• J231, Saint Barthélémy

    Apr 10–15 in Saint Barthélemy ⋅ 🌬 26 °C

    Cela fait une semaine que nous sommes arrivés sur ce beau caillou. Après quelques jours à Colombier, nous sommes revenus au mouillage de Gustavia. La houle s’est calmée, rendant les lieux plus agréables. Malo a installé une ancre flottante sur le bateau, contrebalançant la gîte et rendant ainsi la vie à bord plus confortable.

    Notre camp de base pour ces derniers jours : Gustavia. Globalement, nous avons travaillé le matin sur nos écrans : moi sur l’association, Malo sur ses photos. N’ayant plus de réseau, notre point de repli est une petite boulangerie : du café à prix raisonnable et un bon wifi !

    Vendredi, après avoir passé un peu de temps à tapoter sur nos écrans, il est temps de se dégourdir. Nous repassons à bord pour attraper nos planches de surf, et c’est parti. J’ai le paddle sur le dos, Malo la planche de surf, et nous partons en direction de la plage de Lorient. Sous le soleil, nous empruntons la route qui monte pour quitter la petite ville pavée de Gustavia. En haut de la côte, on tente le stop : un pick-up s’arrête. Le monsieur n’a qu’une place ; Malo grimpe avec les planches dans la benne et je continue à pied.

    Je trouve très vite une autre voiture pour m’emmener directement jusqu’à la plage. C’est une fille et son père qui me prennent. Ils me font bien rire, ils ont une sacrée énergie. Lui habite ici, elle lui rend visite pour une saison de travail. Elle est gestionnaire de villas et me raconte les coulisses de Saint-Barth : les lieux VIP, les plages privées, les soirées… Elle est souvent invitée chez ses clients à New York, Paris… Comme elle dit : « Moi, je suis ici pour me faire de l’argent, car il y en a. » Les gens dépensent en alcool, en drogue et en plaisirs en tout genre. Elle me lance même : « Un métier bien payé ici ? Dealer de drogue ! » Ça donne le ton.

    Je retrouve Malo sur la plage pour notre session de surf. Les vagues sont petites, mais on s’amuse bien dans un cadre magnifique. À la tombée de la nuit, il est temps de rentrer : nous avons encore quelques kilomètres à faire. Les planches sous le bras, assez lourdes, c’est reparti.

    On finit par trouver François, biologiste marin de formation, qui a finalement fait carrière au Club Med avant de s’installer ici il y a dix ans. Il a monté son entreprise de sushi et de plats à emporter, qu’il distribue dans les supermarchés. Il nous prend en stop, super sympa. Il nous parle de l’île, de la biodiversité locale et de l’ambiance. Oui, il y a du luxe et des excès, mais selon lui, la majorité des villas sont louées par des clients en quête de tranquillité et de simplicité. La préservation de la nature est aussi liée à cette clientèle fortunée, qui souhaite préserver ce cocon. Lui, qui n’est pas amateur de soirées, aime sa vie ici : plongée, nage, qualité de vie… Ça donne presque envie !

    Malo commence à avoir des idées : il n’y a pas d’entreprises d’entretien de bassins et d’aquariums ici… ça pourrait fonctionner dans les villas. François nous apprend que la plus grande villa de l’île se loue 900 000 € par semaine, avec un minimum de deux semaines. Le calcul donne le tournis.

    Avant d’arriver à Gustavia, François s’arrête au Monoprix pour vérifier sa marchandise. On l’attend, et il revient avec une boîte de sushis et un sandwich de sa fabrication. Offert par la maison !

    De retour à bord, nous dégustons nos sushis pour le dîner, sous un temps un peu capricieux. Nous nous motivons tout de même pour aller à un concert de jazz organisé sur la plage publique dans le cadre d’un festival. Nous y retrouvons Alban, Mathilda et Loïc. Malgré le crachin, c’est un très bon moment, les musiciens sont talentueux.

    Les copains nous expliquent qu’il y a pas mal de petits événements culturels sur l’île. Alban, un ami guadeloupéen, tient avec son père une base technique navale en Guadeloupe. Ici, il est là depuis deux saisons et a progressivement réussi à acheter cinq bateaux qu’il loue aux saisonniers. Avec les loyers exorbitants de Saint-Barth, cette solution fonctionne très bien. Des idées de business, il y en a plein ici.

    Le lendemain, nous partons plonger avec Alban et son cousin. Nous profitons de sa grande annexe pour faire deux plongées consécutives : une sur une épave, l’autre sur les récifs autour de pics rocheux. De belles observations, mais aussi énormément de poissons-lions qui envahissent l’écosystème.

    Dimanche, sous un ciel encore gris, nous partons en annexe avec le paddle pour une session de snorkeling et de chasse. Nous dépassons l’anse des Cayes et la réserve. Le paysage est superbe : côte rocheuse, pentes arides, lumière rasante… Malo dans l’annexe, moi tracté sur le paddle, c’est assez drôle. Nous faisons une belle session d’apnée : une raie léopard, des tortues, un rémora, de nombreux poissons. Pas de langoustes, au grand désespoir de Malo, mais nous attrapons plusieurs poissons-lions pour le dîner.

    Le soir, nous sommes invités sur le bateau d’Alban et Lucie avec Loïc et Mathilda. Au menu : dhal de lentilles, gratin de courge spaghetti, riz pilaf… et la pêche du jour. La joie des repas partagés !

    J’en profite pour discuter avec Loïc et Alban de notre projet associatif autour des éco-gestes pour les plaisanciers. Ils évoquent la complexité du sujet en Guadeloupe, notamment avec la création de zones de bouées rendant l’ancrage interdit et payant. Selon eux, il y a une volonté de limiter la présence des plaisanciers à l’année. Ils trouvent le projet intéressant, mais soulignent les défis politiques. Pour ma part, je garde ma naïveté : peut-être que de belles images et un discours neutre permettront de créer du dialogue.

    Le lendemain matin, dernière ligne droite : je finalise le projet et dépose enfin l’appel auprès de l’Office français de la biodiversité. Malo, lui, soumet ses photos à un concours de l’UNESCO. On croise les doigts.

    Depuis la veille, Malo souffre d’un torticolis. Alban nous trouve un rendez-vous chez un ostéo, ce qui le soulage un peu. On espère qu’il ira mieux demain, car nous prévoyons de partir pour Saba.

    L’après-midi, Lucie nous prête son quad pour faire le tour de l’île. On découvre le Grand Cul-de-Sac, les salines, les paysages arides parsemés de cactus et les nombreuses plages. Pas forcément adepte du quad, mais pour une demi-journée, c’était très sympa.

    Le soir, la météo annonce des orages. On décide d’attendre. Sans surprise, le lendemain matin est pluvieux. On reste un jour de plus et on prépare le bateau. Malo fait la vidange de Noam.

    En fin d’après-midi, on se balade dans les ruelles de Gustavia, découvre les vitrines de luxe — Dior, Chanel, LV, Cartier… — puis on termine avec un bon sorbet. On croise le garde maritime rencontré à l’île Fourchue, qui nous parle biodiversité et projets. Il nous encourage à présenter notre projet. Les opportunités semblent nombreuses.

    En soirée, dernier verre avec les copains. Un vrai plaisir.

    Mercredi, enfin : ciel bleu, bateau prêt, Malo presque remis. Nous levons les voiles vers Saba, à une trentaine de milles nautiques. Le vent est faible, nous avançons au génois. Malo met la ligne à l’eau : un superbe thon jaune mord rapidement.

    Après 7 heures de navigation, nous atteignons Saba. Impressionnant : une montagne surgissant de l’eau, des pentes abruptes, une roche volcanique sombre et une végétation battue par le vent. Saba est encore un volcan actif, sans éruption depuis des siècles.

    Nous avons hâte de découvrir cette île !
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