• J339, Au sommet du Volcan

    Apr 21–23 in Montserrat ⋅ 🌙 26 °C

    À 8 h, nous retrouvons Ozie comme prévu. Un grand sourire pour nous accueillir dans son bolide blanc, une jeep aux pneus gigantesques. On reconnaît le côté américain !

    Il nous raconte son île, comment Montserrat s’organise : un gouvernement autonome, mais sous la direction du Royaume-Uni. Ils font partie du Commonwealth. Pour lui, cependant, le Royaume-Uni ne les aide pas suffisamment ; ils pourraient en faire plus. Selon lui, les territoires d’outre-mer sont des pions sur l’échiquier politique des pays « colonisateurs ». Il ne le dit pas avec colère, mais comme un constat.

    Puis vient bien entendu le sujet de la culture locale et, bien sûr, de Soufrière Hills, le volcan de l’île. Pendant des siècles, la capitale Plymouth s’est développée à ses pieds, mais en 1998, une série d’explosions a contraint à déloger la capitale, qui aujourd’hui est complètement détruite sous des mètres de cendres. Pour cette raison, on l’appelle la Pompéi moderne.

    Il nous emmène jusqu’à l’observatoire de volcanologie, construit justement pour surveiller l’activité du volcan à la fin des années 90, anciennement géré par Antigua. Là-bas, nous sommes encore une fois très bien accueillis. Tout le monde se connaît : l’île est en fait un grand village. Nous regardons un film qui explique l’histoire et la catastrophe qu’a subie l’île il y a une trentaine d’années.

    Nous avons pris de l’altitude et observons à présent une superbe vue sur le volcan. À travers des jumelles, les coulées de cendre et les gravats gris rappellent son activité et contrastent avec le verdoyant de l’île. La beauté et la violence de la nature réunies.

    Nous remontons en voiture, direction la zone d’exclusion. Des autorisations sont nécessaires pour y accéder ; des gardiens nous ouvrent le portail qui permet d’atteindre l’ancienne capitale. Nous faisons plusieurs arrêts où Ozie nous parle des plantes : il en connaît toutes les vertus. Au fil de notre balade, il nous cueille des feuilles pour nos tisanes (manguiers, goyave, corossol…).

    Plus nous nous enfonçons dans la zone, plus la couche de cendre s’épaissit. Une fine poussière sombre se décolle de la route, posée partout ; les arbres en sont recouverts. On voit des bâtiments de cinq étages dont seul le dernier dépasse. Au fil des années, la nature a repris ses droits : certains bâtiments sont complètement enfouis sous les cendres et la végétation. C’est impressionnant !

    Une ambiance presque mystique, un décor apocalyptique mais splendide : une montagne verdoyante avec le volcan en arrière-plan. Ozie nous montre des photos de Plymouth avant l’éruption, c’est à peine croyable…

    Pendant l’éruption principale, 19 personnes sont décédées. Les lieux avaient été évacués, mais les scientifiques avaient mis en alerte la population depuis si longtemps que certains étaient retournés vivre aux abords du volcan. L’activité volcanique, bien que surveillée, reste très difficile à prédire.

    En repartant, nous faisons un arrêt à une plage pour nous baigner. Au moment où nous arrivons, un bateau jette l’ancre : ce sont Antoine et Emilia, nos amis rencontrés à Saba. Ils se sont arrêtés deux jours à Nevis et passent une nuit ici avant de partir pour la Guadeloupe. Avec Malo, nous partons à la nage à leur rencontre : quel timing !

    Ils ont fait une bonne navigation. On se dit qu’on dîne ensemble ce soir. À notre retour à bord, nous changerons de mouillage pour les retrouver. À tout à l’heure !

    Ozie rigole en nous voyant revenir. Il nous dit : « Vous êtes des aventuriers à partir nager si loin ! Jamais je n’irais dans l’eau comme ça, les poissons pourraient vous attaquer. » On rigole. Entre-temps, on a appris que c’était un musicien, une star locale. Je lui dis que, pour nous, c’est notre quotidien d’être sur l’eau, mais qu’imaginer chanter sur scène serait impossible. Chacun ses aventures !

    Notre journée continue : il nous emmène dîner dans un petit restaurant local. Mais avant ça, il nous amène chez lui : on rencontre sa femme. Ils ont une belle maison, très américaine ! Là encore, Ozie nous fait visiter son jardin et nous récolte des mangues, des feuilles de moringa et des pois d’Angole. On est gâtés.

    Nous arrivons ensuite au restaurant : on se régale de jus frais et de produits caribéens cuisinés avec amour. Chaque personne que nous croisons s’assure que nous passons un bon moment à Montserrat. C’est superbe, merci.

    Pour terminer notre visite, nous partons vers l’aéroport, mais avant, Ozie s’arrête, monte le volume de la radio… Et là, nous entendons nos deux prénoms dans la bouche du présentateur : « Welcome to Camille and Malo! Welcome to Montserrat! » On rigole : Ozie leur a écrit pour demander une dédicace. On s’en souviendra 🫶

    Direction la dernière étape : l’ancien aéroport, lui aussi recouvert de cendres, de l’autre côté du volcan. La route sillonne dans la montagne, c’est sublime : des forêts immaculées, pas d’humain à l’horizon. La nature a repris ses droits. Il y a même des ânes et des cochons sauvages. Ozie nous conseille de ne pas venir ici la nuit, au risque de se faire charger par des animaux redevenus sauvages.

    Il nous ramène à bon port en nous offrant même deux gallons d’essence (car nous n’avions plus d’espèces). C’était une superbe journée, merci !

    Bien fatigués, mais la journée continue : nous levons l’ancre pour rejoindre nos amis. Nous déroulons le génois et, en moins d’une heure, atteignons un mouillage plus au sud, encore une fois dans un superbe décor. En navigation, j’ai préparé un crumble pour le dîner avec les mangues glanées grâce à notre guide.

    Les lumières du soir sont belles. On entend Emilia et Antoine rentrer : eux aussi étaient en vadrouille à terre. Ce soir, vous dînez chez nous ! On prépare des nouilles aux légumes avec les pois du jardin d’Ozie, suivies du crumble. On se régale et on passe une très bonne soirée.

    On est contents de s’être rencontrés. On devrait se suivre encore quelques jours : ils ont les mêmes projets de navigation que nous entre la Guadeloupe et les Saintes.

    Eux partent demain, mercredi, en Guadeloupe. Après vérification météo, on va faire pareil : le vent est bon, et les jours suivants, une pétole est annoncée. Ça y est, c’est le moment de mettre les voiles pour la Basse-Terre. Je ne réalise pas !

    Le lendemain, à notre réveil, nous sommes invités à petit-déjeuner chez Emilia et Antoine. Encore une fois, on ne voit pas le temps passer. On discute de leurs aventures en Grèce, où ils ont beaucoup navigué, mais aussi de la vie en bateau : comment concilier travail, navigation, famille, amour… De grands sujets !

    Mais à quelques jours de rentrer et de terminer notre boucle entamée il y a presque un an, ce sont des sujets très concrets pour nous : trouver notre nouvel équilibre, sur l’eau ou sur terre.

    Avant de partir, nous faisons une plongée : Malo et moi en bouteille, Emilia et Antoine en apnée. La visibilité est incroyable. Les récifs, assez jeunes, sont vivants ; des tortues nagent sur du sable noir. On sent parfois des courants chauds, sûrement liés au volcan.

    On repère quelques poissons-lions et on les montre à Antoine, qui arrive avec sa foëne pour les chasser. La bonne équipe ! De retour en surface, on se partage le butin : un gros poisson-lion pour chaque couple.

    De retour sur Noam, nous préparons le bateau ainsi que le repas. Notre frigo ne fonctionne plus depuis quelques jours, alors pas de temps à perdre pour cuisiner le poisson : au four avec quelques herbes !

    Une fois repus, nous levons l’ancre. Emilia et Antoine sont partis il y a une heure. Nous avons 45 milles à parcourir ; nous devrions arriver dans la nuit sur l’île papillon.

    Je suis un peu chamboulée au moment du départ. Il nous reste encore quelques jours sur l’eau, mais je ne peux m’empêcher de penser à la fin de cette aventure mémorable. Malo, lui, est toujours plus dans l’instant présent, ça me recentre. On y est encore. Regardons ce beau coucher de soleil, toutes voiles dehors, le bruit des clapotis sur la coque. Profitons du calme.

    Le vent se stabilise après avoir passé le volcan de Montserrat : un travers confortable, direction le mouillage de Malendure, sur la côte sous le vent de la Guadeloupe. Ça y est à 1h du matin sous un beau ciel étoilé nous mettons l'ancre à Malendure ✨️
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