervée. Quelqu’un me remercie. Je retourne à mon Perrier, raconte à Hèlène qui n’a pas assisté à la scène et qui m’a ramené un sandwich long comme un bras - dommage, j’y avais étalé tout mon côté chevaleresque - l’intervention et voilà- t-y pas que notre prostipute revient me voir, cette fois, pour à la fois s’excuser mais aussi me faire partager sa colère, sa frustration, la douleur de son existence. Ça part dans tous les sens, ça n’a ni queue, ni tête, ni raison. C’est triste mais à force de palabres, elle consent à nous laisser en paix.
    Cette scène ne fait qu’ajouter de la tension à l’ambiance générale et nous repartons au milieu des engins de destruction, des chantiers, du bruit et de la poussière. Sur des kilomètres, on entend le bruit du métal, de l’usine, d’un mur qui s’effondre. Le revêtement, lui aussi est chaotique, entre macadam défoncé par des racines, ralentisseurs, pavés, plaques de métal mal fixées. C’est l’horreur !
    Ça brinqueballe, ça tremble, ça demande pas mal de concentration et en voulant quitter une rue pavée où mon fondement souffre le martyr, je prends un trottoir un peu haut, trop haut. Et m’étale de tout mon long. Encore une fois, plus de peur que de mal même si mon poignet gauche a encaissé. J’avoue, ça fait beaucoup pour la journée et je ne serais pas fâché d’arriver. Ça tombe bien, nous approchons de Maastricht et le calme revient. La Meuse est plus sauvage, les pêcheurs, comme la quiétude, réapparaissent. Ouf, je souffle enfin.
    Je partage mon ras-le-bol avec Héléne qui, elle, trouve les voies que nous empruntons assez sécurisées. J’objecte que depuis le matin, rien n’était plus aléatoire, risqué (nous avons roulé parmi des camions) que le trajet accompli. Tout en dissertant, nous arrivons dans les faubourgs de Maastricht. Ici, ce sont les Pays-Bas, le pays du vélo et les différences nous sautent derechef aux yeux. Le macadam des pistes cyclables est rouge, des plots empêchent les voitures d’empiéter, les feux de signalisation donnent la priorité aux vélos quasi instantanément et il y a soudain une multitude de cyclistes partout. C’est fou ! Là, je considère que c’est sécurisé. Le vélo est roi, l’automobiliste discipliné et courtois. Il faut juste faire attention de ne pas se faire percuter… par un autre cycliste.
    Nous arrivons dans un super air’b & b. Il est un peu tard, mon genou me lance un peu, moins que le poignet et nous sommes assez loin du centre : nous mangeons donc dans le quartier, mais le café visé est fermé. Nous devons choisir entre un kebab halal et un restaurant au nom évocateur : frittur
    Allez, désireux de connaître les coutumes locales, je prends une fricadelle, une autre friture dont le nom m’a échappé et des frites baignant dans une sauce, selon la serveuse, hollandaise. Le tout n’est pas bon, et on est vite écœuré. Le seul point positif est que la fricadelle est déjà moulée pour son avenir proche. Je ne vois que ça.

    Bilan à la mi-parcours : 452 kilomètres parcourus, 4 chutes en 6 jours, 127 litres d’eau gazeuse ingurgitée.

    J’ai dit « oui » à Huy
    Je n’étais pas trop serein à Seraing
    Il n’y avait pas de bouchon à Liège
    Je n’ai pas été traité à Maastricht.
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  • Rotterdam R7 - de Maastricht à Roermond

    August 7, 2025 in the Netherlands ⋅ ☁️ 22 °C

    Bon, on ne va pas se mentir, dans la matinée à été évoquée la possibilité d’arrêter notre road trip. La chute d’hier a eu plus d’impact qu’escompté. Ce matin, au réveil, difficile de poser le pied par terre. Je connais cette douleur pour l’avoir supportée de nombreuses fois, même si ça faisait un bail. Au nez, comme ça, je dirais une petite entorse. Je badigeonne la zone douloureuse de baume du tigre et après un petit déjeuner royal - Ingrid, notre hôte californienne, nous a magnifiquement accueilli, sans aucune faute de goût et avec une certaine classe - nous débutons notre étape du jour.
    En été, aux Pays-Bas, c’est comme partout ailleurs, c’est en travaux. Et après plusieurs détours, nous retrouvons laborieusement l’itinéraire préparé quelques semaines plus tôt. Mon pied gauche est douloureux et par précaution, je ne le clipse pas tant que nous sommes en ville. Je me suis lancé un défi fou : tenter de ne plus chuter.
    Nous roulons plutôt bien et avalons les kilomètres. Je sens que la forme est revenue, enfin, et tout serait parfait si ce pied ne me lançait pas. Pour être très honnête, j’aimerais un peu de répit. J’ai subi cette tendinite du ligament et le mal de genou qui va avec depuis plus de deux mois, une attaque de purine sur le pied gauche (une crise de goutte, quoi !) qui n’a pas été forte mais qui s’est bien prolongée, les frottements qui m’ont blessé au plus profond de mon être, les chutes qui m’ont abîmé genou et coude droit, poignet gauche et maintenant, c’est le pied gauche qui prend le relai.
    Je retire ma chaussure pendant la pause de midi où nous dégustons une soupe et une salade. La fricadelle d’hier était écœurante et je sature un peu avec les sandwichs. Au moment de repartir, deux constatations s’imposent : mon pied a gonflé et il rentre difficilement dans sa chaussure et la bouffe aux Pays-Bas, c’est cher. 64 euros pour deux soupes, deux salades et de l’eau pétillante, ça n’est pas donné.
    Je prends un anti-inflammatoire pour le pied et ma carte bleue pour le repas et nous repartons. Rapidement, nous faisons une nouvelle pause pour délacer ma chaussure. Ouf ! Ça va beaucoup mieux et nous enquillons les kilomètres, plus vite que les jours précédents.
    L’anti-inflammatoire fait effet et je peux même relacer ma chaussure, quel luxe !
    Nous arrivons au camping de Roermond bien fourbus. Quand elle avait réservé, la réception avait assuré à Hélène qu’il y avait toujours de la place pour les tentes. Et comment ! Pour 23 euros la nuit, nous sommes relégués à l’extrême bout du bout du camping, loin de tout et notamment des sanitaires, avec impossibilité d’avoir l’électricité, précieuse pour recharger téléphones et batteries. Quand Hélène demande s’il y a un badge pour les sanitaires, un réceptionniste pas très accueillant lui répond que non. Mais il oublie de stipuler qu’il faut payer pour l’eau de la douche. Dans des sanitaires assez sales, ma foi. Bref, j’ai l’impression que nous sommes des vaches à lait.
    Mais tout ça me touche finalement assez peu, parce que le pied va beaucoup mieux, nous avons pris encore plus de plaisir à rouler. Je ne veux augurer de rien mais les jours à venir s’annoncent radieux. C’est bien ça le plus important.

    Kilomètres du jour : 72,52
    Kilomètres cumulés : 524,85
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  • Rotterdam R8 - de Roermond à Geijsteren

    August 8, 2025 in the Netherlands

    Au réveil,
    Pas mal au pied,
    Pas mal aux genoux,
    Pas mal au poignet,
    Pas mal au coude,
    Pas mal aux fesses…

    Le sommeil a été réparateur. Il faut dire qu’hier soir, j’étais écrasé par la fatigue. Je me suis endormi à peine allongé, sans même avoir eu le temps de procéder à mon rituel quotidien : un peu de biofreeze sur le genou gauche, un peu d’homéplasmine vous imaginez où, un peu de baume du tigre sur les cuisses et sur le pied.

    La seule douleur, c’est à la tente que nous l’avons ressentie. Une des armatures était fendue et elle n’a pas supporté la tension. Au petit matin, un craquement et l’armature sort de son logement, et crève le double toit. Nous tentons de la réparer tant bien que mal avec du ruban adhésif mais j’ai bien peur que ça ne soit pas suffisant : nous verrons bien.
    Ça a quand même le don de me mettre les nerfs en pelote, cette histoire. Globalement, tout les problèmes de logistique m’énervent au plus haut point. Au judo, c’est simple, le matériel : un kimono, une ceinture. Tu apprends à faire correctement ton nœud et normalement, ça ne bouge plus, même si un gros bœuf vous tire sur les vêtements. Quand vous voyez un judoka, dans une compétition, qui se rhabille, c’est juste qu’il est à bout de souffle et qu’il a discrètement desséré son nœud : le temps qu’il la refasse, il aura gagné de précieuses secondes de récupération. Pareil, à la piscaille, tu as ton slip de bain et basta. Sauf si l’élastique casse, il ne peut pas arriver grand chose. Au vélo, tu as la chaîne, les pneus, la selle, si vous avez tout bien suivi depuis le début, les cales (très important !), les sacoches, j’en passe et des meilleures. Au camping, il faut aussi gérer tout le matériel : toile, sac de couchage, tapis de sol, matériel de cuisine : autant de temps que j’estime perdu.

    Mais on gère, parfois en bougonnant, mais on gère.

    Nous quittons donc l’affreux camping assez tard, non sans avoir remarqué que la langue première y est l’allemand. Tous les écriteaux sont d’abord en allemand, puis en néerlandais. Pas d’anglais, alors, en français, pensez donc ! Il faut dire que nous longeons la frontière qui est étrangement parallèle au lit de la « Mass », la Meuse. Comme si on avait collé une bande de terre de quelques centaines de mètres pour y faire figurer la limite.

    Même la langue est très proche. Ce qui me plonge dans une petite problématique. En allemand, merci, c’est « danke ». En néerlandais, c’est « Dank u » (prononcez bien u et non ou). Ce qui fait que lorsque vous remerciez quelqu’un, vous n’êtes pas loin de lui balancer « dans l’cul ». Je suis allé récemment voir une pièce de théâtre dans laquelle mon fils jouait, une purge de près de trois heures dont le ressort comique reposait en partie sur le nom des deux personnages principaux : sulky et sulku. Ça ne m’avait pas fait rire du tout. Là, je suis gêné et je lance plutôt des « Thanks » anglais, plus universels et pour moi, moins dérangeants. Mais mon désarroi amuse beaucoup Hélène qui remercie en néerlandais de manière assez sonore. C’est très puéril, je vous le concède, mais ça nous fait beaucoup rire.

    Et sinon, côté vélo, cette journée à été une journée de pur plaisir. Affranchis des douleurs (je mets un « s » parce qu’Hélène les a subies aussi, à sa manière), nous avons bien roulé dans ce qui s’avèrera être du vrai Gravel : chemins de graviers, chemins forestiers, montées, descentes… Nous avons parfois abandonné la Meuse, jamais très loin d’ailleurs, pour tourner autour de ses bras, assez sauvages, habités par quantités d’oiseaux, oies, hérons, canards et même une cigogne. Quand nous la retrouvions, c’était pour la traverser, notamment à l’aide de bacs (1,30 euro par personne). Nous avons traversé la campagne néerlandaise, longé de nombreuses et immenses serres pour finir par arriver à un autre camping, celui-ci bien différent du précédent : un naturencampen, un petit camping charmant, très boisé, tout en bord de Meuse, assez cosy et très accueillant. Nous ne sommes pas relégués à l’autre bout de la terre, nous ne devons pas payer pour les douches et les gens sont très gentils. Si jamais vous passez dans les parages, on vous garde l’adresse.

    Bref, c’était une super journée !

    Jours sans chute : 2
    Kilomètres du jour : 73,88
    Kilomètres cumulés : 598
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  • Rotterdam R9 - de Geijsteren à Oss

    August 9, 2025 in the Netherlands ⋅ 🌙 16 °C

    Bon… au départ, cet article devait s’intituler : de Bergen à Lith. Sauf que nous ne sommes pas partis de Bergen et nous ne sommes pas arrivés à Lith. Pourquoi, me direz-vous ?
    Parce que nous avons été rattrapés par la realcyclorandonnée.
    Je m’explique : il y a quelques semaines, confortablement installé dans le fauteuil du chef, le fauteuil qui trône au bout de la grande table basse du salon, j’ai concocté nos itinéraires. La base, c’est la Maasroute, autrement dit la route de la Meuse. J’ai le point de départ, Troussey, j’ai le point d’arrivée, Rotterdam. Entre les deux, à ce moment, tout reste à écrire. Et donc je parcours la route de la Meuse et définit les différentes arrivées dans des villes ou villages distants d’entre 65 et 90 kilomètres, la fourchette acceptable. Ensuite, Hélène cherche des hébergements aux alentours de ces points d’arrivée. Parfois, ça colle exactement avec, parfois, elle doit aller chercher un peu plus loin. C’est ainsi que parfois les étapes sont allongées, parfois, elles sont plus courtes, de toujours quelques kilomètres. Et donc des Bergen se transforment en Geijsteren et des Lith se transforment en Oss. Mais pas d’inquiétude, nous passerons à Lith demain matin.

    Nous quittons donc notre super camping, assez tôt finalement et roulons à travers champs. Rapidement, j’ôte manchons et coupe-vent car le soleil commence à bien taper. Il paraît qu’en France, la canicule menace…
    Nous traversons des champs de patates, de betteraves, mais aussi de fleurs, hautes sur tuteurs. Hélène me fait remarquer que les Pays-Bas sont un des plus gros producteurs, sinon le plus gros, de fleurs d’Europe. À priori, il ne pousse pas que des fleurs, ici (voir photo jointe).
    Nous roulons de bon train dans la chaleur, en empruntant pas mal de digues, qui protègent les champs et les habitations d’éventuels débordements de la Meuse.
    Nous nous arrêtons pour déjeûner, dans une guinguette en bord de bras du fleuve où les touristes louent des bateaux.
    Comme je suis joueur et toujours désireux de goûter à la culture locale, je m’essaie à la croquette de poisson. Hélène, elle prend moins de risque avec une salade au chèvre - miel.
    S’il y a bien une catégorie que je n’apprécie pas, chez nos amis bataves, ce sont les cuisiniers. Pour n’importe quel plat, ils te le servent avec beaucoup de pain, accompagné d’une mayonnaise truffée, ou aux herbes, ou du beurre. Ou tout à la fois. Et les plats baignent souvent dans une sauce immonde. Bref, c’est pas génial.
    Là, ma croquette est bêtement posée sur une tranche de pain. Sur la deuxième, une sorte de tartare de thon aux herbes. Évidemment, il y a du beurre. C’est sans intérêt et gustativement fade. Au moins, j’aurais essayé..

    Nous repartons sous la cagnard et je me rappelle subitement que les Pays-Bas sont réputés, non pas pour leur art culinaire, j’en serais très étonné comme je viens de vous le conter, mais pour leurs moulins. Et qui dit moulin dit vent. Et qui dit vent, dit extrême fatigue du cycliste.
    Nous avions déjà eu du vent dans les Ardennes, notamment. Il venait du Nord et s’engouffrait dans le lit de la Meuse. Mais c’était largement supportable.
    Là, nous roulons désormais plein ouest, nous sommes plus près de la Mer du Nord et la deuxième catégorie que j’exècre dans ce pays, ce sont les ingénieurs qui ont prévu les routes cyclables sur les digues. Nous sommes hyper exposés et le vent nous arrive en pleine poire.
    Je devrais m’arranger pour lui offrir moins de prise, mais ce n’est pas avec les sauces concoctées par les cuistots hollandais que ça va commencer. On roule depuis presque 10 jours et je n’ai pas l’impression d’avoir perdu un gramme. Par contre, c’est de la mayonnaise truffée qui coule dans mes veines.

    En temps normal, je ne prête que très peu d’attention aux vélos électriques, de temps à autre les aperçois-je un peu dédaigneusement. Mais là, avec le vent qui nous fouette le visage, nous cravachons comme des malades et je vois des personnes, tranquillement assises confortablement, comme sur une chaise, guidon très haut, nous doubler sans avoir l’air de peiner. À cet instant précis, je les maudis. Ce doit être, soit des cuistots, soit des ingénieurs des ponts et chaussées.

    Nous arrivons assez fatigués à Oos, dans un hôtel moderne, qui paraît assez luxueux. Pour vous dire, le lit est grand comme notre chambre et la douche comme notre salle de bains. Je demande à Hélène si elle a vendu un rein pour nous offrir ce palace. Oh stupeur ! j’ai payé plus cher à l’hôtel du Fort, à Huy. Et pourtant, ça n’est pas le même standing.
    Repas léger au restaurant de l’hôtel où le serveur hallucine lorsque je commande, en dessert, des pommes de terre au four… Qu’ils me servent, bien évidemment avec beaucoup d’une sorte de mayonnaise épicée.
    Mais comment font-ils, ces damnés bataves ? On les croise, ils sont grands, blonds, élancés en grande majorité. Ils ne doivent pas manger la nourriture des cuistots locaux. Ou alors, juste après, ils vont pédaler face au vent, sur leurs foutues digues. Je ne vois que ça.

    Jours sans chute : 3
    Kilomètres du jours : 72
    Kilomètres cumulés : 670
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  • Rotterdam R10 - de Oss à Arkel

    August 10, 2025 in the Netherlands ⋅ 🌙 19 °C

    Ce devait être une étape plus courte. Puisqu’on ne partait plus de Lith, qu’on arrivait plus là où on avait prévu d’arriver, tous les itinéraires s’en trouvaient désormais obsolètes. Nos corps fatigués poussaient également à un peu de retenue. L’arrivée de cette étape courte tombait donc à point nommé.
    Google Maps indiquait donc 55 kilomètres. Mais je dois vous l’avouer, je n’aime pas Google.
    Mon appli d’accès à Internet, c’est Brave, qui bloque les publicités. Son moteur de recherche est peut-être moins performant que celui de Google mais il me satisfait. Et puis je n’aime pas ce qui règne en quasi hégémonie. Google, Microsoft, vous le voyez, je ne suis pas trop GAFAM. Je bosse depuis près de trente ans sur des ordinateurs avec une pomme dessinée dessus. Primo, je déteste l’ordinateur, je lui préfère le fait-main, mais j’ai été obligé d’apprendre à m’en servir, deuxio, je déteste le snobisme lié à Apple et ses produits soit-disant au top de la technologie. Cela dit, j’ai un Mac Book Pro, un IPhone et des AirPods (que j’adore, soit dit en passant, mais le monde n’est-il pas paradoxe, hein, je vous le demande ?).
    Mais je digresse. Revenons-en à l’estimation kilométrique de Google, assez différente de celle de Strava. Strava, c’est l’appli des sportifs qui mettent en lumière leurs propres performances et peuvent les comparer à celles des autres. C’est grâce à Strava que j’ai eu la confirmation de ce que je savais déjà : je suis un sportif très moyen, pas hyper rapide mais pas non plus le plus nul. Génial, merci l’appli.
    Mais Strava permet de préparer ses itinéraires, et surtout en fonction des utilisateurs qui l’ont déjà emprunté.
    Bon, je digresse une fois de plus. Nous avions prévu de suivre la Meuse et Google, lui, il s’en fout de la Meuse, il envoie au plus direct. Strava, lui, me proposait donc un parcours un poil plus long, mais fidèle à l’esprit de nos vacances : suivre le grand, le beau, le majestueux fleuve.
    C’est décidé, nous choisirons le second itinéraire, un, parce que ce n’est pas Google, deux, parce que je baigne dans l’illusion d’être un sportif dans le coup, trois, parce que je veux voir de jolis paysages et quatre, bah, parce qu’avec cet itinéraire, on emprunte des bacs et ça m’amuse beaucoup de monter mon vélo sur un objet flottant, même si ce n’est que pour quelques mètres et même si ça coûte 1,30 euro par personne à chaque fois.

    Nous roulons donc à un assez bon rythme, toujours dans la campagne néerlandaise. Sur les digues, comme la veille, mais cette fois, elles sont également empruntées par les voitures.
    Comparaison n’est pas raison, mais ça ressemble de plus en plus au Danemark : petites maisons d’un seul niveau, au toit de chaume, blotti derrière la digue, de sorte qu’on n’aperçoit que le toit, petites échoppes esseulées où on peut acheter des fruits ou des légumes On n’est pas complètement au Danemark, qui n’a d’ailleurs aucune frontière commune avec les Pays-Bas, puisque les caisses sont cadenassées.

    Nous rencontrons beaucoup de vélos, sous toutes formes. Pas mal de jeunes, casqués, qui font du vélo de route, beaucoup de gens plus tranquilles, qui montent de grands vélos confortables. On voit également des vélos où le conducteur est couché, un qui ressemble à un suppositoire, des tandems, etc.. Pour la plupart, ceux-ci ne portent pas le casque. Il faut dire, et je l’ai déjà dit, tout est incroyablement bien organisé pour les deux-roues et il n’y a aucun danger. Les cyclistes ont leurs propres routes, leurs propres ponts, leurs propres sens giratoires. Du coup, le vélo y est incroyablement développé. Un néerlandais roule 909 km par an à vélo. Contre 87 pour les français. Malgré nos efforts pour remonter la moyenne.

    Après une salade, nous reprenons notre digue pour rallier un nouveau bac. Le vent, tel un ado boutonneux, n’était pas ou peu présent le matin. Mais il s’est réveillé, comme la veille, pour le repas et il souffle assez fort désormais. Bien évidemment, il arrive de face. Mais ça n’est pas que négatif… le mercure affiche 31 degrés (elle est un peu con, cette expression, qui a encore un thermomètre au mercure ? ) et le vent nous rafraîchit un peu. Moins qu’il ne nous ralentit, mais c’est toujours bon à prendre.

    Nous arrivons au deuxième débarcadère et là, stupeur, personne. Les bacs enchaînent pendant toute la journée des traversées. Et il y a toujours des usagers. Mais là, un panneau nous donne les horaires d’ouverture. C’est fermé le Zontag. Zontag, ça ressemble à s’y méprendre à Sontag qui en allemand signifie dimanche. Ça tombe mal : nous sommes dimanche. Pas de bac.

    Nous resterons donc sur cette berge pour finir l’étape, mais ça rallonge pas mal le trajet. Nous ne perdons pas de temps, rebroussons chemin et pédalons assez fort pour récupérer le temps perdu, sous le cagnard batave. Je prends un bon coup de chaud et on s’arrête, fait exceptionnel, chez un glacier. Une fois ma température corporelle redescendue, nous finissons l’étape pour arriver à Arkel. Fait étonnant, Hélène m’a juste donné un nom de rue. Je cherche, je cherche puis elle me donne, en arrivant dans le village concerné, le numéro de la rue. Ce qui rallonge le trajet de 1,9 km. « Mais qui fait ça ? », me dis-je en mon for intérieur. Puis je change de sujet et parce que je viens de remarquer un joli petit moulin dans le patelin.

    Et ben ceux qui font, ça, banane, ce sont ceux qui font des surprises et qui ne veulent pas l’éventer. La surprise, c’est que notre piaule du soir est dans le moulin. L’endroit est génial, même si la montée des escaliers est un peu raide pour celui dont le genou reste encore fragile ! Mais merci, Hélène, c’est top !

    Finalement, cette étape, l’avant-dernière, aurait pu être longue de 55 km. Nous en aurons fait 78, c’est à dire plus que les jours précédents. Mais vu où nous dormons, le jeu en valait largement la chandelle.
    Demain, nous prévoyons une étape courte pour arriver à Rotterdam. Mais allez savoir ce qui peut se passer…

    Jours sans chute : 4
    Kilomètres du jour : 78,35
    Kilomêtres cumulés : 748
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  • Rotterdam R11 - de Arkel à… Rotterdam

    August 11, 2025 in the Netherlands ⋅ 🌙 22 °C

    L’étape du jour aurait du être l’avant-dernière du périple. Initialement, nous avions prévu de rouler jusqu’à une bourgade au sud de Rotterdam, puis le lendemain, de pousser jusqu’à la Mer du Nord et de revenir sur ce qui s’avère être le plus grand port d’Europe.
    Mais un petit quiproquo entre Hélène et moi a annihilé cette douzième étape et celle du jour nous a servi à rejoindre notre but initial, Rotterdam. Et je ne vais pas m’en plaindre : ce matin, le réveil est difficile, les jambes lourdes.
    Le trajet du jour n’a rien eu de notable. Pas grand chose à en dire puisque nous n’avons pas traversé de jolis paysages mais plutôt roulé dans la banlieue de Rotterdam, notamment à côté d’une autoroute, au milieu d’espaces verts et de petits étangs moussus. Je m’interrogeais alors que j’arpentais cette piste cyclable, sur le bien fondé de faire rouler les gens à côté d’une autoroute. Même si le mur anti-bruit fonctionne à merveille, les particules en suspension que les gens qui pédalent doivent inhaler, c’est pas du pur ! Du coup, j’ai fermé un peu plus la bouche sur cette portion de route. Totalement pathétique et inutile.
    Nous arrivons donc dans Rotterdam en passant par de petits quartiers résidentiels périphériques un peu charmant. Des canaux serpentent de chaque côté de la rue et chaque propriétaire, ou son architecte, ont rivalisé d’ingéniosité et parfois de mauvais goût, comme ce véritable pont-levis, pour réaliser une entrée qui enjambe ce petit canal, dans lequel s’ébattent des canards tout noirs et tête et bec blancs.
    Petit aparté, les canards et les oies ont été nos compagnons de route depuis que nous sommes aux Pays-Bas. Il y en a régulièrement un peu partout et les gens les laissent tranquilles. Pour ceux qui se souviennent de Jean-Michel, notre jars, c’est mieux ainsi, d’autant qu’ils auraient à faire face à tout un troupeau.
    Soulagés, nous arrivons sous un cagnard pas possible et décidons de faire une halte au centre de la ville pour se réhydrater avant de prendre nos quartiers. Je suis assoiffé mais c’est un sketch et la boisson commandée n’arrive que 15 minutes après, alors que le bar est quasi vide.
    Nous sommes juste à côté des maisons cubiques de Piet Blom. La ville paraît architecturalement très moderne, assez cosmopolite (retailleau y ferait des cauchemars), une sorte de ruche géante. À observer le comportements des cyclistes et des vélomoteurs, on voit qu’on est dans une grande ville : c’est la jungle. Feux rouges grillés, dépassements dangereux, priorité bafouée, il faut se mettre à niveau et être assez vigilant. Hélène manque de se faire renverser par un scooter un peu trop pressé.
    Nous logeons pour les 3 prochaines nuits dans une maison tout en hauteur. Mes genoux font la moue quand ils comprennent que notre chambre est au 4e. Petite douche et grosse sieste puis nous sortons commencer à explorer la ville. On commence par Delfshaven, le seul quartier à ne pas avoir été détruit pendant la seconde guerre mondiale, puis après un petit verre, nous rejoignons Héroïne, un resto gastronomique repéré par Hélène. C’est très très bon, pas très cher, surtout par rapport au bar où nous avons pris de pauvres tapas, visiblement surfacturées.
    La serveuse est ravie que nous soyons français et exulte même lorsque nous lui disons que nous n’habitons pas très loin de Chalon en Champagne, la provenance du champagne qu’elle nous sert. Du coup, elle vient s’essayer au français et se démerde d’ailleurs plutôt pas mal. Lorsque je lui traduis « oignons caramélisés », elle est au bord du malaise.
    C’est un festin, et ça nous change des sandwichs et pour moi des fricadelles grasses et dégueulasses.
    Ainsi s’achève notre journée et je vous écris depuis mon pigeonnier où il fait une chaleur à crever.
    Demain, visites de musées et surtout, nous devons aller à la gare. Nous ne savons toujours pas comment nous rentrons. Enfin, avec quels trains. Vous découvrirez ça dans la suite de nos aventures.

    Jours sans chute : ça n’a plus d’importance
    Kilomètres du jour : 52
    Kilomètres cumulés : 800 (tout de même)
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  • Rotterdam R12 - Rotterdam à… Rotterdam

    August 12, 2025 in the Netherlands ⋅ ⛅ 27 °C

    N’allez pas croire que notre périple s’est terminée avec notre arrivée, hier, à Rotterdam. Loin s’en faut.
    Primo, nous avions dans l’intention de visiter un peu la ville. Et donc, nous continuons à pédaler, même si je ne tiens plus les comptes. Mais ici, comme je le disais et ça s’est confirmé encore aujourd’hui, pédaler relève de la mission casse-cou par moments.
    Il y a énormément de vélos, tout autant ou presque de cyclistes (attention au piège mathématique : il peut y avoir des tandems ou des vélos-cargos), ça déboule de partout et laissez-moi vous dire que ça ne respecte pas tout le temps le code de la route. Mais piétons, cyclistes, motocyclistes (on n’en parle pas mais il y en a aussi une quantité non négligeable) et automobilistes cohabitent assez bien, même si certains conducteurs ne rechignent pas à faire vrombir leur moteur ou à faire crisser leurs pneus.
    Deuxio, parce que notre retour n’est pas totalement assuré. Je m’explique… Nous avons prévu de rentrer en train. Aux Pays-Bas, c’est comme au Danemark, les emplacements vélos sont prévus dans les wagons. On monte, on accroche son biclou et le tour est joué.
    En France, c’est un peu différent. Je me souviens de Julien De Normandie, éphémère ministre des transports de la macronie, se frapper le torse des poings en affirmant que la France, promis, prenait enfin son virage écolo et question mobilité, y mettait le paquet, que c’était la priorité du gouvernement et qu’on allait voir ce qu’on allait voir, nomdidiou ! Bon, à priori, c’est aussi prioritaire que la lutte contre les féminicides, la lutte pour le pouvoir d’achat et tout un tas d’autres promesses non tenues, mais avec la macronie, faut-il encore s’en étonner ?

    Dans les faits, quand vous êtes en vélo en France, il faut réserver la place de votre bicyclette dans le TGV, au prix de 50 euros, en ayant été brûlé quelques cierges auprès de Saint-Christophe ou Hermès (c’est selon, en fonction de votre religion et que si vous vénérez Hermès, si, si, ça existe encore, vous êtes sacrément atteint) auparavant car la rame ne compte que 3 emplacements pour les vélos. Il faut aussi les empaqueter dans une housse, en ayant d’abord pris soin de retirer la roue avant. Un chemin de croix qui montre vraiment la volonté politique de la France, si on oublie l’état ridicule des voies de circulation dédiées aux vélos, de lutter contre la pollution, pour l’exercice physique, j’en passe et des meilleures. C’est bien beau d’envoyer Jean-Michel Blanquer se trémousser comme un dindon, non pas à Ibiza, mais dans une cour d’école, mais développer le vélo et ses infrastrucures serait bien plus efficace qu’un ministre pathétique pour lutter contre l’obésité infantile.
    Si on ne veut pas payer les 50 euros, il faut alors prendre un TER, toutes gares entre Paris et Nancy et au lieu d’1h30, c’est plutôt une demi-journée passée dans un wagon moins confortable, à supporter un quidam qui écoute la musique sur son téléphone, sans casque ou à subir les attaques pestilentielles de son voisin qui a une petite faim et que c’est l’heure de manger le formidable sandwich au pâté de foie-cornichons et d’en faire profiter tous les copains-copines du compartiment.

    Nous nous rendons dans la superbe gare de Rotterdam. Je vous l’ai dit, c’est une ville neuve, quasi totalement détruite il y a 80 ans, une ville moderne avec beaucoup d’audace architecturale. À ce titre, la gare est, à mon sens, un magnifique bâtiment.
    Nous laissons nos vélos dans un parking à vélo spécifiques sous la gare. C’est immense et il y a des milliers de bicyclettes. Le parking y est gratuit mais vous pouvez vous faire embarquer votre deux-roues au bout de quinze jours, s’il n’a pas bougé. J’aimerais bien savoir comment on repère le véhicule indésirable…

    Le service rendu au guichet est exceptionnel de compétence. C’est rapide, efficace. Nous voici donc avec trois billets : Rotterdam > Paris, puis Paris > Bar le Duc et enfin Bar le Duc > Commercy. Il nous restera ensuite vingt minutes de vélo pour rentrer dans nos pénates. Le tout en un peu plus d’une demi-journée. Nous repartons même avec l’adresse d’un magasin de vélo tout proche où nous pouvons acheter ces satanées housses.
    Sauf qu’ils n’en ont pas en stock. Qu’à cela ne tienne, nous allons chez Décathlon. Le verdict est le même. Puis dans un autre magasin, puis dans un autre encore. Pas de housse disponible. Nulle part. Si, il y en a une disponible dans un magasin à plus de 20 kilomètres et une autre à Roermond.
    Je vous ai dit que je n’aimais pas trop les GAFAM. Hélène encore moins que moi et elle m’a déjà fustigé, que dis-je fusillé alors que j’avais commandé sur Amazon, à l’époque où je télétravaillait et ne venait quasiment plus à Nancy.
    Mais là, soudain, l’idée jaillit dans mon esprit. Et si nous les commandions sur Amazon, en donnant l’adresse du Air B’nB comme adresse de livraison ? Il ne reste plus qu’à espérer qu’elle n’aura pas de retard (j’ai payé pour une livraison prioritaire pour demain). Au lieu de quoi, nous devrions échanger nos tickets pour une journée, trouver un nouveau logement car nous ne pouvons prolonger dans celui-là, revenir y chercher les deux housses pour pouvoir enfin prendre le train. Pour un vélo qu’on pourrait tout simplement avcrocher, c’est benêt ! Et il y a encore du boulot pour assouplir le mammouth !

    Cette charmante activité nous a tout de même tenu en haleine toute la matinée. Ayant le sentiment du devoir accompli et surtout d’avoir tout tenté pour rémédier au problème, nous partons manger à Markthal, un marché couvert où bon nombre de cuisines sont proposées. Ça nous rappelle Aarhus où Vincent et Jules nous avaient emmené, mais c’est plus petit et il y a moins de choix. Mais les baos étaient très bons.
    Puis nous allons au musée Boij Mans. Il est en rénovation et nous visitons son annexe, le Dépôt, un immeuble incroyable où sont exposées certaines œuvres alors que d’autres y sont stockées. On voit les restaurateurs (de tableaux) travailler derrière de grandes baies vitrées.

    Nous rejoignons ensuite un autre endroit, le Foodhallen, au concept similaire à celui du Markthal. Cette fois, nous testons la cuisine indonésienne.

    Au sortir, nous devisons gaiement quand soudain… « Yvan, Hélène ? » Nous nous retournons et reconnaissons Robert, notre premier warmshower passé par Troussey il y a quatre mois. Il descendait alors jusqu’à Langres. Il a finalement traversé les Pyrénées, à roulé en Espagne puis en Italie avant de revenir il y a quatre semaines. Nous l’avions plutôt bien accueilli, lui avions fait à manger et il avait dormi dans un vrai lit.
    Rotterdam compte 634 000 habitants, nous y connaissions une seule personne et nous tombons sur lui totalement par hasard. C’est tout bonnement incroyable ! Nous discutons dix minutes, chacun n’en revenant pas. Robert décline notre invitation à aller boire un coup : il commence tôt un nouveau job le lendemain matin, et bon, le néerlandais sait être sérieux et déterminé.

    Si demain, Amazon nous livre les housses, peut-être serais-je un peu moins vindicatif quand Jeff Bezos enverra une de ses fusées dans l’espace. Me connaissant, même si je ne suis pas un monstre d’ingratitude, ce n’est même pas sûr…
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  • Rotterdam R13 - chambre > chambre

    August 13, 2025 in the Netherlands ⋅ ☁️ 25 °C

    Petite journée aujourd’hui. Pas grand chose à se mettre sous la dent puisque nous avons passé la journée à attendre la livraison Amazon de nos deux housses à vélos, synonyme de retour à Troussey.
    J’ai passé ma journée à consulter mon téléphone pour m’assurer que la livraison aurait bien lieu aujourd’hui. À 9h du matin, les housses était, en provenance d’Allemagne, sur le sol batave. Un rapide coup d’œil m’informait qu’elles étaient à 20 minutes à vélo d’ici. J’ai même cherché l’adresse d’un éventuel entrepôt Amazon, en me disant que je pourrais les appeler, leur dire que je venais chercher le colis, mais aucun entrepôt, aucun numéro. Il n’y avait plus qu’une seule chose à faire : attendre.
    J’étais déjà un peu plus serein parce que je savais que la livraison serait aujourd’hui, mais restait à savoir quand.
    Nous avons donc tué le temps, ma moitié et moi-même. Cela m’a même permis d’égaliser au nombre de victoires au Splendor Duel. Hélène est allé courir dans un parc à proximité et nous a ramené notre déjeuner.
    L’après-midi s’est écoulé lentement, très lentement, les yeux rivés sur mon téléphone sans trop voir d’évolution concernant la livraison.
    À 16h, les choses se mirent à bouger un peu et soudain, tel une délivrance, ce message est apparu : « 8 livraisons avant la vôtre », puis 6, 4, 3… À 18h, les housses étaient enfin là. Ouf !
    Ne restait plus qu’à faire un test grandeur nature, histoire de ne pas avoir de surprise le lendemain à la gare.
    Il faut retirer la roue avant, ôter deux vis pour permettre à l’armature qui soutient les sacoches avant de se rabattre contre le tube du cadre, retirer la selle et tout rentre dans la housse. Le tout est diablement lourd. Et encore, nous n’avons pas les sacoches.
    Demain, nous avons une heure entre la Gare du Nord et la gare de l’Est. Il nous faudra alors remonter les vélos. En une heure, ça devrait le faire. La petite répétition de ce soir nous aura permis de nous familiariser avec les gestes nécessaires afin de perdre le moins de temps possible. Ensuite, nous voyagerons en TER, pas besoin de démonter le vélo.
    Une fois notre entraînement terminé, nous parcourons le quartier pour trouver un petit resto. Ce matin, en allant courir, Hélène a pu constater qu’il était assez vivant.
    Et sur qui tombons-nous ? Sur ce bon vieux Robert, qui habite, en fait, la rue parallèle à celle où nous logions. Et comme de vieux copains, nous taillons le bout de gras sur le trottoir, lui demandant comment s’était passé la première journée de son nouvel emploi et que si tu as un resto à nous conseiller, on t’écoute… Robert, qui a piscine et ne peut donc pas nous accompagner manger nous envoie dans un restaurant indonésien. Puis je m’arrête chez un
    Barbier qui ne parle pas un mot d’anglais pour me raser la tête et rafraîchir un peu ma barbe, véritable jardin anglais depuis notre départ de France. Il comprend tout de même ce que je souhaite, surtout en voyant ma tête de Beatle, période Let It Be. Ça fait du bien.
    Nous retournons derechef nous coucher car demain, nous nous réveillons tôt (si je parviens à dormir). Pour éviter toute surprise, réveil à 5h et départ en vélo à 5h20 pour la gare. Il nous restera pas mal de temps pour les démonter et les empaqueter. Merci le système français !
    Enfin, ça, c’est si je réussis à dormir. Me connaissant, les jours de départ, je suis généralement réveillé deux heures avant le réveil. La tension sera retombée lorsque nous serons gare de l’Est, en temps et en heure. Pas avant.
    Je suis animé d’un petit sentiment de frustration. Cette journée stérile, passée à attendre, nous a empêché de visiter le musée de la photo, de faire les touristes pour une visite de la Meuse en bateau et nous n’avons même pas vu son embouchure. Et pas sûr que revenir ici fera partie de mes priorités même si le peu que j’ai vu de la ville m’a beaucoup plu.
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  • Rotterdam R14 - Retour à Troussey

    August 14, 2025 in France ⋅ 🌙 24 °C

    Et voilà, tout à une fin. Il y a les fins qu’on espère, qu’on attend, comme la fin du gouvernement Bayrou et avec lui ses ministres Darmanin et Retailleau et les fins qu’on redoute, qu’on tente de freiner.
    La fin de notre parcours néerlandais fait bien évidemment partie de la deuxième catégorie.
    Il est synonyme de fin des vacances, de reprise de ce train-train quotidien, celui qui, à force, nous étreint, nous broie, nous fatigue. C’est la fin des vacances, quoi !
    Après, comme je l’avais prédit dans le post précédent, une nuit épouvantable, je réveille Hélène, ferme les sacoches fin prêtes depuis la veille et commence à descendre les bagages, depuis le haut de cet immense escalier. 3 voyages pour commencer et le tour est joué : je suis trempé de sueur.
    De toutes façons, mon esprit avait déjà intégré que cette journée serait fatiguante.
    Je récupère les vélos, nous les chargeons et filons à la Rotterdam Centraal. À 5h du matin, les rues sont comme à Troussey, quasi vides. Nous arrivons à la gare et cherchons de suite un préposé qui pourrait nous expliquer comment fonctionne le chargement des vélos. D’autant que le règlement de l’Eurostar stipule qu’il faut se présenter, dans le cas présent, 90 minutes avant le départ.
    Ça, c’est sur la papier. Sur le terrain, c’est tout autre chose et il n’y a personne dans la gare, si ce n’est du personnel de sécurité à qui je réussis à obtenir le numéro du quai. Pour le reste, on repassera.
    Nous décidons donc de démonter les vélos et les ranger dans leur housse parfaitement neuve. Puis nous attendons que le train arrive.
    Une fois montés à bord, nous laissons nos vélos dans le couloir et prions pour ne pas tomber sur un contrôleur trop zélé et service-service qui pourrait nous chercher des poux sur la tête. Mais là encore, personne ne vient nous dire que c’est impossible. Nous embarquons, le train part, c’est fait : en route pour Paris !
    Arrivés Gare du Nord, nous libérons nos vélos, donnons deux trois tours de clefs, remettons d’équerre mon guidon, réinstallons les roues avant, sous le regard amusé de deux conducteurs de train. Nous enfourchons nos vélos direction la Gare de l’Est et embarquons dans un TER. Là, les places pour les vélos sont plus nombreuses et pas besoin de démonter les biclous.
    En fait, il n’y a que trois places pour toute la rame. Et nous sommes déjà 5. Ça va frotter. Qui plus est, ça n’est pas un système d’accrochage, mais d’arrimage des vélos. Tout le couloir est obstrué et je serre les fesses pour que le contrôleur ne nous éjecte pas. En effet, nos infos semblent erronées : il faut payer et réserver pour les vélos, même sur les TER. Le contraire de ce qu’on nous avait annoncé.
    Le train démarre. À travers la porte vitrée du compartiment, je vois la contrôleuse passer sans prêter un sourcil à cet amas de ferraille, qui s’enrichit au gré des étapes. Les vélos s’entassent et j’apprends que les trains précédents ne sont pas passés, entrainant cette surpopulation bicyclable.
    Nous arrivons assez rapidement à Bar- Le-Duc et là, premier choc : les vélos chargés rentrent avec peine , chacun leur tour, dans l’ascenseur, que nous sommes, de toutes manières, obligés de prendre. Souvenir de la gare de Rotterdam, les Escalators sont prévus pour les vélos, sans marche, et Hélène et moi pouvons facilement monter dans l’ascenseur, ensemble. À priori, la France a encore des progrès à faire. Il faut soulever son vélo pour que tout rentre et que la porte de l’ascenseur puisse se fermer. Je croise un autre cycliste, qui lui, n’arrive pas à en sortir et qui au final, se voit obligé de remonter pour emprunter les escaliers. Avec toutes ses sacoches, je lui souhaite bien du courage.
    Le même courage qu’il nous faudra, à Commercy, en constatant que le train n’est pas à hauteur de quai, qu’il n’y a ni ascenseur, ni passage de voie possible. Nous sommes obligés d’emprunter le tunnel qui passe sous celles-ci. C’est à dire retirer les sacoches, emmener les sacoches de l’autre côté, revenir chercher puis porter le vélo dans les escaliers pour descendre puis remonter. Le tout en pleine canicule. Et comme je suis un être particulièrement bon, j’aide une dame et porte son vélo. Il y a bien un monte-charge, mais il semble totalement hors d’usage et de toutes façons, il n’y a personne pour l’actionner dans cette gare d’un autre temps aux stores descendus.
    Assoiffés, nous cherchons à remplir nos gourdes avant de parcourir les douze derniers kilomètres du voyage. Dans les toilettes de la gare, le capteur du distributeur d’eau ne fonctionne évidemment pas. Celui du savon, si, mais il faut vraiment vraiment avoir soif. Ou aimer faire des bulles.
    Tant pis, nous pédalerons sans nous hydrater.
    À la manière des chevaux qui accélèrent quand ils sentent l’écurie proche, nous pédalons à bride abattues et arrivons, soulagés mais dégoulinants, à Troussey où je commence directement par agresser une bouteille d’eau gazeuse.
    Voilà, c’est la fin de cette aventure batave. Elle a été dure au début, riches de surprises, de rencontres, de mal aux fesses. Comme d’habitude, rien ou presque ne s’est passé comme prévu mais c’est aussi ce qui fait le charme de cette expérience, que nous avons hâte, il va sans dire, de renouveler, bien sûr !
    Merci de nous avoir suivis. On vous embrasse.
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