• Mer d’Aral

    August 18 in Uzbekistan ⋅ ⛅ 28 °C

    En direction nord-ouest, nous suivons l’A380, le grand axe qui traverse l’ouest de l’Ouzbékistan jusqu’à Beyneu, au Kazakhstan. De là, les routes continuent vers la Russie ou la Caspienne, puis l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie.
    Avant Noukous, la route file à travers des étendues arides interminables. Désert, terres salées, quelques zones humides à l’approche de l’Amou-Daria et, çà et là, les vestiges des anciennes forteresses du Khorezm, comme Ayaz Kala. Plus loin, les dunes de Toshguduq Qumlari annoncent déjà un paysage encore plus sec.
    Nous décidons de nous approcher des rives de la mer d’Aral, ou du moins de ce qu’il en reste. Jusqu’au début des années 1960, elle couvre près de 68’000 km² et constitue le quatrième plus grand lac du monde. Puis l’Union soviétique détourne une part croissante des eaux de l’Amou-Daria et du Syr-Daria pour irriguer des immenses cultures de coton. Le niveau baisse, le rivage recule de dizaines de kilomètres et la mer finit par se fragmenter. En 2004, elle a déjà perdu près des trois quarts de sa surface, remplacé par quelques installations industrielles surgissent au milieu de cette immensité: gaz naturel, chimie et transformation.
    Nous essayons d’abord l’approche par Qubla Ustyurt et son ancien aérodrome, aujourd’hui abandonné et parfaitement incongru au milieu du désert, puis par Moynaq et son célèbre cimetière de bateaux de pêche. Entre les deux, des pistes de sable fin. Derrière nous s’étire un nuage gris clair d’une longueur impressionnante. Nous roulons littéralement au fond d’une mer disparue, une immensité plate, grise, ocre ou blanchie par le sel, couverte d’arbustes et de roseaux desséchés. Un spectacle dont on ne se lasse pas, malgré des pistes qui semblent interminables. La voiture a pris exactement la couleur du paysage, mais impossible d’atteindre le rivage: les pistes finissent par se perdre dans le sable et nous n’avons aucune envie de rester ensablés au beau milieu de rien…
    Nous bivouaquons au bord d’une rivière asséchée, à l’ombre de quelques arbres qui ont résisté. La poussière s’est glissée absolument partout. Situation parfaitement intolérable pour certains 😡. Il nous faudra une bonne heure pour nous en débarrasser.
    À la tombée de la nuit, seuls les grillons nous accompagnent. Difficile d’imaginer que, quelques décennies plus tôt, il y avait de l’eau sous nos roues.
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