• J159, Luperón

    28.–31. jan., Dominikanske republik ⋅ ☀️ 28 °C

    Nous nous endormons pour notre seconde nuit à Luperón sous une belle pluie — ça faisait longtemps ! On en profite pour sortir le récupérateur d’eau de pluie et remplir les cuves. Le lendemain, nous préférons changer de place dans la baie car nous sommes un peu trop proches de notre voisin. Ici, c’est un vrai casse-tête de mouiller l’ancre : beaucoup de bateaux sont sur des corps-morts, il faut donc bien assurer sa place quand on jette l’ancre. Finalement, nous parvenons à trouver notre petit trou, proche du quai principal où arrivent de gros bateaux de marchandises ou de pêche.

    Nous sommes juste derrière un petit bateau en bois. Nous ne tardons pas à rencontrer son propriétaire, Jacques. Alors qu’il passe à la rame dans sa jolie annexe en bois, nous l’invitons à boire le café. Jacques est français. Cela fait plus de 25 ans qu’il vit sur son bateau, un joli petit bateau en bois de 70 ans ! Il en parle avec passion. Il a vécu de nombreuses années en Guadeloupe en tant que professeur de pêche dans un lycée professionnel ; avant cela, il était pêcheur à l’île d’Yeu. On discute de navigation, d’expériences en mer, de nos vies respectives. Il est passionnant.

    Nous décidons ensuite d’aller découvrir un peu les environs de Luperón. Nous enfilons nos baskets et découvrons un village bien animé. Les gens nous saluent, chacun a son petit commerce. Nous retrouvons la profusion de petits supermarchés proposant de nouveaux produits — ça change de Cuba. Les motos et les voitures filent dans les petites rues.

    En nous baladant, nous sommes interpellés par Kingking, un jeune Haïtien qui vit ici depuis cinq ans. Il nous amène voir ses… six petits chiots d’à peine deux mois ! Ils sont adorables. Il nous dit qu’il peut nous en vendre un pour 100 pesos ; ça l’aiderait, car il n’a plus de travail et traverse une période difficile. Il n’a pas de quoi leur acheter à manger. On se regarde avec Malo… aaah, c’est tentant ! Mais pas vraiment raisonnable, n’est-ce pas ? À défaut de craquer aujourd’hui pour un chien, nous allons acheter un sac de croquettes pour les chiots. Kingking est très reconnaissant et nous remercie avec un grand sourire.

    Nous continuons notre route vers la sortie du village, où nous avions repéré un refuge pour animaux. En chemin, nous tombons sur une petite cahute où un monsieur propose des empanadas et des avocats délicieux. On s’installe sur des chaises en plastique au bord de la route pour profiter de notre encas avant de reprendre la marche. Nous arrivons ensuite sur un chemin de terre. Les paysages sont magnifiques : de nombreuses vaches passent tranquillement, avec les montagnes en arrière-plan. C’est dans cette région que se trouve le plus haut sommet des Caraïbes, le Pico Duarte. Cette cordillère offre à la baie de Luperón une protection exceptionnelle contre les tempêtes ; ici, on l’appelle la « baie bénie » pour cette raison. C’est aussi pour cela qu’il y a tant de bateaux. Nous passons devant une arène de combats de coqs — malheureusement, une tradition encore très ancrée dans toute la Caraïbe. Lorsque nous arrivons au refuge, celui-ci est fermé. Nous sommes vendredi après-midi ; peut-être n’est-il pas ouvert. Nous en profitons pour passer quelques coups de fil à nos proches.

    Sur la route du retour, nous nous arrêtons dans une boutique qui fabrique du fromage et des yaourts artisanaux. Du fromage ! Ça fait deux mois que nous n’en avons pas mangé, alors on en profite pour en acheter un morceau. Ici, comme en Colombie, ce sont des fromages à pâte blanche, type mozzarella. On l’appelle le « queso de hoja », équivalent du « queso de capa » colombien. En chemin, un moto-taxi s’arrête et nous embarque à bord : il est temps de découvrir la plage de Luperón. Nous payons 200 pesos la course. Ici, nous avons encore changé de monnaie : le peso dominicain (1 € ≈ 71 pesos).

    Nous découvrons une jolie plage, longue, où de belles vagues se cassent sur le sable blanc. De petits restaurants se trouvent à l’entrée. Comme dans tout bar caribéen qui se respecte, la musique résonne fort (très fort) dans les haut-parleurs. On rigole avec un patron de bar en regardant une voiture garée… dans le bar ! Elle est équipée d’un mur d’enceintes qui occupe tout l’habitacle : elle ne sert qu’à ça. Nous allons au fond de la plage pour profiter d’une baignade. Nous croisons des Canadiens et des Français qui ont eux aussi leur bateau à Luperón. La densité de bateaux est telle qu’en se baladant dans les rues, on croise presque autant de plaisanciers que de locaux.

    Après la baignade, nous profitons du coucher de soleil pour boire un verre, en admirant les gros bateaux de croisière qui passent au large et en observant un petit bateau de pêche qui part affronter la houle. Un gros coup de vent est prévu ce week-end : un front nord. Les températures vont chuter et des rafales à plus de 40 nœuds sont attendues dans les Bahamas. Nous sommes contents d’être à l’abri dans la baie. En rentrant au bateau, nous passons devant un bar où de nombreux plaisanciers sont attablés. En nous voyant passer, Natacha vient à notre rencontre avec son copain Michael. Ce sont deux New-Yorkais de notre âge qui possèdent un gros voilier, une véritable goélette de pirate. Elle nous dit être contente de voir des jeunes, car la majorité des navigateurs sont souvent plus âgés. Nous passons à l’anglais ; ici, il y a une grande proportion d’Américains.

    De retour à bord, en bons Français, nous profitons de fromage sur un bout de pain accompagné d’un petit verre de vin. La question du soir : est-ce raisonnable d’adopter un chien ?!

    Le lendemain, nous nous réveillons dans une baie d’un calme fou. C’est super agréable : il fait très bon et le bateau ne bouge pas. Les oiseaux chantent et le clapotis des annexes qui passent près de nous crée une douce houle. Nous passons la matinée à travailler sur nos ordinateurs avant de sauter dans l’annexe pour aller explorer les mangroves et les fonds marins. En chemin, nous croisons Michael et Natacha qui reviennent d’une balade dans la réserve en face ; ils nous conseillent un sentier.

    Nous commençons par enfiler masques et tubas pour observer les fonds : essentiellement des herbiers et quelques bouts d’épaves. Rien d’exceptionnel, mais la baignade fait du bien. Nous continuons ensuite notre balade dans une belle mangrove. Les palétuviers sont particulièrement grands, car peu touchés par les tempêtes. On s’amuse à observer les mouettes et les pélicans pêcher les petits poissons, affolés par les remous de l’annexe.

    Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons chez Jacques, qui nous fait visiter son petit bateau tout en bois. C’est magnifique… mais quel travail ! Un bateau en bois, c’est vivant : le pont doit être arrosé tous les matins, sans exception, à l’eau de mer, sinon les moisissures et les champignons peuvent s’installer. Le bateau prend toujours un peu l’eau et il faut régulièrement reboucher les fuites en calfatant avec du coton peint. À bord, pas d’électricité depuis qu’il a pris la foudre il y a quelque temps. Il navigue au sextant, une passion qu’il a transmise à son fils. Il nous donne aussi quelques conseils pour visiter la République dominicaine, sa femme étant originaire d’ici.

    Nous rentrons ensuite à bord pour préparer un peu le bateau : Thibault, une connaissance de Malo, vient nous rendre visite pour quelques jours. En fait, il a contacté Malo il y a environ un mois, car il a un projet avec un ami de Guadeloupe, Alexis, pour créer un voilier de charter et de plongée. Ils ont pensé à Malo pour être le capitaine du bateau. Pour le moment, rien de très concret, mais nous avons passé les derniers jours à réfléchir au projet. Thibault a un peu d’argent et souhaite investir. Même si, pour l’instant, nous restons plutôt spectateurs, nous avons mis sur papier un projet qui aurait du sens pour nous : créer un voilier alliant à la fois exploration scientifique et tourisme engagé. Nous avons proposé cette idée à Thibault ; reste à voir comment cela évolue !

    Dans ce cadre, il nous a écrit il y a deux jours pour nous dire qu’il était partant pour venir en République dominicaine nous rencontrer. Ça nous a un peu surpris, car nous ne nous connaissons pas vraiment, mais finalement… pourquoi pas ? Ça peut être une opportunité. Nous sommes très curieux. En début de soirée, nous récupérons donc Thibault, qui arrive du Mexique où il vit depuis dix ans. Il a une trentaine d’années et aimerait réussir à créer un projet autour d’un bateau. Nous passons une belle soirée à rêver, discuter des possibilités, des envies…

    En allant nous coucher avec Malo, nous ne savons pas comment tout cela va aboutir, mais comme on se le dit, nous sommes dans une phase de nos vies où nous sommes libres, ce qui nous permet d’être à l’écoute des opportunités. Thibault va rester à bord jusqu’à mardi. Nous allons vadrouiller dans les environs de Luperón et lui faire découvrir la vie à bord. Malheureusement, le front froid ne nous permet pas encore de sortir en mer.
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