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  • Day62

    Les curieux - Episode 2 - Puissance 10

    May 11, 2019 in India ⋅ ☀️ 27 °C

    En sortant de Shillong, je me suis un peu enflammée en me croyant en Suisse : moins de voiture et de monde, route lisse, alentours luxuriants. Je préparais déjà quelques analogies pour décrire cette soudaine impression de paix et de calme (le Meghalaya serait à l'Inde ce que la Suisse est à l'Europe, la Slovénie aux Balkans, etc). Cette accalmie est allée jusqu'à trouver un campement tranquille, sans personne pour me déranger ! Mais elle n'a duré qu'une après midi et une nuit. La curiosité et la capacité inégalable d'invasion des Indiens sont vite revenues au galop...

    Déjà, pour comprendre pourquoi je rêve de calme le soir il faut imaginer ce que signifie pédaler en Inde : on se fait héler, interpeller, klaxonner à longueur de journée. Piétons, vendeurs, fermiers, ouvriers, motards, camions, écoliers... Tout le monde y va de son bruit, de son cri ou de ses questions. Certaines motos et voitures sont particulièrement pénibles : elles ralentissent à ma hauteur et me posent toujours les mêmes questions (where are you from? where are you going?, are you alone?), m'offrant au passage leur bruit de moteur et leur pollution. Les plus insistants me tendent même des "guet-apens" en s'arrêtant devant, bloquant parfois mon chemin et m'obligeant à m'arrêter ! Les copilotes des conducteurs de camions, assis à la place du mort, le sont aussi car, profitant du faible différentiel de vitesse, m'observent avec des yeux de merlan frit, des rires ou des cris, sortant la tête par la fenêtre, avec parfois en prime le téléphone pour me filmer ! Pareil pour les passagers des motos, et parfois les conducteurs, qui du coup ne regardent plus la route ! J'ai tenté des grimaces mais elles n'ont pas trop d'effet... D'autres encore, à pied ou depuis leur boutique, crient pour que je m'arrête : "Excuse me ! Mam, stop !, PLEASE, STOP !!" Mais comment expliquer que je ne vais pas m'arrêter dès que je croise quelqu'un... ?

    La question la plus surprenante est "Are you a girl/ a woman?" (pas tous les jours mais de temps en temps). La plus énervante : "Are you single?" (cette derniere pouvant être posee par les mémes qui doutaient de mon genre une minute plus tôt !). Revient aussi le "Where are your friends?". Hum.. Si j'étais franche... Et bien, personne n'a envie de faire ce que je fais? ;)
    Certains s'incrustent ors de mes pauses. (il faut avoir ici de plus en têté que la distance de confort de la plupart des Indiens est de 20 à 50 cm de votre visage, quand celle de l'Européen serait à 1m/ 1m50...) A pied ou sortant de leur véhicule, ils traversent la route pour me rejoindre. Et ... veulent des selfies. Pauses lecture, écriture, sieste, ou juste un en-cas tranquille sont donc à oublier... Idem pour les pique-nique en plein air. Je m'arrête donc à l'ombre des "dhabas" (petits restaurants ou maisons de thé), lorsqu'il y en a.
    Au final, l'attention que je préfère et à laquelle j'essaie de répondre, ce sont les petits signes de la main, les coucous des enfants ou de certains adultes, notamment femmes ou vieux/ vieilles (lorsqu'ils ne se font pas sous forme de hurlements, ni moqueurs...) .
    Je dois avouer que dans des moments de fatigue ou d'énervement, il m'est arrivé de répondre à des hurlements (vraiment, à vous percer les tympans) par un hurlement équivalent 😵. Il m'a fallu de l'entraînement pour égaler le niveau d'en face, mais j’ai réussi une ou deux fois à surprendre et à laisser interdit des gamins, faisant ainsi cesser leur cri. J'en étais fière !! Ça abîme cependant les cordes vocales...

    Ouf, coup de gueule passé. Revenons aux jours post-Shillong. Un soir, trouvant difficilement où camper, et sans hôtel, j'ai tenté de dormir près d'une église (cela faisait partie de mes défis !). Au début, tout se passait bien, je me suis adonnée à quelques selfies comme "droit de passage", avec une dame qui m'avait accompagnée, puis me suis adressée au Chowkidar (gardien) pour obtenir un accord. Mais erreur ! La dame m'avait mal renseignée en m'assurant qu'il n'y aurait un office que le lendemain. Une messe a eu lieu le soir, une fois mon campement installé. Juste ce qu'il fallait pour prévenir toute la communauté de ma présence. Et inciter ce beau monde à défiler pour observer ce drôle d'oiseau (moi, ma tente et mon vélo) avant qu'il ne s'envole...

    Je n’ai donc pas pu cuisiner à l'extérieur, face au troupeau que cela a créé, et ai du battre en retraite chez le gardien, allant jusqu'à fermer le rideau car beaucoup venaient regarder par la fenêtre de sa modeste maison... Cela na pas suffit, les gens ont commencé a entrer, l'un en entraînant d'autres (comme l'armée des morts qui franchit le feu pour entrer à Winterfell dans GOT, vous voyez ??). Le gardien, bonne pâte, amenait des tabourets pour que les gens puissent m'observer confortablement. Mais non, je ne voulais pas manger devant tant de spectateurs. J'ai chassé ceux que j'ai pu. Il restait encore du monde...

    Le lendemain matin, c'était pareil. Dès 5h30, de nombreux enfants viennent parler fort autour de la tente, la trifouiller, tirer la sonnette du vélo... J'ai encore pris mon petit dej refugiee chez le gardien. Le pasteur et plein de monde attendaient ma sortie... La pression de la foule m'a fait empaqueter précipitamment, zappant même le lavage de dents ! C'est donc une sorte de video-fuite que vous pourrez visionner... Je voulais immortaliser la bande qui m'a suivie jusqu'à la route mais en était effrayée en même temps. Je n’ai jamais eu de tendance agoraphobe.. Jusqu'à l'Inde ou le Népal, où la raison de la foule... c'est moi.

    Si vous avez expérimenté de telles situations et avez des conseils en termes de stratégie d'évitement, de planque, de pédagogie, n'hésitez pas !! Je n’ai pas encore trouvé et les jours suivants ont été dans la même veine... Fatiguants...
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