J229, Nouvel an à La Havane
31. dec.–2. jan. 2026, Cuba ⋅ ⛅ 21 °C
Après trois bonnes heures de taxi, nous atteignons enfin la capitale du pays. La Havane se dévoile à nous à travers de grands bâtiments à l’architecture à la fois haussmannienne et hispanique, héritage de l’époque coloniale espagnole et de la prospérité du début du XXᵉ siècle. Mais dès le premier regard, le constat est frappant : de nombreux immeubles sont vétustes, parfois en ruine, comme figés dans le temps. Et ce n’est que le début de la découverte…
Nous sommes accueillis par Gisèle, une Cubaine qui nous ouvre les portes de l’appartement où nous allons passer deux nuits. Il est idéalement situé, près de la place de la Cathédrale, au cœur de la vieille Havane. Gisèle est une vraie pipelette. Elle nous met rapidement en garde contre les escroqueries visant les touristes, particulièrement fréquentes le 31 décembre. Elle nous explique aussi que, depuis le Covid et la crise économique aggravée par l’embargo américain, les touristes se font rares et l’économie du pays est exsangue.
Après avoir posé nos sacs, nous partons à la découverte de la ville. Nous sommes surpris par le peu de monde dans les rues : beaucoup de bâtiments sont fermés, délabrés ou abandonnés. Il y a bien de la musique et une certaine ambiance, mais nous nous attendions à beaucoup plus d’animation pour le 31 décembre. Gisèle nous avait prévenus : ici, cette date se passe généralement en famille. Elle nous a d’ailleurs invités à dîner autour d’un cochon grillé le soir même… on verra si nous y passons !
Un front froid s’est installé sur l’île. Nous avions prévu des tenues légères, mais finalement nous enfilons jeans et écharpes. La chute de température est impressionnante, nous n’y sommes plus habitués 😅
Nous arpentons les rues où circulent de nombreuses voitures mythiques des années 50, maintenues en vie par un système D permanent. Des groupes de musique cubaine jouent dans les bars.
Nous trouvons un petit restaurant pour déjeuner, un peu caché dans un immeuble. Deux musiciens, y jouent, aussi gentils que talentueux. Nous passons des heures avec eux, à discuter, pendant qu’ils nous jouent des morceaux à la guitare et aux maracas.
Entre deux chansons, ils nous parlent de la situation critique du pays. De la révolution cubaine, de Fidel Castro, et de ce qu’ils considèrent comme une trahison du peuple en s’inscrivant durablement dans un modèle communiste autoritaire. Ils nous expliquent comment vivre dans un pays où un médecin gagne environ 8 000 pesos par mois en fin de carrière, soit à peine 20 € mensuels, et où l’État n’accompagne pas le développement agricole. Ils nous citent egalement l'exemple des retraités. Certaines pensions ont été doublées récemment par le gouvernement : elles sont passées de 1 500 pesos (3.5$) par mois à ... 3 000 pesos (6$)/mois ce qui ne permet toujours pas aux personnes de vivre dignement. L’inflation, les pénuries, le rationnement, les difficultés d’approvisionnement font partie du quotidien. Puis ils reprennent leurs instruments et chantent à nouveau : pour eux, la musique est leur échappatoire.
Après ce long moment de partage, nous repartons nous balader.
La vétusté de certains bâtiments est saisissante. L’hyper-centre reste la vitrine : des édifices magnifiques, bien entretenus, souvent restaurés pour le tourisme. Mais dès que l’on s’éloigne, l’état des immeubles devient alarmant. Les murs sont couverts de slogans révolutionnaires : « Hasta la victoria siempre » (« Toujours jusqu’à la victoire »), « Patria o muerte » (« La patrie ou la mort »). Les paroles de Vicente, l’un des musiciens, prennent alors tout leur sens. En parallèle, d’autres slogans, souvent à l’effigie du Che Guevara, prônent des idéaux sociaux et poétiques : « En mis sueños no tendrán fronteras… » (« Dans mes rêves, il n’y aurait pas de frontières… »).
Nous dînons en terrasse (avec des pulls !) puis poursuivons la soirée dans un petit bar. On nous prévient : entre minuit et une heure du matin, mieux vaut éviter de se promener. La tradition à Cuba consiste à jeter des seaux d’eau sur les passants pour célébrer la nouvelle année ! Effectivement, depuis la fenêtre du bar, nous voyons quelques malheureux recevoir une douche improvisée 😅
Passé minuit, nous flânons encore un peu dans la ville, qui reste étonnamment calme pour une capitale. Ce n’est pas la fête à laquelle nous nous attendions, mais la soirée reste agréable et marque un joli début d’année !
Le lendemain, nous poursuivons notre exploration. Nous nous offrons un bon brunch en terrasse avant d’arpenter différents quartiers jusqu’au Malecón, la célèbre promenade en bord de mer. Pour y parvenir, nous traversons plusieurs places mythiques et passons devant le Capitole, réplique impressionnante du Capitole de Washington. Le contraste est saisissant : ce bâtiment immaculé fait face à des immeubles en ruine, derrière lesquels on aperçoit du linge qui sèche, preuve que des gens y vivent encore… on se demande comment.
Nous passons devant plusieurs bodegas, magasins d’État aux prix fixés par le gouvernement, où l’achat est conditionné par des tickets de rationnement. Enrique nous expliquait que, dès qu’il faut acheter plus, les prix explosent et deviennent inaccessibles avec un salaire local. C’est pourquoi travailler avec les touristes et être payé en « monnaie dure » (euros ou dollars) est souvent la seule solution pour s’en sortir. L'inflation de leur monnaie est énorme : il y a 1 an, 1€ = 25 pesos et aujourd’hui 1€ = 470 pesos ! Les prix ont augmenté mais les salaires non.
Depuis le 1er janvier 2024, le gouvernement a autorisé l'ouverture de boutiques privés "les pymes". Celles-ci peuvent importer des produits pour être vendu complétant ainsi l'offre gouvernementale. Cependant, les prix restent contrôlés par l'état. Ces boutiques ont l'autorisation d'importer aussi des scooter et voitures conduisant à la multiplication des petits scooters électriques et de véhicules. Comme certains nous disent Cuba change tout les jours, vous revenez dans 6 mois tout sera différent !
Le long du Malecón, nous observons des embarcations bricolées pour la pêche : ici, chacun se débrouille comme il peut. Une magnifique voiture rose, une Ford Deluxe 1948 originale, attire alors notre attention. Miguel, son chauffeur, nous propose un tour de la ville pour 30 dollars à quatre. Allez, moment touristes assumé ! Nous embarquons pour une virée à travers La Havane, passons sous le bras de mer, devant l’ancienne maison du Che Guevara et plusieurs représentations de Fidel Castro, encore omniprésent dans la capitale.
Nous arrivons à un point de vue dominé par une grande statue du Christ. Noémie avait emporté des médicaments et des stylos pour en faire don. Nous rencontrons une vieille dame qui mendie ; elle est profondément reconnaissante en recevant les médicaments. Les pharmacies que nous avons croisées étaient totalement vides. Je ferai le tri des médicaments restants sur le bateau pour les distribuer plus tard à Santiago de Cuba, durement touchée par la tempête Melissa.
Nous poursuivons la visite, admirons de superbes bâtisses, faisons nos photos de touristes sur la voiture 😅, puis nous nous arrêtons sur la place de la Révolution, là où Fidel Castro a prononcé certains de ses discours mythiques, dont l’un a duré plus de sept heures. Pour certains Cubains, ce moment symbolise la trahison du peuple ; pour d’autres, Fidel reste un héros incontesté.
Nous remercions Miguel et rentrons tranquillement vers l’appartement pour faire un point sur notre argent. Il ne nous reste presque plus d’espèces (le reste est au bateau) et retirer de l’argent ici s’avère être une véritable mission. Nous apprenons que certains grands hôtels permettent de payer par carte et d’obtenir du cash. Le bureau est fermé, nous reviendrons le lendemain matin. En nous enfonçant dans les rues, nous slalomons entre déchets et tas de pierres. Alors que je filme une rue dégradée jonchée de détritus, un homme me lance : « Estás mirando los logros del comunismo » — « Tu regardes les succès du communisme ». À cet instant, nous restons silencieux tous les quatre. La misère côtoie les hôtels de luxe : c’est assez bouleversant.
Nous trouvons finalement un petit restaurant animé pour dîner. Les portions sont modestes, alors nous partons à la recherche d’un dessert. Dans un restaurant plus chic, nous commandons quatre gâteaux au chocolat… minuscules 😅 Diète imposée ! Nous rentrons ensuite tranquillement à l’appartement.
Pour notre dernière matinée, nous plions nos bagages et retournons retirer de l’argent. Le taux de change n’est pas avantageux, mais cela nous permet d’être plus sereins pour la suite. Après un petit-déjeuner, nous montons dans un taxi collectif, un minibus qui nous emmène à Viñales, à l’ouest de Cuba. Direction les plantations de tabac… à cheval !
Je suis ravie d’avoir découvert La Havane et d’avoir un peu mieux compris le pays. Cette ville est splendide, avec ses places et ses bâtiments grandioses, mais cette beauté contraste violemment avec la vétusté des infrastructures et la précarité économique dans laquelle vivent les Cubains.Læs mere


































Tout d'abord tous nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2026 !!!quoi vous souhaiter de plus ! que votre fabuleux voyage se continue paisiblement avec toutes vos informations très précieuses sur la vie des gens vos découvertes de jour en jour merci pour votre partage et bon vent bises de nous deux... [Christine claude Heu]
RejsendeMerci beaucoup Christine et Claude ! Belle année à vous aussi 🥰
RejsendeTrès belle année à tous les deux! Bises
RejsendeBonne année 🥰