J217, Départ pour Cuba
15.–18. dec. 2025, Mer des Caraïbes ⋅ 🌬 28 °C
Lundi, le jour du grand départ ! Nous avons un programme bien chargé avant de lever les voiles : faire les pleins d’eau, les dernières courses, le plein d’essence, payer la marina…
À 7 h, nous sommes sur le pont ! Nous saluons nos voisins de bouée : Claude et Michel. Un couple à la retraite, 70 ans bien passés, qui voyage à bord de leur Ovni, un beau monocoque en aluminium. Ils sont superbes, avec le sourire et l’énergie de naviguer ! Ils nous racontent leurs aventures et nous sommes presque tristes de partir ; ça nous aurait fait plaisir de les rencontrer un peu plus longtemps. Mais c’est ça aussi le voyage : les rencontres rapides et les au revoir…
Il a plu des trombes cette nuit, mais heureusement le filtre à eau de la marina fonctionne bien et nous permet d’avoir de l’eau claire pour remplir nos cuves. Nous achetons un bidon d’huile pour le moteur, et Nelson nous donne généreusement un filtre à essence en rab pour en avoir un au cas où à bord. Il nous souhaite un bon voyage : « S’il y a un problème, n’hésitez pas à m’écrire ! »
Nous devons ensuite filer à Linton Bay pour acheter quelques fruits et légumes. Nous empruntons pour la dernière fois le chemin parmi les mangroves en annexe : on ne s’en lasse pas.
Allez, on fait le check de notre liste : nous sommes prêts ! Le ciel est bien gris et il pleut, mais ce n’est pas grave, en route ! Un grand salut à nos voisins qui nous offrent un bout de leur régime de bananes plantain pour le départ, et nous larguons les amarres. Le moteur démarre bien, ça fait du bien.
Nous avons 730 milles nautiques (+/– 1 300 km) à parcourir, notre plus longue navigation jusqu’alors. Nous devrions avoir du vent au près et au travers. Nous avons fait notre routage et vérifié la météo encore ce matin : c’est bon. La fenêtre est bonne, la houle n’est pas trop importante, ni le vent, ce qui peut souvent être le cas dans cette zone.
Le début de navigation commence au moteur : il est 15 h. On se fait un peu brasser avec une houle de travers. Malo n’est pas satisfait du nouveau tuyau de refroidissement, qui a tendance à s’affaisser. Il décide de le changer : le bateau à l’arrêt, balloté sur les vagues, la tête secouée dans le moteur… mais il y arrive. Allez, on repart ! On doit garder un appui moteur en plus des voiles jusqu’au milieu de la nuit, car le vent n’est pas bien soutenu, mais il finit par se caler.
Nous sommes au près. Le bateau penche bien, mais nous avançons comme il faut. Nous l’avions bien préparé, donc la gîte ne met pas trop le bazar à bord. On organise nos quarts : on se relaie toutes les deux heures, de 20 h à 7 h. On installe le pilote automatique !
Le matin, le soleil est avec nous : ça fait du bien après ce départ sous la pluie. La journée s’écoule tranquillement ; on écoute des podcasts, on discute, on fait la sieste. Difficile de se déplacer à bord avec la gîte ! On installe le régulateur d’allure. Nous avons un vent au près, ce qui devrait nous permettre de bien le caler. Cet instrument (inventé par les premiers explorateurs), installé sur la jupe arrière du bateau, dispose de son propre safran et fonctionne mécaniquement. Nous orientons sa pale par rapport à l’angle de vent que nous souhaitons donner au bateau, et ça y est : le régulateur, sans utilisation d’électricité — contrairement au pilote automatique — dirige le bateau en gardant l’angle au vent.
Malo se régale de poulet grillé. Nous l’avions commandé à la marina pour le manger initialement avec nos amis de *Blue Moana*. Les pluies diluviennes nous empêchant de nous rejoindre mutuellement, nous n’avons pas pu le partager avant le départ. Malo a donc un poulet et demi à manger (heureusement, ils ne sont pas énormes) 😅 Il fait le plein de viande, ça change de nos habitudes !
Nous entamons notre deuxième nuit. La lune est toute fine et ne se lève qu’à la fin de la nuit, presque en même temps que le soleil. Nous pouvons donc admirer un superbe ciel étoilé. Le plancton luminescent qui illumine le sillage du bateau est lui aussi magique. Nous restons en veille à tour de rôle, car il y a beaucoup de cargos dans la zone (proche du canal de Panama). En effet, pendant la nuit, nous en croisons quatre. Malo déroute légèrement le bateau pour éviter une route de collision avec l’un d’entre eux. Les autres sont passés loin, mais ce n’est jamais simple d’évaluer les distances la nuit. Nous dormons sur la petite banquette à l’intérieur, côté bâbord, car nous y sommes plus calés par rapport à la gîte du bateau, ou bien à l’extérieur sur les banquettes.
Pour notre troisième jour de navigation, le vent se cale un peu plus au travers ; le bateau gîte un peu moins, c’est agréable. On se rince tant bien que mal, c’est toujours un peu folklorique ! Demain, on tente la vraie douche !
Heureusement, nous avions cuisiné un peu en avance pour éviter de devoir nous lancer dans de grandes préparations en mer : c’est plus facile. On avance bien, à 5,5 nœuds de moyenne, une très bonne vitesse pour Noam. À ce rythme, on devrait atteindre Cuba en six jours ! On s’amuse à enregistrer les bruits qui nous entourent : le grincement du bois à l’intérieur, le cliquetis des voiles, l’eau qui se brise sur la coque… On essaie de garder au mieux en mémoire ces moments.
La troisième nuit se passe bien, le ciel est bien clair avec ces milliers d’étoiles au-dessus de nous. Nous sommes seuls sur l’eau, cette étendue sombre avec le bruit des vagues et du vent. À demi réveillés, dans nos pensées, le temps est suspendu.
Le lendemain, le bateau avance très bien ! C’est bon pour le moral car, même en avançant bien, notre point progresse doucement sur la carte affichée sur l’écran de la tablette devant nos yeux.
Nous sommes presque au grand largue. À cette allure, le régulateur n’assure pas aussi bien ; on remet donc le pilote automatique. Nous sommes au niveau du Nicaragua, une zone où nous devons être vigilants : de hauts fonds, loin du Panama (à 170 milles, 230 km), remontent fortement. Nous passons au-dessus de remontées : ça passe très vite de –1 000 m de fond à –15 m, c’est impressionnant !
Malo met la canne à pêche ; l’allure est plus confortable pour pouvoir pêcher. Au bout de quelque temps, une petite bonite mord au bout de la ligne. Une fois vidée, on la met au frais (ah oui, notre frigo est enfin réparé !) : ce sera notre repas de demain.
On profite de la fin de journée pour se doucher. On fait comme on peut : agrippés à l’arrière du bateau, on se savonne et on se rince à la douchette ! On se sent comme neufs, on commençait à être vraiment salés.
On affine les réglages des voiles pour essayer d’optimiser notre allure. Et là, on est ravis : on est au-dessus de 6 nœuds de moyenne, ce qui est assez rare. Sur de longues distances, ça fait une vraie différence. On savoure les belles couleurs du soir en écoutant de la musique. C’est parti pour notre quatrième nuit !Læs mere

















