• Pas de stress à Cres

    April 29 in Croatia ⋅ 🌬 15 °C

    Après une pause-pingouin dans un café de Barban, la journée-vélo commence, pour notre plus grand bonheur, par une descente de plus de 5 km jusqu’à la vallée.
    Charlie est tellement impressionné par la vitesse qu’il a tendance à guidonner. Je freine un peu l’allure par prudence.
    Un cortège de vieilles Traban, Lada, Zastava et autres voitures de l’ex bloc de l’Est nous klaxonne au passage. Des nostalgiques ?
    Notre trace abandonne la route principale pour suivre le cours du fleuve jusqu’à son embouchure. Ce site, aujourd’hui délaissé, a du connaître une activité économique importante si l’on en croit les bâtiments industriels abandonnés. Seul un gros terminal bois est encore en activité.
    Car oui, l’embouchure de ce cours d’eau est un port de commerce. Il y a même un poste de douane pour tout ce qui entre en Europe par là.
    Le vraquier Freedom fait le plein de paille tandis que des routiers lavent leurs camions. Un docker m’encourage au passage. Sympa !
    Mais voilà, après celle belle descente et ce plateau confortable, il va nous falloir remonter. Et quelle côte ! Pendant 6 kilomètres, les pourcentages varient entre 7 et 15%. Plus je monte, plus je mesure la dimension de la baie qui accueille le port auprès duquel je viens de passer. En fait elle est immense et je contemple les bateaux depuis mon promontoire.
    Côté côte, ça va le faire, sans même mettre le pied à terre. Ouf 😮‍💨
    Première petite ville traversée : Labin (non, il ne s’agit pas de l’animal à grandes oreilles qui aurait attrapé un rhume).
    Ville de mineurs, avec une place centrale comme on n’en fait plus.
    Je m’arrête au pied levé chez le coiffeur en me disant que ça fera une petite pause douceur après les efforts de la matinée. Editha s’empresse de me couper les cheveux, sans même faire un shampoing. Tant pis pour la pause douceur et merci pour la nouvelle tête ! (NDLR mes proches savent que j’adore aller chez le coiffeur dans des lieux improbables ou sur les lieux de vacances).
    Je m’installe pour manger à une table de pique-nique au pied d’un immeuble. Un groupe d’ados rentre du collège. Ils s’arrêtent et on commence à discuter. Certains me posent plein de questions sur mon voyage, sur mon vélo, sur l’objectif d’un tel projet. D’autres parlent de la France. Mateo est déjà allé à Paris et il a visité le Parc des Princes, le Louvre et la Tour Eiffel. J’ai l’impression que je vais passer l’après-midi avec eux. C’est un chouette moment que cet échange, le tout avec un niveau d’anglais assez impressionnant pour des jeunes de 12 ans. Aurait-on un problème avec l’apprentissage des langues étrangères en France ?
    Je reprends la route, et ça continue à monter. Halte au petit village de Plomin qui pourrait être charmant… si sa baie n’abritait pas une énorme centrale électrique au charbon. Il y a des paradoxes comme cela. Il faut bien de l’énergie pour faire fonctionner Internet. Mais cette centrale à charbon me questionne sur les préoccupations éco environnementales de ce pays. Depuis une semaine, j’ai vu très peu de sensibilisation à l’environnement et de messages incitant à l’économie d’eau par exemple.
    Après toutes ces côtes, une belle descente m’amène à Brestova, le port dans lequel un ferry nous transportera sur l’île de Cres. Ce qui est pratique quand tu prends le ferry en vélo, c’est que tu peux passer devant tout le monde.
    Une vingtaine de minutes plus tard, je suis sur cette île de 80 km de long que je vais traverser du nord au sud.
    Je comprends vite que tout y est rare. La bière a pris 0,50 € et la barmaid refuse de remplir ma gourde d’eau du robinet. Je lui achète une bouteille (3€ 😤).
    Au-dessus du comptoir est écrit cette maxime « no stress on Cres ». Tu m’étonnes !
    Pour changer, ça grimpe fort aussi sur l’île. Par contre, la circulation se résume à une cinquantaine de voitures qui me doublent dès qu’un ferry arrive. Entre-temps, j’ai la route pour moi tout seul, ou presque. Pour vous faire une idée de la sensation que ça fait, imaginez que vous circulez seul sur l’axe Angers-Cholet par exemple. Après 6 km, je me trouve un coin de bivouac en retrait de la route, en sous-bois.
    Je m’installe et j’ai l’impression d’être seul au monde : seuls le vent et les champs des oiseaux me tiennent compagnie. Ça fait vraiment un drôle d’effet, de se sentir isolé de tout, détaché même du continent, sans possibilité de communiquer, sans éclairage, sans eau courante. Tiens, d’ailleurs, le message que j’ai envoyé à ma famille refuse de partir.
    Ça va donc être une soirée déconnectée.
    Bonne nuit

    Bilan du jour :
    🚴 63 km
    ↗️ 943 m
    ↘️ 916 m
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