• Jiayuguan et la Grande Muraille

    September 30 in China ☀️ 17 °C

    Nous quittons Dunhuang vers l’est par le corridor de Hexi, toujours sur les traces des anciennes caravanes de la Route de la soie. Le jeune Vénitien Marco Polo, embarqué par son père et son oncle, est passé par ici au XIIIᵉ siècle, à cheval ou à dos de chameau, au cours d’un voyage qui dura quatre ans. J’imagine qu’à 17 ans, il a vécu quelques moments de solitude face au vide sidéral pré-Instagram. Une façon d’être coupé de son écosystème habituel que nous pouvons à peine imaginer dans notre monde hyperconnecté.
    À Guazhou, nous changeons définitivement d’époque avec le Gobi International Sculpture Art Corridor, étonnante série d’œuvres monumentales semées en plein désert. Nous passons de l’imposant visage de l’empereur Wu des Han à un voyageur enjambant les monts Qilian, avant de découvrir le surprenant Fils de la Terre, bébé géant paisiblement endormi sur le Gobi. Une galerie d’art sans murs, où l’espace entre deux œuvres se compte plutôt en kilomètres.
    Plus tard, nous retrouvons les grottes de Yulin, qui ont un air de famille avec celles de Dunhuang. Creusées dans la falaise et couvertes de peintures bouddhiques, elles racontent elles aussi le long voyage d’une religion née en Inde, passée par l’Asie centrale avant de gagner la Chine (comme partout, interdiction de prendre des photos 😩).
    Puis le décor change doucement. Le désert laisse place aux cultures: coton, dernières moissons et épis de maïs qui sèchent au bord des routes. Pendant des kilomètres, peupliers et saules bordent notre chemin, déjà habillés des couleurs de l’automne. Le jaune gagne du terrain, l’air fraîchit et Jiayuguan, proche des 2’000 mètres, nous rappelle que l’été est désormais derrière nous.
    À l’arrivée, nous nous laissons tenter par une fondue chinoise. Notre deuxième du voyage, et les progrès sont visibles. Les baguettes coopèrent face aux vermicelles de patate douce d’une longueur insoupçonnée, les ingrédients ne disparaissent plus mystérieusement au fond du bouillon ou sur nos habits et nous commençons presque à avoir l’air de savoir ce que nous faisons 😎.
    Le lendemain, Zixuan nous fait découvrir une autre spécialité locale: le vin. Visite des immenses caves, dégustation et quelques bouteilles pour compléter notre modeste cave à bord de Nomade.
    Puis viennent les traces du passé: les tombes Wei-Jin, discrètes à la surface mais riches des scènes de vie qu’elles cachent depuis plus de seize siècles. Après la First Beacon Tower, ancienne tour de signalisation au bord de la gorge de la rivière Taolai, avec le Gobi qui s’étire derrière. Elle faisait partie de l’extrémité occidentale du système défensif Ming. Dans la foulée, le Jiayuguan Pass, forteresse impressionnante qui remonte à 1372 et contrôlait ce passage du corridor de Hexi.
    Et enfin, le moment attendu depuis longtemps: la Grande Muraille de Chine. Pas celle des cartes postales de Pékin avec ses montagnes verdoyantes, que nous avons visitée il y a bien longtemps. Ici, elle se fond dans la terre et le Gobi avant de grimper sur les reliefs du Qilian. Elle paraît moins spectaculaire, peut-être, mais plus authentique.
    Nous aimons cette alternance entre ville et campagne, culture et histoire, puis grands espaces où nous pouvons à nouveau nous perdre un peu dans la nature. Mais après chaque parenthèse urbaine, aussi agréable soit-elle, nous sommes heureux de retrouver Nomade, de reprendre la route et de regarder la ville disparaître doucement dans les rétroviseurs. Finalement, notre endroit préféré reste peut-être celui qui se trouve quelque part entre deux destinations.
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