Xining, carrefour des mondes
October 5 in China
☀️ 15 °C
Nous avons décidé de rester encore un peu pour visiter Xining, capitale de la province du Qinghai, et tout faire tenir dans une seule journée. Du bouddhisme tibétain à l’islam hui et la culture tibétaine:
西宁海湖新区美居酒店 → 塔尔寺 – Ta’er / Kumbum
Nous quittons notre hôtel pour prendre la direction du sud, vers le monastère de Kumbum, ou Ta’er Si en chinois, à environ 35 km.
Kumbum est l’un des six grands monastères de l’école Gelug, les «bonnets jaunes» du bouddhisme tibétain. Le lieu est intimement lié à Tsongkhapa, fondateur de cette école, né ici en 1357. Une première stupa aurait été érigée en 1379 à l’endroit de sa naissance, puis le monastère s’est développé autour d’elle à partir du XVIe siècle. D’où son nom chinois: Ta’er Si, littéralement le monastère de la pagode.
La Golden Week laisse des traces, même si tout ce petit monde reste très civilisé. Nous découvrons surtout que la notion chinoise de distance de sécurité intime est sensiblement plus mince que la nôtre.
Devant nous, une masse compacte en mouvement constant. Inutile de chercher son chemin: il suffit de se laisser emporter par le courant.
L’entrée est gratuite pour les plus de 60 ans, comme dans beaucoup de sites que nous avons visités jusqu’ici. Nous avons donc toujours nos passeports sur nous, au moins en photo. Le respect des anciens reste bien ancré en Chine!
Pas qu’on nous laisserait passer devant, ça non. Faut pas pousser.
Ou plutôt si, justement.
Nous apprenons donc rapidement les règles locales de navigation en milieu dense: anticiper le mouvement, repérer les espaces vacants, profiter d’une ouverture et se placer en position avantageuse devant une statue de Bouddha ou un moine tibétain à l’œil bienveillant.
Finalement, une foule chinoise fonctionne un peu comme un rond-point sans marquage au sol: de loin, on se demande comment cela peut marcher. Une fois dedans, ça marche très bien.
Quant aux petites manifestations corporelles que nous nous efforçons généralement de contenir en milieu dense sous nos latitudes, elles semblent ici vécues avec beaucoup plus de naturel. Chacun vaque à ses occupations et, manifestement, personne n’y prête grande attention.
Mais au-delà de la foule, nous sommes surtout impressionnés par la dévotion et l’application avec lesquelles la quasi-totalité des visiteurs accomplit les rituels devant les statues et les objets sacrés. La Chine a beau être profondément marquée par le confucianisme et avoir traversé quelques décennies plutôt mouvementées avec la religion, dans les cœurs, certaines croyances semblent n’avoir jamais vraiment disparu.
塔尔寺 → 东关清真大寺 – Mosquée Dongguan
Changement complet d’univers.
Nous rejoignons la grande mosquée Dongguan, cœur historique de la communauté musulmane hui de Xining. À notre arrivée, c’est l’heure de la prière. Les non-croyants que nous sommes restent donc respectueusement en retrait. La mosquée est toujours un véritable lieu de culte, pas un décor destiné aux visiteurs.
Mais les ruelles commerçantes qui l’entourent valent à elles seules le détour.
À Xia Nanguan et dans les rues voisines, étals et petites échoppes débordent de brochettes, viande de mouton, nouilles tirées à la main, pains, pâtisseries, fruits secs et autres spécialités hui. Ici, le marché n’a rien d’une vitrine aseptisée: ça cuisine, ça négocie, ça mange, ça circule et ça klaxonne quelque part derrière.
Quelques centaines de mètres suffisent pour passer du Tibet bouddhiste à la Chine musulmane et la cohabitation semble très bien fonctionner..
东关清真大寺 → 青海藏文化博物院 – Musée de la culture et de la médecine tibétaines
Et là, nous prenons une claque (et perdons Margrit pendant quelques heures entre les illustrations 😂)
Nous commençons par le musée de la médecine tibétaine. Une tradition dont les racines remontent à près de deux millénaires et dont la grande synthèse, les Quatre Tantras médicaux, remonte au VIIIe siècle.
Devant nous, des dizaines de thangkas médicaux reproduisent un extraordinaire atlas du corps et de la maladie. Les 80 planches présentées regroupent quelque 6’480 petites illustrations: anatomie, organes, symptômes, plantes médicinales, diagnostics, traitements, instruments chirurgicaux, mais aussi influences des saisons, de l’alimentation, de l’environnement et de l’astrologie. Une médecine où le corps humain n’est jamais vraiment séparé du monde qui l’entoure.
Puis nous passons juste à côté, dans le musée consacré plus largement à la culture tibétaine.
Nouvelle claque.
Les deux musées réunissent aujourd’hui des dizaines de milliers d’objets et documents consacrés à la médecine, à la calligraphie, aux arts, aux croyances, aux objets quotidiens et aux traditions du plateau tibétain.
Et puis il y a les vêtements.
Une créativité, une richesse de couleurs et une variété que nous étions loin d’imaginer. Chaque région, parfois chaque vallée, semble avoir développé ses propres codes: formes, coiffes, bijoux, broderies, superpositions de tissus, peaux et couleurs.
À côté, nous passons pour de sobres souris grises dotées de bien peu d’imagination vestimentaire.
Bon, il faut reconnaître qu’ils avaient du temps pendant les longs hivers des hauts plateaux. Mais ces vêtements avaient aussi une fonction très concrète: protéger du froid, du vent et des écarts considérables de température. La grande robe tibétaine pouvait servir de manteau le jour, être portée différemment lorsque la température montait et devenir pratiquement une couverture lorsque la nuit tombait. Le vêtement était protection, identité, statut social et parfois patrimoine familial à lui tout seul.
Nous étions venus voir un musée. Nous en ressortons avec l’impression d’avoir entrouvert la porte d’une civilisation.
青海藏文化博物院 → 西宁海湖万达广场 – Haihu Wanda Plaza
Place au shopping.
Deux ou trois trucs à remplacer et, peut-être aussi, l’envie de nous retrouver quelques heures dans un environnement qui nous est familier et que nous pensons maîtriser.
Enfin, «familier» est vite dit.
Le shopping mall est gigantesque. Nous avons l’impression qu’on pourrait y caser assez facilement une petite ville suisse. Allez, Morges par exemple. Le tout sur cinq étages, sans compter les parkings en dessous.
Et nous entrons avec Nomade.
Aucun problème.
2,60 mètres de hauteur sous plafond.
西宁海湖万达广场 → 唐道637 – Tangdao 637
Quelques minutes plus loin, changement d’ambiance.
Tangdao 637 est un immense ensemble commerçant et piétonnier mêlant boutiques, restaurants et espaces de promenade.
Et quand je dis immense, la zone des restaurants nous donne l’impression d’avoir à peu près la taille du vieux Carouge.
Notre troisième bouillon chinois nous attend.
Cette fois, nous nous y prenons comme des pros.
C’est tout juste si nous acceptons le tablier de protection en le regardant avec un léger dédain. Nous avons désormais de l’expérience.
Bon.
Nous n’avons absolument rien compris à la carte.
Mais le service a la bonté de nous fournir des images et une traduction, et quelques minutes plus tard arrivent bouillon, viande, légumes, pâtes et champignons.
Nous sommes peut-être encore incapables de lire le menu, mais nous savons désormais quoi faire lorsqu’une marmite bouillante apparaît au milieu de la table.
Le progrès se mesure parfois à peu de chose.
唐道637 → 西宁海湖新区美居酒店
Bien plus tard à travers une ville illuminée, retour à l’hôtel.
Bouddhisme tibétain, islam hui, médecine millénaire, costumes improbablement colorés, foule de Golden Week, shopping mall format mégapole et bouillon chinois: nous rentrons à l’hôtel comblés.Read more







































Traveler
😋
TravelerOh ja sehr fein und vielseitig