Au coeur de Varanasi
July 27 in India
⛅ 33 °C
Aujourd'hui, nous nous accordons enfin une petite grasse matinée. Après plusieurs jours à enchaîner les réveils à l'aube, nous ouvrons doucement les yeux vers 9 h 15. Un copieux petit-déjeuner plus tard, nous retrouvons notre chauffeur pour partir à la découverte de Varanasi.
Nous commençons par la visite d'un petit temple, loin des circuits touristiques. Ici, il n'y a presque aucun visiteur étranger. L'atmosphère est incroyablement paisible. Des familles prient, des prêtres récitent des mantras et plusieurs cérémonies sont en cours. Nous avons véritablement l'impression d'assister à la vie quotidienne des habitants plutôt qu'à une attraction touristique. C'est simple, authentique et profondément émouvant.
Nous poursuivons ensuite vers le célèbre temple de Durga, reconnaissable à sa couleur rouge éclatante qui lui vaut le surnom de « Temple Rouge ». Avant d'entrer, nous retirons nos chaussures et nos chaussettes comme dans tous les temple ici, puis nous nous lavons soigneusement les mains, un geste de purification avant d'accéder à ce lieu sacré.
Nous participons à un Rudrabhishek, une cérémonie dédiée à Shiva. Même si nous ne comprenons pas toutes les paroles, nous ressentons toute la puissance du moment. Le prêtre récite des mantras en prononçant nos prénoms et formule des prières pour notre famille, notre santé, la protection, son éducation, la prospérité et le bonheur. Nous déposons des fleurs en offrande, recevons des bracelets bénis ainsi que des morceaux de tissu sacré. Tout est empreint de bienveillance et d'intentions positives. Malgré la barrière de la langue, nous comprenons que chaque geste est un souhait de paix, de force et de bénédiction. C'est une expérience spirituelle.
Nous continuons ensuite jusqu'au Temple des Singes. Dans cette vimle très peu de personnes parlent anglais, ce qui rend les échanges parfois compliqués, mais cela ne nous empêche pas de nous laisser porter par l'ambiance si particulière qui règne dans ces lieux. Depuis notre arrivée à Varanasi, je ressens un véritable apaisement. D'ailleurs, cette nuit, j'ai dormi profondément pour la première fois depuis notre arrivée en Inde. Comme si cette ville, malgré son tumulte apparent, possédait une énergie étonnamment réconfortante.
Nous rejoignons ensuite le cœur de la vieille ville. Dès notre arrivée, nous empruntons les ruelles qui mènent au Manikarnika Ghat, le principal lieu de crémation de Varanasi. Un bénévole nous accompagne et nous explique avec beaucoup de respect les rites funéraires hindous. Ici, la mort n'est pas cachée : elle fait partie de la vie.
L'agitation est permanente. Les cloches résonnent, les prières s'élèvent, les porteurs transportent les défunts enveloppés de tissus colorés devant nous, la foule circule dans tous les sens et la chaleur est presque étouffante. Les immenses bûchers dégagent une chaleur supplémentaire qui rend l'atmosphère encore plus intense.
Nous découvrons également le feu sacré de Shiva, une flamme qui, selon la tradition, brûlerait sans interruption depuis près de 3 000 ans et qui sert à allumer les bûchers des crémations. Un prêtre dépose délicatement quelques cendres sacrées sur notre front, symbole de l'impermanence de la vie et rappel que tout être vivant retourne un jour à la poussière.
Nous nous perdons ensuite dans le dédale des minuscules ruelles de la vieille ville. Des vaches sacrées croisent notre chemin, des chèvres, des chiens, des scooters tentent de se frayer un passage entre les piétons, tandis que les vendeurs interpellent les passants. C'est un véritable chaos... mais un chaos fascinant.
Nous poursuivons notre découverte par le temple népalais, un édifice entièrement construit en bois sculpté, inspiré de l'architecture des pagodes de Katmandou. Ce temple, dédié à Shiva, est également célèbre pour ses nombreuses sculptures inspirées du Kâmasûtra. Les scènes sont discrètement gravées dans le bois et se fondent parfaitement dans l'ensemble de l'architecture. Elles symbolisent le cycle de la vie, l'amour, la fertilité et l'union entre le corps et l'esprit, bien loin de l'image purement érotique que l'on peut avoir en Occident. Naëlle, quant à elle, ne remarque absolument rien, trop occupée à observer les singes et l'agitation qui règne autour du temple.
Nous profitons de cet endroit pour nous asseoir quelques instants au bord du Gange, loin du tumulte des ruelles de la vieille ville. Le calme qui règne ici contraste avec l'effervescence des ghats voisins. Nous prenons simplement le temps d'observer.
Des pèlerins descendent lentement les marches pour venir se purifier dans les eaux sacrées du fleuve. Des familles prient en silence, des enfants rient en jouant au bord de l'eau tandis que quelques sadhus, recouverts de cendres, méditent immobiles face au courant. Ici, chacun semble vivre à son propre rythme. Le Gange est bien plus qu'un fleuve : il est le cœur battant de Varanasi, le lien invisible entre les vivants, les ancêtres et les dieux. C'est un lieu où se croisent sans cesse la vie, la mort, la foi, l'espoir... et une incroyable sérénité.
À plusieurs reprises, des habitants viennent spontanément nous aborder. Ils veulent simplement savoir d'où nous venons, échanger quelques mots, prendre parfois une photo avec nous ou avec Naëlle. Leur curiosité n'est jamais intrusive ; elle est toujours accompagnée d'un immense sourire et d'une bienveillance . Plus je decouvre Varanasi, plus cette ville me bouleverse, naëlle aime moins je pense qu'elle est trop petite pour apprécier et comprendre.
Après quelques achats dans les petites échoppes des ruelles, nous rejoignons notre embarcation pour une promenade sur le Gange. Depuis l'eau, la ville dévoile un tout autre visage. Nous longeons les nombreux ghats, chacun ayant sa propre histoire, sa fonction et son importance. Certains sont dédiés aux cérémonies religieuses, d'autres aux bains rituels, aux prières ou encore aux crémations. Notre batelier nous raconte les légendes de Varanasi, nous montre les ghats les plus anciens, vieux de plusieurs siècles, ainsi que ceux construits plus récemment par différents royaumes indiens.
Peu à peu, la lumière change. Le soleil descend lentement vers l'horizon et baigne les façades, les temples et les marches d'une douce lumière dorée. L'agitation de la ville semble s'apaiser tandis que le fleuve, lui, reste étonnamment calme.
Notre guide nous explique également que nous avons beaucoup de chance d'être ici à cette période. Dans une dizaine de jours, avec la mousson et la montée des eaux, le niveau du Gange deviendra trop élevé pour permettre les promenades en bateau. Une grande partie des ghats sera submergée, et les excursions seront suspendues jusqu'aux alentours du mois d'octobre. Une fois encore, nous réalisons que notre voyage s'est déroulé au moment idéal.
Nous terminons cette journée par l'un des moments les plus emblématiques de Varanasi : la cérémonie du Ganga Aarti, qui se déroule chaque soir sur les ghats au bord du Gange.
Des centaines de personnes se rassemblent sur les marches, tandis que d'autres assistent au spectacle depuis les bateaux amarrés sur le fleuve. L'atmosphère est unique. Les prêtres, vêtus de longues tenues traditionnelles, prennent place face au Gange et commencent une chorégraphie parfaitement synchronisée. Au son des cloches, des conques, des chants sacrés et des mantras, ils élèvent successivement de grands chandeliers enflammés, des brûleurs d'encens dont les volutes parfument l'air, des éventails rituels et différents objets symbolisant les cinq éléments de la nature. Cette cérémonie est une offrande à la déesse Ganga, considérée comme la mère nourricière et purificatrice de tous les hindous. Chaque geste est précis, empreint de respect et de spiritualité.
À la tombée de la nuit, des centaines de petites flammes illuminent les ghats. Le spectacle est absolument magnifique. Malgré la foule immense, un profond sentiment de sérénité s'installe.
À notre tour, nous déposons une petite offrande sur le fleuve : une feuille en forme de coupelle garnie de fleurs colorées, au centre de laquelle brûle une bougie. Nous la regardons s'éloigner doucement au fil de l'eau, emportant avec elle nos pensées, nos remerciements et nos vœux. C'est un instant simple, mais chargé d'émotion.
Cette journée nous a complètement vidées de notre énergie. Nous terminons par un petit repas bien mérité avant de rentrer à l'hôtel. Une douche est indispensable pour se débarrasser de la poussière, de la chaleur et de cette moiteur omniprésente, puis direction le lit pour une nuit de sommeil que nous n'aurons aucun mal à trouver.
J'ai profondément aimé Varanasi. C'est une ville intense, parfois déroutante, où chaque rue, chaque odeur, chaque bruit, chaque regard vient solliciter nos sens. Ici, rien ne laisse indifférent. Il fait une chaleur écrasante, l'humidité est omniprésente et l'on transpire du matin jusqu'au soir. Pour tenir le rythme, nous buvons entre 4 et 6 litres d'eau par jour, tant notre corps en ressent le besoin. Malgré cette fatigue permanente, cette ville dégage une énergie indescriptible. On y ressent la spiritualité à chaque instant, jusque dans les scènes les plus ordinaires du quotidien.
Varanasi ne se visite pas seulement avec les yeux. Elle se ressent. C'est une ville qui bouscule, qui questionne, qui émeut et qui laisse, sans aucun doute, une empreinte durable dans le cœur de ceux qui la découvrent.Read more


















































TravelerTrop beau ma chérie ce qui est écrit 💓💓