• Ireland J5 - De Oranemore à Lahinch

    August 13 in Ireland ⋅ ☁️ 20 °C

    Bon… j’ai un aveu à vous faire. Depuis toujours, les choses minutieuses, qui demandent de l’organisation, de la patience, ça n’est pas vraiment mon credo. Enfant, je n’ai pas eu de circuit automobile, pas de train électrique avec des milliers de détails, pas de maquette. Mon pote Lionel Patte en faisait de très jolies, des jeeps américaines, mais l’activité n’était pas pour moi. Elle demandait trop de rigueur. Alors que je suis plutôt un sanguin, un qui marche à l’instinct.
    Mon grand-père maternel, grand mécano devant l’Éternel, a bien tenté de m’intéresser aux joies de la mécanique en me demandant, pour débuter, d’ouvrir un réveil pour comprendre comment il fonctionnait. Mais la première vis fut récalcitrante et c’est à coups de marteau que j’ai ouvert le ventre de la bête, provoquant ainsi l’ire de mon grand-père et une certaine résignation.
    Ma mère m’a bien offert des cours de guitare, mais, de rage, après avoir buté pour la troisième fois sur un passage difficile, j’en suis arrivé à mordre l’instrument.
    Donc la rigueur, le rangement, tout ça, ça n’est pas trop pour moi.
    Mais pour partir en vacances en vélo, je prépare au préalable tous les trajets pendant qu’Hélène organise, tâche ô combien chronophage, les hébergements.
    Pour l’Irlande, un petit malentendu entre nous deux a fait que j’ai préparé deux itinéraires par étape. Le premier suivait scrupuleusement l’Eurovélo 1 et s’est vite avéré trop long, trop haut, trop dur. Le deuxième reprenait le parcours de deux bloggeuses et était un peu plus facile. J’avais donc, méthodiquement, tout enregistré dans Strava, l’application dont je me sers pour le voyage.
    L’étape du jour était une étape que je qualifierais de tranquille. Un peu plus de 50 kilomètres et un dénivelé acceptable, compris dans la fourchette basse de ceux du séjour.
    Et nous voilà partis. On avale un petit déjeuner à Oranemore, je me débarrasse de mon garde-boue avant que je pensais avoir réparé mais qui continuait à frotter sur la roue et nous voilà qui enchaînons les kilomètres.
    Le paysage a changé. Au revoir le Connemara, nous roulons, hélas encore, sur une nationale, avec pas mal de circulation et de voitures qui nous frôlent. Il faut dire qu’en Irlande, une nationale, c’est la largeur de deux voitures et pas de bas-côté. Bref, c’est ténu (voir photo). Des champs verts, beaucoup de murets de pierre dont je ne saisis pas ce qu’ils délimitent et à l’horizon, des collines, assez minérales.
    Petite halte pour admirer le Dunguaine Castle où nous entendons encore parler français, avant d’entamer une ascension que je sais être compliquée. En regardant la carte sur mon application, je constate qu’en allongeant un peu le chemin, nous pouvons contourner la colline plutôt que de l’affronter. C’est un peu plus long, mais ce détour va nous offrir une énorme descente assez jouissive.
    La pluie du matin a disparu, juste pour nous le temps de nous équiper, et il fait désormais assez chaud. Je vous rassure, à l’heure où j’écris ces lignes, la pluie est bel et bien revenue et nous sommes contents de n’être pas sortis ce soir.
    Assoiffés, après 40 kilomètres d’un bon train, nous nous arrêtons pour boire, qui un cidre, qui une eau pétillante. Je vérifie notre parcours, histoire d’anticiper un peu les côtes qu’il nous reste à grimper et un détail me saute aux yeux : sur la carte, il reste beaucoup de chemin à parcourir, alors que dans mon esprit, il ne nous reste que 16 kilomètres. Je regarde d’un peu plus près et oh stupeur, je me rends compte que j’ai utilisé le mauvais trajet, le trajet initial, plus long, plus dur. Mon manque de rigueur me joue encore des tours. Revenir en arrière pour récupérer le deuxième trajet s’avérerait trop long. Continuer sur ce trajet également. J’avise donc une troisième option, d’une trentaine de kilomètres mais qui coupe à travers une haute colline.
    Nous entamons alors son ascension. Rapidement, mes cuisses tétanisent. Je fais une première halte devant un panneau m’annonçant un prochain kilomètre à 12%. La Bibi, elle, toujours combative, part seule devant. Je reprends mon souffle et repart. Mais mes cuisses tétanisent à nouveau. J’ai l’impression que quelqu’un tire sur ma roue arrière, j’ai chaud, la sueur me coule sur les yeux. Je repose pied à terre. Et tente de repartir. Mais au bout de quelques mètres, j’ai compris et j’abdique : je finirai l’ascension en poussant mon vélo.
    La Bibi, exceptionnelle, n’a pas posé pied à terre. Elle m’attend à ce qu’elle croit être le sommet de la colline. Je l’imaginais déjà s’élancer dans la descente, magnifique récompense après son effort fourni, mais non… en fait, ça monte encore.
    Nous arrivons à Lahinch assez rapidement même si le parcours nous réserve encore quelques belles patates, comme dirait l’ami Roland. Nous sommes à 1,5 kilomètres du centre-ville, exténués et pas motivés à l’idée de reprendre nos bicyclettes pour aller manger en ville. Grand bien nous fasse puisque le ciel se couvre et qu’il pleut. Un peu isolés, nous mangeons dans notre chambre, avec ma serviette décathlon en guise de nappe et pour dîner, finissons les sandwichs de la veille. Et comme la maison ne refuse aucun sacrifice, une barre protéinée pour tout dessert.
    La soirée promet d’être calme. Une fois que j’aurai terminé de faire le ménage dans les trajets ultérieurs pour qu’une telle erreur ne se reproduise plus. On apprend toujours de ses erreurs et j’ai l’impression d’être encore à l’école primaire.

    Kilomètres du jour : 73,58 (au lieu des 56 annoncés)
    Kilomètres cumulés : 337,7
    Crevaisons : toujours 2
    Fish and chips, toujours 0 mais deux wrap cheddar-poulet
    Splendor Duel : Yvan 2 - Hélène 0
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