• 红星乡 - Langmusi, la Chine tibétaine

    October 7 in China ☀️ 12 °C

    Sur la route, nous prenons doucement de la hauteur au milieu des grandes prairies aux couleurs d’automne. La plupart des lieux touristiques sont officiellement fermés, mais restent accessibles sans problème. Les derniers touristes chinois de la Golden Week s’en émerveillent autant que nous et les échanges sont nombreux. Par contre, pour nos arrêts de ravitaillement, au restaurant ou à l’hébergement, nous devons passer nos traducteurs au tibétain pour pouvoir nous faire comprendre.
    Cette montée progressive est aussi une bonne occasion de nous adapter à l’altitude. Les hauts plateaux tibétains de Chine, à plus de 4’000 mètres, se rapprochent. Nous gardons donc un œil sur la météo: aux premières chutes de neige, certains passages peuvent fermer, au moins temporairement.
    Nous étions un peu tôt dans la saison pour éviter les grosses chaleurs en Ouzbékistan, mais ce timing était presque inévitable si nous voulions franchir les cols qui nous attendent, dont certains approchent les 4’700 mètres, avant la fin octobre.
    Comme le camping sauvage est fortement restreint dans cette région et que les campings officiels sont pour la plupart fermés, nous trouvons des homestays ou d’autres hébergements dans les villes, avec toujours un œil sur les températures annoncées à l’aube, pour éviter que le peu d’eau laissé en réserve dans Nomade ne gèle. Dans le doute, Roland se lève à 4 heures pour aller mettre le chauffage en route… 🥶
    L’ambiance matinale est magique: les rues et ruelles tibétaines baignent dans de fines nappes de fumée. Devant de nombreuses portes, de petits brûle-parfums laissent se consumer du genévrier et d’autres plantes aromatiques, une fumigation rituelle destinée à purifier les lieux et à honorer les divinités. Dans presque chaque échoppe, nous retrouvons aussi des sachets de tsok, mélanges destinés aux offrandes, composés de sel, céréales, fruits secs, graines, sucre ou autres aliments. Le religieux semble parfaitement intégré au quotidien, tout comme les pèlerinages matinaux autour des monastères ou les passages devant les innombrables moulins à prières. Nous en avons d’ailleurs pris l’habitude et, au bout d’un moment, il devient difficile d’y résister. 🤣
    Arrivés à Langmusi, notre maigre culture bouddhiste est rapidement mise à l’épreuve. À l’intérieur des monastères, nous reconnaissons quelques Bouddhas, puis les choses se compliquent: aux figures sereines s’ajoutent des divinités aux multiples bras, des personnages féroces, des créatures animales et même des figures qui semblent tout droit sorties de l’hindouisme. Nous apprenons que le bouddhisme tibétain s’est nourri du tantrisme indien, dont il a repris et transformé certaines divinités, avant d’intégrer également d’anciennes croyances tibétaines et des esprits locaux.
    Les personnages les plus inquiétants sont souvent des protecteurs du Dharma. Malgré leur apparence terrifiante, ils ne sont pas comparables aux démons de notre tradition occidentale. Leurs crocs, armes, crânes et expressions féroces représentent la force nécessaire pour combattre l’ignorance et les obstacles à l’éveil.
    Un panthéon foisonnant où Bouddhas, divinités indiennes, animaux mythologiques et esprits des montagnes cohabitent. Comme quoi, les grandes religions ne remplacent pas toujours ce qui les précède; elles s’en enrichissent et se l’approprient.
    Jusqu’ici, tout va bien. La météo est au beau fixe, la route est ouverte et nous continuons à prendre de l’altitude et à nous émerveiller de la cuisine et de la culture locales.
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