• J202, Cap vers les BVI's : un mirage ?

    Mar 11–15 in British Virgin Islands ⋅ 🌬 25 °C

    Ça y est, après plus de 4 heures à gérer les démarches de sortie (et même les bakchichs quémandés par les douaniers lors de la visite du bateau !), nous levons l’ancre de La Romana.

    Nous sortons de l’entrée de la rivière qui débouche sur la mer. Tout de suite, le ton est donné : le vent et les vagues sont contre nous. On déroule le génois et on hisse la grand-voile avec un ris. Mais… au moment de hisser la grand-voile, crac ! On entend quelque chose se déchirer. C’est la deuxième latte qui s’est décousue et, avec la force du vent, elle s’est complètement arrachée puis envolée sans qu’on puisse la récupérer…

    On regarde : ça ne semble pas trop handicaper la voile. On va pouvoir continuer comme ça, on fera une réparation en arrivant. Sympa pour un début de navigation !

    On éteint les moteurs, on avance, mais pas bien vite : 3 nœuds.

    Nous allons tirer des bords dès le début. Nous pensions avoir un vent un peu plus favorable au départ, mais ça ne semble pas être le cas. Nous allons donc faire des bords pour avancer contre ce vent d’est. Les bords ont toujours quelque chose d’un peu frustrant : aller vers un point C alors qu’on vise un point A ! Sur notre premier bord, on vise presque Trinidad, c’est pour dire l’angle !

    Les choses finissent par se caler. On installe le foc sur l’étai largable. La voile s’aplatit mieux que le génois et fait un peu moins gîter le bateau. Bon, on reste quand même très penchés : impossible de se tenir debout, on se cale d’un bord ou de l’autre.

    On profite quand même. Ça fait partie de nos dernières grosses navigations avant les Petites Antilles. Le premier coucher de soleil est superbe. Les nuages semblent aplatis, de beaux cirrus. Le ciel se couvre d’un dégradé bleu, violet, rose et rouge.

    La nuit tombe et nous continuons à tirer des bords : 1, 2, 3… Le bateau gîte bien, le foc nous permet de mieux remonter au vent. On alterne les siestes jusqu’au lever du soleil. On a malgré tout réussi à dormir, fatigués par nos derniers jours.

    On met le moteur une heure lors d’un bord pour nous faire gagner quelques nœuds et un peu de cap. Ça fait du bien au moral, car on avance lentement pour le moment ! Le vent reprend, on déroule le génois.

    Pour notre deuxième nuit, vers 23 h, nous commençons à longer Porto Rico. Le vent tombe, on remet du moteur. On avance pendant la nuit pour gagner quelques milles vers l’est.

    Pour notre troisième jour de mer, nos nerfs vont être mis à rude épreuve. On passe la journée à tirer des bords. On enroule le génois, on hisse le foc, on tente diverses stratégies pour avancer au mieux et optimiser notre trajectoire. Mais ce n’est pas simple, car nous avons toujours le vent et la houle de face.

    On arrive quand même, petit à petit, à avancer. Je sens que Malo commence à s’impatienter. Un peu de stress et de frustration montent. On espère atteindre un abri avant le coup de vent de dimanche. Il y a toujours le stress d’une casse sur le bateau à quelques mois de le vendre.

    On discute de plusieurs options au cas où nous n’y arriverions pas. Notre objectif premier est de sécuriser le bateau (et nous, bien entendu). Si on sent que la houle et le vent montent vraiment trop fort, on s’abritera, même si c’est sur le territoire américain (on compte sur leur compréhension si c’est le cas !).

    On regarde la carte, on calcule les milles, les angles… Allez, on lâche prise. On discute, on écoute des podcasts et on essaie de ne plus trop se concentrer sur les bords. Je dévore le livre de Jean-Louis Étienne, célèbre explorateur français (notamment des pôles). C’est un homme fascinant et très inspirant. (Je vous invite à découvrir son livre Explorateur d’océans.)

    En longeant la côte, deux avions de chasse nous survolent — ça faisait longtemps… Puis des fous viennent jouer dans les voiles. On préfère ça ! Ils frôlent l’eau à toute vitesse, reviennent en s’approchant des haubans… et tout à coup, des dauphins viennent s’ajouter au tableau. On dirait qu’ils chassent : ils sont furtifs et glissent dans les vagues.

    Le stress retombe avec la nuit qui arrive. On relativise. Les étoiles brillent bien ce soir. Quand on regarde la carte, nous sommes à la pointe est de Porto Rico : on a fait les trois quarts du trajet !

    Pour notre troisième nuit, on met le moteur pour le premier bord de la nuit, avec un ris dans la grand-voile et le foc bien étarqué. Puis on éteint le moteur pour les prochains bords et le reste de la nuit.

    On enlève le pilote automatique. Malo se met à la barre.
    « Parée à virer ? »
    « Parée ! »

    Je suis aux écoutes de foc. Quand Malo tire la barre, les voiles changent de bord. Je libère l’écoute bâbord et la récupère sur le winch à tribord. Nous avançons entre 3 et 4 nœuds. Nous sommes lents, d’autant plus quand la houle augmente !

    À 3 h, après un plus long bord au sud, on effectue un nouveau virement pour se diriger vers le nord. On espère atteindre la première île des îles Vierges américaines sur ce bord. Au même moment, la lune se lève : un fin croissant orangé se reflète sur l’eau.

    La nuit est assez agitée, mais on entame le virage pour remonter vers le nord et atteindre les premières îles de l’archipel américain. Malo a peu dormi. À son habitude, il reste la nuit dehors, allongé sur les banquettes, toujours prêt. De mon côté, j’ai besoin de descendre pour grappiller quelques heures de sommeil, toujours bien penchée et accompagnée des grincements du bateau.

    Le soleil se lève et nous continuons méthodiquement à tirer des bords, en mettant de temps à autre un appui moteur. On reprend espoir. Malo est un peu moins frustré : on s’approche petit à petit ! On se souviendra de cette navigation.

    J’essaie de nous préparer un petit truc à grignoter (pas toujours simple avec 20° d’inclinaison 😅). Mais j’arrive à nous faire un sandwich tomates et mozzarella fraîche — ça faisait très longtemps ! Ça nous redonne du baume au cœur.

    L’eau est d’un bleu profond. On aperçoit de plus en plus de bateaux autour de nous : voiliers (de charter ?) et bateaux de pêche. Les îles Vierges sont très réputées pour la croisière et la plaisance : on ne sera pas seuls au mouillage !

    Ça y est : nous naviguons à la voile entre les îles Vierges. C’est beau. Les îles vallonnées, avec une végétation rase verte et brune, parsèment la mer.

    Malo se repose à l’intérieur. J’en profite pour un petit plaisir : la douche 🥰
    Toujours un peu acrobatique. Sur la jupe arrière, je lance un seau pour le remplir d’eau de mer et me le verse dessus : le bonheur sous cette chaleur. Je le fais à plusieurs reprises. Ça me rappelle des souvenirs d’enfance, les batailles d’eau dans le jardin, les grands seaux sur la tête.

    Puis je me rince et me savonne à l’eau douce, tout en gardant mon équilibre pour éviter la chute ! Ça fait un bien fou. Je mets une musique de Norah Jones pour accompagner ce moment. On est pas mal ✨

    Malo se réveille. On rigole en regardant l’état à l’intérieur du bateau : il est sans dessus dessous. À force de tirer des bords à gauche et à droite, tout finit par tomber. Un bon rangement s’imposera à terre…

    Pour nos dernières heures de navigation, toujours au près serré, on est suivis par six fous bruns qui volent au-dessus de nous. Tels des fusées, ils s’élèvent, glissent dans le vent et plongent pour tenter d’attraper un poisson. Quel spectacle !

    Bon, ils sont si proches qu’ils finissent par se délester sur le bateau… on doit faire attention à nos têtes !

    Nous assistons au coucher de soleil rituel. Cette fois-ci, un parfait dégradé passant du bleu et du violet jusqu’au jaune sur les collines de Saint-Thomas (US). Les îles semblent bien habitées : on distingue de nombreux bâtiments sur les pentes qui se dessinent dans la pénombre naissante.

    Nous sommes excités. Ça y est, nous arrivons. Finalement, tout s’est bien passé : un exercice de patience et de persévérance. C’est ça, la navigation.

    On met l’ancre à 22 h 30. On mange un bout. On a hâte de découvrir les lieux demain au soleil. On espère que Dan, notre voisin de mouillage de Bayahibe, est bien arrivé, comme nos amis de Blue Moana. On verra demain !
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