J178, A la recherche des baleines !
Feb 13–18 in Dominican Republic ⋅ ⛅ 22 °C
Nous avons découvert à nouveau un superbe endroit dans les Haïtises, l’un des derniers mouillages du parc : la baie de San Lorenzo. Non loin de notre précédente attache, quand nous arrivons, nous apercevons Le Rebelle, bateau copain ! Ils ne semblent pas à bord, nous les verrons plus tard.
Le soir, en effet, Lionel vient nous saluer. Il nous dit qu’ils sont avec les propriétaires de l’éco-lodge installé à terre et nous vante les lieux. Nous prenons note : nous nous y rendrons le lendemain.
Le lendemain, après une belle pluie qui nous a ravis pour remplir nos cuves, nous partons à la découverte des lieux. Nous embarquons dans l’annexe et traversons les mangroves avant d’atteindre un ponton où nous nous amarrons. En dix minutes à pied, nous atteignons le fameux éco-lodge. Nous payons 1 400 pesos l’entrée afin de bénéficier d’un buffet et de l’accès aux piscines naturelles.
Les lieux sont magnifiques : les bassins ont été façonnés sur le lit de la rivière. Tout est pavé et joliment construit. Après un buffet bien copieux, nous allons nous baigner. L’eau est fraîche ! C’est la rivière, ça nous saisit. On se prélasse sur les transats, puis nous allons jouer aux cartes dans le bar qui domine les lieux. Lionel, notre ami du Rebelle, est là aussi. Il nous fait rire : il vient nous voir, verre de gin à la main — « Ce n’est pas possible, ils ne font que boire ici ! On n’a pas le temps de dire ouf ! »
Ils nous proposent de nous ramener au ponton de l’annexe avec la voiture des propriétaires. On ne refuse pas : nous voilà embarqués dans une superbe voiture… le luxe !
En arrivant à bord, nous nous installons pour une belle soirée cinéma. Nous nous replongeons dans nos rêves d’enfant en regardant L’Île aux trésors, en mangeant popcorn et gâteaux !
Le lendemain, il est l’heure pour nous de lever l’ancre des Haïtises. Progressivement, nous quittons ces mogotes, grandes roches verdoyantes, pour retrouver la civilisation.
Nous partons sous un soleil au zénith, au moteur. Pour sortir de la baie, le vent ne sera pas avec nous, ni le courant ! Nous visons Miches, un petit village à la sortie de la baie. Mais finalement, la houle de face et l’angle du vent nous font changer de décision : nous partons pour Levantado. Nous reprendrons la mer demain pour Miches.
Nous jetons l’ancre à la tombée du jour. Malo et Agatha sautent dans l’annexe pour installer une ancre arrière afin d’éviter un roulis trop fort. Ça fonctionne à merveille ! Le ciel se couvre de couleurs rouges, roses et violettes. Et nous ne tardons pas à rejoindre Morphée. Demain, on se lève aux aurores : nous souhaitons profiter du lever de soleil pour aller observer les baleines.
À 6 h, le réveil sonne. Les yeux encore un peu bouffis, l’équipage se réveille. Anne-So, avec son énergie et son sourire inépuisables, s’attelle à nous préparer le café. Agatha, encore dans ses rêves, vient m’aider à remonter l’ancre. C’est parti : on met le cap vers Miches, mais avant, on va divaguer un peu à l’entrée de la baie pour essayer d’apercevoir les superbes baleines à bosse qui viennent mettre bas dans les eaux protégées de Samaná.
La mer est d’huile : pas un souffle de vent, pas une ride sur l’eau. Doucement, le soleil se lève et ses couleurs nous ravivent. Malo est à la barre. Je m’installe à l’avant du bateau, assise sur le bloc du compresseur. Agatha à tribord, Anne-Sophie à bâbord, aux aguets, fixant l’horizon.
S’ensuivent deux heures à observer des souffles, des nageoires… et nous apercevons même l’une de ces géantes bleues sortir sa tête de l’eau. Nous sommes privilégiés, encore seuls sur l’eau. Nous en profitons car dès 9 h, de nombreux bateaux à moteur amènent les touristes pour voir les baleines.
Les cétacés sont assez timides et sondent vite en nous apercevant, mais leur observation, même assez lointaine, nous enchante. C’est magique.
La mer est si plate que nous coupons les moteurs. Nous laissons Noam à la dérive et sautons dans le grand bleu. En mettant la tête sous l’eau, nous entendons le chant des baleines. Elles nous semblent si proches. Des grincements, des sons si caractéristiques… c’est incroyable !
Nous reprenons le cap sur Miches. Nous slalomons entre les cayes et jetons l’ancre dans une petite baie du village.
Nous embarquons nos poubelles et deux bidons de carburant pour aller respectivement les vider et les remplir. Nous beachons l’annexe sur la plage. En arrivant, nous demandons à deux hommes installés dans un hangar en bord de plage — la station-service. Tout de suite, ils nous sourient : « On vous amène, montez ! » Deux minutes après, nous voilà à l’arrière d’un pick-up pour aller chercher de l’essence. Ils sont pêcheurs. On fait les pleins en observant la vie chaleureuse de ce petit village. Les deux messieurs nous ramènent et gardent nos bidons de diesel le temps de notre promenade. Adorables !
Notre objectif du jour : grignoter des empanadas et faire le plein de courses ! Sous un soleil de plomb, on trouve des empanadas fraîchement cuisinées qui nous nourrissent comme il faut 😅
Ensuite, place aux courses ! On est bien chargés, mais on arrive sans souci au mouillage. L’ambiance est sympa ici : un peu de musique, mais ça reste agréable, bien moins capharnaüm qu’à Samaná. Les petites maisons, avec leurs fameux barreaux aux fenêtres, sont simples mais relativement bien entretenues. Les gens semblent vivre paisiblement.
Lors de nos courses, nous refusons les sacs plastiques. On rigole de la réaction des gens : ils ont du mal à comprendre, les sacs plastiques sont une religion ici !
En arrivant sur la plage, nous récupérons nos bidons en remerciant nos bienfaiteurs. Entre-temps, les lieux se sont remplis : ça s’agite autour de la fameuse table à dominos. Une institution dans les Caraïbes !
De retour à bord, on est tous un peu fatigués par le soleil. On range les courses, une bonne baignade, puis un repos mérité. En fin de journée, l’armada passe nous voir. On stresse un peu car notre despacho (autorisation locale de sortie) date de plus de dix jours. Mais ils ne nous embêtent pas : on leur explique qu’on s’est arrêtés pour se reposer. Pas de souci : si vous descendez à terre, il vous faudra simplement refaire un despacho ! On ne leur dit donc pas qu’on a déjà été à terre… mieux vaut rester discret parfois. Ils nous remercient avec un sourire et repartent.
Le lendemain, on profite du bord. Le temps file : on bouquine, on travaille sur nos projets respectifs, on papote et on se prépare un bon brunch avec les nouveaux fruits et légumes frais de la veille.
Puis on prépare le bateau. Anne-Sophie cuisine un peu pour la navigation et nous préparons tous Noam comme il faut.
Nous partons finalement pour Punta Cana, à la marina, car il n’y a pas de mouillage. Nous avons choisi cette option afin de profiter du carnaval dominicain, réputé dans cette ville côtière ! Nous y passerons le week-end avant de continuer vers l’île de Saona.
Nous avons un peu plus de 60 milles à parcourir, avec un vent au près d’une quinzaine de nœuds.
À 16 h, nous levons l’ancre. Nous allons naviguer de nuit. Nous tirons quatre bords pour sortir de la baie, puis c’est parti : nous débutons la nuit en descendant vers notre destination. La nuit est étoilée, le bateau gîte toutes voiles dehors sur une belle mer, la lune nous sourit d’un sourire fin. Nous devrions arriver demain matin à bon port !
Nous nous organisons par équipes de deux pour les quarts de nuit : il y a toujours Malo ou moi avec l’une des filles. Une veille, un en quart, deux au lit — et ça tourne toutes les deux heures. C’est parti !Read more
J173, Los Haitises
Feb 10–13 in Dominican Republic ⋅ ⛅ 21 °C
Nous nous réveillons à bord après une nuit bien agitée ! Le mouillage n’est pas protégé, ce qui provoque un bon roulis du bateau. L’équipage se lève malgré tout de bonne humeur : la vue sur cette jolie île, bordée d’une belle plage soigneusement entretenue pour l’unique hôtel des lieux, nous fait vite oublier la nuit mouvementée.
Nous nous préparons pour aller plonger ! Anne-Sophie est une plongeuse aguerrie ; Agatha, elle, est novice et appréhende un peu. Nous montons tous les quatre dans l’annexe avec les blocs de plongée. Agatha et moi grimpons dans le kayak (qui, malheureusement, est encore percé !). Nous arrivons sur un spot qui nous semble adéquat. Anne-So se met sur le détendeur de secours de Malo, et moi je suis avec Agatha. Malo et Anne-So s’immergent.
Avec Agatha, nous prenons notre temps. Je lui explique le détendeur étape par étape, puis, le long de la chaîne de l’annexe, nous nous enfonçons : 1 m, 2 m, 3 m… pause, ses oreilles coincent ; on attend, on respire, ça passe. Nous poursuivons la descente jusqu’à 9 m. Tranquillement, nous observons les gorgones violettes qui dansent au rythme de la houle, deux calamars qui glissent sous notre nez, un poisson-trompette parfaitement camouflé dans les éponges. Nous remontons ; C’était un très joli moment ✨️ Anne-So et Malo nous retrouvent, eux aussi ravis de leur immersion malgré une visibilité un peu faible. Ça faisait trop longtemps que l'on avait pas profité des fonds !
De retour à bord, on mange un bout. Avec Agatha, nous partons nous promener sur la plage. Au coucher du soleil, à l’entrée de la baie, au loin… trois baleines sautent à la verticale. Elles sont loin de nous mais on les imagine si grandes et majestueuses.
La soirée file tranquillement au rythme du roulis. Je suis très heureuse d’avoir mes copines à bord 🫶
Le lendemain, le réveil sonne à 7 h. Nous sommes un peu fatigués après une nuit encore secouée, mais motivés : nous partons vers le Parc national Los Haitises. Avant de nous y diriger, nous naviguons vers la sortie de la baie pour tenter d’apercevoir des baleines. Nous déroulons les voiles et scrutons l’horizon à la recherche de ces grandes créatures bleues. Nous en voyons plusieurs, mais jamais assez près pour les photographier ; nous les gardons précieusement en mémoire.
Nous changeons ensuite de cap vers le fond de cette immense baie où se niche le parc. Peu à peu, le paysage devient spectaculaire. D’étonnantes formations calcaires recouvertes d’une végétation luxuriante semblent flotter sur l’eau. Ces pains de sucre, façonnés par l’érosion, émergent au milieu d’une forêt tropicale humide et de vastes mangroves. Le parc est l’un des trésors naturels de la République dominicaine : il abrite une biodiversité remarquable, des colonies d’oiseaux marins, et des grottes ornées de pétroglyphes laissés par les Taïnos.
Nous avons l’impression d’entrer dans un décor de Jurassic Park. Nous sommes seuls, entourés de frégates, de rapaces, de pélicans qui tournoient au-dessus de nous. Nous jetons l’ancre après une belle navigation au portant. Cette fois, le mouillage est parfaitement abrité. Pas un roulis. Quel bonheur.
Aujourd’hui, vendredi, cela fait trois jours que nous profitons du parc. Nous avons randonné sur les hauteurs, exploré en annexe et en paddle les grottes creusées dans la roche calcaire, découvert des mangroves si profondes que les palétuviers semblent toucher le ciel.
Nous avons même eu la chance de croiser un serpent, blotti à l’abri d’un arbre. L’eau n’est malheureusement pas transparente, mais nous nous baignons quand même. Le temps est calme ; on se plaît à dessiner, jouer, lire et discuter. La nuit, lorsque le ciel s’assombrit derrière le bateau, l’eau devient phosphorescente grâce au plancton. C’est magique, je n’en avais jamais vu autant. On se croirait dans Avatar.
Nous avons changé de mouillage aujourd’hui (Cayos de los pajaros). Demain, nous mettrons de nouveau l’ancre plus près de la sortie de la baie pour nous diriger tranquillement vers le sud du pays, vers l’île de Samoa. Prochaine destination plongée !
Les filles, elles, restent encore plusieurs jours à bord, observant les bateaux en partance pour la Colombie qui accepteraient peut-être de les embarquer. Elles ont pour projet d’aller rendre visite à notre copine Ellyn d’ici quelques semaines. Mais le bateau-stop est une histoire de chance et de patience… on croise les doigts.Read more
J169, Samana
Feb 7–10 in Dominican Republic ⋅ 🌧 23 °C
Nous arrivons dans la baie de Samaná après plus d’une journée de navigation. Nous étions vent arrière, le bateau ballotté sur les vagues. Nous avons navigué trempés sous la pluie. Mais en arrivant, nous avons été accueillis par deux baleines : c’est toujours incroyable de voir leur immense caudale sonder !
Nous mouillons l’ancre de nuit dans cette grande baie. Je suis surprise par la multitude de lumières à terre et par la musique qui résonne fort. C’est une grande ville. Je m’attendais à une petite baie tranquille… finalement, il va y avoir de l’animation ! La République Dominicaine est bien plus peuplée que je ne l’imaginais, avec plus de 11 millions d’habitants, et ça se sent dès l’arrivée.
On se dépêche de débarquer pour retrouver Agatha et Anne-So qui nous attendent à terre. Je suis très contente de pouvoir les retrouver, je les aperçois, on se saute dans les bras ! Mes vieilles copines 🩵
On dîne à terre, en bavardant dans des rues bien animées, avec de la musique toujours plus forte !
De retour à bord, on organise un peu les espaces pour trouver de la place pour les affaires et les équipières.
Le lendemain, nous partons pour la cascade El Limón. On prend le bus : ce sont des mini-bus qui sillonnent les routes, les guaguas. On monte dans la montagne et le bus nous dépose au début du sentier. On marche dans la forêt, on traverse des rivières, et avec Agatha on choisit l’option pieds nus !
Nous atteignons une superbe cascade d’où dégringolent de grands rideaux d’eau, c’est magnifique. Nous avions peur qu’il y ait beaucoup de touristes, mais finalement nous sommes presque seuls. On rentre par un autre chemin, tout aussi joli.
Puis nous attendons un bus au bord de la route. Finalement, un camion benne s’arrête et nous demande où nous allons. Le temps de discuter, on voit le bus passer ! Le monsieur voit nos têtes dépitées en regardant le bus filer et nous dit de monter dans la benne. On va le rattraper ! On saute à l’arrière, il conduit à toute vitesse et nous attrapons le bus (qui s’avère être un taxi !). Ça décoiffe !
En arrivant, nous profitons du bord de mer où les gens se promènent et boivent des verres en petits groupes.
Le soir, nous sommes invités à bord d’Odine, le bateau qui a amené Agatha jusqu’ici en bateau-stop. C’est un couple de notre âge, elle est allemande et lui français. Ils nous reçoivent chaleureusement avec du bon poisson et du riz, un régal !
Le lendemain, mardi, c’est jour de courses et de démarches administratives. Nous partons vers le parc des Haitises, situé au fond de la baie. En République Dominicaine, il faut faire un despacho à chaque fois que l’on change de zone. Avant cela, nous allons nous balader sur une des jolies petites îles qui bordent la baie.
Puis direction la ville, où nous perdons pas mal de temps à aller et venir entre les bureaux de l’immigration et de l’armada. Ils ne sont pas forcément très efficaces !! Mais on finit par y arriver. Ensuite, place aux courses : un bon stock de fruits et légumes. Ici, ça ne manque pas, il y a une belle diversité et, à notre plus grand bonheur, les avocats sont délicieux !!
En discutant avec les gens, on ressent aussi la proximité avec Haïti, l’autre pays qui partage cette île. Les relations entre les deux sont complexes, marquées par une histoire lourde et par de grandes différences économiques. Beaucoup d’Haïtiens vivent et travaillent ici, et même si le sujet est sensible, cette cohabitation fait partie du quotidien dominicain.
De retour à bord, nous levons les voiles pour nous rendre sur l’île de Levantado, à 3 milles de la ville. Une jolie navigation, toutes voiles dehors, jusqu’à l’île. Le mouillage est bien roulant, mais c’est une petite escale sympa avant les Haitises.
On profite tranquillement à bord, tous un peu fatigués, bercés par le bon roulis du bateau.
Demain, on va rester encore un peu pour profiter de la zone… on espère pouvoir y plonger ! 🌊Read more
J165, Cacao & surf
Jan 31–Feb 6 in Dominican Republic ⋅ ⛅ 30 °C
Nous avons passé trois jours à bord avec Thibault. Beaucoup de discussions autour de projets bateau, mais aussi la poursuite de notre découverte des alentours de Luperón.
Nous avons profité d’un petit vent pour aller tirer quelques bords au large et montrer à Thibault comment Noam navigue. Les garçons ont aussi plongé. D’autres plaisanciers et plongeurs ont créé il y a quelques années un site de plongée, avec des canons et un trésor coulés. Un vrai site de pirates ! Malgré une mer un peu agitée, c’était chouette de se mettre à l’eau.
Ces derniers jours à Luperón étaient très gris et humides. On se serait crus en Bretagne ! Pourtant, nous avons passé de bons moments : invités à bord d’autres bateaux, footing le long du littoral, et une soirée avec les autres plaisanciers dans les rues de Luperón, dans un bar où la bière était… gratuite !
Mardi soir, Thibault est reparti. C’était un très bon moment et une belle rencontre. À voir comment évolueront les prochaines aventures.
Le lendemain, nous décidons de louer une voiture pour les deux jours à venir. Ici, c’est très facile : la communauté de plaisanciers est importante et de nombreux groupes WhatsApp d’entraide proposent des services variés : voitures, motos, laverie, yoga gratuit… Il y a même Daicy, une navigatrice installée ici depuis des années avec son mari sur leur grand voilier. Elle a fini par acheter une ferme avec quelques vaches et propose yaourts et lait frais pour quelques pesos, tous les lundis.
Finalement, c’est en nous baladant dans la rue que nous trouvons la voiture. Nous la louons 1 700 pesos la journée. Pas d’état des lieux, pas de vérification de l’essence : Franklin nous donne les clés, sans contrat. Rapide, efficace, zéro formalités !
Nous roulons au GPL, comme la majorité des véhicules ici. L’avantage, c’est le prix : environ 22 € le plein ! Nous embarquons aussi nos planches de surf : nous avons repéré quelques plages adaptées. Mais avant ça, direction l’est, sur les hauteurs de Cabarete, pour visiter des plantations de cacao.
La République dominicaine est l’un des plus gros producteurs de cacao biologique au monde. Historiquement, l’île d’Hispaniola , découverte par Christophe Colomb en 1492, a longtemps vécu de l’agriculture (cacao, café, canne à sucre), avant que le tourisme ne devienne l’un des piliers de l’économie actuelle. Malgré une croissance économique forte, les inégalités restent marquées, surtout dans les zones rurales.
En cherchant sur internet, je trouve une exploitation : Florencio Ortega. Contactée via WhatsApp, Yolanda me répond rapidement. Agronome elle aussi, elle gère l’organisation globale de la ferme. Elle ne sera pas sur place, mais son frère, Joël, pourra nous recevoir.
Nous prenons donc la route de la finca, en nous enfonçant dans la montagne. Autour de nous, une végétation luxuriante et du cacao à perte de vue. Après deux bonnes heures de route, nous rencontrons Joël, qui nous accueille avec un immense sourire. On passe un moment formidable. Il nous montre toutes les étapes : la culture, les greffes, la fermentation, le séchage… On sent qu’il aime profondément son métier.
Nous nous asseyons pour discuter. Peu à peu, il comprend que nous voyageons en voilier, et non avec les grands paquebots de croisière, comme beaucoup de touristes ici. Il n’en revient pas ! On rigole, on échange, puis il nous emmène faire le tour de la petite communauté : quelques maisons regroupées. Il nous présente aux voisins, à Lourdes, qui nous invite à prendre le café. On nous offre corossol, papaye, oranges, cacao… Nous sommes vraiment gâtés. Nous repartons le cœur léger, invités à revenir quand nous voulons.
Direction ensuite la plage de Cabarete. Beaucoup de trafic, de constructions, de grands complexes touristiques en bord de mer, profitant des conditions idéales pour le kite et le surf. En arrière-plan, les habitations plus modestes des locaux. Des commerces partout, beaucoup de vie dans les rues. Il faut s’accrocher au volant !
Nous arrivons sur une superbe plage bordée d’écoles de surf. Il est 17 h, personne à l’eau, mais de grosses vagues. On préfère attendre le lendemain pour se mettre à l’eau, le temps d’observer les courants. On profite simplement du spectacle : les couleurs, la houle qui s’écrase sur le rivage. Des villas longent la plage, on sent la forte présence d’investisseurs étrangers, notamment américains. Le soir, on s’offre un bon restaurant. Ça faisait longtemps… On se régale !
Ce soir-là, c’est camping. Nous avions prévu les hamacs, mais finalement on tente l’option “camping-car” en dormant dans la voiture. Mauvaise idée 😅 Vers minuit, on suffoque : chaleur, condensation, moustiques… Nous finissons par installer les hamacs au milieu de la nuit. C’est ça, vouloir choisir la facilité !
Le lendemain matin, réveil au son des vagues. Le ciel est bleu, c’est magnifique. La plage s’anime, il y a du monde à l’eau. On attrape les planches et c’est parti. Malo va dans la zone des confirmés, moi je reste sur le spot des débutants. Ici, les spots sont clairement hiérarchisés, avec des panneaux du type : « Respectez les surfeurs locaux ». Le ton est donné ! On passe une bonne heure à l’eau, dans des vagues un peu brouillonnes, mais on est contents.
En sortant, on mange une salade en bord de mer. L’ambiance est assez drôle : très “bobo / hippie / surfer”, un peu hors de la culture dominicaine traditionnelle. Mais de temps en temps, c’est agréable aussi.
Nous continuons notre vadrouille vers les cuevas de Cabarete. L’entrée du parc est à 20 $ par personne. On hésite un peu, mais ici, comme dans d’autres îles des Caraïbes, beaucoup de sites naturels sont payants. Le tourisme est une ressource essentielle pour le pays. Nous découvrons un lieu magnifique. Le guide nous fait visiter quatre grottes ; il y en aurait plus de 200 dans la région, mais toutes ne sont pas aménagées. On peut s’y baigner, et selon la légende, l’eau ferait rajeunir de dix ans… On a tenté !
Nous reprenons la route vers Luperón en passant par Santiago de los Caballeros, ancienne capitale et deuxième plus grande ville du pays. La route de montagne est splendide. Malheureusement, le contraste est saisissant avec les montagnes de déchets visibles un peu partout. La gestion des déchets semble très limitée. On voit même des éboueurs, accrochés à l’arrière des camions, ramasser les ordures à mains nues.... Le plastique et la surconsommation sont une vraie problématique dans les Caraïbes (et partout ailleurs!).
À Santiago, l’ambiance est intense : vendeurs d’empanadas à chaque coin de rue, musique merengue — emblématique du pays — qui sort des enceintes, motos slalomant entre les voitures… Nous nous arrêtons dans une fabrique de cigares, autre symbole national. Trop tard pour la visite, mais on découvre les boîtes de cigares.
Dans le centre historique, nous déambulons seuls, sans touristes. Beaucoup de bâtiments sont en mauvais état, mais la vie est partout. Sur la place centrale, des cireurs de chaussures travaillent encore, un métier disparu chez nous. Nous cherchons un endroit pour dîner, mais étonnamment, peu de choix le soir, à part des empanadas frites. Les comedores locaux — riz, plantain, haricots noirs, viande — semblent surtout ouverts le midi. Finalement, nous trouvons une rue un peu plus touristique, avec quelques restaurants récents. Nous nous installons pour une pizza et une limonade naturelle.
Puis retour vers Luperón. Il nous reste deux heures de route de nuit, avec des phares faiblards. Malo est au volant et assure, malgré une route parfois compliquée : peu d’éclairage, peu de signalisation.
Nous arrivons à bon port. Heureux d’avoir découvert un peu plus ce beau pays, riche, contrasté, parfois très urbanisé et touristique, mais incroyablement diversifié.
Demain, vendredi, nous levons l’ancre et partons pour Samaná, à l’est du pays, pour découvrir la baie des baleines… et retrouver les copines ! 🐋⛵Read more
J159, Luperón
Jan 28–31 in Dominican Republic ⋅ ☀️ 28 °C
Nous nous endormons pour notre seconde nuit à Luperón sous une belle pluie — ça faisait longtemps ! On en profite pour sortir le récupérateur d’eau de pluie et remplir les cuves. Le lendemain, nous préférons changer de place dans la baie car nous sommes un peu trop proches de notre voisin. Ici, c’est un vrai casse-tête de mouiller l’ancre : beaucoup de bateaux sont sur des corps-morts, il faut donc bien assurer sa place quand on jette l’ancre. Finalement, nous parvenons à trouver notre petit trou, proche du quai principal où arrivent de gros bateaux de marchandises ou de pêche.
Nous sommes juste derrière un petit bateau en bois. Nous ne tardons pas à rencontrer son propriétaire, Jacques. Alors qu’il passe à la rame dans sa jolie annexe en bois, nous l’invitons à boire le café. Jacques est français. Cela fait plus de 25 ans qu’il vit sur son bateau, un joli petit bateau en bois de 70 ans ! Il en parle avec passion. Il a vécu de nombreuses années en Guadeloupe en tant que professeur de pêche dans un lycée professionnel ; avant cela, il était pêcheur à l’île d’Yeu. On discute de navigation, d’expériences en mer, de nos vies respectives. Il est passionnant.
Nous décidons ensuite d’aller découvrir un peu les environs de Luperón. Nous enfilons nos baskets et découvrons un village bien animé. Les gens nous saluent, chacun a son petit commerce. Nous retrouvons la profusion de petits supermarchés proposant de nouveaux produits — ça change de Cuba. Les motos et les voitures filent dans les petites rues.
En nous baladant, nous sommes interpellés par Kingking, un jeune Haïtien qui vit ici depuis cinq ans. Il nous amène voir ses… six petits chiots d’à peine deux mois ! Ils sont adorables. Il nous dit qu’il peut nous en vendre un pour 100 pesos ; ça l’aiderait, car il n’a plus de travail et traverse une période difficile. Il n’a pas de quoi leur acheter à manger. On se regarde avec Malo… aaah, c’est tentant ! Mais pas vraiment raisonnable, n’est-ce pas ? À défaut de craquer aujourd’hui pour un chien, nous allons acheter un sac de croquettes pour les chiots. Kingking est très reconnaissant et nous remercie avec un grand sourire.
Nous continuons notre route vers la sortie du village, où nous avions repéré un refuge pour animaux. En chemin, nous tombons sur une petite cahute où un monsieur propose des empanadas et des avocats délicieux. On s’installe sur des chaises en plastique au bord de la route pour profiter de notre encas avant de reprendre la marche. Nous arrivons ensuite sur un chemin de terre. Les paysages sont magnifiques : de nombreuses vaches passent tranquillement, avec les montagnes en arrière-plan. C’est dans cette région que se trouve le plus haut sommet des Caraïbes, le Pico Duarte. Cette cordillère offre à la baie de Luperón une protection exceptionnelle contre les tempêtes ; ici, on l’appelle la « baie bénie » pour cette raison. C’est aussi pour cela qu’il y a tant de bateaux. Nous passons devant une arène de combats de coqs — malheureusement, une tradition encore très ancrée dans toute la Caraïbe. Lorsque nous arrivons au refuge, celui-ci est fermé. Nous sommes vendredi après-midi ; peut-être n’est-il pas ouvert. Nous en profitons pour passer quelques coups de fil à nos proches.
Sur la route du retour, nous nous arrêtons dans une boutique qui fabrique du fromage et des yaourts artisanaux. Du fromage ! Ça fait deux mois que nous n’en avons pas mangé, alors on en profite pour en acheter un morceau. Ici, comme en Colombie, ce sont des fromages à pâte blanche, type mozzarella. On l’appelle le « queso de hoja », équivalent du « queso de capa » colombien. En chemin, un moto-taxi s’arrête et nous embarque à bord : il est temps de découvrir la plage de Luperón. Nous payons 200 pesos la course. Ici, nous avons encore changé de monnaie : le peso dominicain (1 € ≈ 71 pesos).
Nous découvrons une jolie plage, longue, où de belles vagues se cassent sur le sable blanc. De petits restaurants se trouvent à l’entrée. Comme dans tout bar caribéen qui se respecte, la musique résonne fort (très fort) dans les haut-parleurs. On rigole avec un patron de bar en regardant une voiture garée… dans le bar ! Elle est équipée d’un mur d’enceintes qui occupe tout l’habitacle : elle ne sert qu’à ça. Nous allons au fond de la plage pour profiter d’une baignade. Nous croisons des Canadiens et des Français qui ont eux aussi leur bateau à Luperón. La densité de bateaux est telle qu’en se baladant dans les rues, on croise presque autant de plaisanciers que de locaux.
Après la baignade, nous profitons du coucher de soleil pour boire un verre, en admirant les gros bateaux de croisière qui passent au large et en observant un petit bateau de pêche qui part affronter la houle. Un gros coup de vent est prévu ce week-end : un front nord. Les températures vont chuter et des rafales à plus de 40 nœuds sont attendues dans les Bahamas. Nous sommes contents d’être à l’abri dans la baie. En rentrant au bateau, nous passons devant un bar où de nombreux plaisanciers sont attablés. En nous voyant passer, Natacha vient à notre rencontre avec son copain Michael. Ce sont deux New-Yorkais de notre âge qui possèdent un gros voilier, une véritable goélette de pirate. Elle nous dit être contente de voir des jeunes, car la majorité des navigateurs sont souvent plus âgés. Nous passons à l’anglais ; ici, il y a une grande proportion d’Américains.
De retour à bord, en bons Français, nous profitons de fromage sur un bout de pain accompagné d’un petit verre de vin. La question du soir : est-ce raisonnable d’adopter un chien ?!
Le lendemain, nous nous réveillons dans une baie d’un calme fou. C’est super agréable : il fait très bon et le bateau ne bouge pas. Les oiseaux chantent et le clapotis des annexes qui passent près de nous crée une douce houle. Nous passons la matinée à travailler sur nos ordinateurs avant de sauter dans l’annexe pour aller explorer les mangroves et les fonds marins. En chemin, nous croisons Michael et Natacha qui reviennent d’une balade dans la réserve en face ; ils nous conseillent un sentier.
Nous commençons par enfiler masques et tubas pour observer les fonds : essentiellement des herbiers et quelques bouts d’épaves. Rien d’exceptionnel, mais la baignade fait du bien. Nous continuons ensuite notre balade dans une belle mangrove. Les palétuviers sont particulièrement grands, car peu touchés par les tempêtes. On s’amuse à observer les mouettes et les pélicans pêcher les petits poissons, affolés par les remous de l’annexe.
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons chez Jacques, qui nous fait visiter son petit bateau tout en bois. C’est magnifique… mais quel travail ! Un bateau en bois, c’est vivant : le pont doit être arrosé tous les matins, sans exception, à l’eau de mer, sinon les moisissures et les champignons peuvent s’installer. Le bateau prend toujours un peu l’eau et il faut régulièrement reboucher les fuites en calfatant avec du coton peint. À bord, pas d’électricité depuis qu’il a pris la foudre il y a quelque temps. Il navigue au sextant, une passion qu’il a transmise à son fils. Il nous donne aussi quelques conseils pour visiter la République dominicaine, sa femme étant originaire d’ici.
Nous rentrons ensuite à bord pour préparer un peu le bateau : Thibault, une connaissance de Malo, vient nous rendre visite pour quelques jours. En fait, il a contacté Malo il y a environ un mois, car il a un projet avec un ami de Guadeloupe, Alexis, pour créer un voilier de charter et de plongée. Ils ont pensé à Malo pour être le capitaine du bateau. Pour le moment, rien de très concret, mais nous avons passé les derniers jours à réfléchir au projet. Thibault a un peu d’argent et souhaite investir. Même si, pour l’instant, nous restons plutôt spectateurs, nous avons mis sur papier un projet qui aurait du sens pour nous : créer un voilier alliant à la fois exploration scientifique et tourisme engagé. Nous avons proposé cette idée à Thibault ; reste à voir comment cela évolue !
Dans ce cadre, il nous a écrit il y a deux jours pour nous dire qu’il était partant pour venir en République dominicaine nous rencontrer. Ça nous a un peu surpris, car nous ne nous connaissons pas vraiment, mais finalement… pourquoi pas ? Ça peut être une opportunité. Nous sommes très curieux. En début de soirée, nous récupérons donc Thibault, qui arrive du Mexique où il vit depuis dix ans. Il a une trentaine d’années et aimerait réussir à créer un projet autour d’un bateau. Nous passons une belle soirée à rêver, discuter des possibilités, des envies…
En allant nous coucher avec Malo, nous ne savons pas comment tout cela va aboutir, mais comme on se le dit, nous sommes dans une phase de nos vies où nous sommes libres, ce qui nous permet d’être à l’écoute des opportunités. Thibault va rester à bord jusqu’à mardi. Nous allons vadrouiller dans les environs de Luperón et lui faire découvrir la vie à bord. Malheureusement, le front froid ne nous permet pas encore de sortir en mer.Read more
J155, Cap vers Luperon
Jan 26–27 in Dominican Republic ⋅ 🌬 28 °C
Nous quittons Santiago à 5 h du matin. En sortant du chenal, nous croisons de petites barques de pêcheurs qui rentrent à la rame. Dans la pénombre de la nuit, ils reviennent de leurs plongées nocturnes.
La navigation se fait au moteur, faute de vent, mais dans une mer d’huile d’un bleu profond, sous l’escorte inattendue de papillons blanc qui virevoltent dans le ciel.
Au passage de Guantánamo, nous apercevons nos amis du catamaran Casa Maria qui nous rattrapent. C’est toujours sympa de se croiser en navigation ! Peu après, après près de dix heures au moteur, nous profitons enfin d’un vent un peu plus favorable pour dérouler le génois et couper les machines. Ça fait du bien : plus de bruit, uniquement le clapotis de l’eau et une musique diffusée par les enceintes, sous un beau soleil.
Malheureusement, le vent faiblit de nouveau. Nous gardons les voiles dehors mais rallumons le moteur. L’après-midi se passe en longeant les côtes : une session aquarelle, des podcasts, des étirements… On essaie d’appeler le vent, mais pour le moment l’appui moteur reste nécessaire pour garder les voiles gonflées. Un superbe coucher de soleil colore le ciel de rose.
À 1 h du matin, nous atteignons le passage du vent entre Cuba et Haïti. Le vent reste faible, mais nous coupons malgré tout le moteur et avançons à 3,5 nœuds. Nous traversons une zone de séparation de trafic indiquée sur les cartes : c’est là que passent les cargos. En effet, nous en croisons plusieurs, dont un gigantesque. Nous modifions légèrement notre cap pour l’éviter largement.
À l’orée du jour, le vent retombe et nous remettons le moteur. Un disque doré parfait sort de l’eau. Les couleurs sont douces, pastel. Un oiseau blanc à la queue fine et élégante tente de se poser sur notre girouette pour se reposer, mais avec notre inertie, impossible pour lui de tenir. J’espère qu’il trouvera vite refuge quelque part ! Nous profitons de la pétole pour une petite baignade. Un bout à l'arrière du bateau auquel nous nous accrochons et nous nous immergeons dans le grand bleu 🐬
La suite de la navigation se déroule bien, malgré peu de vent, souvent de face. Nous prenons notre mal en patience et alternons entre moteur et voile, contraints d’utiliser assez souvent le moteur pour avancer. Nous naviguons sous une demi-lune qui éclaire joliment la mer. Le son des vagues sur l’étrave du bateau reste notre plus belle berceuse.
Nous apercevons les côtes haïtiennes, puis celles de la République dominicaine à partir de mercredi midi. Nous faisons des bords pour tenter de naviguer à la voile. Nous nous approchons enfin de l’entrée de Luperón à minuit ✨️ On est vigilants car il fait nuit et la passe pour entrer est entre deux récifs.
Nous avons changé de fuseau horaire : ici, il y a une heure de plus qu’à Cuba. Nous trouvons une petite place pour mouiller à l’entrée de la baie. Il semble y avoir énormément de bateaux : c’est un trou à cyclones très réputé dans les Caraïbes pour les plaisanciers. Nous ne tardons pas à nous endormir, fatigués par ces trois jours de navigation.
Le lendemain matin, nous ouvrons les yeux sur un joli mouillage. Après le café, nous levons l’ancre pour nous rapprocher du centre de la baie. C’est impressionnant : il y a énormément de bateaux ! Ça nous change. Nous slalomons entre les bouées et les bateaux au mouillage. Nous finissons par trouver une petite place pour jeter l’ancre. Ici, les bouées sont privées (25 $/semaine) : nous sommes contents d’avoir trouvé notre petit coin pour mettre l'ancre.
Nous mettons l’annexe à l’eau et c’est parti pour les démarches administratives, la tournée des bureaux :
1. Immigration : ~60 $
2. Autorités portuaires : 25 $
3. Agriculture : 10 $
4. Armada
Nous sommes bien reçus.
Ça va nous changer de Cuba mais nous sommes ravis de découvrir une nouvelle île.
Nous continuons notre vadrouille dans la petite ville de Luperón. Wahou… nos oreilles sifflent : il y a beaucoup de bruit, entre voitures et motos. Nous n’y étions plus habitués !
Nous prenons ensuite le temps de regarder tranquillement le programme de nos prochains jours et de nous organiser avec Agatha et Anne-Sophie. Mes deux bonnes copines d’école arrivent dans les prochains jours pour passer quelque temps à bord avec nous. J’ai trop hâte !!Read more
J150, Santiago de Cuba
January 25 in Cuba ⋅ ☀️ 30 °C
Aujourd’hui, dimanche, nous décidons enfin de partir découvrir la ville de Santiago de Cuba, La veille, Malo s’y est simplement rendu pour faire le plein de diesel, sans visiter. Il y est allé avec Philippe, notre ami canadien. Ils ont réussi à trouver du diesel, mais pas d’essence : plus nous avançons vers l’est du pays, plus les pénuries de carburant se font sentir. En tant que touristes, ils sont toutefois passés devant tous les Cubains qui faisaient la queue en attendant du carburant, un privilège réservé aux étrangers ici…
Hier soir, après une petite balade sur les hauteurs de la marina, nous avons dîné avec Philippe et Martine dans l’unique petit restaurant du coin. Une fois de plus, les portions étaient généreuses et nous avons passé une très belle soirée.
Ce matin, avant de prendre le taxi pour Santiago, Malo s’affaire à gonfler les blocs du bateau de plongée de la marina. En effet, comme nous sommes arrivés hier, un des employés a remarqué que nous avions un compresseur. Il nous a expliqué que le leur était en panne et que, si nous pouvions leur gonfler leurs blocs, cela leur rendrait un grand service. En échange, ils nous proposent de nous emmener plonger : pourquoi pas !
Mais à Cuba, officiellement, rien n’est possible sans autorisation : tout appartient au gouvernement, jusqu’aux langoustes… Le représentant des autorités maritimes nous assure qu’il n’y a pas de souci pour l’autorisation, mais finalement c’est leur bateau de plongée qui ne fonctionne pas : moteur HS. L’autre petit bateau, lui, n’a pas assez d’essence… Résultat : malheureusement, pas de plongée.
Nous sommes seulement trois bateaux sur la marina et ils sont vraiment aux petits soins avec nous. Comme à Cienfuegos, les tarifs sont les mêmes. Les marinas sont toutes sous la même enseigne, « Marlin », et appartiennent à l’État. Les employés travaillent ici par rotations de deux semaines. Depuis notre arrivée, plusieurs sont venus nous demander si nous avions des bouts de fil de pêche.
Le représentant de l’immigration, Jorge, est même venu nous voir avec beaucoup de modestie pour savoir si nous pouvions l’aider à réparer le moulinet de sa canne à pêche, cassé. Malo a réussi à bricoler une réparation et lui a offert en prime un vieux moulinet que nous n’utilisions plus. Il était ravi et très reconnaissant.
Une fois les blocs gonflés, nous rejoignons nos amis canadiens et partageons un taxi pour Santiago. Patchito, l’homme à tout faire du coin depuis notre arrivée, nous a encore aidés à trouver tout ce dont nous avions besoin : du change, du pain, des fruits, des taxis… Il vit ici avec sa maman et se montre toujours extrêmement serviable. C’est lui qui nous a trouvé le taxi pour la ville : une superbe Lada verte nous attend pour 30 $ aller-retour.
Nous montons à bord et arrivons assez rapidement à Santiago. La ville est vaste et très contrastée. Dès notre arrivée, plusieurs personnes nous interpellent pour proposer leurs services ou tenter de nous vendre du rhum ou des cigares. Nous sommes parfois obligés de les rembarrer assez sèchement, sinon cela devient vite oppressant. En nous éloignant de la place centrale, l’atmosphère se fait plus calme.
Santiago de Cuba est une ville chargée d’histoire. Fondée en 1515, elle fut longtemps la capitale de l’île avant La Havane. C’est aussi le berceau de la révolution cubaine : en 1953, Fidel Castro y lança l’assaut de la caserne Moncada, événement fondateur du mouvement révolutionnaire.
Nous découvrons de magnifiques bâtisses coloniales, souvent malheureusement en train de se détériorer. Nous passons devant l’ancienne maison de Fidel Castro, puis errons jusqu’au barrio Tivolí, aussi appelé le quartier français. Là, nous nous arrêtons devant les escaliers de la Révolution, lieu symbolique de l’histoire cubaine.
En nous baladant, nous observons la vie quotidienne qui s’écoule lentement : les gens marchandent, discutent assis sur les pas de leurs maisons, les enfants fabriquent des cerfs-volants avec un bout de ficelle et un sac-poubelle… Les habitations sont parfois très précaires. Cuba se dévoile sous mille visages, en ville comme à la campagne.
Nous faisons une halte à la Casa de la Trova, temple de la musique cubaine. Nous y passons un moment merveilleux à écouter un groupe talentueux. L’un des guitaristes n’a même plus toutes ses cordes ; on imagine combien il est difficile de s’en procurer ici. Avec le sourire, ils frappent les claves, grattent la guitare, soufflent dans une clarinette et font résonner leurs voix. Salsa, puis samba, les airs nous entraînent et nous donnent instantanément le sourire. Nous leur laissons quelques pesos pour les remercier : c’est grâce à cela qu’ils vivent.
Nous poursuivons notre balade dans les ruelles, longeons des petits commerces, le front de mer et un terminal de croisière désert. Des enfants se baignent dans le port et se donnent en spectacle, rivalisant de plongeons pour nous impressionner. Nous nous arrêtons manger dans un petit restaurant. Un Cubain nous accompagne un moment, discute avec nous ; il est sympathique, mais nous sentons qu’il espère un peu d’argent. Nous finissons par lui offrir une bière, malheureusement nous sommes à court de pesos.
À 15 h, nous retrouvons Philippe et Martine pour reprendre le taxi du retour. Nous devons rentrer assez tôt car nous avons encore de nombreux préparatifs à faire à bord : demain, nous levons les amarres pour mettre le cap sur la République dominicaine.
À notre arrivée à la marina, les employés nous accueillent chaleureusement. On se sent presque à la maison dans cette marina rien que pour nous. Lionel et Yamilé devaient partir en même temps que nous, mais Lionel a fait une hausse de tension ; ils vont rester encore quelques jours pour se reposer et partiront plus tard.
De notre côté, on s’active. Malo nettoie le pont du bateau : nous avons remarqué quelques taches de rouille dues aux épaisses fumées de l’usine située juste derrière la marina, qui s’avère être une centrale électrique. Heureusement que nous partons demain, et que le vent ne soufflait pas dans notre direction !
De mon côté, je nettoie l’intérieur du bateau et je cuisine afin d’avoir des repas faciles pendant la navigation.
Nous faisons un dernier point météo et validons le départ pour demain à 5 h, cap à l’est vers la baie de Luperón, en République dominicaine. Nous allons dire au revoir à nos amis avant de finaliser les derniers préparatifs. Jorge, de l’immigration, passera demain à 4 h 30 pour effectuer la sortie du territoire et le check-out du bateau.
Je suis un peu triste de quitter ce pays magnifique qui nous a tant donné durant ce dernier mois. Un pays aux mille facettes, porté par un peuple solide, fier et profondément attachant. J’espère que nous reviendrons.
En préparant notre prochaine navigation, j’ai commencé à me renseigner sur la République dominicaine et j’ai l’impression que nous allons entrer dans un tout autre monde… Cela risque de nous faire bizarre. Ici, la vie ralentie par une économie contrainte permet malgré tout de préserver une authenticité rare : un calme, un monde avec peu de moteurs, où l’activité humaine limitée laisse encore de vastes zones totalement préservées.
Merci Cuba 🇨🇺✨Read more
J149, Cap pour Santiago
Jan 23–24 in Cuba ⋅ ☀️ 29 °C
Ce matin, au réveil, je regarde une dernière fois la présentation que nous allons faire aux enfants. Nous embarquons des photos cartonnées d’animaux marins, que nous utilisons lors de nos ateliers en Guadeloupe, ainsi que le vidéoprojecteur.
Nous arrivons sur la plage où il y a toujours un monsieur pour nous accueillir : c’est lui qui garde les bateaux. Un agriculteur vient nous demander si nous avons besoin de tomates — pourquoi pas plus tard ! Nous nous dirigeons ensuite vers l’école où nous retrouvons les écoliers, curieux et sourires aux lèvres, avec leurs petits rubans rouges.
Les enseignantes s’organisent rapidement pour nous trouver une classe et un drap blanc afin de projeter le diaporama. Nous allons intervenir auprès des plus grands (CM1/CM2). Les élèves sont déjà installés, très sages en attendant — un peu plus qu’en Guadeloupe 😄
C’est parti : nous nous lançons en espagnol pour nous présenter — nous, notre voyage, le bateau — puis, toujours à l’aide de photos et de vidéos, nous abordons les écosystèmes marins : mangroves, récifs coralliens et herbiers. Nous passons un très bon moment.
À la fin de la présentation, enseignantes et élèves nous remercient avec de grands sourires. Une enseignante vient alors nous demander si cela ne nous dérangerait pas de refaire notre présentation pour une autre classe, car ils ont vraiment trouvé l’atelier très sympa. Les élèves sont plus petits, mais nous pouvons simplifier un peu — allez, on enchaîne !
Nous nous rendons dans la seconde classe où nous affichons les photos et montrons les vidéos. Les plus jeunes sont très curieux et nous impressionnent par leur capacité à reconnaître les animaux. Ils nous apprennent même leurs noms en espagnol local !
Nous remercions chaleureusement l’équipe et les enfants. Ils sont ravis, et nous aussi. Ce village est incroyable par son authenticité et sa simplicité.
Avant de rentrer manger un morceau au bateau, nous nous arrêtons dans la petite tienda pour acheter de la lessive à Joséphine. En lui déposant, nous retrouvons Martine et Patrick. Ils nous annoncent qu’ils partent pour Santiago : une fenêtre météo semble se profiler pour franchir le passage du vent entre Haïti et Cuba. Nous n’avons pas encore regardé la météo aujourd’hui… Il va falloir s’y mettre, car si un créneau se dessine lundi, nous devrons peut-être décider de partir dès aujourd’hui.
De retour à bord de Noam, nous profitons de notre connexion canadienne pour consulter la météo. En effet, lundi le passage du vent s’annonce avec peu de vent — idéal pour traverser — puis un peu de vent de près serré pour rejoindre la République dominicaine. Nous risquons de faire un peu de moteur, mais dans cette zone c’est parfois préférable plutôt que de passer avec trop de vent dans le nez.
Allez, nous suivons nos amis et décidons de quitter aujourd’hui notre petit hameau. Cela nous rend un peu tristes : nous avions prévu d’aller à la cascade avec Nadia et sa famille, de prendre le café à la ferme d’Henry, d’emmener Gustawo faire de la plongée bouteille… Nous aurions pu rester ici des semaines, mais la météo a parlé.
Nous repartons à terre pour prévenir que nous devons partir aujourd’hui et que nous ne pourrons pas faire les différentes activités prévues. Nous en profitons aussi pour donner de la colle à Joséphine, qui n’en avait pas pour recoller les semelles de ses baskets.
Nous passons ensuite chez Nadia et Marco. Marco est en train de couper du bois ; Nadia n’est pas là, elle est à Manzanillo, une ville non loin d’ici. Nous donnons à Marco un tuyau que nous n’utilisons plus à bord pour son potager : il est très content. D’ailleurs, plusieurs personnes nous arrêtent dans le village en voyant Malo passer avec le tuyau sur l’épaule — il va faire des envieux !
Marco nous emmène ensuite chez Tchitchi, leur ami que nous avions rencontré l’autre jour. Malo lui a préparé un petit sac avec quelques pièces électriques (gaines, cosses…) dont nous n’avons plus l’utilité. Nous le retrouvons en train de bricoler son tuk-tuk, avec lequel il devait nous emmener à la rivière demain. Je pense d’ailleurs qu’il le préparait pour nous… Il nous remercie chaleureusement et comprend que nous soyons contraints de partir.
Joséphine nous remplit ensuite deux bidons d’eau : ici, ils ont accès à une eau de source potable, alors nous en profitons.
Nous avons le cœur un peu serré de quitter cet endroit — une superbe découverte.
Juste avant de partir, un homme nommé Joël vient à notre rencontre. Il fait de l’artisanat et nous invite à venir voir ses créations chez lui. Nous sommes un peu pressés, car nous souhaitons lever l’ancre vers 17 h, mais il insiste. Allez, on y va !
Il est avec sa fille Caterina, qui a école ce matin. Joël nous raconte qu’elle est rentrée très contente : elle a appris plein de choses. Il nous dit aussi que tous les enfants ont apprécié ce qu’ils ont vu à l’école ce matin — ça discute beaucoup dans le village !
Chez lui, Joël nous montre son savoir-faire : il sculpte des cornes de vache, des os de cochon, travaille le cuir… Nous craquons pour quelques souvenirs que nous lui payons en euros. Il est ravi : pour eux, c’est une monnaie forte. En retour, il nous fait de nombreux cadeaux — encore une fois, beaucoup de simplicité dans nos échanges.
À Trinidad, nous avions parfois ressenti une certaine pression dans les relations, avec une obligation d’achat ou de don. Ici, il y a bien sûr des demandes, peut-être parfois des attentes, mais surtout un réel échange.
Il est temps de partir. Nous préparons le bateau et levons les voiles en même temps que les Canadiens, sous les couleurs de la fin de journée. Le vent est très faible ; nous devons utiliser le moteur pendant les quatre premières heures. À 22 h, nous décidons de l’arrêter : le vent est toujours léger, nous avançons à 3 nœuds, mais c’est tellement plus agréable sans le ronron de la mécanique.
Le ciel est rempli d’étoiles, toutes voiles dehors !
Nous avions 80 milles jusqu’à Santiago, il nous en reste 50. Nous devrions arriver en fin de matinée pour effectuer les formalités de sortie du pays, avant notre départ pour la République dominicaine.
À 9 h, nous atteignons Santiago. Nous n’avons pu faire que 10 milles à la voile, le vent étant très faible. Cependant, nous avons vécu une très belle navigation sous les étoiles.
Nous empruntons le chenal pour arriver à la marina : ici, il est interdit de mouiller à l’ancre. Nos amis de Casa Maria nous appellent à la VHF pour nous le rappeler — message bien reçu. Malo prend la barre, j’installe les pare-battages et prépare les aussières.
Dans le chenal, nous croisons de petites barques de pêcheurs, ainsi qu’une immense cheminée d’usine crachant de la fumée : une cimenterie. Noémie et Jules nous avaient prévenus que la fumée pouvait tacher le bateau de marques orangées… On va essayer de ne pas respirer trop fort !
Nous sommes accueillis par le personnel de la marina et de l’immigration, tous très sympathiques. José, de la marina, parle un peu français. Luis, de l’immigration, s’occupe tranquillement de nos papiers et nous demande si nous pourrions l’aider à réparer le moulinet de sa canne à pêche, qui est cassé. Bien sûr : il pourra repasser au bateau et nous regarderons ensemble si nous avons une solution.
Nous rangeons tranquillement Noam. Malo vérifie les cubes à eau : nous suspectons une fuite sur l’un d’eux. Rapidement, nos amis de Rebelle et de Casa Maria viennent nous dire bonjour. On discute, Lionel et Yamilé sont ici depuis une dizaine de jours et nous donnent quelques conseils bien pratiques.
Aujourd’hui, au programme : préparation du bateau et mission gasoil en ville. Nous irons avec nos amis canadiens afin de partager les frais de taxi !Read more
J148, Marea del Portillo
Jan 21–23 in Cuba ⋅ ☀️ 28 °C
Nous arrivons donc à Marea del Portillo de bon matin, une jolie baie bien protégée, nichée entre les mangroves. Nous ne sommes que deux bateaux au mouillage. Après un peu de repos suite à notre navigation, nous prenons l’annexe pour aller découvrir le petit village.
Nous atteignons une petite plage où sont amarrées cinq barques de pêche en bois. Un petit ponton, fait de quelques planches, nous permet de mettre pied à terre. À peine arrivés, nous croisons Martine et Patrick, le couple de Canadiens rencontrés aux Jardins de la Reine. Tout sourire, ils nous racontent être arrivés il y a quelques jours et être tombés amoureux de ce village où les habitants sont adorables et viennent spontanément discuter. Ils reviennent d’une balade à cheval dans la montagne qui se dresse devant nous, dont les pentes recouvertes d’herbes sèches et de palmiers prennent une teinte dorée sous le soleil. Cela nous donne encore plus envie d’aller à la rencontre des habitants.
Nous commençons à nous balader sous un soleil de plomb, sur de petits chemins de terre battue. Les maisons sont très sommaires mais bien entretenues : on sent que les habitants en prennent soin. Aucun bruit de moteur, seulement quelques chevaux que nous croisons, transportant sur leur dos ou dans des charrettes des provisions et des personnes.
Rapidement, Joséphine vient à notre rencontre. Elle habite une maison à l’angle de la plage et se charge de l’entrée des bateaux dans la baie. Comme nous sommes seulement de passage, en route vers Santiago, nous n’avons pas besoin de démarches particulières. Joséphine nous souhaite la bienvenue et nous propose de faire notre lessive si besoin — et justement, nous avons du linge sale ! Lorsque nous lui demandons le prix, elle ne nous répond pas vraiment : nous comprenons qu’il n’y a pas de tarif fixe, à nous d’estimer, ou même de proposer du troc (médicaments, vêtements, outils…).
Dans ce petit village d’environ mille habitants, il n’y a pas de boutiques. Pour pallier cela, plusieurs habitants proposent à la vente quelques produits de base : pâtes, farine, riz… L’unique point de vente officiel ne permet de payer que par carte bancaire ou en dollars ou euros. Plusieurs habitants nous expliquent cela, et nous avons du mal à comprendre. En réalité, ce magasin ne leur permet pas d’acheter les produits essentiels, car la plupart des Cubains n’ont ni carte ni devises étrangères, seulement des pesos. Nous allons donc beaucoup pratiquer le troc et vider pas mal d’objets que nous n’utilisons plus à bord.
Joséphine nous offre du basilic frais et des oignons, puis nous conseille d’aller déjeuner dans un petit restaurant sur la rue principale du village. Elle décroche son téléphone fixe — à l’ancienne ! — et appelle son amie du restaurant pour vérifier s’il y a de quoi manger. C’est bon. Elle nous explique le chemin ; nous montons jusqu’à la route principale, unique voie bétonnée de la zone. Sur la route, Milady, la gérante du restaurant, nous interpelle :
« C’est par ici ! »
Nous arrivons dans un petit restaurant bien entretenu, aux toits de paille. Nous sommes seuls, mais très bien accueillis. Deux femmes sont là pour nous servir ; elles dressent une jolie table et nous dégustons un excellent repas : du cochon pour Malo, une tortilla pour moi, accompagnée de concombre et du traditionnel riz aux haricots noirs. À la fin du repas, Milady s’assoit près de nous et discute. Elle nous demande depuis combien de temps nous voyageons, comment se passe la vie à bord… Elle nous offre deux beaux concombres de son jardin et un gros sac de caramboles — c’est la saison ! Lorsque nous demandons le prix, elle nous répond que c’est un cadeau. Une générosité à laquelle nous serons confrontés très souvent ici.
Elle nous montre ensuite son chien, attaché à une corde un peu courte, et nous demande si nous aurions une corde plus longue. Nous regardons ce que nous avons à bord. Je m’assure tout de même qu’elle le libère de temps en temps : oui, il n’a pas l’air malheureux. Nous lui demandons également où il serait possible de monter à cheval. Son fils a des chevaux ; sans hésiter, elle décroche son téléphone et l’appelle. Une balade est programmée pour le lendemain matin à 8h30. Ici, tout est simple ✨️
Nous lui parlons aussi de notre association et de notre envie de profiter de notre séjour pour intervenir dans une école. La personne qui aide en cuisine est également institutrice pour les tout-petits. Aucun souci : ils nous accueilleront avec plaisir. Nous passerons voir l’école le lendemain pour nous organiser et découvrir les lieux !
En continuant notre balade, une jeune femme nous demande si nous avons besoin d’œufs ou d’autres fruits et légumes. Pourquoi pas : nous lui proposons de la revoir le lendemain. Elle ne souhaite pas d’argent, mais plutôt des vêtements ou des médicaments. Un peu plus loin, notre attention est attirée par un cochon en train de rôtir sur une broche dans un jardin. La femme de la maison nous aperçoit et nous fait signe :
« ¡Es por aquí! » (c'est par ici!)
Nous entrons par un petit portail et arrivons chez Nadia et Marco. Des amis sont également présents, tous souriants. Nadia est très accueillante et nous fait visiter la maison. Elle nous explique qu’elle avait envie de manger du cochon et que son mari en a trouvé un : aujourd’hui, c’est la fête. Elle nous invite à nous asseoir, nous pose des questions. Un petit chaton vient paresseusement s’allonger sur mes genoux. L’ambiance est chaleureuse. Elle nous montre le potager, avec de nombreux plants de yucca, bananiers, tomates… Ils disposent d’un puits qui leur permet d’irriguer le jardin, une vraie chance dans cet environnement très sec et désertique, où la saison sèche et la saison humide sont fortement marquées.
Marco est menuisier. Il nous montre sa scie et sa ponceuse fabriquées de ses mains, système D. Le tout fonctionne grâce à un moteur électrique fixé sur un arbre, alimenté par de vieilles batteries de téléviseurs. « On se débrouille toujours », nous explique-t-il avec le sourire.
Ils nous proposent de venir dîner le soir même pour manger le cochon, mais nous avons déjà prévu de dîner avec nos amis canadiens. Nous leur proposons alors le lendemain soir, ce qu’ils acceptent avec joie. Tchitchi, l’un de leurs amis présents, bricole une vieille enceinte et nous fait beaucoup rire. Il nous propose aussi de nous emmener à une cascade dans les prochains jours. Rendez-vous est pris : ce sera samedi !
Avant de partir, Nadia nous propose encore de faire une lessive. Nous sommes déjà engagés ailleurs, mais décidément, les gens sont incroyablement gentils. Nous rentrons rapidement au bateau pour prendre une douche et nous couvrir : il y a beaucoup de moustiques ici. Plusieurs habitants nous ont d’ailleurs confié avoir attrapé le chikungunya récemment et souffrir encore de fortes douleurs articulaires.
Le soir, nous retrouvons Martine et Patrick dans le petit restaurant en bord de plage. Une fois de plus, nous sommes accueillis comme des rois, pour moins de dix dollars à deux. Nous passons une très belle soirée ensemble. Ils vivent depuis des années six mois sur leur bateau et six mois au Canada. Ils ont longtemps voyagé sur un monocoque, mais naviguent désormais sur un catamaran :
« On se fait vieux, c’est quand même plus confortable ! », plaisantent-ils.
Nous ressentons pleinement la magie de cet endroit, fait de partage et d’échanges.
Le lendemain, nous rigolons avec Malo : à peine arrivés ici, nous avons déjà un emploi du temps de ministre ! À 8h30, nous arrivons sur la plage et retrouvons Dyron, qui nous attend avec trois chevaux. Ils sont jeunes, à peine quatre ans. L’une des juments est bien pleine, il lui reste deux mois avant de mettre bas. Cela ne me rassure pas totalement, car ce ne sont pas des habitudes de monte auxquelles nous sommes habitués. Mais les chevaux semblent bien dans leur tête, pas maigres, et l’on sent l’attachement de leur maître pour ses bêtes. Ici, les chevaux sont à la fois compagnons, moyens de transport et outils de travail.
Nous montons à cheval, à la manière western, et partons en longeant la mer. C’est magnifique. Dyron nous demande si nous voulons des chemins d’aventure : évidemment ! Et nous sommes servis. Rapidement, les chemins sont encombrés de branches. Dyron ouvre la voie sur sa jument, machette à la main, découpant la végétation. Les chevaux ne bronchent pas : de véritables tout-terrain !
Au fil de la balade, Dyron, un peu taciturne au début, se détend et se confie. Il a 21 ans ; les chevaux sont sa passion, bien qu’il soit de formation cuisinier. Il a appris seul, comme beaucoup ici. Il nous explique que les temps sont plus durs : autrefois, ils laissaient les chevaux paître librement, mais aujourd’hui ils doivent les attacher ou les surveiller de près, car certains sont volés… pour être mangés. Nous comprenons mieux pourquoi tout le village est en demande de bouts de corde usagés.
Nous arrivons près d’une rivière : l’eau est splendide, translucide, dans un décor pourtant désertique. Dyron nous explique qu’en saison des pluies, le lit actuellement sec se remplit d’eau, devenant un lieu de rencontre pour tout le village. Après la cascade, il nous propose de monter vers la montagne. C’est parti !
Nous ne croisons aucune voiture, mais de nombreux villageois à cheval, parfois simplement équipés d’une corde autour de l’encolure et d’un tapis posé sur le dos de l’animal. Nous nous arrêtons ensuite chez Julia, vétérinaire du village. Elle nous offre un peu de miel et des mangues, les premières de la saison. Nous en croquons une à pleines dents : c’est juteux et rafraîchissant sous cette chaleur. Les chevaux réclament leur part : ici, mangues et canne à sucre font partie de leur alimentation ! Julia nous explique que même vétérinaire, ce n’est pas simple : comme pour les humains, il manque de matériel et d’outils.
En montant vers la montagne, Harry, un fermier croisé la veille, nous interpelle :
« Holà amigos ! C’est ici que j’habite. Voici ma plantation de boniatos (une sorte de patate douce). Je vous invite pour le cafecito ! »
Nous lui répondons que nous allons à l’école demain, mais que nous passerons samedi matin. Nous commençons à connaître tout le village.
Nous arrivons sur les pentes aux herbes dorées. La vue est splendide : la baie qui abrite Noam, et à l’ouest, le grand hôtel du village. Celui-ci permettait autrefois aux habitants de générer des revenus, mais depuis le Covid, il n’y a malheureusement presque plus de clients. En redescendant, nous traversons un pré où paissent quelques bovins. Il n’en faut pas plus à Dyron pour nous offrir une démonstration de cow-boy : attraper un veau au lasso ! On adore.
Nous mettons pied à terre en arrivant au village, après une dernière caresse à nos montures. Avant de nous quitter, nous promettons à Dyron de lui ramener un bout de corde. Il tient aussi à nous montrer quelque chose : son coq de combat. La pauvre bête… Ici, c’est une tradition profondément ancrée et une vraie fierté. Les plumes des cuisses sont retirées pour « impressionner » davantage lors des combats. Je n’adhère pas, mais le voyage, c’est aussi découvrir d’autres manières de vivre.
Avant de rentrer au bateau, nous passons à l’école pour voir les salles. Nous sommes accueillis par Yanelis, la professeure de sixta (équivalent du CM2). Elle nous montre les classes et nous dit que nous pouvons revenir le lendemain à 9h. Les enfants, en uniforme avec leurs foulards rouges noués autour du cou, nous saluent avec de grands sourires :
« ¡Hasta mañana! »
En quittant l’école, une dame accompagnée de son fils Gustavo nous interpelle. Elle est enseignante, et son fils est passionné d’apnée ; il s’est même formé au freediving en Dominique. Ils nous invitent à boire un café chez eux. Fiers de nous accueillir, ils nous montrent leur jolie maison. Gustavo sort son diplôme de plongée et son harpon — un énorme harpon à air comprimé — puis nous montre une photo de lui avec une raie léopard qu’il a chassée. Cela nous fait étrange, car cet animal est protégé en Guadeloupe, mais les réalités sont différentes ici.
La maman nous sert un café très sucré, provenant de la montagne. Chaque habitant y récupère du café qu’il fait ensuite griller à la poêle. Il est un peu brûlé et très amer, mais c’est leur production, et c’est bien l’essentiel. Nous les remercions chaleureusement.
Avant de rentrer à bord, nous récupérons notre linge chez Joséphine : incroyable, toute notre montagne de linge est propre ! Nous lui donnons 10 €, et irons lui acheter de la lessive à la boutique, car elle ne peut pas payer en carte ou en devises.
De retour à bord, je prépare la présentation du lendemain pour les enfants : un diaporama en espagnol, avec photos et vidéos de la vie à bord, de plongée et d’animaux marins. Malo continue de travailler sur son CV. Je prépare ensuite une tarte à la carambole pour le dîner chez Nadia et Marco.
Le soir, nous nous rendons chez eux. Leur maison est en bois et ils n’ont plus d’électricité. Heureusement, ils disposent d’une petite lampe sur batterie et d’une fagota, une cuisine au feu de bois alimentée par les chutes de bois de Marco. Nadia et Marco mangent plus tard, mais restent avec nous pour discuter. Nadia nous sert du riz, des haricots noirs, du concombre, des œufs et du porc qu’ils ont gardé spécialement pour que Malo puisse goûter le cochon grillé de la veille.
Nous parlons de tout et de rien, simplement, naturellement. Marco nous montre des photos de pêche : d’énormes mérous de près de deux mètres, impressionnants. À bord de leur petite embarcation en bois, ils partent à la rame et à la voile à plus de 12 kilomètres des côtes pour pêcher. Nous nous quittons avec une embrassade 🫶Read more
J145, Cayo Orihuela et Granada
Jan 18–21 in Cuba ⋅ ☀️ 27 °C
Nous sommes à Cayo Chocolat. Nous nous apprêtons à passer notre seconde nuit ici, avec un départ aux aurores le lendemain pour Cayo Granada. Mais à la fin du dîner, le vent et la houle se lèvent. Ce mouillage n’est pas très protégé, et nous allons vite nous en rendre compte. On a l’impression d’être en navigation : la houle soulève la proue du bateau. L’alarme de mouillage se déclenche sur mon téléphone… on dérape !
Pas de panique : nous n’avons pas de cailloux derrière nous. Malo allume le moteur pendant que je vais à l’avant pour remonter la chaîne. Je lui indique l’orientation à prendre afin qu’il m’aide avec un appui moteur. Le vent souffle fort, mais je parviens à remonter l’ancre, qui revient couverte de vase. Les mouillages des Jardins de la Reine sont souvent très vaseux à cause des mangroves, et avec la houle, cette vase ne permet pas un bon maintien de l’ancre. Nous tentons de la remettre, mais nous dérapons à nouveau… On se consulte : allez, on part en navigation. De toute façon, ici nous ne sommes pas abrités ; autant passer la nuit en mer plutôt que de continuer à déraper.
Dans la pénombre, nous préparons le bateau. Notre rituel est bien rodé et nous permet de partir rapidement. Cap sur Cayo Granada. Nous sommes prévoyants : trois ris dans la grand-voile, un peu de génois, et c’est parti. Le bateau file bien, vent de travers. Je ne tiens pas longtemps et m’endors rapidement sous un magnifique ciel étoilé pendant que Malo assure la veille. Finalement, à 2 h 30, nous décidons de nous arrêter avant Cayo Granada : le vent est retombé. Nous mouillons à Cayo Orihuela. Ce n’est pas simple de se repérer dans l’obscurité, mais nous y arrivons. Cette fois, le bateau est bien à l’abri et solidement ancré. Il est temps de dormir !
Le lendemain, nous émergeons tranquillement et découvrons une nouvelle mangrove. Nous ne tardons pas à lever l’ancre pour reprendre le cap sur Cayo Granada. Nous atteignons rapidement ce nouveau mouillage, bien abrité, protégé par un récif. Nous nous équipons pour une session snorkeling : une épave est signalée sur le mouillage. La visibilité est vraiment mauvaise, mais nous faisons tout de même le tour de l’épave, qui abrite une jolie biodiversité. Puis nous repartons explorer la mangrove — ça devient notre spécialité ! Les racines brunes des palétuviers teintent l’eau d’une belle couleur bordeaux. Le coucher du soleil amène son lot de moustiques : nous rentrons nous abriter à bord. Ce soir-là, on ne fait pas long feu, un peu éprouvés par la nuit précédente.
Le lendemain, nous prenons notre temps. Malo pose de nouveaux rivets pour renforcer l’attache de la bôme, qui commençait à montrer des signes de faiblesse. Nous lisons tranquillement sur un mouillage rien que pour nous : c’est royal.
En début d’après-midi, nous préparons le bateau. Direction la côte de Cuba, à Pilón. Nous avons 80 milles à parcourir. Au large, nous observons des moutons sur l’eau : il va y avoir du vent !
Nous partons à 14 h 30 avec le génois plein. Le vent soutenu nous oblige rapidement à le rouler et à prendre deux ris dans la grand-voile. La houle nous fait surfer et nous maintient à 7 nœuds — on a l’impression de voler ! Nous écoutons un podcast, Écologie et résistance, sur l’agriculture et son évolution. Des podcasts, on en aura écouté pendant ce voyage…
Nous pensions que le vent allait s’atténuer, mais il continue de bien souffler. Nous n’avons pas d’anémomètre, mais nous estimons au moins 35 nœuds. Nous décidons de prendre un troisième ris. Malo se hisse sur la bôme pour passer le bout du ris 1 sur le troisième ris : toujours un peu périlleux, mais tout se déroule bien, juste au coucher du soleil. Nous sommes au grand largue, avec un vent toujours soutenu. La houle nous secoue et nous arrose généreusement. Dans la nuit, nous observons l’écume blanche des vagues derrière le bateau. À minuit, nous hésitons à nous arrêter à Cabo de la Cruz. Ce cap, situé sur la côte, nous permettrait de nous abriter du vent pour la nuit.
Finalement, nous décidons de continuer. La houle retombe un peu à l’approche de la côte et nous voulons profiter du vent pour avancer vers l’est et gagner du terrain. Cette zone est souvent déventée, autant tirer parti de ces conditions pour arriver à bon port.
Le ciel est majestueux : les étoiles sont parfaitement visibles. Nous sommes presque à la nouvelle lune, il ne reste qu’un fin sourire doré. Nous devons arriver au petit matin à Pilón.
La nuit se passe bien et vers 6 h, nous apercevons Pilón. Finalement, nous décidons de pousser jusqu’à Marea del Portillo, un mouillage situé à 6 milles de là, qui nous semble plus joli. Une belle plage et des montagnes aux strates colorées nous accueillent. Nous mouillons dans un endroit magnifique ! Nous retrouvons le catamaran des Canadiens rencontrés à Cayo Cuervo. Il est temps d’aller se reposer : la navigation a été un peu sportive !Read more
J142, Cayo Chocolat
Jan 17–18 in Cuba ⋅ ☁️ 26 °C
Après trois journées à Cayo Cuervo, nous reprenons la mer ce samedi en direction de Cayo Chocolat. Nous poursuivons nos sauts de puce vers Santiago de Cuba.
À Cayo Cuervo, nous avons dit au revoir à Noémie et Jules. Ça y est, nos chemins se séparent : ils sont partis pour Santiago avant de filer vers les Bahamas. On espère les revoir en France, comme les Blues Moana en Suisse, ces bons copains de route ✨️
Nous avons bien profité du kayak pour explorer les mangroves de notre dernier mouillage. Une journée de pétole nous a offert l’occasion idéale de pagayer. Nous avons porté le kayak à travers une petite passe pour rejoindre l’autre côté de la mangrove. L’eau y était plus claire, d’un turquoise sublime. Plus de 6 km de kayak, une très belle balade !
La blessure de Malo cicatrise très bien ! Il n’en fallait pas plus pour qu’il pique une tête afin d’attraper une langouste pour le dîner.
Globalement, nous sommes un peu surpris par les fonds marins des Jardins de la Reine jusqu’à présent. Peu de tombants, des récifs recouverts d’algues brunes… On est davantage sur un écosystème de mangroves, alors que nous espérions des récifs plus profonds (ça attendra la République Dominicaine). Ça nous change ! En revanche, les langoustes sont présentes en très (très) grand nombre !! Lionel et Yamilé, nos amis du Rebelle, sont de véritables chasseurs compulsifs et fréquentent les Jardins de la Reine presque exclusivement pour cela. En quittant le mouillage, ils avaient 40 kg de queues de langouste dans leur congélateur ! Nous n’abusons donc pas de la pêche et de la chasse ici, estimant que les fonds ont déjà été un peu trop exploités 😅
Une fois le Rebelle et Zoan, le bateau de Jules et Noémie, partis, deux autres bateaux sont arrivés au mouillage. Un monocoque avec à son bord une famille franco-roumaine de cinq personnes, qui nous a accueillis pour un apéro un soir, et un catamaran avec un couple de Canadiens très sympathiques. Nous avons d’ailleurs profité avec gourmandise de leur connexion internet.
Vendredi, un vent de sud-ouest soutenu soufflait sur le mouillage : le temps idéal pour rester à bord avec une connexion. Chacun sur nos ordinateurs, nous avons mis à jour nos CV, travaillé un peu sur l’asso et commencé à regarder de plus près notre futur. Eh oui, le retour se rapproche de plus en plus… C’est à la fois excitant d’envisager les retrouvailles et de nouveaux projets, mais aussi un peu angoissant quand on pense à un retour à une vie « normale ». Enfin, chaque chose en son temps !
Ces trois jours à Cayo Cuervo se sont écoulés tranquillement entre baignades, vols de drone depuis la plage, kayak et développement photo…
Et ce samedi, une fois le coup de vent passé, nous levons l’ancre à 7 h pour continuer notre route vers l’est : Cayo Chocolat (un nom qui plaît beaucoup à Malo !).
Le vent est au travers, toutes voiles dehors, avec 23 milles à parcourir. Nous naviguons à l’intérieur des Jardins, toujours seuls sur l’eau. Le vent tombe à 7 milles de l’arrivée et nous devons allumer le moteur pour terminer la navigation sur une mer calme, sous un ciel légèrement nuageux.
Nous atteignons ce nouveau mouillage entouré de mangroves et partons rapidement explorer les environs. C’est encore une fois très riche : des nids de cormorans, des arbres remplis de frégates, des rapaces protégeant leurs nids… Nous restons aussi un moment à observer une famille de rongeurs particulièrement mignons, proches des agoutis. Les cassiopées, ces méduses de mangrove qui reposent tête en bas sur le sol en symbiose avec des algues, magnifient la vase de leurs couleurs bleues et vertes.
Nous avons prévu de passer deux nuits ici avant de poursuivre notre route. Nous sommes toujours seuls au mouillage. Ces endroits sans présence humaine, sans connexion, totalement coupés du monde, sont rares ✨️Read more
J138, Cayo Cuervo
January 13 in Cuba ⋅ ☀️ 25 °C
Aujourd’hui, on s’autorise un réveil un peu plus tardif : à 7 h, on émerge de nos rêves. La nuit a été un peu ventée mais peu houleuse, et l’ancre, bien plantée dans le sol sableux, n’a pas bronché.
Après notre café quotidien, dont les grains moulus à la main font désormais partie de nos rituels, nous préparons le départ : fermeture des vannes, préparation des bouts, sécurisation du moteur de l’annexe, installation du pilote…
Le vent a un peu tourné par rapport à hier. Nous allons mettre du temps à atteindre Cayo Cuervo. Vent dans le nez, c’est parti pour faire quelques bords. Heureusement, aujourd’hui le ciel est bleu et nous avons le temps. Deux cormorans accompagnent notre sortie du mouillage, de véritables oiseaux-poissons. Ils ne volent pas très bien et coulent lorsqu’ils sont posés sur l’eau, mais leur aérodynamisme lors de leurs plongeons est indéniable.
Je me hisse à la proue du bateau afin de guetter d’éventuelles remontées non signalées sur la carte. Nous arrivons à rejoindre la ligne de fond sans encombre, avec la grand-voile pleine et un appui moteur. On déroule rapidement le génois et on éteint le moteur : Noam gîte bien, au près serré. On avance, mais pas dans la bonne direction… De bord en bord, on va y arriver doucement. Les 22 milles qui nous séparent de notre prochain point risquent d’être un peu longs !
Hier soir, je me suis d’ailleurs amusé à compter combien de milles nous avions parcourus depuis le début de notre voyage en mai 2025 : 3 250 milles nautiques ! Ça commence à faire 🥹 On se remémore le départ, où 20 milles nous semblaient être de grosses navigations… On a vite pris le pli !
La navigation se passe bien. On tire quand même cinq bords pour essayer de limiter au maximum l’usage du moteur. On termine seulement les neuf derniers milles avec un appui moteur. Haut dans le ciel, des frégates chassent. On dirait qu’elles nous escortent. Elles ne sont pas tendres entre elles : quand l’une attrape un poisson, une autre l’attaque pour tenter de lui voler sa proie.
Malgré son bras encore un peu faible, Malo ne peut pas s’empêcher de mettre la ligne à l’eau. Et tout à coup, elle s’emballe : ça tire fort. Pour éviter que Malo ne force trop, je me mets à remonter. La canne est bien penchée… Mais ça finit par décrocher, sûrement un gros thazard !
Peu de temps après, la ligne sonne encore. Cette fois-ci, Malo remonte un superbe thazard aux couleurs arc-en-ciel 🌈
On espère retrouver les copains ce soir, car notre frigo est rempli de poissons ! Il nous reste encore pas mal du dernier thon que nous avions pêché. Ce soir, dîner partagé autour de bons poissons !
À 15 h, nous atteignons Cayo Cuervo, où nous retrouvons le bateau de Noémie et Jules, ainsi que celui de Lionel et Yamilé. C’est chouette de revoir du monde ! On se programme un dîner avec Noémie et Jules ce soir : pad thaï de thon frais au menu.
Avant cela, on file en annexe pour une découverte des lieux et un petit snorkeling !Read more
J137, Cap vers les bretons !
January 12 in Cuba ⋅ ⛅ 26 °C
Nous levons l’ancre à 7 h de notre superbe mouillage dans la mangrove. Aujourd’hui, cap sur Cap Breton et, comme par hasard, après cinq minutes de navigation… il pleut ! Le ciel devient gris, un gros grain nous tombe dessus. Nous prenons deux ris dans la grand-voile, tout comme dans le génois. Je barre la première partie de la navigation afin de maintenir le cap. Trempée, je prends un peu froid et file me glisser sous les couvertures pour me réchauffer. Malo met le pilote automatique et nous prenons un cap au large ; le bateau ballotte. À l’intérieur, les affaires se balancent au rythme de la houle.
En quatre heures, nous parcourons les 22 milles à la voile pour atteindre ce mouillage, encore une fois seuls au monde ! Nous découvrons une nouvelle grande étendue de mangrove, sous un ciel encore un peu gris, mais les lueurs du soleil commencent à percer et apportent une chaleur réconfortante.
Après une baignade pour moi (Malo est malheureusement privé d’eau pour les prochains jours… vilaine murène !), nous ne tardons pas à monter dans l’annexe pour aller explorer les environs. Nous observons à nouveau une partie de la mangrove morte : les premières lignes d’arbres ont essuyé de violentes tempêtes. La protection qu’offre une mangrove sur un littoral n’est plus à démontrer quand on voit comment ces arbres ont protégé ceux situés derrière.
Nous observons de nombreux pélicans volant en escadrille, un requin pointe noire qui se faufile devant nous et une raie blanche aux bordures noires, camouflée tant bien que mal dans les quelques centimètres d’eau qui nous séparent d’elle.
Un phare métallique est installé sur l’un des îlots. Nous nous en approchons pour l’observer. À l’un de ses étages, nous apercevons un gros nid occupé par deux rapaces à tête blanche. Les buses nous surveillent en poussant des cris : promis, on ne vous dérange pas, on repart !
De retour de cette jolie exploration, nous relevons l’ancre pour aller passer la nuit dix milles plus loin, à Cayo Alcatracito. Nous souhaitons continuer d’avancer afin d’atteindre demain Cayo Cuervo, où nous devrions retrouver Noémie et Jules.
Nous quittons Cap Breton. Du reggae sort des enceintes, un soleil doux réchauffe nos peaux salées, la mer est bleue. On entend le cliquetis des pinces à linge sur l’étendoir et le pauvre romarin, accroché à bâbord dans sa jardinière, prend les embruns mais résiste malgré tout.
Nous passons entre les récifs : il n’y a que deux mètres sous le bateau, il faut rester vigilants et bien suivre les cartes. Le vent souffle correctement. La grand-voile est arrisée, tout comme le génois. Malgré cela, la houle est très faible : le récif et la mangrove nous protègent efficacement.
Nous arrivons en fin de journée au mouillage. Nous sommes contraints de mouiller assez loin de la plage, les fonds remontant plus rapidement que ne l’indiquent les cartes. Nous préparons le dîner. Le vent soufflera cette nuit, mais comme les soirs précédents, un superbe ciel étoilé s’offre à nous.Read more
J136, Un paradis de mangrove
January 11 in Cuba ⋅ ☀️ 25 °C
Partis aux aurores, nous faisons une très belle navigation, le vent au travers, toutes voiles dehors. Nous découvrons Capo Fuera Zaza, un petit paradis.
Un archipel de mangroves dont les seuls résidents sont les animaux. À notre arrivée, nous observons les pélicans exécutant leurs plus belles pirouettes pour pêcher, les aigrettes blanches, les hérons perchés sur leurs grandes pattes, les cormorans faisant sécher leurs ailes…
Nous avançons le bateau jusqu’à nous positionner entre les deux îlots principaux, bien à l’abri. Nous rangeons les voiles, coupons le moteur et puis… un silence incroyable, uniquement ponctué par les cris des oiseaux.
L’eau est claire et nous devons être vigilants en approchant des faibles profondeurs. Jusqu’à la fin des Jardins de la Reine, les hauts-fonds sont nombreux et la profondeur peu importante.
Une fois arrivés, nous nous préparons un petit brunch post-navigation avant de profiter du mouillage : lecture pour moi et tri du matériel de pêche pour Malo. Nous refaisons son pansement ; il y a encore un très léger saignement, mais c’est déjà beaucoup mieux.
Nous organisons ensuite un atelier résine afin de consolider les coquillages ramassés la veille. Nous espérons ainsi pouvoir les rapporter sans casse. Ils sont superbes.
Lorsque le soleil est un peu moins haut, nous montons dans l’annexe pour explorer la zone. La mangrove est immense. Nous observons un secteur où toute la première ligne d’arbres est morte. Nous imaginons qu’un cyclone a dû ravager cette partie. Pourtant, la nature reprend rapidement ses droits : les racines aériennes des palétuviers descendent de leurs branches pour disséminer de nouveaux individus.
Un peu plus loin, nous entendons un grognement grave : ce sont des cormorans dans leurs nids, deux adultes avec leurs deux oisillons. Nous éteignons le moteur et nous approchons à la rame pour les observer.
Les pélicans volent en brigade avant de plonger tête la première pour tenter d’attraper un poisson ; de gros barracudas se faufilent devant l’annexe ; les mouettes piaillent sur une branche sèche ; un héron lance son cri rauque ; nous croisons des cassiopées (méduses de mangrove) et même un jeune requin nourrice, camouflé dans les herbiers. Nous sommes admiratifs devant cette faune et cette flore exceptionnelles.
Nous rentrons tranquillement à bord, où Malo fait décoller le drone (que nous avions discrètement retiré de son sac scellé !). Vu d’en haut, l’eau et les zones boisées sont tout aussi magnifiques.
Le coucher de soleil ne tarde pas : un disque doré plonge dans l’horizon dégagé, embrasant le ciel de couleurs flamboyantes. Seuls au monde.
Ce soir, c’est séance cinéma en plein air. Nous tendons un drap blanc dans le carré extérieur, fixé sur le support du bimini, et projetons un film avec le vidéoprojecteur. Nous revisitons un classique : *Un Indien dans la ville*.
Pour l’occasion, Malo nous prépare de belles papillotes de poisson aux légumes, et je fais des cookies.
À la fin du film, le vent se lève légèrement. Nous pensions dormir à la belle étoile, mais la rosée du matin et la petite brise auront raison de nous. Demain, nous reprenons la mer vers Cayo Breton !Read more
J135, Attaque de murène à Cayo Blanco
January 10 in Cuba ⋅ ☀️ 28 °C
Nous atteignons Cayo Blanco après quatre belles heures de navigation, le vent nous poussant avec peu de vagues : l’idéal ! Nous découvrons une jolie île aux eaux turquoise. On mange un bout, puis on part visiter l’île : je rejoins la plage à la nage et Malo en annexe.
J’observe les fonds en chemin ; la visibilité est toujours cristalline. Le fond est sablonneux, parsemé d’herbiers. J’aperçois les restes d’une épave en acier, devenue un véritable îlot de biodiversité où ont fleuri gorettes, poissons-lions, poissons-soleil…
Nous arrivons à terre et observons le ravitaillement du petit restaurant de l’île. Un catamaran est amarré au ponton et des hommes déchargent du matériel. Ils nous expliquent qu’ils ont reçu de nouveaux panneaux solaires, ce qui leur permettra d’avoir de nouveaux réfrigérateurs et d’autres équipements pour le restaurant. Il s’agit d’un établissement gouvernemental : les employés, travaillant en binôme, se relaient tous les sept jours pour 2 000 pesos par mois…
Nous décidons de faire le tour de l’île : c’est magnifique ! Elle est essentiellement composée de débris de coraux blancs et de coquillages au bord de l’eau. Les pierres coralliennes s’entassent et, à mesure que l’on avance vers le centre de l’île, elles noircissent. Le contraste entre le bleu de l’eau, le blanc des coraux, le noir des pierres et le vert des plantes est superbe. Nous ramassons de nombreux trésors : coquillages, oursins, petites bouteilles en verre, poissons-globes séchés… Malo grimpe sur le vieux phare qui surplombe l’île. Nous terminons notre tour et rentrons à la nage.
Nous observons une deuxième épave, ornée de belles anémones et d’oursins, puis retournons voir la première. Une mue de gros crabe est posée près d’un débris de bateau ; je la montre à Malo. Curieux, il plonge pour aller l’attraper. Je le vois glisser sa main sous le débris et… remonter en vitesse, paniqué ! Je me demande ce qu’il se passe : une piqûre de poisson-lion ? Un requin ? Arrivé à la surface, il crie de douleur :
« C’est une murène verte, elle m’a mordu !! »
Il parvient à se hisser sur l’annexe, une plaie ensanglantée sur l’avant-bras. Je saute dans l’annexe, démarre le moteur et nous filons au bateau.
On distingue nettement la trace des crocs acérés de la bête, fins et crochus. On rince à l’eau douce et on désinfecte. J’appelle maman pour obtenir ses premiers conseils d’infirmière. Malgré un réseau très moyen, nous parvenons à faire le nécessaire pour un premier pansement. Malo a déjà moins mal, mais la morsure est impressionnante. Nous prenons rendez-vous par téléphone avec le médecin de notre assurance. Il appelle rapidement Malo en visio, le rassure, lui donne de bons conseils et le met sous antibiotiques pour sept jours. Heureusement, nous avons une bonne pharmacie à bord avec tout le nécessaire ✨️ Malo renverra une photo au médecin dans deux jours pour suivre l’évolution de la plaie.
Nous sommes un peu rassurés, mais la suite s’annonce compliquée pour Malo : pas de baignade pendant dix jours !! Je vais devoir l’attacher !
Une fois les émotions retombées, Malo appelle ses parents, puis nous repartons à terre pour boire un petit verre au bar de plage. Il n’y a que les deux employés, c’est désert. Ils nous expliquent que les touristes viennent surtout la journée. Comme toutes les personnes que nous avons rencontrées, ils nous disent que depuis le Covid il n’y a plus grand monde et que, par-dessus tout, Trump ne va pas les aider. Nous observons les nombreux iguanes et bernard-l’ermite qui peuplent l’île. C’est amusant : les coquillages grimpent sur la peau épaisse des iguanes, qui se prélassent mollement au soleil.
Ils nous offrent une délicieuse coco loco, fraîchement cueillie sur le palmier. Ce n’est pas la saison idéale pour les noix de coco — elles sont meilleures pendant la saison des pluies — mais nous la savourons quand même, malgré quelques iens-iens (mouches piquantes) qui nous embêtent un peu au coucher du soleil !
Nous remercions nos hôtes et rentrons au bateau. Ce soir, encore du thon au menu : un régal. Demain, nous mettons le cap sur Cayo Zaza. Repos des guerriers. 💙Read more
J134, Rio Hondo
Jan 7–10 in Cuba ⋅ ☀️ 26 °C
Nous passons notre dernière journée à Cienfuegos. Objectif : terminer l’avitaillement du bateau et préparer le départ prévu au petit matin le lendemain.
Nous commençons par faire les pleins de diesel et d’essence. On espère en trouver, car la situation à Cuba n’est pas idéale en matière de carburant. La marina nous informe que sa pompe est vide, mais qu’il y a du combustible disponible à la station-service dans la rue. On harnache nos bidons sur le diable et on se met en route. Ouf, il y en a ! Le diesel est à 1,10 $ et l’essence à 1,30 $. Après un peu d’attente, la connexion des pompes ne fonctionnait pas, mais ça y est : nous avons fait nos pleins. On réamarre les bidons et on repart à la marina. Sans grande surprise, le diesel a une couleur sombre et une mauvaise odeur… ce n’est clairement pas de la meilleure qualité. On le mélangera avec notre ancien diesel, de bien meilleure qualité.
Pendant que Malo retourne au bateau pour ranger les bidons, je m’occupe des papiers de sortie : on paye la marina et on fait le permis de sortie. Notre prochain port est Santiago de Cuba, que nous devrions atteindre d’ici une dizaine de jours, après avoir profité des Jardins de la Reine. Nous terminons nos préparatifs en allant acheter des fruits et légumes à vélo. À midi, on goûte la pizza cubaine ! Ici, tout le monde en mange, à toute heure, pour 180 pesos (environ 0,30 €). Une pâte très épaisse, pas très cuite, une sauce tomate et du fromage 🧀. Ça cale bien l’estomac !
En rentrant, Bamba, un de nos contacts à Cienfuegos, nous amène les dernières courses que nous n’avons pas trouvées en ville : avocats, œufs… Livraison à domicile, c’est bien pratique. On rentre se poser à bord et, au même moment, on aperçoit un mât : ce sont les Blue Moana ! Ils sont rentrés de Trinidad et reviennent au mouillage. Nous passons une dernière soirée avec eux à bord de Blue Moana, autour d’un de nos traditionnels apéros. Ça y est, c’est le moment des séparations… On se recroisera peut-être en République dominicaine ou en Guadeloupe, mais pas avant un certain temps. Ça fait bizarre, on commençait à s’habituer à nos voisins de navigation après plusieurs mois. Bons vents les amis, à bientôt ✨🫶
Le lendemain, le réveil sonne aux aurores : nous levons l’ancre à 6h30. Nous avons 30 milles à parcourir. On quitte le chenal et on se met sur notre cap. De petites vagues, régulières et de face, nous gênent dans notre progression. Nous sortons toutes les voiles, mais le peu de vent et la houle de face ne nous aident pas. Malgré tout, après huit bonnes heures de navigation, quasi toujours en appui moteur, nous atteignons le mouillage de Rio Hondo. Juste avant d’arriver à notre point de chute, la canne s’emballe ! Malo ferre le poisson et remonte un magnifique thon de 15 kg !! Située à côté de Trinidad, c’est une petite crique très jolie, avec la montagne en arrière-plan, un pont en face de nous et une jolie maison sur la gauche. Je saute à l’eau avec mon masque pour vérifier les fonds : c’est bon, c’est du sable, on va bien accrocher.
Le bateau ancré, nous nous lançons dans la préparation du poisson. Malo s’occupe de faire les filets : c’est impressionnant, il est très gros ! Heureusement, nous avons la machine sous vide, c’est l’usine. De mon côté, je prépare de quoi faire des sushis pour ce soir : on va se régaler.
On profite d’un superbe coucher de soleil avant de déguster nos sushis de poisson frais. Un vrai régal.
Le lendemain, on s’affaire pour aller plonger. Nous n’avions pas vraiment trouvé de tombants intéressants depuis notre arrivée à Cuba, mais ici, on passe de 3 mètres à 100 mètres de fond sur les cartes. Je sors le matériel : stab et détendeur, que je branche sur les blocs à l’arrière du bateau. On prend nos appareils photo, le tout dans le kayak, et avec l’annexe on rejoint notre point d’immersion. On plonge directement à 39 mètres : ça fait longtemps qu’on n’avait pas eu un peu de profondeur, on est contents. Le fond est assez vaseux et recouvre la roche. On observe un gros pagre, des gramas aux magnifiques couleurs violettes… En remontant progressivement, la plongée devient plus jolie : de beaux reliefs sur le récif, des gorgones et des éponges. Du zooplancton transparent oscille devant nous, tout comme de petites méduses. Après une heure sous l’eau, on remonte à la surface. On rince le matériel et on le fait sécher sur le bateau, tout comme nous : chacun allongé sur le pont, à profiter du soleil pour se réchauffer après l’immersion. Le soleil est agréable ici, juste à la bonne température. On se rend compte que depuis notre arrivée à Cuba, nous n’avons encore eu aucune pluie : c’est la saison sèche !
Après cette petite sieste, on part en kayak explorer le Rio Hondo, la rivière située de l’autre côté de la plage. Entourés de palétuviers et de mangrove, on rame sur une eau paisible. Malheureusement, on est assez vite contraints de rebrousser chemin : les arbres ont envahi le lit de la rivière et nous empêchent d’aller plus loin. Mais c’est quand même très beau. On profite d’un bain dans l’eau douce, c’est royal. On se fait un peu peur en parlant de crocodiles… Depuis les San Blas, on est un peu parano avec les attaques de crocos !
De retour sur Noam, on prend deux paquets de poisson pour aller les offrir à la maison située sur la rive : on en a largement assez pour nous deux. C’est le jardinier de la maison qui les récupère et nous remercie avec un sourire timide.
Une fois encore, le coucher de soleil est sublime. On ne tarde pas à se coucher, car demain nous partons à 6h pour Cayo Blanco, une nouvelle escale en direction des Jardins. Les vents sont favorables uniquement le matin, on ne veut pas rater le créneau.
Le réveil sonne à 5h. Dernier rangement du bateau pour limiter la gîte liée aux alizés qui nous arrivent au près. C’est parti : on lève l’ancre dans la pénombre, on sort de la crique et on attrape un joli vent. On hisse la grand-voile, on déroule le génois, et nous voilà partis à glisser vers notre prochain point. Les vagues sont moins importantes que lors de notre dernière navigation, c’est plus agréable. Le soleil se lève sur notre bâbord : c’est superbe.Read more
J131, Trinidad
January 6 in Cuba ⋅ ☀️ 28 °C
De retour à Cienfuegos, nous nous décidons d’aller visiter Trinidad. Nous réservons un taxi collectif pour 10 $ par personne, qui vient nous récupérer directement à la marina.
Nous quittons le bateau, encore couvert de la rosée du matin — une nouveauté depuis que nous sommes à Cuba ! Nous embarquons pour un peu plus d’une heure de taxi afin de rejoindre Trinidad, ville située à l’ouest de Cienfuegos et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le taximan, toujours très sympa, nous accueille dans sa vieille Renault. Les routes sont assez larges, laissant la place aux charrettes, vélos, scooters, tuk-tuks, voitures et piétons. Une longue ligne droite longe la mer jusqu’à Trinidad. Les routes sont plutôt désertes comparées à nos habitudes européennes ! On repère quelques petites criques sympas que l’on garde en tête pour y revenir avec le bateau.
Sur la route, nous embarquons une famille : le papa, la maman et leur petit garçon, installé bien serré sur les genoux de sa mère à l’arrière. Le long de la route, de nombreux Cubains lèvent le pouce, parfois en agitant des billets. Le stop est très courant ici ; les gens s’arrêtent selon leur bon vouloir, parfois en échange d’argent, parfois non.
Nous arrivons à Trinidad. L’architecture de la ville nous fait tout de suite penser à Carthagène, en Colombie : des maisons colorées à l’architecture hispanique. Fondée au XVIᵉ siècle par les Espagnols, Trinidad s’est enrichie grâce à la culture de la canne à sucre, notamment dans la vallée de los Ingenios toute proche. Lorsque l’industrie sucrière s’est effondrée, la ville est peu à peu tombée dans l’oubli, ce qui a permis de préserver son centre historique quasiment intact.
D’ordinaire très touristique, la situation géopolitique actuelle nous permet de profiter d’une ville presque vide de visiteurs.
Les Blue Moana sont ici depuis quelques jours et nous avons prévu de les retrouver pour le déjeuner. Avant cela, nous nous dirigeons vers le sud de la ville et marchons pour prendre le pouls de l’endroit. Les ruelles du centre sont pavées et bordées de petites boutiques. Depuis deux jours, un deuil national a été décrété à Cuba suite à l’assassinat de 32 Cubains lors de l’assaut des États-Unis pour capturer le président vénézuélien Maduro. Par conséquent, la musique live est interdite. Trinidad est habituellement connue pour la musique qui émane de ses rues, mais celles-ci sont donc particulièrement calmes ces jours-ci.
Nous arrivons sur l’une des places centrales, où de nombreux bancs sont installés. Quelques touristes s’y promènent, mais surtout beaucoup de Cubains. Nous sommes rapidement sollicités par une dame assez insistante qui nous demande si nous avons des choses à lui donner : médicaments, dentifrice, vêtements… Nous avons bien du dentifrice, une plaquette de Doliprane et des stylos, mais son insistance nous met mal à l’aise. Tout au long de notre balade, plusieurs personnes vont nous solliciter. On nous avait prévenus, mais jusqu’alors nous n’y avions pas été trop confrontés ; la ville étant plus touristique, la sollicitation est ici plus présente.
Nous continuons notre route en nous éloignant du centre-ville et arrivons dans des ruelles plus vétustes, bordées de petites maisons mitoyennes. Nous observons la vie quotidienne : les gens peignent leurs maisons, achètent leur pain, boivent leur café, discutent avec leurs voisins… On remarque de petites cages suspendues aux façades, avec des oiseaux qui chantonnent. C’est une tradition, nous explique un monsieur. Sur un toit, des cages abritent des coqs qui attendent leur tour avant d’entrer dans l’arène. À Cuba, comme dans beaucoup d’îles de la Caraïbe, les combats de coqs font partie de traditions encore très ancrées. Un quatuor de personnes âgées est assis autour d’une table, tapant les dominos sur une petite table en bois devant leur maison.
Un petit monsieur fripé, nous interpelle avec un grand sourire. Nous discutons et il nous demande si nous aurions des médicaments pour la pression artérielle. Malheureusement non, mais nous lui donnons le Doliprane, qui pourra peut-être soulager certaines douleurs.
Au détour d’une rue, nous voyons un homme sur la terrasse de sa maison proposer un service de barbier. Malo s’installe donc sur le fauteuil pour se faire tailler la barbe et couper les cheveux. Pour 300 pesos (environ 90 centimes), il repart avec quelques poils en moins !
Il est temps de retrouver nos acolytes des Blue Moana. Nous nous retrouvons au « Musée de la lutte contre les bandits ». Nous sommes contents de les revoir ; ça devient presque comme la famille ! Nous décidons de visiter le musée, installé dans un ancien monastère, puis école, avant de devenir musée. Une dame nous fait la visite de ce lieu qui retrace, à travers des objets et des photos, la période de la révolution de Fidel Castro contre les partisans de Batista, appelés ici la contre-révolution ou « les bandits ».
Dans les grandes lignes :
- 1953–1959 : Révolution cubaine menée par Fidel Castro pour la chute de Batista, alors président de Cuba.
- 1959 : Chute de Batista et arrivée au pouvoir de Fidel Castro.
- 1959–1965 : Lutte contre les « bandits », représentant les derniers partisans de Batista.
La guide nous explique les combats, les alliés, la chute des contre-révolutionnaires… On ne peut s’empêcher de constater un parti pris assez clair en faveur du régime actuel dans la construction du musée et de la visite. Nous terminons la visite en montant au clocher. Du haut de ses 34 mètres c'est le point culminant de la ville !
Après la visite, nous allons déjeuner tous ensemble dans un petit restaurant niché dans les ruelles colorées. Nous échangeons sur nos dernières aventures à Viñales, à La Havane, et ici à Trinidad. Nous restons un moment à papoter avant de nous séparer.
Avec Malo, nous partons ensuite en direction de l’ancienne gare, où les rails accueillent encore de vieilles locomotives. Deux petits garçons nous accompagnent et nous demandent ce que nous avons ; nous finissons par leur donner deux stylos. Je m’interroge beaucoup sur ces pratiques de dons : il n’est pas si évident de donner sans réfléchir aux répercussions, notamment sur les enfants. Il est important, je pense, de ne pas les habituer à voir le touriste blanc comme une « machine à dons » et de leur laisser leur dignité. Nous décidons donc que nos prochains dons seront destinés aux professionnels de santé et/ou aux écoles, plus à même de redistribuer. À bord, nous avons un stock de médicaments que nous n’utilisons pas, et à Cuba, les étagères vides des pharmacies témoignent de la pénurie.
Les deux garçons sont rapidement rejoints par deux écolières sortant de l’école. L’une d’elles tient absolument à nous faire visiter les trains, dans lesquels nous ne tardons pas à monter. C’est impressionnant : ces vieilles locomotives à vapeur fonctionnaient au diesel, le charbon n’étant pas disponible sur l’île. On sonne les cloches, on crapahute sur les wagons rouillés. En arrière-plan, un petit garçon ramène une chèvre chez lui à l’aide d’une corde, deux messieurs rentrent du travail à vélo, et une dame vient réprimander les jeunes garçons pour s’être aventurés ici sans autorisation ! Nous faisons de jolies photos, mais il est déjà temps de rentrer : notre taxi retour nous attend.
Nous aurions bien passé une nuit ici, tant la ville semble riche, entre montagnes et mer. Malheureusement, le temps commence à se raccourcir pour nous et nous devons poursuivre notre route.
Nous retrouvons Ranyer, notre chauffeur, sur la place. Il met de la musique électro dans la voiture et c’est parti, c’est drôle ! Sur la route, nous lui demandons de s’arrêter chez un marchand de légumes afin de faire quelques provisions avant de repartir en mer. Il accepte avec plaisir. Nous admirons les superbes tresses d’oignons et d’ail, qui me rappellent celles de chez moi. Nous avons d’ailleurs croisé plusieurs vieux messieurs vendant leurs tresses, comme les Johnnies de Bretagne.
La voiture fait un peu des siennes sur la route ; nous nous arrêtons, Ranyer resserre la cosse de la batterie, et nous repartons. Aux abords de Cienfuegos, il nous propose un petit détour pour acheter du lait pour ses enfants. Nous passons dans une petite ferme où une dame lui donne deux bouteilles de lait et du yaourt frais. Elle n’en a malheureusement plus pour nous, mais Ranyer nous en offre une : nous sommes ravis !
Nous arrivons à la marina sous le soleil couchant. Nous récupérons notre linge propre, lavé pour 3 500 pesos (un bon gros sac !), et rentrons tranquillement à bord.
Demain sera consacré aux derniers préparatifs avant de reprendre la mer jeudi, direction Trinidad, puis les Jardins de la Reine.Read more
J230, Viñales
Jan 2–5 in Cuba ⋅ ☁️ 23 °C
Après trois heures de taxi, nous arrivons à Viñales. Nous sommes accueillis dans la casa particular de Daniel et Carmen, dans le village (15 $/nuit pour deux personnes). Nous logeons chez l’habitant : ici, trois générations vivent sous le même toit !
À Cuba, les touristes sont majoritairement hébergés dans des casas particulares, ce qui permet de véritables échanges avec les locaux et génère un revenu direct pour les familles. Les Américains, d’ailleurs, n’ont pas le droit de loger dans les hôtels, uniquement dans ces casas particulares.
Nous déposons nos affaires et partons vers le centre du village à la recherche d’un petit restaurant pour déjeuner. C’est très bon : avec Noémie, nous prenons le riz cubain, composé de riz, haricots noirs, œufs, salade et manioc. Les garçons, eux, mangent de la chèvre au vin rouge (cordero estofado), également typique de Cuba.
Une fois repus, nous partons en vadrouille. Le village est bien animé : toutes les maisons ont une terrasse avec des rocking-chairs où les gens se balancent en regardant passer les habitants et les voyageurs. On entend résonner les fers des chevaux qui tractent des charrettes remplies de bois ou de provisions. On se croirait soixante ans en arrière ! En toile de fond, les montagnes se détachent nettement des plaines : ce sont les mogotes. Nous quittons le village et empruntons un petit sentier de terre rouge, riche en fer.
Nous sommes dans un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, et on comprend pourquoi : c’est magnifique. Les habitants travaillent la terre à la traction animale, sans intrants chimiques. Les principales productions sont le tabac, bien sûr, mais aussi le riz, le manioc, le maïs et les haricots. Les hommes portent leur traditionnel sombrero et valident tous le chapeau de Malo :
« Parece a un vaquero !» — « Tu ressembles à un éleveur cubain ! »
Nous nous dirigeons vers la Cueva de la Vaca (la grotte des vaches). Ici, la roche de ces grandes montagnes est souvent percée de grottes. En nous baladant, un vaquero à l’allure de cow-boy nous interpelle et nous propose de visiter sa ferme, où ils produisent du tabac. Nous n’avons pas d’argent sur nous, mais il nous dit de venir quand même. Nous sommes très bien accueillis par son frère, qui nous explique tout le processus, du semis à la fabrication du cigare. C’est passionnant.
Nous apprenons que tous les producteurs de tabac doivent revendre 90 % de leur production au gouvernement à un prix plancher. Ces 90 % sont transformés dans des usines d’État pour fabriquer les cigares officiels, avec leurs fameuses étiquettes. Les 10 % restants sont transformés directement chez les producteurs, ce qui leur permet de générer un petit revenu grâce aux touristes. Avant le Covid, il y avait énormément de visiteurs, mais aujourd’hui la situation est plus compliquée.
Quand nous leur disons que nous sommes venus en voilier, les deux frères nous regardent en plaisantant :
« Vous n’auriez pas une petite place pour nous ? Sortir de Cuba ! »
L’un d’eux nous demande si nous pourrions les aider à enregistrer leur activité sur Google pour être plus visibles. Nous repasserons le lendemain pour essayer de les aider.
Nous poursuivons ensuite notre balade jusqu’à la Cueva de la Vaca. Le site est superbe. Des grimpeurs escaladent les parois rocheuses et, avec la lumière du coucher de soleil, l’ambiance est magique.
Le soir, nous rentrons à la casa où Carmen et Daniel nous ont préparé le repas (10 $ par personne). C’est délicieux et très copieux. Nous sommes ravis. Nous ne tardons pas à nous coucher : demain, réveil à 4 h pour le lever du soleil.
Le lendemain, nous sortons du lit alors qu’il fait encore nuit et froid. Nous enfilons un maximum de couches. Notre calèche nous attend devant la maison, tractée par Caramelo, un petit cheval alezan criollo. José Manuel, notre guide, parle français et est super sympa. Nous avons quarante minutes de calèche jusqu’à la montagne. Le cocher aime manifestement son cheval, qui, malgré sa petite taille, nous impressionne par sa force et son endurance.
Nous descendons pour commencer une marche jusqu’à un point culminant afin d’admirer le lever du soleil. Le froid pique, mais marcher nous réchauffe. Nous arrivons à un point de vue avec une petite cabane où les gens s’affairent à préparer le café et le petit-déjeuner. Peu à peu, l’horizon s’éclaire et nous offre l’un des plus beaux levers de soleil de ma vie : la lumière sur les montagnes, la brume matinale dans la vallée… magique. Des chiens et un chat viennent chercher des caresses autour de nous. José Manuel dresse une table et nous sert un petit-déjeuner délicieux.
Une fois le jour levé, nous redescendons à travers ce magnifique paysage campagnard : bœufs, chevaux, poules, plantations de tabac, de manioc et de riz.
Nous reprenons la calèche quelques minutes avec le fidèle Caramelo, puis nous rejoignons nos montures pour une randonnée de cinq heures à cheval à la découverte de la vallée et du parc naturel. Comme en Colombie, les chevaux sont montés à l’américaine (western). Ils semblent en bon état, cela nous convient.
Malo monte Tequila, Noémie Petit Tonnerre, Jules Mojito, José Manuel Caipirina, et moi Caramelo.
Les chemins de terre rouge sont souples et peu caillouteux, parfaits pour l’équitation. Les paysages sont splendides : montagnes, plaines, parcelles cultivées, paysans travaillant la terre avec leurs bœufs, cavaliers, animaux en liberté… c’est incroyable.
Premier arrêt dans une finca, Brisa de Mogote. Un homme y retourne la terre avec ses deux bœufs. Il salue Malo et l’invite à essayer. Malo se prête à l’exercice, mais ce n’est pas si simple ! L’homme nous explique ensuite en détail la transformation du tabac : semis, repiquage, croissance, désherbage manuel quasi quotidien. Lorsque les plants atteignent leur maturité, les feuilles sont récoltées. Selon leur hauteur sur la plante, elles ont un taux de nicotine et des saveurs différentes, ce qui influence l’arôme, la force et le prix des futurs cigares. Les feuilles sont ensuite séchées, la veine centrale (riche en nicotine) est retirée — elle sert d’insecticide naturel — puis les feuilles sont fermentées pendant plusieurs mois dans un mélange de miel et d’épices avant d’être roulées en cigares.
En tant qu’agronome, je suis impressionné par la qualité des parcelles et leur gestion. Les cultures sont belles et saines, même si je n’ai pas de vision précise des rendements.
Bien sûr, nous terminons par goûter les cigares, accompagnés du rhum local, qui n’est pas à base de canne à sucre mais d’une petite goyave locale : la guayavita del pinar. À 10 h 30, il faut avoir l’estomac bien accroché ! Nous passons un superbe moment d’échange.
Nous discutons aussi des quotas imposés par l’État : 90 % du tabac, 10 % du miel, 20 % du café… Par exemple, un sac de manioc de 40 kg peut être vendu 1 500 pesos (environ 4 $) sur le marché libre, alors que l’État l’achète 250 pesos (0,50 $).
Mario nous explique qu’ils sont paysans, qu’ils ne sont pas malheureux : ils produisent de quoi manger et vivent mieux ici qu’en ville. Le grand-père nous confie que l’une de ses filles est médecin, mais que c’est lui qui l’aide financièrement… Nous apprenons d’ailleurs que les médecins cubains sont une source importante de revenus pour l’État. Les études sont gratuites, mais une fois diplômés, surtout en spécialité, les médecins sont « loués » à d’autres pays. Pendant le Covid, le gouvernement cubain touchait plus de 3 000 € par médecin, tandis que les médecins eux-mêmes percevaient environ 200 €.
Nous reprenons ensuite nos chevaux, qui nous attendent sagement à l’ombre. Nous nous autorisons quelques petits galops avant d’arriver dans une finca où sont produits le miel et la guayavita pour le rhum. Le miel provient d’abeilles natives, récolté uniquement par un processus naturel, sans cadres. La production est extrêmement limitée : environ 5 litres tous les cinq ans ! Les ouragans fragilisent aussi beaucoup cette activité en abattant les arbres.
Le rhum de guayavita, quant à lui, est distillé à partir de ce petit fruit, qui n’est finalement pas une goyave mais se rapproche plutôt du raisin. À l’époque coloniale espagnole, la région produisait du raisin (d’où le nom Viñales), mais les Américains ont ensuite favorisé la culture du tabac, plus rentable. Il reste de cette époque la guayavita. La production d’alcool étant strictement contrôlée par l’État, les paysans envoient la récolte à une usine à Pinar del Río, récupérant ensuite 50 % des bouteilles pour la vente. Là encore, les ouragans menacent cette production. À la fin de la visite, on nous offre un cocktail bien chargé ! Jules et Malo jouent les Cubains avec leurs cigares 😅
Nous repartons ensuite déjeuner chez Christelle et José Manuel. Christelle, Suisse installée à Cuba depuis plusieurs années, a organisé tout notre périple. Nous partageons encore un repas plus que généreux et discutons longuement sur la terrasse.
En fin de journée, nous rentrons à notre logement. Comme souvent, il n’y a pas d’électricité. Heureusement, nos hôtes disposent de panneaux solaires et d’un petit générateur, mais cela représente un coût important. Depuis deux ans, les coupures sont très fréquentes et de plus en plus imprévisibles. Beaucoup essaient de s’équiper, quand ils en ont les moyens. Christelle s’interroge : pourquoi investir des millions dans de nouveaux hôtels à moitié vides plutôt que de rénover des infrastructures électriques héritées de l’URSS et totalement vétustes ?
Grâce au générateur, nous profitons d’une bonne douche chaude avant d’aller dîner en ville. Fatigués mais curieux, nous tentons une soirée dans une boîte de nuit située dans une grotte. Direction le Palenque. Nous arrivons un peu tôt, l’ambiance est encore calme, ce qui décourage Jules et Noémie, qui rentrent se reposer. Avec Malo, nous restons un moment pour découvrir ce lieu mythique : du reggaeton dans une grotte semi-ouverte. Thibaud, un Guadeloupéen rencontré chez Christelle, nous rejoint. Nous ne tardons pas à rentrer nous reposer à la casa.
Le lendemain, Noémie et Jules prennent un taxi pour Cienfuegos. Nous décidons de rester un jour de plus à Viñales, tant l’endroit nous plaît. Après un dernier petit-déjeuner ensemble, ils partent pour un long trajet.
Nous enfilons nos baskets et repartons explorer les environs. Nous retournons dans la première ferme de tabac pour tenter de les référencer sur Google. Malgré un VPN, c’est impossible :
« En raison des sanctions internationales, nous ne pouvons pas référencer cette entreprise. »
Ici, tout peut vite devenir compliqué. Ils nous remercient malgré tout.
Nous passons la journée à marcher, près de 20 kilomètres à travers ces paysages superbes. Champs, rivière, grotte… parfois nous nous égarons dans les broussailles, couverts de feuilles et de graines. En fin de journée, nous rentrons fatigués mais heureux… avec la mauvaise surprise de découvrir quelques tiques ! Nous les retirons patiemment. C’est le prix de l’aventure.
Le soir, nos hôtes nous préparent encore un dîner exceptionnel, bien au-delà de notre faim.
Aujourd’hui, lundi, nous reprenons un taxi collectif pour Cienfuegos, des étoiles plein les yeux en quittant Viñales. Dans le taxi, un couple d’Australiens discute avec nous de la situation au Venezuela. Nous sommes un peu sans voix face aux incertitudes et aux répercussions à venir. Depuis la capture de Maduro, nous essayons de nous informer malgré un accès à Internet très limité.Read more
J229, Nouvel an à La Havane
Dec 31–Jan 2, 2026 in Cuba ⋅ ⛅ 21 °C
Après trois bonnes heures de taxi, nous atteignons enfin la capitale du pays. La Havane se dévoile à nous à travers de grands bâtiments à l’architecture à la fois haussmannienne et hispanique, héritage de l’époque coloniale espagnole et de la prospérité du début du XXᵉ siècle. Mais dès le premier regard, le constat est frappant : de nombreux immeubles sont vétustes, parfois en ruine, comme figés dans le temps. Et ce n’est que le début de la découverte…
Nous sommes accueillis par Gisèle, une Cubaine qui nous ouvre les portes de l’appartement où nous allons passer deux nuits. Il est idéalement situé, près de la place de la Cathédrale, au cœur de la vieille Havane. Gisèle est une vraie pipelette. Elle nous met rapidement en garde contre les escroqueries visant les touristes, particulièrement fréquentes le 31 décembre. Elle nous explique aussi que, depuis le Covid et la crise économique aggravée par l’embargo américain, les touristes se font rares et l’économie du pays est exsangue.
Après avoir posé nos sacs, nous partons à la découverte de la ville. Nous sommes surpris par le peu de monde dans les rues : beaucoup de bâtiments sont fermés, délabrés ou abandonnés. Il y a bien de la musique et une certaine ambiance, mais nous nous attendions à beaucoup plus d’animation pour le 31 décembre. Gisèle nous avait prévenus : ici, cette date se passe généralement en famille. Elle nous a d’ailleurs invités à dîner autour d’un cochon grillé le soir même… on verra si nous y passons !
Un front froid s’est installé sur l’île. Nous avions prévu des tenues légères, mais finalement nous enfilons jeans et écharpes. La chute de température est impressionnante, nous n’y sommes plus habitués 😅
Nous arpentons les rues où circulent de nombreuses voitures mythiques des années 50, maintenues en vie par un système D permanent. Des groupes de musique cubaine jouent dans les bars.
Nous trouvons un petit restaurant pour déjeuner, un peu caché dans un immeuble. Deux musiciens, y jouent, aussi gentils que talentueux. Nous passons des heures avec eux, à discuter, pendant qu’ils nous jouent des morceaux à la guitare et aux maracas.
Entre deux chansons, ils nous parlent de la situation critique du pays. De la révolution cubaine, de Fidel Castro, et de ce qu’ils considèrent comme une trahison du peuple en s’inscrivant durablement dans un modèle communiste autoritaire. Ils nous expliquent comment vivre dans un pays où un médecin gagne environ 8 000 pesos par mois en fin de carrière, soit à peine 20 € mensuels, et où l’État n’accompagne pas le développement agricole. Ils nous citent egalement l'exemple des retraités. Certaines pensions ont été doublées récemment par le gouvernement : elles sont passées de 1 500 pesos (3.5$) par mois à ... 3 000 pesos (6$)/mois ce qui ne permet toujours pas aux personnes de vivre dignement. L’inflation, les pénuries, le rationnement, les difficultés d’approvisionnement font partie du quotidien. Puis ils reprennent leurs instruments et chantent à nouveau : pour eux, la musique est leur échappatoire.
Après ce long moment de partage, nous repartons nous balader.
La vétusté de certains bâtiments est saisissante. L’hyper-centre reste la vitrine : des édifices magnifiques, bien entretenus, souvent restaurés pour le tourisme. Mais dès que l’on s’éloigne, l’état des immeubles devient alarmant. Les murs sont couverts de slogans révolutionnaires : « Hasta la victoria siempre » (« Toujours jusqu’à la victoire »), « Patria o muerte » (« La patrie ou la mort »). Les paroles de Vicente, l’un des musiciens, prennent alors tout leur sens. En parallèle, d’autres slogans, souvent à l’effigie du Che Guevara, prônent des idéaux sociaux et poétiques : « En mis sueños no tendrán fronteras… » (« Dans mes rêves, il n’y aurait pas de frontières… »).
Nous dînons en terrasse (avec des pulls !) puis poursuivons la soirée dans un petit bar. On nous prévient : entre minuit et une heure du matin, mieux vaut éviter de se promener. La tradition à Cuba consiste à jeter des seaux d’eau sur les passants pour célébrer la nouvelle année ! Effectivement, depuis la fenêtre du bar, nous voyons quelques malheureux recevoir une douche improvisée 😅
Passé minuit, nous flânons encore un peu dans la ville, qui reste étonnamment calme pour une capitale. Ce n’est pas la fête à laquelle nous nous attendions, mais la soirée reste agréable et marque un joli début d’année !
Le lendemain, nous poursuivons notre exploration. Nous nous offrons un bon brunch en terrasse avant d’arpenter différents quartiers jusqu’au Malecón, la célèbre promenade en bord de mer. Pour y parvenir, nous traversons plusieurs places mythiques et passons devant le Capitole, réplique impressionnante du Capitole de Washington. Le contraste est saisissant : ce bâtiment immaculé fait face à des immeubles en ruine, derrière lesquels on aperçoit du linge qui sèche, preuve que des gens y vivent encore… on se demande comment.
Nous passons devant plusieurs bodegas, magasins d’État aux prix fixés par le gouvernement, où l’achat est conditionné par des tickets de rationnement. Enrique nous expliquait que, dès qu’il faut acheter plus, les prix explosent et deviennent inaccessibles avec un salaire local. C’est pourquoi travailler avec les touristes et être payé en « monnaie dure » (euros ou dollars) est souvent la seule solution pour s’en sortir. L'inflation de leur monnaie est énorme : il y a 1 an, 1€ = 25 pesos et aujourd’hui 1€ = 470 pesos ! Les prix ont augmenté mais les salaires non.
Depuis le 1er janvier 2024, le gouvernement a autorisé l'ouverture de boutiques privés "les pymes". Celles-ci peuvent importer des produits pour être vendu complétant ainsi l'offre gouvernementale. Cependant, les prix restent contrôlés par l'état. Ces boutiques ont l'autorisation d'importer aussi des scooter et voitures conduisant à la multiplication des petits scooters électriques et de véhicules. Comme certains nous disent Cuba change tout les jours, vous revenez dans 6 mois tout sera différent !
Le long du Malecón, nous observons des embarcations bricolées pour la pêche : ici, chacun se débrouille comme il peut. Une magnifique voiture rose, une Ford Deluxe 1948 originale, attire alors notre attention. Miguel, son chauffeur, nous propose un tour de la ville pour 30 dollars à quatre. Allez, moment touristes assumé ! Nous embarquons pour une virée à travers La Havane, passons sous le bras de mer, devant l’ancienne maison du Che Guevara et plusieurs représentations de Fidel Castro, encore omniprésent dans la capitale.
Nous arrivons à un point de vue dominé par une grande statue du Christ. Noémie avait emporté des médicaments et des stylos pour en faire don. Nous rencontrons une vieille dame qui mendie ; elle est profondément reconnaissante en recevant les médicaments. Les pharmacies que nous avons croisées étaient totalement vides. Je ferai le tri des médicaments restants sur le bateau pour les distribuer plus tard à Santiago de Cuba, durement touchée par la tempête Melissa.
Nous poursuivons la visite, admirons de superbes bâtisses, faisons nos photos de touristes sur la voiture 😅, puis nous nous arrêtons sur la place de la Révolution, là où Fidel Castro a prononcé certains de ses discours mythiques, dont l’un a duré plus de sept heures. Pour certains Cubains, ce moment symbolise la trahison du peuple ; pour d’autres, Fidel reste un héros incontesté.
Nous remercions Miguel et rentrons tranquillement vers l’appartement pour faire un point sur notre argent. Il ne nous reste presque plus d’espèces (le reste est au bateau) et retirer de l’argent ici s’avère être une véritable mission. Nous apprenons que certains grands hôtels permettent de payer par carte et d’obtenir du cash. Le bureau est fermé, nous reviendrons le lendemain matin. En nous enfonçant dans les rues, nous slalomons entre déchets et tas de pierres. Alors que je filme une rue dégradée jonchée de détritus, un homme me lance : « Estás mirando los logros del comunismo » — « Tu regardes les succès du communisme ». À cet instant, nous restons silencieux tous les quatre. La misère côtoie les hôtels de luxe : c’est assez bouleversant.
Nous trouvons finalement un petit restaurant animé pour dîner. Les portions sont modestes, alors nous partons à la recherche d’un dessert. Dans un restaurant plus chic, nous commandons quatre gâteaux au chocolat… minuscules 😅 Diète imposée ! Nous rentrons ensuite tranquillement à l’appartement.
Pour notre dernière matinée, nous plions nos bagages et retournons retirer de l’argent. Le taux de change n’est pas avantageux, mais cela nous permet d’être plus sereins pour la suite. Après un petit-déjeuner, nous montons dans un taxi collectif, un minibus qui nous emmène à Viñales, à l’ouest de Cuba. Direction les plantations de tabac… à cheval !
Je suis ravie d’avoir découvert La Havane et d’avoir un peu mieux compris le pays. Cette ville est splendide, avec ses places et ses bâtiments grandioses, mais cette beauté contraste violemment avec la vétusté des infrastructures et la précarité économique dans laquelle vivent les Cubains.Read more

Tout d'abord tous nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2026 !!!quoi vous souhaiter de plus ! que votre fabuleux voyage se continue paisiblement avec toutes vos informations très précieuses sur la vie des gens vos découvertes de jour en jour merci pour votre partage et bon vent bises de nous deux... [Christine claude Heu]
J228, Cienfuego
Dec 29–31, 2025 in Cuba ⋅ ☀️ 25 °C
Nous mettons pied sur l’île de Cuba après une dizaine d’heures de navigation. Nous jetons l’ancre à côté de nos fidèles acolytes : Blue Moana et Zoan. Nous sommes dans une baie gigantesque que nous avons rejointe grâce à un chenal de quatre miles de long, serpentant entre les vallées cubaines. Le vent est complètement tombé ; on se croirait sur un lac.
Nous nous rendons rapidement au bureau d’immigration de la marina de Cienfuegos afin d’effectuer les démarches nécessaires. À proximité du bureau, nous apercevons déjà une vieille voiture : notre imaginaire cubain prend forme. Nous répondons une nouvelle fois aux différentes questions de l’agent afin de nous enregistrer. Une fois les formalités terminées, nous nous retrouvons tous à bord de Blue Moana pour célébrer l’anniversaire de Wanda. Puis, nous allons dîner ensemble dans un restaurant aux abords de la ville.
Les rues sont plongées dans le noir. Nous apprenons que, la moitié de la semaine, une partie de la ville est privée d’électricité, et que l’autre moitié de la semaine, c’est l’autre partie qui l’est. Ici, l’électricité est produite grâce à des centrales à combustible ; cependant, depuis la guerre en Ukraine et les tensions entre Trump et le Venezuela, principal fournisseur d’essence de Cuba, le pays se retrouve dans une situation très complexe pour s’approvisionner en carburant. Le restaurant que l’on nous a conseillé fonctionne grâce à un groupe électrogène.
Nous devons être dans un quartier chic : nous observons de petites maisons pavillonnaires bien entretenues, une longue avenue bordée de palmiers. De nombreuses personnes se déplacent en scooter, à vélo ou à bord de vieilles voitures. Nous découvrons les plats cubains : une petite soupe, du riz accompagné de haricots rouges, un peu de salade et de la viande. Nous passons une belle soirée que nous terminons chez Blue Moana pour souffler les bougies de Wanda !
Le lendemain, nous nous réveillons tranquillement à bord de Noam. La mer est belle et calme. Nous décidons d’aller arpenter les ruelles de Cienfuegos avec Malo. Le soleil brille, mais les températures restent agréables. Nous attendons l’arrivée d’un front froid venant du nord, qui devrait apporter du vent et des températures plus fraîches dans les prochains jours.
Nous longeons la mer en direction du centre-ville et admirons les superbes voitures : ce n’est pas un mythe ! Les rues sont organisées en carrés, bien droites. Nous découvrons un collectif d’artistes cubains. L’ambiance est bien différente de tout ce que nous avons connu jusqu’alors. Les gens sont très polis et sympathiques, les bâtiments très hauts, aux peintures quelque peu défraîchies.
Nous constatons qu’il y a très peu d’enseignes sur les bâtiments. Nous croisons plusieurs points de vente ou de collecte où les habitants viennent s’approvisionner en produits de base grâce à des tickets de rationnement. Pas à pas, nous observons le système communiste du pays. Quelques boutiques proposent quelques produits, éparpillés dans des rayons assez vides. Une rue piétonne, en revanche, est bien fournie en souvenirs pour les touristes ; de nombreuses galeries et peintres y exposent également. Les œuvres sont jolies, et nous risquons bien de craquer d’ici la fin du séjour.
Nous arrivons sur la place principale, où trônent le théâtre et l’ancien casino espagnol, aujourd’hui converti en musée. Le gardien vient discuter avec nous ; il s’appelle Mario. Il a l’air adorable. Nous allons manger un morceau, mais nous lui promettons de revenir pour une visite. Il nous faut un certain temps pour trouver un restaurant, puis nous finissons par dénicher un petit endroit, dans une salle assez sombre, mais fréquentée par des Cubains. Le service est excellent, la serveuse aux petits soins. Ce n’est pas de la grande cuisine, mais nous mangeons pour moins de 10 €. Ici, la monnaie est le CUP ; nous échangeons nos dollars directement dans la rue : 1 $ = 420 CUP.
Après notre repas, nous retrouvons Mario comme promis. Il nous fait visiter cet ancien bâtiment où trônent de nombreuses maquettes de trains. Cuba fut le premier pays des Caraïbes et d’Amérique centrale à disposer d’un réseau ferroviaire, malheureusement vétuste aujourd’hui. Il nous explique comment la chute de l’URSS, dans les années 1990, a provoqué une crise profonde de l’économie cubaine, puis il évoque la révolution menée par Fidel Castro. Aujourd’hui, Mario nous parle des difficultés à se nourrir et à accéder aux denrées de base. Nous passons un excellent moment aux côtés de cet homme au rire communicatif.
En le quittant, un homme nous aborde pour nous vendre des cigares. On a l’impression qu’ici, tout se trouve « sous le manteau » : les gens se débrouillent.
Nous prenons ensuite le chemin du retour vers la marina, car nous devons préparer nos affaires. Demain, nous partons pour La Havane avec Noémie et Jules afin de fêter le Nouvel An. Nous prévoyons d’y passer environ une semaine pour découvrir les terres cubaines. Après La Havane, nous projetons de nous rendre à Viñales, terre d’agriculture et de plantations de tabac. Noémie et Jules ont trouvé un taxi collectif (minibus) pour 100 $ pour quatre personnes jusqu’à La Havane. Le transport est ce qu’il y a de plus cher ici. Nous avons hâte de découvrir La Havane, où nous espérons danser au rythme de la salsa cubaine.
De retour à bord, nous préparons nos affaires. Demain, nous déposerons le bateau à la marina afin de voyager plus sereinement à terre. Il fait presque froid ce soir ! Le front froid arrive, et on le sent bien. Malo passe une bonne partie de la soirée à discuter sur WhatsApp avec un homme intéressé par l’achat de Noam, un fan absolu de Dufour. C’est une piste sérieuse ! Pendant ce temps, je fais un peu de traitement photo : de beaux souvenirs de Colombie.
Le lendemain matin, on ne chôme pas : on déplace le bateau à la marina, on termine le rangement, et on va dire au revoir à nos amis de Blue Moana — nous ne savons pas si nous les reverrons à notre retour. Jules et Noémie nous appellent : on se dépêche, le bus est là ! Un minibus nous récupère devant la marina, cap sur La Havane. Trois heures trente de route à travers le pays, la capitale se situant sur la côte nord. Nous empruntons l’autoroute nationale, une grande route avec très peu de circulation. Nous croisons de nombreux chevaux, des carrioles tractées par eux, des vélos… La pénurie d’essence se fait sentir. La terre est ocre ; on observe des plantations de bananes et de canne à sucre, mais aussi des arbres qui nous rappellent la métropole. Ça change !Read more

Traveler
Je vous souhaite une merveilleuse année 2026 pleine d’amour et de bonheur, encore beaucoup de belles aventures à venir. bises François (Bochet)

TravelerMerci à vous de nous partager votre voyage. On vous souhaite le meilleur pour 2026 et de très belles découvertes et rencontres ! Plein de bisous
J226, Cayo Sal y Cayo Guano
Dec 26–29, 2025 in Cuba ⋅ ☀️ 25 °C
Ce matin, nous préparons le bateau pour partir en navigation. Nous changeons de mouillage, nous partons à l’est pour Cayo Sal. Nous souhaitons caboter en deux jours afin de nous rendre jusqu’à Cienfuego, ville située sur l’île principale de Cuba. Cela va nous permettre de couper la navigation et de visiter les petites roches au large des côtes cubaines.
La veille, nous avons réalisé nos papiers de sortie à la marina de Cienfuego. Ils nous donnent un « permiso » sur lequel est retracé l’ensemble des ports où nous nous sommes rendus et où nous allons nous rendre à Cuba. Nous devons remettre ce papier aux autorités à chaque nouvel endroit où nous arrivons. Nous payons également le mouillage, qui est calculé en fonction de la taille du bateau (0,80 $/pied/jour).
Avant de réaliser les démarches, nous nous arrêtons à bord du Rebelle, le bateau de Lionel et Yamilé. Tous les copains étaient à bord, c’était atelier perçage des perles de culture offertes à Noël ! J’ai percé la mienne pour pouvoir l’enfiler sur une petite chaîne dorée, c’est super joli.
Jules et Noémie mangent du lambi chez Lionel et Yamilé ce soir. Nous étions là au moment des préparatifs. Lionel a fait le prof pour nous montrer comment préparer ce gros coquillage.
Étape 1 : Attraper le coquillage, compter deux « mailles » depuis sa pointe.
Étape 2 : Frapper avec le bord d’un couteau pour faire une ouverture au niveau de cette deuxième maille.
Étape 3 : Passer le couteau au travers de l’ouverture pour sectionner le nerf.
Étape 4 : Extraire le mollusque.
Étape 5 : Éplucher le mollusque, enlever sa peau et les parties indigestes.
Étape 6 : Frapper le mollusque pour le rendre plus tendre !
Étape 7 : C’est parti pour la cuisson !
Malo tente le coup et arrive à sortir le coquillage, c’est une sacrée préparation.
Nous levons donc l’ancre ce samedi pour caper vers l’est. Nous sommes au près mais le vent est assez faible. On débute toutes voiles dehors, mais nous sommes assez vite contraints de passer au moteur, faute d’air !
Nous continuons d’avancer en flottille : les Zoan sont partis en premier, nous, suivis de près par les Blue Moana.
Sans surprise, nous arrivons les derniers !
L’eau est magnifique, turquoise et transparente, c’est incroyable. Nous arrivons vers 15h30. Nous ne tardons pas à mettre le kayak à l’eau pour explorer l’île.
C’est un plateau rocheux, corallien, plutôt inhospitalier à premier abord ; la roche est abrasive. Nous avons les masques et les tubas et, de temps à autre, nous passons la tête par-dessus le kayak pour regarder. C’est essentiellement du sable et des herbiers. Nous avons vu assez peu de reliefs et de récifs.
Nous croisons Jules et Noémie qui exploraient aussi les environs. Ils ont rencontré des pêcheurs qui leur ont offert une langouste !
Et en effet, nous tombons aussi sur eux. Ils établissent leur campement sur l’île, ils y restent pour quelques jours. En posant pied à terre, nous découvrons de nombreux restes de tortues : un territoire de pêcheurs !
Après une belle vadrouille en kayak, nous revenons à bord. J’en profite pour développer ma dernière pellicule exposée. C’est plus agréable de faire des activités dans le bateau car les températures sont plus clémentes depuis notre arrivée à Cuba.
Nous restons tous tranquilles ce soir, le mouillage a l’air assez calme pour une bonne nuit. Mais en fait, à 21h, le vent et la houle se lèvent. On va passer une nuit bien agitée, comme si nous étions en navigation ! Heureusement, les trois bateaux ont bien tenu à l’ancre.
Le lendemain, on s’équipe pour aller plonger. On arrime le kayak à l’annexe, on y monte les blocs et c’est parti.
Nous partons à la recherche d’un tombant avec la carte des fonds à côté de nous. On ne trouve pas de gros récifs mais on se met à l’eau autour de petites cailles. Ce n’est pas notre plus belle plongée, mais c’est quand même toujours génial d’avoir la tête sous l’eau.
Malo continue sa journée sous l’eau en partant pour une petite chasse en début d’après-midi ; il nous ramène une jolie langouste pour ce soir. Nous ne sommes pas près de mourir de faim ici !!
Pendant ce temps, je profite des UV pour faire quelques cyanotypes avec des fleurs que j’avais récoltées aux San Blas.
Dans l’après-midi, Noémie et Jules lèvent l’ancre pour se rendre, à 7 miles de là, à Cayo Guano. Nous ne tardons pas à les suivre. Les Blue Moana, eux, restent sur ce mouillage et partiront directement à Cienfuego demain.
Sans vent, nous atteignons notre nouvelle zone d’ancrage au moteur. En route, Malo pêche un énorme barracuda à la traîne ! Nous préférons le relâcher à cause du risque de ciguatera. Des locaux nous ont dit que la ciguatera était présente uniquement au nord de Cuba, mais nous préférons ne pas prendre le risque.
Nous arrivons à Cayo Guano, où un imposant phare rouge et blanc nous domine depuis son roc. Notre ancre a un peu de mal à prendre, le sol semble être très dur sous le sable. On ajoute pas mal de chaîne pour limiter le risque de déraper dans la nuit. Le coucher du soleil commence doucement, les couleurs sont sublimes. On saute dans l’annexe pour nous rendre à terre, on aimerait voir le phare.
Un des deux gardiens du phare nous accueille et nous aide à nous amarrer. On croise Noémie et Jules descendant du phare : « C’est magnifique ! ». Un des deux gardiens nous fait signe : « Venez, vous pouvez monter aussi ! ». C’est parti, nous nous empressons de gravir les plus de 200 marches qui nous conduisent au sommet des 53 mètres de haut, pile à l’heure pour les dernières lueurs du soir. Nous sommes accompagnés par l’un des gardiens.
Il nous explique qu’ils se relaient par duo : un mois au phare, un mois à terre, un mois au phare, un mois à terre… Cette année, ils passent les fêtes ici, mais l’année prochaine ce sera dans leur famille. Leur quotidien : petits travaux quand nécessaire, pêche, télé… Un sacré travail, gardien de phare ! Il nous explique que ce phare a été construit en cinq ans, en 1960, par un ingénieur français.
De tout là-haut, nous avons un panorama exceptionnel sur les bateaux et la mer.
En redescendant, nous proposons une bière à partager avec eux.
Nous regagnons notre bord à la tombée de la nuit. Demain, nous partons pour Cienfuego ; nous avons plus de 45 miles à parcourir. On prépare le bateau pour être prêts à lever les voiles à 6h. Noémie et Jules partiront en même temps, et les Blue Moana un peu plus tôt car ils ont quelques miles de retard. On espère dormir un peu mieux que la nuit dernière, qui était agitée !
À 5h30, le réveil sonne. La nuit était un peu secouée, mais moins que la veille. On se met en route, on hisse la grand-voile, je vais à l’avant pour remonter l’ancre, Malo allume le moteur, on prend notre cap et nous déroulons le génois. Nous sommes au près serré mais on a un peu de vent, c’est déjà ça ! Il est censé retomber dans l’après-midi, on espère en profiter au maximum avant de passer au moteur. On vise une arrivée à 17h à Cienfuego ⛵️
La navigation se passe bien, nous apercevons même quelques dauphins. Nous gardons les voiles au maximum, mais à 19 miles de l’arrivée nous sommes obligés de passer au moteur. Il est 14h, ça y est nous apercevons les côtes de Cuba !Read more
J223, Cayo Largo
Dec 22–26, 2025 in Cuba ⋅ 🌬 25 °C
Après une nuit de repos à la marina de Cienfuego, où nous avons profité de rincer et frotter le bateau, nous largons les amarres pour nous rendre au mouillage.
Le mouillage se situe non loin de la, à proximité d'une splendide plage de sable blanc, playa sirena.
Nous y retrouvons Jules et Noemie et nous mettons l'ancre à côté, les Blue Moana viennent d'y arriver aussi. Les trois bateaux flottent cote cote dans une eau turquoise !
Comme annoncé, le vent d'est s'est bien levé. Les bateaux tirent sur leur ancre mais le sable les retient bien.
Nous enfilons nos maillots et nous partons faire une session de snorckeling. L'eau est clair, on decouvre une très belle diversité. Nous sentons que nous sommes plus au nord, l'eau est plus froide ! (Je ne suis pas prête à rentrer me baigner en Bretagne!!).
Les poissons ne sont pas peureux car ils ne sont que très peu pêché ici (peu de materiel et réglementation locale).
Le soir, nous nous retrouvons tous à bord de Zoan pour diner le thon pêché par Malo. On le grille au barbecue et chacun ramène légumes et autres accompagnement. La régalade !
Nous discutons Noël : le 24 au soir nous allons aller dîner chez Lionel et Yamilé un couple franco guyanais. Ce sont des vieux baroudeurs de la mer qu'ils arpentent depuis plus de 20 ans.
Et pour le 25, nous nous irons sur la plage pour un goûter de Noël et pour nous offrir nos secret santa ! Nous avons tous pioché un nom au hasard auquel nous devons faire un petit cadeau 🎁
Le mardi justement nous nous affairons avec Malo pour fabriquer nos cadeaux de Noël. Nous sommes obligés d'être inventifs, il n'y a pas de boutique dans le coin ! Malo fabrique un porte savons en noix de coco pour Jules et je fabrique une suspension en macramé avec une petite plante pour Joanne.
Le matin, j'ai retrouvé Noémie pour aller courir sur la plage. Ça fait du bien, de se défouler sur cette immense étendue de plage. Elle est presque vierge, jusqu'au bout de la plage où il y a un resort qui offre des chaises longues et une zone nudiste 😅 Mais ça n'ouvre que à 10h donc avant ça nous en profitons, seuls au monde. On court pieds nus, mi eau - mi sable.
Le lendemain, on repart pour 7km en bord de plage. Et puis en ce 24 decembre, nous partons pour la chasse de Noël ! En effet, pour notre diner ce soir c'est langouste au menu, nous devons donc aller chercher le repas.
Nous partons Malo, Olivier, Joanne et moi à bord de leur annexe direction les roches située à environ 2km de nos bateaux.
Le vent est encore présent et il y a un peu de mer mais nous y arrivons. Nous arnachons l'annexe à une bouée et c'est parti. Le lasso pour attraper les langoustes entre les mains et c'est parti. C'est une piscine ! C'est vraiment très beau. Nous ne repartons pas bredouille, nous attrapons 7 belles langoustes : énormes !! On va se regaler.
De retour à bord, nous preparons quelques mets de Noël. Malo va chez les Blue Moana pour tuer et cuire les langoustes, une véritable mission au vu de leur taille !! Un bon couteau entre les yeux puis à l'eau bouillante. Nous montons dans nos annexe avec les vivres pour nous rendre chez Lionel et Yamilé, nous passons une très belle soirée !
On se regale des produits de la mer, qui trône en profusion sur la table. Lionel et Yamilé, pirates dans l'âme, offre à chacune des filles une véritable perle de culture de Polynésie. Ils en ont plusieurs dans les cales qu'ils commercent au grès de leur voyage ! Nous sommes gâtées 🥰
Le lendemain, un peu fatigués de la soirée de la veille mais nous sommes bien motivés pour une plongée de Noël avec Malo. On s'équipe et on saute dans l'annexe, le vent est un peu tombé. Heureusement car nous avons un peu de route sur notre petit canot. Nous trainons le kayak ou nous avons mis tout le materiel pour éviter de trop prendre l'eau dans l'annexe. Nous arrivons à passer rle recif, nous mettons l’ancre, nous nous équipons et nous nous immergeons. C'est parti pour une heure de spectacle, c'est magnifique ! L'eau est transparente et de nombreux requins caraibes qui nagent autour de nous, nous tournons la tête et 4 raies léopards dansent avec le courant. C'est magique.
Nous rentrons avec des étoiles dans les yeux à bord, nous ne tardons pas à retrouver nos amis sur la plage pour le goûter de Noël. Noemie et Jules ont réussi à trouver des fruits et légumes, c'était une vraie mission car la personne leur a vendu cela sous le manteau. Il avait très peur car il n'avait pas le droit de leur vendre. Ils avaient l'impression d'acheter de la drogue ! Tout semble contrôlé par le gouvernement cubain et même vendre des fruits et légumes semble être quelque chose de difficile.
Cela se ressent dans les prix, les fruits et légumes sont hors de prix...
Nous nous retrouvons donc tous sur la plage avec les couleurs de fin de journée. On fait un beach-volley avant de passer au goûter et au révélation de nos cadeaux ! Malo a le droit à un beau bracelet tissé à la main avec le nom de Noam réalisé par Yasmine. Wanda m'offre un germoir et des graines pour me lancer dans les graines germées ! Nous sommes gâtés. On passe une belle fin de journée avec un coucher de soleil magnifique sur les trois bateaux.Read more
J219, Arrivée à Cuba !!
Dec 21–22, 2025 in Cuba ⋅ ☀️ 27 °C
Nous passons la côte de l'île de grand Caïmans. Nous sortons le foc (voile d'avant plus petite que le genois) que nous installons sur l'étai largable. En effet, le vent et la houle se sont un peu renforcés et nous préférons essayer de limiter la contrainte sur le bateau.
Les navigations au près sont assez éprouvantes pour le materiel et l'équipage ! Malo se met à la proue du bateau pour accompagner la montée du foc. Je suis au winch pour mouliner et hisser la voile sur l'étai de textile situé à l'arrière du génois que nous enroulons.
Ça y est nous sommes avec 2 ris dans la grande voile et le foc, on avance à 6noeuds, ça file et ça secoue ! ⛵️ Si tout se passe bien il nous reste un peu plus d'une journée de navigation pour arriver à Cayo largo, notre port d'entrée à Cuba. Cayo largo est une île situé au sud de Cuba.
Jules et Noémie y sont arrivés hier, nous avons eu de leur nouvelle lors de notre accès internet le long de la cote des Caïmans. Ils nous ont dit que les formalités etait simples et le lieux sympa. Les Blue Moana sont encore en navigation, ils devraient arriver peu de temps avant nous. À temps pour fêter Noël ensemble !
Malo remet la canne à l'eau, après quelques heures il remonte un joli thon. Il a de superbes traits bleu, un thon zélé. Malo le vide, on le mets dans un sac au frigo, on le partagera demain avec nos amis à l'arrivée à Cuba 🐟
Nous sommes proches du vent, le bateau bien incliné nous devons être vigilant à garder de la vitesse, sans trop s'éloigner du vent. La houle frappe sur le bateau mais nos corps sont bien habitués après 5 jours en mer. L'état un peu nauséeux des premiers jours est bien passé. Nous restons quand même essentiellement allongés sur les banquettes, faute de pouvoir tenir à la verticale. Je fais la lecture à voix haute d'un roman d'un médecin légiste qui raconte ses cas, ça nous occupe bien !
La nuit commence avec le foc, et la grande voile. Nous devons mettre un appui moteur pendant 2h mais sinon la nuit se passe bien. On enlève le foc pour mettre le genois car le vent a baissé. Les étoiles sont encore au rendez vous !
Le jour se lève et la houle se calme un peu. Nous commençons à être pressé d'atteindre Cuba, ça y est il nous reste plus que 14 miles (moins de 30km).
Tout un coup on entends notre VHF grésiller, le signal n'est pas clair mais ça y est nous arrivons à écouter les Blue Moana, c'est Wanda !! Trop chouette, le suspense est à son comble : sommes ils déjà arrivé ? Et oui !! Ils sont arrivés de peu à 8h ce matin. Ils nous attendent avec impatience 🤩
Le ciel est bleu, Malo sort sous le pont descendre la pavillon de courtoisie du Panama afin de hisser celui de Cuba !
Nous arrivons à Cayo largo à 14h30, nous sommes acceuilis à la VHF par Jules et Noemie qui sont au mouillage à l'entrée du chenal et les Blue Moana eux sont à la marina.
Nous devons nous rendre à la marina avec le bateau car à Cuba, les autorités doivent procéder à différents contrôles dont une visite du bateau pour nous donner le laisser passer.
Nous empruntons le chenal au moteur jusqua l'entrée de la marina. Le décors est sublime, l'eau est turquoise, la mangrove borde la rive, une belle plage sur la gauche... On découvre une petite marina avec quelques bateaux et nos amis au fond sur le troisième ponton.
À la VHF l'employé de la marina nous indique que nous devons nous mettre sur le troisième ponton et nous souhaite la bienvenue.
Malo fait la manœuvre, Joanne et Olivier nous aide à amarrer le bateau, on est très contents de les voir ! On a trop envie de se raconter nos histoires de navigation mais nous recevons d'abord notre personnel d'arrivée : deux hommes en tenue militaires aux grands sourires et le commercial de la marina. Ici c'est tout un attirail pour faire l'immigration : nous remplissons un questionnaire, un des hommes en tenue militaire faut un tour d'un bateau, un homme vient regarder l'état de notre nourriture et de nos fruits et légumes, un medecin nous prend la température et la douane vient mettre sous saisie le drone et le téléphone satellite (dans un sac plastique que nois gardons dans le bateau 😅)
Tout ça nous occupe toute l'après midi, c'est plutôt marrant ! Les gens sont tous adorables mais on se demande un peu l'intérêt de ses contrôles qui ne sont pas très methodique...
Entre les rendez vous, on nettoie le bateaux, on frotte, on enlève le sel, on fait une lessive, on profite de l'eau douce ! Et bien sûr on discute avec nos amis suisses, ils ont eu une belle navigation eux aussi.
On est tous un peu fatigués mais trorp contents d'être ici.
Cayo largo est isolé de Cuba, ce n'est pas encore dans le vrai pays ici. On comprends, en discutant avec les employés, qu'ici les gens ne vivent pas ils y viennent que pour travailler auprès des touristes puis repartent dans leurs famille (généralement a la Havane ou à isla de Juventud). On continue d'en apprendre plus.
Le coucher du soleil est superbe, on est très abrités ici. On décide de passer la nuit à quai et nous irons au mouillage demain.
Il vaut mieux profiter de la lumière du jour pour ne pas toucher le fond. Il y a de nombreuses cailles.
Aussi bien les Blues Moana que Zoanne (le bateau de Noemie et Jules) ont talloné (c'est à dire toucher le fond) avec leur bateau dans la zone ! On préfère donc etre plus sécu et faire le mouillage de jour.
Tandis que Malo continue de ranger le bateau, je file payer la marina et les visa qui nous ont ete attribués apres tout ces contrôles. Le visa n'est pas tamponné dans nos passeports mais nous avons un papier à part, c'est pour éviter d'être bloqués pour voyager (se rendre aux États-Unis par exemple)...
Je paye 205$ pour nos deux visas et les démarches.
De retour à bord, on profite d'une douche des plus méritée puis nous allons boire un verre chez nos voisins.
Tous un peu éprouvés de la navigation, nous n'avons pas la foi de cuisiner et nous allons diner dans le petit restaurant de la marina.
Ce n'est pas de la grande gastronomie : pizza et burger surgelé mais ça fait l'affaire. On paye en dollars, cest vraiment un village de touriste ici, nous apsserons au pesos cubain sur l'île principal. On ne traine pas trop, repos de marins !!Read more
J218, Pirate ou Petrole ?
Dec 19–20, 2025 in Cayman Islands ⋅ ⛅ 27 °C
Le vent a un peu faibli pour notre quatrième nuit, mais il nous permet malgré tout de continuer avec une bonne allure. Nous avons eu un peu de stress en début de navigation : la lumière d’un bateau au loin faisait une route parallèle à la nôtre, puis a semblé faire demi-tour vers nous. On nous avait dit qu’il fallait être vigilants au large des côtes du Honduras et du Nicaragua par rapport à la piraterie. Comme au Nicaragua, ce sont souvent des pêcheurs qui, désespérés, tombent dans la piraterie pour survivre. Nous sommes donc un peu parano en regardant cette lumière ; on rigole, on se dit qu’on est quand même un peu peureux. Mais on essaie de passer incognito : on éteint nos lumières de navigation pour tenter de se fondre dans la nuit sans lune. La lumière finit par s’estomper… ouf. Ça nous a donné un peu d’adrénaline pour ce début de nuit.
La nuit continue et nous voyons au loin plusieurs lumières fixes : ce sont sûrement des plateformes pétrolières installées sur ces hauts fonds. Il y en a un certain nombre ; on vérifiera lors de notre prochaine connexion !
Je termine un roman et continue mes lectures de notre guide sur Cuba. Ce pays me fascine et m’interroge. Son histoire singulière, si injuste pour son peuple, qui aujourd’hui subit lourdement les conséquences de l’embargo américain. Parallèlement, la beauté de sa nature — et notamment de ses fonds marins — est énormément vantée. Nous avons hâte d’arriver !
À 7 h, nous sommes tous les deux sur le pont. Malo a eu le quart de 3 h à 5 h ; il somnole sur la banquette extérieure. J’assiste au lever du soleil, qui nous revêt de ses belles couleurs : jaune clair, puis bleu foncé, pour terminer sur un joli bleu ciel. Le soleil va encore rayonner aujourd’hui. Le vent est resté régulier toute la nuit. Nous avons un ris dans la grand-voile et le génois est entièrement déployé : le bateau avance.
On prend un petit déjeuner — bon, sans café, car avec la gîte du bateau on ne se risque pas à faire bouillir de l’eau — mais bien apprécié quand même. Malo lit La Grande Route de Moitessier et me lit quelques chapitres. C’était une autre époque, une autre navigation. C’est incroyable, ces connaissances et cet esprit de marin endurci décrits dans ces pages.
On se berce d’aventures entre Moitessier et l’écoute de notre série de podcasts favorite, Les Baladeurs, des récits d’aventuriers en tout genre. La journée s’écoule sous une chaleur de plomb, avec un vent constant. Nous préparons la petite bonite pêchée la veille : on la fait mariner dans de la sauce soja, on ajoute quelques légumes, le tout au four, et c’est prêt pour le dîner !
En enfournant le poisson, on observe un gros nuage qui se forme : un cumulonimbus assez dense, juste en face de nous. Nous sommes au près serré, nous n’allons pas y échapper. On se prépare, on enfile nos k-ways, on observe l’évolution du nuage, prêts à enrouler le génois. Et hop, c’est parti : la pluie arrive ! Le vent qui l’accompagne n’est pas trop violent, mais il dévente le bateau pendant un certain temps. On enroule donc la voile et on allume le moteur pour garder notre cap.
Trois belles averses nous passent dessus : ça dessale le bateau. Le nuage finit par passer, nous déroulons la voile puis coupons le moteur. Nous retrouvons un bon vent qui nous pousse à 5,5 nœuds. La nuit tombe ; il risque d’y avoir quelques grains cette nuit. Demain matin, nous devrions être au niveau des îles Caïmans. Nous hésitions à y faire escale, mais nous souhaitons arriver à Cuba pour rejoindre nos amis sans trop tarder, notamment pour les fêtes de Noël. On risque de se décider en passant près de l’île.
Un grain au loin vient de nouveau perturber le vent en début de nuit. Nous allumons le moteur pendant 1 h 30 afin de conserver notre cap. Le vent se rétablit ensuite. Malo prend le quart pendant que j’essaie d’aller dormir. Je suis réveillée vers 1 h du matin par les craquements du bateau : je sens la vitesse et la force exercées par le vent et la mer. Je sors. Malo se demandait justement s’il ne fallait pas réduire un peu la voilure.
En soi, le pilote automatique tient, le bateau n’est pas complètement à plat et on avance bien, mais on sent quand même l’énergie à bord. On préfère préserver le bateau : on finit par prendre un autre ris dans la grand-voile et enrouler le génois. On est mieux réglés ainsi. On a réduit notre allure, mais on continue d’avancer. La nuit n’est pas des plus confortables pour dormir : le bateau gîte fort à bâbord. Les nuits seront meilleures au mouillage !
Pendant que Malo se repose, j’assiste à un beau lever de soleil, agrémenté de nuages denses qui font danser les lumières. On continue notre route sans s’arrêter aux Caïmans : nous avons un vent constant. On profite d’être à proximité de la côte pour capter internet et faire un point météo 🌎Read more
J217, Départ pour Cuba
Dec 15–18, 2025, Mer des Caraïbes ⋅ 🌬 28 °C
Lundi, le jour du grand départ ! Nous avons un programme bien chargé avant de lever les voiles : faire les pleins d’eau, les dernières courses, le plein d’essence, payer la marina…
À 7 h, nous sommes sur le pont ! Nous saluons nos voisins de bouée : Claude et Michel. Un couple à la retraite, 70 ans bien passés, qui voyage à bord de leur Ovni, un beau monocoque en aluminium. Ils sont superbes, avec le sourire et l’énergie de naviguer ! Ils nous racontent leurs aventures et nous sommes presque tristes de partir ; ça nous aurait fait plaisir de les rencontrer un peu plus longtemps. Mais c’est ça aussi le voyage : les rencontres rapides et les au revoir…
Il a plu des trombes cette nuit, mais heureusement le filtre à eau de la marina fonctionne bien et nous permet d’avoir de l’eau claire pour remplir nos cuves. Nous achetons un bidon d’huile pour le moteur, et Nelson nous donne généreusement un filtre à essence en rab pour en avoir un au cas où à bord. Il nous souhaite un bon voyage : « S’il y a un problème, n’hésitez pas à m’écrire ! »
Nous devons ensuite filer à Linton Bay pour acheter quelques fruits et légumes. Nous empruntons pour la dernière fois le chemin parmi les mangroves en annexe : on ne s’en lasse pas.
Allez, on fait le check de notre liste : nous sommes prêts ! Le ciel est bien gris et il pleut, mais ce n’est pas grave, en route ! Un grand salut à nos voisins qui nous offrent un bout de leur régime de bananes plantain pour le départ, et nous larguons les amarres. Le moteur démarre bien, ça fait du bien.
Nous avons 730 milles nautiques (+/– 1 300 km) à parcourir, notre plus longue navigation jusqu’alors. Nous devrions avoir du vent au près et au travers. Nous avons fait notre routage et vérifié la météo encore ce matin : c’est bon. La fenêtre est bonne, la houle n’est pas trop importante, ni le vent, ce qui peut souvent être le cas dans cette zone.
Le début de navigation commence au moteur : il est 15 h. On se fait un peu brasser avec une houle de travers. Malo n’est pas satisfait du nouveau tuyau de refroidissement, qui a tendance à s’affaisser. Il décide de le changer : le bateau à l’arrêt, balloté sur les vagues, la tête secouée dans le moteur… mais il y arrive. Allez, on repart ! On doit garder un appui moteur en plus des voiles jusqu’au milieu de la nuit, car le vent n’est pas bien soutenu, mais il finit par se caler.
Nous sommes au près. Le bateau penche bien, mais nous avançons comme il faut. Nous l’avions bien préparé, donc la gîte ne met pas trop le bazar à bord. On organise nos quarts : on se relaie toutes les deux heures, de 20 h à 7 h. On installe le pilote automatique !
Le matin, le soleil est avec nous : ça fait du bien après ce départ sous la pluie. La journée s’écoule tranquillement ; on écoute des podcasts, on discute, on fait la sieste. Difficile de se déplacer à bord avec la gîte ! On installe le régulateur d’allure. Nous avons un vent au près, ce qui devrait nous permettre de bien le caler. Cet instrument (inventé par les premiers explorateurs), installé sur la jupe arrière du bateau, dispose de son propre safran et fonctionne mécaniquement. Nous orientons sa pale par rapport à l’angle de vent que nous souhaitons donner au bateau, et ça y est : le régulateur, sans utilisation d’électricité — contrairement au pilote automatique — dirige le bateau en gardant l’angle au vent.
Malo se régale de poulet grillé. Nous l’avions commandé à la marina pour le manger initialement avec nos amis de *Blue Moana*. Les pluies diluviennes nous empêchant de nous rejoindre mutuellement, nous n’avons pas pu le partager avant le départ. Malo a donc un poulet et demi à manger (heureusement, ils ne sont pas énormes) 😅 Il fait le plein de viande, ça change de nos habitudes !
Nous entamons notre deuxième nuit. La lune est toute fine et ne se lève qu’à la fin de la nuit, presque en même temps que le soleil. Nous pouvons donc admirer un superbe ciel étoilé. Le plancton luminescent qui illumine le sillage du bateau est lui aussi magique. Nous restons en veille à tour de rôle, car il y a beaucoup de cargos dans la zone (proche du canal de Panama). En effet, pendant la nuit, nous en croisons quatre. Malo déroute légèrement le bateau pour éviter une route de collision avec l’un d’entre eux. Les autres sont passés loin, mais ce n’est jamais simple d’évaluer les distances la nuit. Nous dormons sur la petite banquette à l’intérieur, côté bâbord, car nous y sommes plus calés par rapport à la gîte du bateau, ou bien à l’extérieur sur les banquettes.
Pour notre troisième jour de navigation, le vent se cale un peu plus au travers ; le bateau gîte un peu moins, c’est agréable. On se rince tant bien que mal, c’est toujours un peu folklorique ! Demain, on tente la vraie douche !
Heureusement, nous avions cuisiné un peu en avance pour éviter de devoir nous lancer dans de grandes préparations en mer : c’est plus facile. On avance bien, à 5,5 nœuds de moyenne, une très bonne vitesse pour Noam. À ce rythme, on devrait atteindre Cuba en six jours ! On s’amuse à enregistrer les bruits qui nous entourent : le grincement du bois à l’intérieur, le cliquetis des voiles, l’eau qui se brise sur la coque… On essaie de garder au mieux en mémoire ces moments.
La troisième nuit se passe bien, le ciel est bien clair avec ces milliers d’étoiles au-dessus de nous. Nous sommes seuls sur l’eau, cette étendue sombre avec le bruit des vagues et du vent. À demi réveillés, dans nos pensées, le temps est suspendu.
Le lendemain, le bateau avance très bien ! C’est bon pour le moral car, même en avançant bien, notre point progresse doucement sur la carte affichée sur l’écran de la tablette devant nos yeux.
Nous sommes presque au grand largue. À cette allure, le régulateur n’assure pas aussi bien ; on remet donc le pilote automatique. Nous sommes au niveau du Nicaragua, une zone où nous devons être vigilants : de hauts fonds, loin du Panama (à 170 milles, 230 km), remontent fortement. Nous passons au-dessus de remontées : ça passe très vite de –1 000 m de fond à –15 m, c’est impressionnant !
Malo met la canne à pêche ; l’allure est plus confortable pour pouvoir pêcher. Au bout de quelque temps, une petite bonite mord au bout de la ligne. Une fois vidée, on la met au frais (ah oui, notre frigo est enfin réparé !) : ce sera notre repas de demain.
On profite de la fin de journée pour se doucher. On fait comme on peut : agrippés à l’arrière du bateau, on se savonne et on se rince à la douchette ! On se sent comme neufs, on commençait à être vraiment salés.
On affine les réglages des voiles pour essayer d’optimiser notre allure. Et là, on est ravis : on est au-dessus de 6 nœuds de moyenne, ce qui est assez rare. Sur de longues distances, ça fait une vraie différence. On savoure les belles couleurs du soir en écoutant de la musique. C’est parti pour notre quatrième nuit !Read more










































































































































































































































































































































































































































































































































































































































