J230, Viñales
2.–5. jan., Cuba ⋅ ☁️ 23 °C
Après trois heures de taxi, nous arrivons à Viñales. Nous sommes accueillis dans la casa particular de Daniel et Carmen, dans le village (15 $/nuit pour deux personnes). Nous logeons chez l’habitant : ici, trois générations vivent sous le même toit !
À Cuba, les touristes sont majoritairement hébergés dans des casas particulares, ce qui permet de véritables échanges avec les locaux et génère un revenu direct pour les familles. Les Américains, d’ailleurs, n’ont pas le droit de loger dans les hôtels, uniquement dans ces casas particulares.
Nous déposons nos affaires et partons vers le centre du village à la recherche d’un petit restaurant pour déjeuner. C’est très bon : avec Noémie, nous prenons le riz cubain, composé de riz, haricots noirs, œufs, salade et manioc. Les garçons, eux, mangent de la chèvre au vin rouge (cordero estofado), également typique de Cuba.
Une fois repus, nous partons en vadrouille. Le village est bien animé : toutes les maisons ont une terrasse avec des rocking-chairs où les gens se balancent en regardant passer les habitants et les voyageurs. On entend résonner les fers des chevaux qui tractent des charrettes remplies de bois ou de provisions. On se croirait soixante ans en arrière ! En toile de fond, les montagnes se détachent nettement des plaines : ce sont les mogotes. Nous quittons le village et empruntons un petit sentier de terre rouge, riche en fer.
Nous sommes dans un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, et on comprend pourquoi : c’est magnifique. Les habitants travaillent la terre à la traction animale, sans intrants chimiques. Les principales productions sont le tabac, bien sûr, mais aussi le riz, le manioc, le maïs et les haricots. Les hommes portent leur traditionnel sombrero et valident tous le chapeau de Malo :
« Parece a un vaquero !» — « Tu ressembles à un éleveur cubain ! »
Nous nous dirigeons vers la Cueva de la Vaca (la grotte des vaches). Ici, la roche de ces grandes montagnes est souvent percée de grottes. En nous baladant, un vaquero à l’allure de cow-boy nous interpelle et nous propose de visiter sa ferme, où ils produisent du tabac. Nous n’avons pas d’argent sur nous, mais il nous dit de venir quand même. Nous sommes très bien accueillis par son frère, qui nous explique tout le processus, du semis à la fabrication du cigare. C’est passionnant.
Nous apprenons que tous les producteurs de tabac doivent revendre 90 % de leur production au gouvernement à un prix plancher. Ces 90 % sont transformés dans des usines d’État pour fabriquer les cigares officiels, avec leurs fameuses étiquettes. Les 10 % restants sont transformés directement chez les producteurs, ce qui leur permet de générer un petit revenu grâce aux touristes. Avant le Covid, il y avait énormément de visiteurs, mais aujourd’hui la situation est plus compliquée.
Quand nous leur disons que nous sommes venus en voilier, les deux frères nous regardent en plaisantant :
« Vous n’auriez pas une petite place pour nous ? Sortir de Cuba ! »
L’un d’eux nous demande si nous pourrions les aider à enregistrer leur activité sur Google pour être plus visibles. Nous repasserons le lendemain pour essayer de les aider.
Nous poursuivons ensuite notre balade jusqu’à la Cueva de la Vaca. Le site est superbe. Des grimpeurs escaladent les parois rocheuses et, avec la lumière du coucher de soleil, l’ambiance est magique.
Le soir, nous rentrons à la casa où Carmen et Daniel nous ont préparé le repas (10 $ par personne). C’est délicieux et très copieux. Nous sommes ravis. Nous ne tardons pas à nous coucher : demain, réveil à 4 h pour le lever du soleil.
Le lendemain, nous sortons du lit alors qu’il fait encore nuit et froid. Nous enfilons un maximum de couches. Notre calèche nous attend devant la maison, tractée par Caramelo, un petit cheval alezan criollo. José Manuel, notre guide, parle français et est super sympa. Nous avons quarante minutes de calèche jusqu’à la montagne. Le cocher aime manifestement son cheval, qui, malgré sa petite taille, nous impressionne par sa force et son endurance.
Nous descendons pour commencer une marche jusqu’à un point culminant afin d’admirer le lever du soleil. Le froid pique, mais marcher nous réchauffe. Nous arrivons à un point de vue avec une petite cabane où les gens s’affairent à préparer le café et le petit-déjeuner. Peu à peu, l’horizon s’éclaire et nous offre l’un des plus beaux levers de soleil de ma vie : la lumière sur les montagnes, la brume matinale dans la vallée… magique. Des chiens et un chat viennent chercher des caresses autour de nous. José Manuel dresse une table et nous sert un petit-déjeuner délicieux.
Une fois le jour levé, nous redescendons à travers ce magnifique paysage campagnard : bœufs, chevaux, poules, plantations de tabac, de manioc et de riz.
Nous reprenons la calèche quelques minutes avec le fidèle Caramelo, puis nous rejoignons nos montures pour une randonnée de cinq heures à cheval à la découverte de la vallée et du parc naturel. Comme en Colombie, les chevaux sont montés à l’américaine (western). Ils semblent en bon état, cela nous convient.
Malo monte Tequila, Noémie Petit Tonnerre, Jules Mojito, José Manuel Caipirina, et moi Caramelo.
Les chemins de terre rouge sont souples et peu caillouteux, parfaits pour l’équitation. Les paysages sont splendides : montagnes, plaines, parcelles cultivées, paysans travaillant la terre avec leurs bœufs, cavaliers, animaux en liberté… c’est incroyable.
Premier arrêt dans une finca, Brisa de Mogote. Un homme y retourne la terre avec ses deux bœufs. Il salue Malo et l’invite à essayer. Malo se prête à l’exercice, mais ce n’est pas si simple ! L’homme nous explique ensuite en détail la transformation du tabac : semis, repiquage, croissance, désherbage manuel quasi quotidien. Lorsque les plants atteignent leur maturité, les feuilles sont récoltées. Selon leur hauteur sur la plante, elles ont un taux de nicotine et des saveurs différentes, ce qui influence l’arôme, la force et le prix des futurs cigares. Les feuilles sont ensuite séchées, la veine centrale (riche en nicotine) est retirée — elle sert d’insecticide naturel — puis les feuilles sont fermentées pendant plusieurs mois dans un mélange de miel et d’épices avant d’être roulées en cigares.
En tant qu’agronome, je suis impressionné par la qualité des parcelles et leur gestion. Les cultures sont belles et saines, même si je n’ai pas de vision précise des rendements.
Bien sûr, nous terminons par goûter les cigares, accompagnés du rhum local, qui n’est pas à base de canne à sucre mais d’une petite goyave locale : la guayavita del pinar. À 10 h 30, il faut avoir l’estomac bien accroché ! Nous passons un superbe moment d’échange.
Nous discutons aussi des quotas imposés par l’État : 90 % du tabac, 10 % du miel, 20 % du café… Par exemple, un sac de manioc de 40 kg peut être vendu 1 500 pesos (environ 4 $) sur le marché libre, alors que l’État l’achète 250 pesos (0,50 $).
Mario nous explique qu’ils sont paysans, qu’ils ne sont pas malheureux : ils produisent de quoi manger et vivent mieux ici qu’en ville. Le grand-père nous confie que l’une de ses filles est médecin, mais que c’est lui qui l’aide financièrement… Nous apprenons d’ailleurs que les médecins cubains sont une source importante de revenus pour l’État. Les études sont gratuites, mais une fois diplômés, surtout en spécialité, les médecins sont « loués » à d’autres pays. Pendant le Covid, le gouvernement cubain touchait plus de 3 000 € par médecin, tandis que les médecins eux-mêmes percevaient environ 200 €.
Nous reprenons ensuite nos chevaux, qui nous attendent sagement à l’ombre. Nous nous autorisons quelques petits galops avant d’arriver dans une finca où sont produits le miel et la guayavita pour le rhum. Le miel provient d’abeilles natives, récolté uniquement par un processus naturel, sans cadres. La production est extrêmement limitée : environ 5 litres tous les cinq ans ! Les ouragans fragilisent aussi beaucoup cette activité en abattant les arbres.
Le rhum de guayavita, quant à lui, est distillé à partir de ce petit fruit, qui n’est finalement pas une goyave mais se rapproche plutôt du raisin. À l’époque coloniale espagnole, la région produisait du raisin (d’où le nom Viñales), mais les Américains ont ensuite favorisé la culture du tabac, plus rentable. Il reste de cette époque la guayavita. La production d’alcool étant strictement contrôlée par l’État, les paysans envoient la récolte à une usine à Pinar del Río, récupérant ensuite 50 % des bouteilles pour la vente. Là encore, les ouragans menacent cette production. À la fin de la visite, on nous offre un cocktail bien chargé ! Jules et Malo jouent les Cubains avec leurs cigares 😅
Nous repartons ensuite déjeuner chez Christelle et José Manuel. Christelle, Suisse installée à Cuba depuis plusieurs années, a organisé tout notre périple. Nous partageons encore un repas plus que généreux et discutons longuement sur la terrasse.
En fin de journée, nous rentrons à notre logement. Comme souvent, il n’y a pas d’électricité. Heureusement, nos hôtes disposent de panneaux solaires et d’un petit générateur, mais cela représente un coût important. Depuis deux ans, les coupures sont très fréquentes et de plus en plus imprévisibles. Beaucoup essaient de s’équiper, quand ils en ont les moyens. Christelle s’interroge : pourquoi investir des millions dans de nouveaux hôtels à moitié vides plutôt que de rénover des infrastructures électriques héritées de l’URSS et totalement vétustes ?
Grâce au générateur, nous profitons d’une bonne douche chaude avant d’aller dîner en ville. Fatigués mais curieux, nous tentons une soirée dans une boîte de nuit située dans une grotte. Direction le Palenque. Nous arrivons un peu tôt, l’ambiance est encore calme, ce qui décourage Jules et Noémie, qui rentrent se reposer. Avec Malo, nous restons un moment pour découvrir ce lieu mythique : du reggaeton dans une grotte semi-ouverte. Thibaud, un Guadeloupéen rencontré chez Christelle, nous rejoint. Nous ne tardons pas à rentrer nous reposer à la casa.
Le lendemain, Noémie et Jules prennent un taxi pour Cienfuegos. Nous décidons de rester un jour de plus à Viñales, tant l’endroit nous plaît. Après un dernier petit-déjeuner ensemble, ils partent pour un long trajet.
Nous enfilons nos baskets et repartons explorer les environs. Nous retournons dans la première ferme de tabac pour tenter de les référencer sur Google. Malgré un VPN, c’est impossible :
« En raison des sanctions internationales, nous ne pouvons pas référencer cette entreprise. »
Ici, tout peut vite devenir compliqué. Ils nous remercient malgré tout.
Nous passons la journée à marcher, près de 20 kilomètres à travers ces paysages superbes. Champs, rivière, grotte… parfois nous nous égarons dans les broussailles, couverts de feuilles et de graines. En fin de journée, nous rentrons fatigués mais heureux… avec la mauvaise surprise de découvrir quelques tiques ! Nous les retirons patiemment. C’est le prix de l’aventure.
Le soir, nos hôtes nous préparent encore un dîner exceptionnel, bien au-delà de notre faim.
Aujourd’hui, lundi, nous reprenons un taxi collectif pour Cienfuegos, des étoiles plein les yeux en quittant Viñales. Dans le taxi, un couple d’Australiens discute avec nous de la situation au Venezuela. Nous sommes un peu sans voix face aux incertitudes et aux répercussions à venir. Depuis la capture de Maduro, nous essayons de nous informer malgré un accès à Internet très limité.Læs mere




































RejsendeMerci de nous faire partager ces superbes paysages riches de couleurs chaudes
RejsendeUn grand merci pour ces magnifiques photos et tous ces informations sur Cuba 🇨🇺 une île que je reverrai de découvrir !