Ireland J2 - De Cong à Letterfrack
August 10 in Ireland ⋅ ☁️ 15 °C
Je ne sais pas si c’est l’influence de Michel Sardou, mais pour notre première journée dans le Connemara, on a plus entendu parler français qu’anglais ou gaélique. À chaque pause, et même sur la route, on entendait des Français.
Bordel de merde, si Sardou avait autant d’influence, on aurait encore la peine de mort en France, les femmes des années 80 le seraient jusqu’au bout des seins et on ferait la java à Broadway tous les samedis soir.
Pourquoi autant de frenchies, dont nous, dans le secteur ?
Bon, de toutes façons, il faut bien le reconnaître, le Connemara, c’est très surfait. Trois cailloux un peu hauts, deux flaques par ci par là et des crottes de mouton partout, pas de quoi en faire une chanson…
Je déconne ! Un fois sorti de Cong, un panneau nous indique que nous rentrons dans le parc du Connemara. On aperçoit du relief et rapidement, on commence à traverser des paysages absolument magnifiques.
On en avait déjà eu un aperçu, il y a 8 ans lorsqu’on était venu, avec Albert, Nestor et Noah mais les trois gaillards avait beuglé la chanson du vieux Sardou à tue-tête et m’avaient un peu gâché mon moment.
Là, des monts, parsemés de taches blanches, des petits moutons à tête noire, les lacs… mais qu’est ce que c’est beau !
Pourtant, la journée avait mal commencé. En voulant regonfler mon pneu remplacé la veille, je me rends compte que lui aussi est crevé, au même endroit que l’autre, à savoir à la base de la valve. Si ça se trouve, c’est un défaut de la roue et l’hypothèse qu’elle se mette à scier toutes les chambres à air assombrit pas mal mon début de journée. On perd une bonne heure à remplacer puis à regonfler correctement notre dernière chambre à air. Il ne faudrait pas crever à nouveau, parce que les magasins de vélo, dans le Connemara, ça ne court pas les rues. Même si le pneu me paraît un peu sous-gonflé malgré d’innombrables coups de pompe, ça a l’air de tenir et nous pouvons partir.
Un coup de pompe, j’en ai un gros dans la première grosse montée. Ça grimpe sec et les 9 degrés frisquets du matin ont laissé place à un beau soleil. Je sue à grosses gouttes et arrivé en haut, un débriefing personnel me fait jeter le bébé avec l’eau du bain : je suis trop vieux, trop gros, et ce voyage est inadapté pour moi. J’en viens même à oublier les paysages sublimes que je traverse. Une petite pause pour retrouver ses esprits et nous repartons. Ça monte encore beaucoup, de manière un peu fourbe. J’ai l’impression que c’est un faux plat alors que ça grimpe encore bien. Nous sommes récompensés par une belle grosse descente qui permet de récupérer.
Mais ça monte encore, on dépasse des moutons, disciplinés, qui eux, ont bien compris qu’il fallait rouler à gauche. Et nous arrivons finalement, en sentant bien nos jambes, dans une petite pension de Letterfrack. Il s’agit d’une toute petite ville où nous allons faire quelques courses avant d’aller dans un restaurant de fruits de mer. L’océan est tout près.
Pendant qu’on mange, j’avise un grand mec qui descend des pintes, au bar, avec son pote, un petit bonnet sur la tête. Le grand mec a un T-shirt « je suis Charlie » et je me dis que décidément, c’est peut-être l’influence, encore, de Michel Sardou. Il me vient même à l’idée d’aller le voir pour tenter de lui expliquer que Charlie a bien changé sous la direction de Riss et que c’est devenu un torchon islamophobe. Mais mon vocabulaire me semble trop limité.
De toutes façons, les deux buveurs de pinte retrouvent deux autres copains et vont s’assoir à une table, chacun avec un instrument à la main. Qui une basse, qui une guitare, qui un banjo. Et les quatres compères se mettent à jouer. Et là, je suis rassuré, aucune influence du vieux Sardou perceptible. Ça reprend des standards du rock, mais en version irlandaise, c’est chaud, c’est harmonieux, c’est convivial. On sent vraiment que c’est l’amour de la musique qui les réunit et c’est franchement très très beau. J’en suis ému aux larmes et je me mords la joue pour ne pas pleurer. Notamment une reprise de With Or Without You, qui, sous la voix incroyable du mec au bonnet évolue et devient un autre morceau. Les gens commencent à danser et moi, sorti de mon état d’hébétude, commence à me renseigner sur les prix de l’immobilier du coin.
J’ai déjà été saisi deux fois de la sorte, où je n’avais pu retenir mes larmes. Une fois devant un Picasso alors que j’accompagnais mon père qui ne comprenait pas ce qui m’arrivait - un homme, ça ne pleure pas-, et la deuxième devant un tableau de Basquiat dont la folle énergie m’avait touché. Là, dans un pub à Letterfrack, j’ai les yeux humides et je regarde le plafond pour que personne ne puisse percevoir mon émoi.
Heureusement que je ne suis pas Irlandais. Je serais tous les soirs dans les pubs et très certainement alcoolique.
Kilomètres du jour : 57,35
Kilomètres cumulés : 136,67
Crevaisons : 2Read more












TravelerPrenez en plein les mirettes et belle journée à vous
Traveler« Ne m’appelez plus jamais France !! »
Traveler
Ça tourne pas à la Badoit !! 🤪