• J188, Coq au ti punch & bachata

    February 28 in Dominican Republic ⋅ ⛅ 27 °C

    Ce matin, nous nous réveillons sur le petit mouillage. À 8h30, avec Agatha et Malo, nous sommes dans l’annexe pour nous rendre sur la plage. Une petite crique de quelques mètres où sont amarrées des barques de pêcheurs, souvent colorées de blanc et de bleu. Une rangée d’une dizaine de maisons en bois, deux canards bien dodus qui se dandinent, des cocotiers et quelques papayers bien garnis.

    Rapidement, nous sommes accueillis par France, un jeune chasseur apnéiste, Juan Carlos et son associé, El Flaquito, tous les deux pêcheurs. Ils reviennent de leur pêche nocturne ; tout sourires, ils nous invitent à les suivre pour nous montrer leur poisson. Ils pêchent la nuit essentiellement le « colas batard », des poissons aux couleurs rouges. Ils nous offrent le café. Avec du sucre ? Non merci ! Vous avez raison, c’est meilleur pour la santé !

    Ils vident les poissons dans la bonne humeur. Flaquito (« le maigrichon »), grand gringalet à la cigarette au coin de la bouche et au large sourire, et Juan Carlos discutent de leur pêche pendant que nous faisons connaissance. Ils nous proposent de revenir déjeuner avec eux à midi pour partager le poisson. Nous leur achetons trois beaux poissons pour une trentaine d’euros : nous allons nous régaler.

    De retour à bord de Noam, nous nous concertons avec Anne-Sophie. Charmés par l’ambiance du lieu et de ses occupants, nous décidons de rester une nuit de plus ici ; nous partirons plus tôt demain. C’est aussi ça, la liberté du voyage : ne pas laisser passer ces moments de partage.

    Nous préparons du riz et une bouteille de vin blanc à leur apporter. Nous pensions amener le poisson que nous leur avions acheté le matin, mais Juan Carlos vient nous voir à bord de son bateau pour nous dire : « Gardez votre poisson, on en prépare déjà pour vous ! »

    Nous allons être accueillis comme des reines.

    À l’heure de midi, nous rejoignons les quelques cases en bois sur la plage : ça sent bon ! Flaquito nous prépare un superbe repas : poisson frit dans sa panure, riz aux légumes… c’est délicieux. En fait, il a été chef cuisinier pendant trente ans — et ça se voit ! Mais il nous explique qu’il était esclave de son travail, travaillant comme un fou pour un salaire de misère (à peine 500 euros par mois). Maintenant, il est ici : il pêche, il est son propre patron. Il travaille beaucoup, mais il est libre. Il est sur la mer, avec son associé, et sur l’île ils sont tranquilles.

    La majorité des pêcheurs viennent de La Romana ou de Bayahibe. Ils passent ici quelques semaines ou quelques mois pour pêcher, puis rentrent auprès de leur famille. Tous ont des histoires de vie différentes. Ici, ils semblent bien entre eux, petite communauté bienveillante seulement embêtée par quelques « yen-yen », ces petites mouches piquantes contre lesquelles ils luttent avec du feu de bois de noix de coco !

    Une table de dominos trône en place centrale ; rapidement, nous nous installons pour une partie. Puis Juan Carlos arrive avec le rhum, le coca et l’eau de coco. « Un poco de ron ? Hehe, los dominicanos son locos ! »
    (Un peu de rhum ? Les Dominicains sont un peu fous !)
    Comment refuser !

    Nous passons trois heures à discuter, à partager quelques verres, un super repas et bien sûr à écouter de la musique et à danser (langue universelle !).

    Ici, les musiques reines sont la bachata et le merengue. Juan Carlos invite Anne-Sophie ; nous suivons le mouvement avec Malo puis Agatha, et nous foulons le sable en nous déhanchant sur les rythmes latins, avec les palmiers et les eaux turquoises en arrière-plan. Ils nous demandent la danse française : nous mettons alors de la musique bretonne ! Malo mène la danse et enseigne les pas du Kost ar C’hoat, en se tenant par les petits doigts. Tout le monde rigole ; ils nous regardent, mais c’est trop sportif votre danse !

    En fin de journée, ils nous expliquent qu’il y a un combat de coqs à côté : c’est la fête. Bien sûr, nous sommes conviés ! Pourquoi pas ? Nous repassons d’abord au bateau nous poser un peu.

    Finalement, le bateau qui devait venir nous chercher pour nous déposer à la fête part pêcher car le vent s’est calmé. Nous restons donc tranquillement à bord ce soir-là. Nous remercions chaleureusement nos amis du jour ; peut-être nous recroiserons-nous, qui sait ?

    Cela ne tombe pas si mal que nous restions à bord : le frigo est plein de poissons frais ! Mais au moment de commencer à cuisiner, voilà que nous entendons un bruit de moteur. Ce sont Juan Carlos et Flaquito qui accostent à bord d’une barque. Ils ont réussi à trouver un bateau approprié pour venir nous chercher et nous faire découvrir les combats de coqs ! Ils se sont donné du mal : changement de plan donc 😅

    Nous embarquons pour quinze minutes à longer la côte dans la nuit, sous le ciel étoilé et la lune qui se remplit de jour en jour. On sourit : où allons-nous arriver ?

    Nous nous arrêtons sur une plage. Nous suivons nos acolytes et découvrons le lieu des festivités. Plusieurs motos sont garées devant et on entend des cris : les paris battent leur plein. Une petite arène entourée de parieurs en folie, des pauvres coqs attendant l’heure du combat, des tables de dominos, de nombreuses bières commandées à la buvette, et de la bachata qui résonne dans les enceintes. On est dans l’ambiance !

    Malgré le fait que nous soyons les seuls touristes du coin, personne ne nous dévisage. Tout le monde est concentré sur ses loisirs. L’ambiance est assez folle.

    Nous arrivons juste à temps pour le combat du coq de France, notre ami rencontré au village. Les paris sont faits, le combat commence. Je ne peux pas regarder ce moment qui, malgré son caractère traditionnel, ne correspond pas à mes valeurs — mais ce n’est pas grave. Je regarde ailleurs : il y a de quoi s’occuper, entre la danse et les dominos. Bien sûr, Flaquito et Juan Carlos nous offrent des bières.

    Nous essayons de comprendre les modalités du combat. Certains ne rigolent pas — et on comprend vite pourquoi : certains grands combats peuvent rapporter plusieurs milliers d’euros !

    Le coq de France est vainqueur en moins de cinq minutes ! Il est ravi : il vient de remporter 200 $. Le principe ? Deux coqs auxquels sont attachées de grandes griffes en plastique rigide au niveau des pattes. En moins de dix minutes, ils doivent se battre jusqu’à ce que l’un meure ou soit hors d’état de combattre. Un coup suffit. France récupère son coq sanguinolent, mais vivant et vainqueur. Je détourne le regard…

    Les coqs vainqueurs, ou ceux qui attendent encore leur combat, sont placés dans des sacs pour les « relaxer » dans le noir. Ici, il n’y a donc pas de porte-manteau, mais des porte-sacs à coqs 😅

    La soirée reste très sympa. Nous sommes baignés dans la culture. On rigole bien, comme une grande bande de copains. Ils nous apprennent à nous déhancher sur du merengue tout en nous expliquant les règles du combat.

    Finalement, nous pensions rester une petite heure, mais nous allons jusqu’au bout de la soirée. Nous rentrons à bord de Noam, déposés par notre carrosse, tout en rigolant.

    Et finalement, nous invitons tous nos amis à bord : France, Flaquito, Alexis et Juan Carlos. Malo se lance à 22 h dans la préparation de deux superbes poissons (des colas, « colo rubia »). On distribue les assiettes et, à la bonne franquette, on mange et on trinque ensemble ! Quelle belle équipe !

    La nuit déjà bien avancée, ils repartent à terre et nous au lit : de la bachata dans les oreilles et les images de la soirée en tête.

    Demain, nous partons pour Bayahibe. Anne-So a son avion pour la Colombie lundi : il est temps de rentrer à terre !
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