J150, Santiago de Cuba
25. januar, Cuba ⋅ ☀️ 30 °C
Aujourd’hui, dimanche, nous décidons enfin de partir découvrir la ville de Santiago de Cuba, La veille, Malo s’y est simplement rendu pour faire le plein de diesel, sans visiter. Il y est allé avec Philippe, notre ami canadien. Ils ont réussi à trouver du diesel, mais pas d’essence : plus nous avançons vers l’est du pays, plus les pénuries de carburant se font sentir. En tant que touristes, ils sont toutefois passés devant tous les Cubains qui faisaient la queue en attendant du carburant, un privilège réservé aux étrangers ici…
Hier soir, après une petite balade sur les hauteurs de la marina, nous avons dîné avec Philippe et Martine dans l’unique petit restaurant du coin. Une fois de plus, les portions étaient généreuses et nous avons passé une très belle soirée.
Ce matin, avant de prendre le taxi pour Santiago, Malo s’affaire à gonfler les blocs du bateau de plongée de la marina. En effet, comme nous sommes arrivés hier, un des employés a remarqué que nous avions un compresseur. Il nous a expliqué que le leur était en panne et que, si nous pouvions leur gonfler leurs blocs, cela leur rendrait un grand service. En échange, ils nous proposent de nous emmener plonger : pourquoi pas !
Mais à Cuba, officiellement, rien n’est possible sans autorisation : tout appartient au gouvernement, jusqu’aux langoustes… Le représentant des autorités maritimes nous assure qu’il n’y a pas de souci pour l’autorisation, mais finalement c’est leur bateau de plongée qui ne fonctionne pas : moteur HS. L’autre petit bateau, lui, n’a pas assez d’essence… Résultat : malheureusement, pas de plongée.
Nous sommes seulement trois bateaux sur la marina et ils sont vraiment aux petits soins avec nous. Comme à Cienfuegos, les tarifs sont les mêmes. Les marinas sont toutes sous la même enseigne, « Marlin », et appartiennent à l’État. Les employés travaillent ici par rotations de deux semaines. Depuis notre arrivée, plusieurs sont venus nous demander si nous avions des bouts de fil de pêche.
Le représentant de l’immigration, Jorge, est même venu nous voir avec beaucoup de modestie pour savoir si nous pouvions l’aider à réparer le moulinet de sa canne à pêche, cassé. Malo a réussi à bricoler une réparation et lui a offert en prime un vieux moulinet que nous n’utilisions plus. Il était ravi et très reconnaissant.
Une fois les blocs gonflés, nous rejoignons nos amis canadiens et partageons un taxi pour Santiago. Patchito, l’homme à tout faire du coin depuis notre arrivée, nous a encore aidés à trouver tout ce dont nous avions besoin : du change, du pain, des fruits, des taxis… Il vit ici avec sa maman et se montre toujours extrêmement serviable. C’est lui qui nous a trouvé le taxi pour la ville : une superbe Lada verte nous attend pour 30 $ aller-retour.
Nous montons à bord et arrivons assez rapidement à Santiago. La ville est vaste et très contrastée. Dès notre arrivée, plusieurs personnes nous interpellent pour proposer leurs services ou tenter de nous vendre du rhum ou des cigares. Nous sommes parfois obligés de les rembarrer assez sèchement, sinon cela devient vite oppressant. En nous éloignant de la place centrale, l’atmosphère se fait plus calme.
Santiago de Cuba est une ville chargée d’histoire. Fondée en 1515, elle fut longtemps la capitale de l’île avant La Havane. C’est aussi le berceau de la révolution cubaine : en 1953, Fidel Castro y lança l’assaut de la caserne Moncada, événement fondateur du mouvement révolutionnaire.
Nous découvrons de magnifiques bâtisses coloniales, souvent malheureusement en train de se détériorer. Nous passons devant l’ancienne maison de Fidel Castro, puis errons jusqu’au barrio Tivolí, aussi appelé le quartier français. Là, nous nous arrêtons devant les escaliers de la Révolution, lieu symbolique de l’histoire cubaine.
En nous baladant, nous observons la vie quotidienne qui s’écoule lentement : les gens marchandent, discutent assis sur les pas de leurs maisons, les enfants fabriquent des cerfs-volants avec un bout de ficelle et un sac-poubelle… Les habitations sont parfois très précaires. Cuba se dévoile sous mille visages, en ville comme à la campagne.
Nous faisons une halte à la Casa de la Trova, temple de la musique cubaine. Nous y passons un moment merveilleux à écouter un groupe talentueux. L’un des guitaristes n’a même plus toutes ses cordes ; on imagine combien il est difficile de s’en procurer ici. Avec le sourire, ils frappent les claves, grattent la guitare, soufflent dans une clarinette et font résonner leurs voix. Salsa, puis samba, les airs nous entraînent et nous donnent instantanément le sourire. Nous leur laissons quelques pesos pour les remercier : c’est grâce à cela qu’ils vivent.
Nous poursuivons notre balade dans les ruelles, longeons des petits commerces, le front de mer et un terminal de croisière désert. Des enfants se baignent dans le port et se donnent en spectacle, rivalisant de plongeons pour nous impressionner. Nous nous arrêtons manger dans un petit restaurant. Un Cubain nous accompagne un moment, discute avec nous ; il est sympathique, mais nous sentons qu’il espère un peu d’argent. Nous finissons par lui offrir une bière, malheureusement nous sommes à court de pesos.
À 15 h, nous retrouvons Philippe et Martine pour reprendre le taxi du retour. Nous devons rentrer assez tôt car nous avons encore de nombreux préparatifs à faire à bord : demain, nous levons les amarres pour mettre le cap sur la République dominicaine.
À notre arrivée à la marina, les employés nous accueillent chaleureusement. On se sent presque à la maison dans cette marina rien que pour nous. Lionel et Yamilé devaient partir en même temps que nous, mais Lionel a fait une hausse de tension ; ils vont rester encore quelques jours pour se reposer et partiront plus tard.
De notre côté, on s’active. Malo nettoie le pont du bateau : nous avons remarqué quelques taches de rouille dues aux épaisses fumées de l’usine située juste derrière la marina, qui s’avère être une centrale électrique. Heureusement que nous partons demain, et que le vent ne soufflait pas dans notre direction !
De mon côté, je nettoie l’intérieur du bateau et je cuisine afin d’avoir des repas faciles pendant la navigation.
Nous faisons un dernier point météo et validons le départ pour demain à 5 h, cap à l’est vers la baie de Luperón, en République dominicaine. Nous allons dire au revoir à nos amis avant de finaliser les derniers préparatifs. Jorge, de l’immigration, passera demain à 4 h 30 pour effectuer la sortie du territoire et le check-out du bateau.
Je suis un peu triste de quitter ce pays magnifique qui nous a tant donné durant ce dernier mois. Un pays aux mille facettes, porté par un peuple solide, fier et profondément attachant. J’espère que nous reviendrons.
En préparant notre prochaine navigation, j’ai commencé à me renseigner sur la République dominicaine et j’ai l’impression que nous allons entrer dans un tout autre monde… Cela risque de nous faire bizarre. Ici, la vie ralentie par une économie contrainte permet malgré tout de préserver une authenticité rare : un calme, un monde avec peu de moteurs, où l’activité humaine limitée laisse encore de vastes zones totalement préservées.
Merci Cuba 🇨🇺✨Læs mere






















