• J131, Trinidad

    6. januar, Cuba ⋅ ☀️ 28 °C

    De retour à Cienfuegos, nous nous décidons d’aller visiter Trinidad. Nous réservons un taxi collectif pour 10 $ par personne, qui vient nous récupérer directement à la marina.

    Nous quittons le bateau, encore couvert de la rosée du matin — une nouveauté depuis que nous sommes à Cuba ! Nous embarquons pour un peu plus d’une heure de taxi afin de rejoindre Trinidad, ville située à l’ouest de Cienfuegos et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le taximan, toujours très sympa, nous accueille dans sa vieille Renault. Les routes sont assez larges, laissant la place aux charrettes, vélos, scooters, tuk-tuks, voitures et piétons. Une longue ligne droite longe la mer jusqu’à Trinidad. Les routes sont plutôt désertes comparées à nos habitudes européennes ! On repère quelques petites criques sympas que l’on garde en tête pour y revenir avec le bateau.

    Sur la route, nous embarquons une famille : le papa, la maman et leur petit garçon, installé bien serré sur les genoux de sa mère à l’arrière. Le long de la route, de nombreux Cubains lèvent le pouce, parfois en agitant des billets. Le stop est très courant ici ; les gens s’arrêtent selon leur bon vouloir, parfois en échange d’argent, parfois non.

    Nous arrivons à Trinidad. L’architecture de la ville nous fait tout de suite penser à Carthagène, en Colombie : des maisons colorées à l’architecture hispanique. Fondée au XVIᵉ siècle par les Espagnols, Trinidad s’est enrichie grâce à la culture de la canne à sucre, notamment dans la vallée de los Ingenios toute proche. Lorsque l’industrie sucrière s’est effondrée, la ville est peu à peu tombée dans l’oubli, ce qui a permis de préserver son centre historique quasiment intact.

    D’ordinaire très touristique, la situation géopolitique actuelle nous permet de profiter d’une ville presque vide de visiteurs.

    Les Blue Moana sont ici depuis quelques jours et nous avons prévu de les retrouver pour le déjeuner. Avant cela, nous nous dirigeons vers le sud de la ville et marchons pour prendre le pouls de l’endroit. Les ruelles du centre sont pavées et bordées de petites boutiques. Depuis deux jours, un deuil national a été décrété à Cuba suite à l’assassinat de 32 Cubains lors de l’assaut des États-Unis pour capturer le président vénézuélien Maduro. Par conséquent, la musique live est interdite. Trinidad est habituellement connue pour la musique qui émane de ses rues, mais celles-ci sont donc particulièrement calmes ces jours-ci.

    Nous arrivons sur l’une des places centrales, où de nombreux bancs sont installés. Quelques touristes s’y promènent, mais surtout beaucoup de Cubains. Nous sommes rapidement sollicités par une dame assez insistante qui nous demande si nous avons des choses à lui donner : médicaments, dentifrice, vêtements… Nous avons bien du dentifrice, une plaquette de Doliprane et des stylos, mais son insistance nous met mal à l’aise. Tout au long de notre balade, plusieurs personnes vont nous solliciter. On nous avait prévenus, mais jusqu’alors nous n’y avions pas été trop confrontés ; la ville étant plus touristique, la sollicitation est ici plus présente.

    Nous continuons notre route en nous éloignant du centre-ville et arrivons dans des ruelles plus vétustes, bordées de petites maisons mitoyennes. Nous observons la vie quotidienne : les gens peignent leurs maisons, achètent leur pain, boivent leur café, discutent avec leurs voisins… On remarque de petites cages suspendues aux façades, avec des oiseaux qui chantonnent. C’est une tradition, nous explique un monsieur. Sur un toit, des cages abritent des coqs qui attendent leur tour avant d’entrer dans l’arène. À Cuba, comme dans beaucoup d’îles de la Caraïbe, les combats de coqs font partie de traditions encore très ancrées. Un quatuor de personnes âgées est assis autour d’une table, tapant les dominos sur une petite table en bois devant leur maison.

    Un petit monsieur fripé, nous interpelle avec un grand sourire. Nous discutons et il nous demande si nous aurions des médicaments pour la pression artérielle. Malheureusement non, mais nous lui donnons le Doliprane, qui pourra peut-être soulager certaines douleurs.

    Au détour d’une rue, nous voyons un homme sur la terrasse de sa maison proposer un service de barbier. Malo s’installe donc sur le fauteuil pour se faire tailler la barbe et couper les cheveux. Pour 300 pesos (environ 90 centimes), il repart avec quelques poils en moins !

    Il est temps de retrouver nos acolytes des Blue Moana. Nous nous retrouvons au « Musée de la lutte contre les bandits ». Nous sommes contents de les revoir ; ça devient presque comme la famille ! Nous décidons de visiter le musée, installé dans un ancien monastère, puis école, avant de devenir musée. Une dame nous fait la visite de ce lieu qui retrace, à travers des objets et des photos, la période de la révolution de Fidel Castro contre les partisans de Batista, appelés ici la contre-révolution ou « les bandits ».

    Dans les grandes lignes :
    - 1953–1959 : Révolution cubaine menée par Fidel Castro pour la chute de Batista, alors président de Cuba.
    - 1959 : Chute de Batista et arrivée au pouvoir de Fidel Castro.
    - 1959–1965 : Lutte contre les « bandits », représentant les derniers partisans de Batista.

    La guide nous explique les combats, les alliés, la chute des contre-révolutionnaires… On ne peut s’empêcher de constater un parti pris assez clair en faveur du régime actuel dans la construction du musée et de la visite. Nous terminons la visite en montant au clocher. Du haut de ses 34 mètres c'est le point culminant de la ville !

    Après la visite, nous allons déjeuner tous ensemble dans un petit restaurant niché dans les ruelles colorées. Nous échangeons sur nos dernières aventures à Viñales, à La Havane, et ici à Trinidad. Nous restons un moment à papoter avant de nous séparer.

    Avec Malo, nous partons ensuite en direction de l’ancienne gare, où les rails accueillent encore de vieilles locomotives. Deux petits garçons nous accompagnent et nous demandent ce que nous avons ; nous finissons par leur donner deux stylos. Je m’interroge beaucoup sur ces pratiques de dons : il n’est pas si évident de donner sans réfléchir aux répercussions, notamment sur les enfants. Il est important, je pense, de ne pas les habituer à voir le touriste blanc comme une « machine à dons » et de leur laisser leur dignité. Nous décidons donc que nos prochains dons seront destinés aux professionnels de santé et/ou aux écoles, plus à même de redistribuer. À bord, nous avons un stock de médicaments que nous n’utilisons pas, et à Cuba, les étagères vides des pharmacies témoignent de la pénurie.

    Les deux garçons sont rapidement rejoints par deux écolières sortant de l’école. L’une d’elles tient absolument à nous faire visiter les trains, dans lesquels nous ne tardons pas à monter. C’est impressionnant : ces vieilles locomotives à vapeur fonctionnaient au diesel, le charbon n’étant pas disponible sur l’île. On sonne les cloches, on crapahute sur les wagons rouillés. En arrière-plan, un petit garçon ramène une chèvre chez lui à l’aide d’une corde, deux messieurs rentrent du travail à vélo, et une dame vient réprimander les jeunes garçons pour s’être aventurés ici sans autorisation ! Nous faisons de jolies photos, mais il est déjà temps de rentrer : notre taxi retour nous attend.

    Nous aurions bien passé une nuit ici, tant la ville semble riche, entre montagnes et mer. Malheureusement, le temps commence à se raccourcir pour nous et nous devons poursuivre notre route.

    Nous retrouvons Ranyer, notre chauffeur, sur la place. Il met de la musique électro dans la voiture et c’est parti, c’est drôle ! Sur la route, nous lui demandons de s’arrêter chez un marchand de légumes afin de faire quelques provisions avant de repartir en mer. Il accepte avec plaisir. Nous admirons les superbes tresses d’oignons et d’ail, qui me rappellent celles de chez moi. Nous avons d’ailleurs croisé plusieurs vieux messieurs vendant leurs tresses, comme les Johnnies de Bretagne.

    La voiture fait un peu des siennes sur la route ; nous nous arrêtons, Ranyer resserre la cosse de la batterie, et nous repartons. Aux abords de Cienfuegos, il nous propose un petit détour pour acheter du lait pour ses enfants. Nous passons dans une petite ferme où une dame lui donne deux bouteilles de lait et du yaourt frais. Elle n’en a malheureusement plus pour nous, mais Ranyer nous en offre une : nous sommes ravis !

    Nous arrivons à la marina sous le soleil couchant. Nous récupérons notre linge propre, lavé pour 3 500 pesos (un bon gros sac !), et rentrons tranquillement à bord.

    Demain sera consacré aux derniers préparatifs avant de reprendre la mer jeudi, direction Trinidad, puis les Jardins de la Reine.
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