• Épuisé à Piskovë

    May 29 in Albania ⋅ ☀️ 27 °C

    Ce matin, réveil très matinal après une nuit en pointillés, un groupe de chiens s’étant mis à aboyer en plein milieu de la nuit.
    Je suis assez excité de cette étape, puisqu’il me faut passer de l’autre côté d’une montagne pour rejoindre un itinéraire plus roulant. Le départ permet de belles vue surplombantes du canyon.
    Finalement, malgré ce réveil matinal, je ne pars qu’à 10 heures après avoir été faire quelques courses, cuisiné pour ce midi, appelé ma chérie et discuté avec le propriétaire de l’hostel.
    Je commence par faire connaissance avec les orties et les ronces albanaises en déboulant un tout petit sentier pour rattraper une route puis mon chemin. Celui-ci longe le canyon et est vraiment magnifique. Mais c’est avant tout une piste pour 4x4. Avec Charlie, on a un peu de mal avec les galets qui se dérobent sous les pneus. Par précaution, je préfère marcher à côté. Les vues sur le canyon sont encore une fois splendides. On se demande pourquoi la rivière a choisi de passer par ici et à érodé pierre par pierre la montagne jusqu’à créer ce canyon.
    On laisse la rivière, mais on poursuit toujours cap au sud dans un chemin qui s’apparente plus à une promenade en Chartreuse qu’à un itinéraire de randonnée vélo. Tiens, deux chevaux paissent dans ce qui semblait être un petit hameau et oui, malgré l’attitude et l’isolement, ces endroits ne sont pas tout à fait déserts, j’ai d’ailleurs croisé quelques voitures dans les chemins durant cette journée. On bifurque à l’ouest pour attaquer l’ascension. On découvre alors le silence des grands espaces sauvages de la montagne albanaise. Un troupeau de moutons s’est installé un peu plus haut dans le coteau. Les chiens surveillent le passage sur le sentier. Leur maître les rappelle à l’ordre quand ils se mettent à aboyer après moi.
    Plus loin, c’est un vieux fourgon Mercedes qui est arrêté en haut d’une côte pour me laisser passer. On discute avec le chauffeur qui me confirme que je suis bien sur la bonne route vers Permet. Il repart à l’économie de carburant, puisqu’il ne prend même pas la peine de démarrer le moteur : ça descend, pourquoi donc utiliser un moteur ?
    Je croise un groupe de trois motards polonais. Je les arrête pour leur demander d’où ils arrivent. En fait, ils font demi-tour, car le chemin n’est pas du tout adapté à leurs motos.
    Mon GPS m’indique qu’en une heure de temps j’ai parcouru environ 10 km. Ce ne sera pas une des étapes les plus rapides. Je prends mon mal en patience et savoure les magnifiques paysages et la solitude dans ces grands espaces. Je m’installe à l’ombre pour une pause déjeuner interrompue de temps à autre par le passage d’une voiture qui prend souvent le temps de s’arrêter. Les conducteurs sont probablement surpris de voir quelqu’un à vélo ici. Probablement aussi surpris d’ailleurs que moi de les voir déambuler en voiture ici.
    Tiens, les Suisses, en berlingot que j’avais croisés tout à l’heure, redescendent et me disent qu’un motard a planté sa moto dans la boue, un peu plus haut.
    Mon menu du jour :
    Salade de polenta, concombre, tomates
    Œuf dur
    Fromage à tartiner sur du pain
    Cerises
    Baklava
    Tout ça pour vous dire que je suis loin de négliger mes repas. J’essaie toujours d’équilibrer et de cuisiner des petits plats avec des produits frais.
    Repu, je garde la banane pour le goûter

    Ce décor de montagne en Albanie est pour l’instant, le seul endroit dans lequel j’aimerais planter un bivouac. J’ai souvent parlé de la pollution aux déchets sauvages qui est un frein pour s’installer. Ici, la nature est un peu mieux préservée (en écrivant ces mots, je vois quand même autour de moi des bouteilles en plastique vide et un sac de déchets).

    Je continue ma progression, toujours en poussant Charlie. Par moment, je me demande si je ne vais pas prendre le sac à dos sur moi pour que ce soit plus facile à passer sur les gros cailloux.
    Je croise un 4x4 avec la moto accidentée dans une remorque.
    Quelques minutes après, un groupe de trois motard qui accompagnait le pilote malchanceux. Il s’arrêtent et on discute. Il y a deux polonais et une neo zélandaise. Ils avaient prévu d’être sur la plage cet après-midi, mais le relief les a contraint à faire demi-tour. Tandis qu’en discute, le pneu d’une moto se dégonfle. Crevaison. Décidément, une journée de m*** pour eux !
    Je poursuis. mon ascension, et, une centaine de mètres plus loin, une vieille dame surgit de nulle part et me propose un café. Effectivement, cette petite construction de bric et de broc est bien un café au milieu de nulle part. Auparavant, elle tenait un camping dans le panneau est encore présent. J’appelle les motards malchanceux en leur disant qu’ils peuvent peut-être planter leurs tente ici.
    J’offre mes derniers baklava à la petite dame, en échange d’une bouteille d’eau fraîche, un peu douteuse tout de même. Difficile d’échanger avec la barrière de la langue mais on a passé un bon moment à se faire des gestes, mimer des situations. Extra !
    Cette rencontre improbable fera, à coup sûr, partie de mes meilleurs souvenirs de voyage.

    Encore deux kilomètres et je serai au col. Vivement !
    Un groupe de motards roumains me déconseille de continuer, à cause de l’état de la route d’autant que je suis seul. C’est vrai que je n’avais pas pris en considération cette dimension. Je m’assure que mes proches voient bien la localisation de Charlie avant de continuer.
    Finalement, j’atteins le col à 900 m d’altitude, sans trop d’encombres. J’ai vu très peu de boue, et je n’ai pas circulé sur les chemins rocailleux vertigineux que les roumains m’avaient signalés. Ils venaient probablement d’une autre route.
    J’ai les bras en compote à force de pousser. J’envisage même de planter le bivouac ici, sur les prairies, si la descente est trop difficile.

    Je ne sais pas combien de temps va durer la descente, vu que le début du chemin est caillouteux je me laisse aller car cette fois, je n’ai pas à pousser le vélo et les bagages.
    J’arrive en bas, une bonne heure plus tard, lessivé. Je trouve une chambre dans une maison d’hôtes à une quinzaine de kilomètres.
    Je la rejoins dans une grande vallée où il fait bon pédaler et mes jambes veulent se dégourdir après cette étape tétanisante. Le soleil est déjà caché derrière les montagnes à l’ouest. Il éclaire celle de l’est et au fond, la lune, presque pleine surmonte des pics enneigées.
    Place à ma petite routine d’après pédalage et au pingouin quotidien !

    Bilan du jour :
    🚴 41 km
    ↗️ 869 m
    ↘️ 976 m
    Read more