J217, Saint Martin
March 30 in Saint Martin ⋅ 🌬 25 °C
Nous contournons Anegada afin d’atteindre le bon angle pour caper en un seul bord vers Saint-Martin. Nous avons un peu plus de 90 milles à parcourir. Si tout se passe bien, nous devrions arriver dans la nuit. Nous hissons la grand-voile et déroulons le génois : la mer est calme et plate. C’est agréable, nous naviguons au près serré / petit travers. Nous choisissons de caper légèrement plus au nord afin de conserver une marge à l’arrivée et pouvoir abattre si nécessaire.
Les îles Vierges britanniques s’éloignent progressivement. L’eau, d’un bleu profond, nous sert sa dose de sargasses. Malgré sa volonté de pêcher, Malo fait chou blanc : les algues s’enroulent autour du leurre. Progressivement, nous réduisons la toile : un ris, installation du foc, deux ris, puis on affale le foc, on remet le génois et on prend un ris dans celui-ci. Nous espérons ainsi anticiper le coup de vent prévu vers 20h.
Nous continuons notre route. Je regarde le filet de légumes se balancer au-dessus de nous, au rythme de la houle de travers qui monte. Une aubergine commence à fatiguer : ce sera l’occasion de la cuisiner. Je me motive — aubergine, oignon, un peu de sauce tomate et du parmesan en couches, et hop au four ! Une demi-heure plus tard, le plat sort fumant, parfait pour nous rassasier.
Nous restons sur une allure de près confortable. L’écume blanche suit le sillage du bateau qui siffle dans le vent. Nous avançons à 4,5 nœuds de moyenne. La nuit s’organise : Malo prend le quart de 22h à 00h, moi de 00h à 2h, puis lui de 2h à 4h, et nous terminons ensemble pour une arrivée prévue vers 5h. Les quarts se passent tranquillement, avec quelques réglages de voiles. La lune croissante, haute dans le ciel, nous éclaire.
Ça y est : au loin, nous distinguons les lumières de la terre : Antigua sur bâbord, Saint-Martin sur tribord.
À 4h30, nous entrons dans la baie de Marigot, vaste plan d’eau où nous allons mouiller. Nous sommes accueillis par des centaines de lumières indiquant les nombreux bateaux présents. L’île est elle aussi très éclairée : la pollution lumineuse est bien présente ! Mais nous sommes surtout heureux d’arriver. Nous nous faufilons entre les bateaux et ancrons sur une bonne zone de sable. Nous rangeons les bouts et les voiles, puis partons dormir.
Au petit jour, nous découvrons le mouillage : il y a du monde dans cette grande baie, de nombreux bateaux sont à l’ancre autour de nous. Nous rangeons le foc et le bateau.
La houle est bien présente dans la baie comme le prévoyais la météo. Nous partons malgré tout en annexe vers la terre — et arrivons quelque peu trempés sur un ponton à annexes bien rempli !
Affamés, nous décidons de nous offrir un bon restaurant français. Quoi de mieux qu’une crêperie ? Nous trouvons Ti Breizh, parfaitement adaptée à l’occasion. C’est très étrange d’entendre et de parler à nouveau français avec les commerçants, presque irréel après ces semaines en milieu anglophone.on se régale d'une galette et d'une bolée de cidre 🥰
Nous nous baladons dans les ruelles commerçantes et montons jusqu’au Fort Louis, qui surplombe la baie.
De là-haut, nous observons le lagon qui occupe une bonne moitié de l’île. Nous distinguons aussi la partie hollandaise, avec le célèbre aéroport, où les avions passent au ras de la plage. Les ruelles sont animés, de jolis boutiques mais aussi plusieurs locaux vetustes et abandonnés. Les gens parlent français, anglais mais nous retrouvons aussi le créole.
Saint-Martin est une île particulière : elle est partagée entre deux nations depuis le XVIIᵉ siècle. En 1648, après le départ des Espagnols, Français et Néerlandais se répartissent pacifiquement l’île lors du traité du Mont Concordia. Aujourd’hui encore, cette frontière est l’une des plus petites au monde séparant deux États. La partie nord, française, constitue une collectivité d’outre-mer, tandis que la partie sud, Sint Maarten, est un pays constitutif du royaume des Pays-Bas. L’île compte environ 75 000 habitants au total, avec une population très cosmopolite, mêlant influences européennes, caribéennes et internationales.
Nous allons ensuite effectuer nos démarches d’entrée auprès des autorités portuaires, où nous payons une trentaine d’euros (nous apprendrons plus tard que ce n’était pas nécessaire…). Nous poursuivons notre exploration, retrouvant avec plaisir certains incontournables français : boutiques de fromages et caves à vin ! On doit bien l'avouer ça nous a un peu manqué.
En rentrant à bord, nous croisons nos amis rencontrés en République dominicaine, Christophe et Léo, présents ici depuis une semaine. Ils vont dîner chez des voisins de mouillage sur leur catamaran. Nous nous disons que nous nous verrons le lendemain, mais en passant, Bruno et Véronique — le couple français chez qui ils sont invités — nous interpellent : « Pas de problème, venez aussi ! »
Nous avions prévu une soirée tranquille, fromage fondu et vin blanc, mais nous nous adaptons : allons dîner chez ces voisins encore inconnus ! La soirée est belle, faite de discussions sur les voyages, les projets, la plongée et la photographie. Nous partageons du fromage sur une baguette et un bon verre de rouge, un délice qu'on avait prpesque oublié. La spontanéité qu’offre la vie en bateau est précieuse.Read more

















