• Rotterdam R12 - Rotterdam à… Rotterdam

    August 12, 2025 in the Netherlands ⋅ ⛅ 27 °C

    N’allez pas croire que notre périple s’est terminée avec notre arrivée, hier, à Rotterdam. Loin s’en faut.
    Primo, nous avions dans l’intention de visiter un peu la ville. Et donc, nous continuons à pédaler, même si je ne tiens plus les comptes. Mais ici, comme je le disais et ça s’est confirmé encore aujourd’hui, pédaler relève de la mission casse-cou par moments.
    Il y a énormément de vélos, tout autant ou presque de cyclistes (attention au piège mathématique : il peut y avoir des tandems ou des vélos-cargos), ça déboule de partout et laissez-moi vous dire que ça ne respecte pas tout le temps le code de la route. Mais piétons, cyclistes, motocyclistes (on n’en parle pas mais il y en a aussi une quantité non négligeable) et automobilistes cohabitent assez bien, même si certains conducteurs ne rechignent pas à faire vrombir leur moteur ou à faire crisser leurs pneus.
    Deuxio, parce que notre retour n’est pas totalement assuré. Je m’explique… Nous avons prévu de rentrer en train. Aux Pays-Bas, c’est comme au Danemark, les emplacements vélos sont prévus dans les wagons. On monte, on accroche son biclou et le tour est joué.
    En France, c’est un peu différent. Je me souviens de Julien De Normandie, éphémère ministre des transports de la macronie, se frapper le torse des poings en affirmant que la France, promis, prenait enfin son virage écolo et question mobilité, y mettait le paquet, que c’était la priorité du gouvernement et qu’on allait voir ce qu’on allait voir, nomdidiou ! Bon, à priori, c’est aussi prioritaire que la lutte contre les féminicides, la lutte pour le pouvoir d’achat et tout un tas d’autres promesses non tenues, mais avec la macronie, faut-il encore s’en étonner ?

    Dans les faits, quand vous êtes en vélo en France, il faut réserver la place de votre bicyclette dans le TGV, au prix de 50 euros, en ayant été brûlé quelques cierges auprès de Saint-Christophe ou Hermès (c’est selon, en fonction de votre religion et que si vous vénérez Hermès, si, si, ça existe encore, vous êtes sacrément atteint) auparavant car la rame ne compte que 3 emplacements pour les vélos. Il faut aussi les empaqueter dans une housse, en ayant d’abord pris soin de retirer la roue avant. Un chemin de croix qui montre vraiment la volonté politique de la France, si on oublie l’état ridicule des voies de circulation dédiées aux vélos, de lutter contre la pollution, pour l’exercice physique, j’en passe et des meilleures. C’est bien beau d’envoyer Jean-Michel Blanquer se trémousser comme un dindon, non pas à Ibiza, mais dans une cour d’école, mais développer le vélo et ses infrastrucures serait bien plus efficace qu’un ministre pathétique pour lutter contre l’obésité infantile.
    Si on ne veut pas payer les 50 euros, il faut alors prendre un TER, toutes gares entre Paris et Nancy et au lieu d’1h30, c’est plutôt une demi-journée passée dans un wagon moins confortable, à supporter un quidam qui écoute la musique sur son téléphone, sans casque ou à subir les attaques pestilentielles de son voisin qui a une petite faim et que c’est l’heure de manger le formidable sandwich au pâté de foie-cornichons et d’en faire profiter tous les copains-copines du compartiment.

    Nous nous rendons dans la superbe gare de Rotterdam. Je vous l’ai dit, c’est une ville neuve, quasi totalement détruite il y a 80 ans, une ville moderne avec beaucoup d’audace architecturale. À ce titre, la gare est, à mon sens, un magnifique bâtiment.
    Nous laissons nos vélos dans un parking à vélo spécifiques sous la gare. C’est immense et il y a des milliers de bicyclettes. Le parking y est gratuit mais vous pouvez vous faire embarquer votre deux-roues au bout de quinze jours, s’il n’a pas bougé. J’aimerais bien savoir comment on repère le véhicule indésirable…

    Le service rendu au guichet est exceptionnel de compétence. C’est rapide, efficace. Nous voici donc avec trois billets : Rotterdam > Paris, puis Paris > Bar le Duc et enfin Bar le Duc > Commercy. Il nous restera ensuite vingt minutes de vélo pour rentrer dans nos pénates. Le tout en un peu plus d’une demi-journée. Nous repartons même avec l’adresse d’un magasin de vélo tout proche où nous pouvons acheter ces satanées housses.
    Sauf qu’ils n’en ont pas en stock. Qu’à cela ne tienne, nous allons chez Décathlon. Le verdict est le même. Puis dans un autre magasin, puis dans un autre encore. Pas de housse disponible. Nulle part. Si, il y en a une disponible dans un magasin à plus de 20 kilomètres et une autre à Roermond.
    Je vous ai dit que je n’aimais pas trop les GAFAM. Hélène encore moins que moi et elle m’a déjà fustigé, que dis-je fusillé alors que j’avais commandé sur Amazon, à l’époque où je télétravaillait et ne venait quasiment plus à Nancy.
    Mais là, soudain, l’idée jaillit dans mon esprit. Et si nous les commandions sur Amazon, en donnant l’adresse du Air B’nB comme adresse de livraison ? Il ne reste plus qu’à espérer qu’elle n’aura pas de retard (j’ai payé pour une livraison prioritaire pour demain). Au lieu de quoi, nous devrions échanger nos tickets pour une journée, trouver un nouveau logement car nous ne pouvons prolonger dans celui-là, revenir y chercher les deux housses pour pouvoir enfin prendre le train. Pour un vélo qu’on pourrait tout simplement avcrocher, c’est benêt ! Et il y a encore du boulot pour assouplir le mammouth !

    Cette charmante activité nous a tout de même tenu en haleine toute la matinée. Ayant le sentiment du devoir accompli et surtout d’avoir tout tenté pour rémédier au problème, nous partons manger à Markthal, un marché couvert où bon nombre de cuisines sont proposées. Ça nous rappelle Aarhus où Vincent et Jules nous avaient emmené, mais c’est plus petit et il y a moins de choix. Mais les baos étaient très bons.
    Puis nous allons au musée Boij Mans. Il est en rénovation et nous visitons son annexe, le Dépôt, un immeuble incroyable où sont exposées certaines œuvres alors que d’autres y sont stockées. On voit les restaurateurs (de tableaux) travailler derrière de grandes baies vitrées.

    Nous rejoignons ensuite un autre endroit, le Foodhallen, au concept similaire à celui du Markthal. Cette fois, nous testons la cuisine indonésienne.

    Au sortir, nous devisons gaiement quand soudain… « Yvan, Hélène ? » Nous nous retournons et reconnaissons Robert, notre premier warmshower passé par Troussey il y a quatre mois. Il descendait alors jusqu’à Langres. Il a finalement traversé les Pyrénées, à roulé en Espagne puis en Italie avant de revenir il y a quatre semaines. Nous l’avions plutôt bien accueilli, lui avions fait à manger et il avait dormi dans un vrai lit.
    Rotterdam compte 634 000 habitants, nous y connaissions une seule personne et nous tombons sur lui totalement par hasard. C’est tout bonnement incroyable ! Nous discutons dix minutes, chacun n’en revenant pas. Robert décline notre invitation à aller boire un coup : il commence tôt un nouveau job le lendemain matin, et bon, le néerlandais sait être sérieux et déterminé.

    Si demain, Amazon nous livre les housses, peut-être serais-je un peu moins vindicatif quand Jeff Bezos enverra une de ses fusées dans l’espace. Me connaissant, même si je ne suis pas un monstre d’ingratitude, ce n’est même pas sûr…
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