• Au pays des Tibétains Gyalrong

    October 12 in China ⛅ 18 °C

    Trois jours à travers les montagnes et les vallées du Sichuan occidental, où les paysages changent presque aussi vite que les noms des villages, et où nous nous enfonçons un peu plus dans un monde tibétain à la fois étrange et familier.
    Pour commencer, nous quittons Songpan pour les immenses prairies de Hongyuan, à plus de 3’000 mètres d’altitude, où la première neige nous attend. Elle recouvre ces étendues à perte de vue et donne au paysage un air féerique, presque irréel, tout droit sorti d’un jeu vidéo. Puis les prairies cèdent progressivement la place aux montagnes, les vallées se resserrent et nous descendons vers Barkam, capitale de la préfecture autonome tibétaine et qiang d’Aba.
    Nous entrons dans le pays des Gyalrong, une population tibétaine dont la langue, les traditions et surtout l’architecture se distinguent de celles rencontrées jusqu’ici. Toujours beaucoup de monastères, mais surtout des maisons de pierre qui ressemblent à de petites forteresses, avec leurs murs massifs, leurs fenêtres encadrées de couleurs vives et leurs portes et balcons ornés de boiseries finement sculptées. Un mélange de robustesse et de fantaisie fascinant.
    Nous visitons la résidence des anciens chefs locaux, les tusi, un étonnant mélange de château fort et de palais tibétain. Juste à côté, le village de Xisuo, avec ses maisons de pierre serrées les unes contre les autres, ses ruelles étroites et ses boiseries colorées, où la vie semble suivre tranquillement son cours.
    Nous poursuivons vers Jinchuan, par une route qui serpente au-dessus de la rivière Dadu, entre falaises, villages, potagers et champs de maïs encore sur pied, le tout baigné dans une fantastique lumière automnale. Par endroits, la route est si étroite qu’on espère ne croiser personne au prochain virage 🫣. Et comme si cela ne suffisait pas, elle est en travaux sur une bonne partie des quelque 80 kilomètres. Notre GPS nous annonce successivement qu’elle est fermée, ouverte, puis de nouveau fermée, avant de nous proposer un détour de près de 180 kilomètres 🤪. On verra bien. Si ça ne passe pas aujourd’hui, on trouvera toujours un endroit où passer la nuit.
    À une trentaine de kilomètres de Danba, nous nous arrêtons au monastère de Jiarong Yungdrung Lading Guangfa (vraiment?), un ancien centre religieux du pays tibétain Gyalrong, dont l’histoire est pour le moins mouvementée.
    Nous sommes chaleureusement accueillis par les moines, qui nous font visiter les lieux et nous😉 racontent leur histoire, avec l’aide des traducteurs de leurs propres téléphones 😄. Eh oui, sous chaque robe monastique se cache apparemment un smartphone, et nos hôtes semblent parfaitement à l’aise avec les dernières technologies.
    Le monastère trouve ses origines dans le Yungdrung Bön, une tradition religieuse tibétaine aux racines prébouddhiques. Selon le récit local, sa fondation remonterait à près de 2’000 ans. Longtemps important centre spirituel, il traverse les siècles au gré des rivalités religieuses et politiques. Transformé en monastère de l’école Gelug au XVIIIe siècle, puis malmené pendant la Révolution culturelle chinoise (1966–1976), sous Mao Zedong, il a depuis été reconstruit et renoue avec son héritage bön. Une histoire compliquée, que nos hôtes nous racontent avec une patience et une gentillesse remarquables.
    Au moment de prendre congé, les moines nous invitent à déjeuner dans la cour du monastère avec les familles qui vivent encore dans l’enceinte. Un moment d’une simplicité désarmante, entre sourires, conversations approximatives et curiosité réciproque. Nous repartons passablement émus et les bras chargés de nourriture, que nous offrirons à notre tour au fil de la route. Une belle manière de prolonger cette générosité spontanée.
    Difficile de rendre justice à ces paysages et à ces villages en quelques images, d’autant que les photos sont interdites dans la plupart des temples. Plus difficile encore de décrire ce que nous ressentons devant ces immensités, ces vallées perdues et surtout ces rencontres inattendues, où l’on nous accueille à bras ouverts, avec une spontanéité et une générosité qui nous laissent parfois sans voix. En venant, nous nous attendions à quoi au juste ? Dans tous les cas, nous repartirons avec bien plus 😉.
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