• Camille Creignou
  • Camille Creignou

Vag'abond dans les Caraïbes

Le 16 mai, nous levons les voiles avec Malo pour un voyage de 1 an autour de la mer des Caraïbes au départ de la Guadeloupe. Nous allons vous partager notre voyage mais aussi l'aventure associative de Vag'abond expeditions ! ⛵️ Okumaya devam et
  • J138, Cayo Cuervo

    13 Ocak, Küba ⋅ ☀️ 25 °C

    Aujourd’hui, on s’autorise un réveil un peu plus tardif : à 7 h, on émerge de nos rêves. La nuit a été un peu ventée mais peu houleuse, et l’ancre, bien plantée dans le sol sableux, n’a pas bronché.

    Après notre café quotidien, dont les grains moulus à la main font désormais partie de nos rituels, nous préparons le départ : fermeture des vannes, préparation des bouts, sécurisation du moteur de l’annexe, installation du pilote…

    Le vent a un peu tourné par rapport à hier. Nous allons mettre du temps à atteindre Cayo Cuervo. Vent dans le nez, c’est parti pour faire quelques bords. Heureusement, aujourd’hui le ciel est bleu et nous avons le temps. Deux cormorans accompagnent notre sortie du mouillage, de véritables oiseaux-poissons. Ils ne volent pas très bien et coulent lorsqu’ils sont posés sur l’eau, mais leur aérodynamisme lors de leurs plongeons est indéniable.

    Je me hisse à la proue du bateau afin de guetter d’éventuelles remontées non signalées sur la carte. Nous arrivons à rejoindre la ligne de fond sans encombre, avec la grand-voile pleine et un appui moteur. On déroule rapidement le génois et on éteint le moteur : Noam gîte bien, au près serré. On avance, mais pas dans la bonne direction… De bord en bord, on va y arriver doucement. Les 22 milles qui nous séparent de notre prochain point risquent d’être un peu longs !
    Hier soir, je me suis d’ailleurs amusé à compter combien de milles nous avions parcourus depuis le début de notre voyage en mai 2025 : 3 250 milles nautiques ! Ça commence à faire 🥹 On se remémore le départ, où 20 milles nous semblaient être de grosses navigations… On a vite pris le pli !

    La navigation se passe bien. On tire quand même cinq bords pour essayer de limiter au maximum l’usage du moteur. On termine seulement les neuf derniers milles avec un appui moteur. Haut dans le ciel, des frégates chassent. On dirait qu’elles nous escortent. Elles ne sont pas tendres entre elles : quand l’une attrape un poisson, une autre l’attaque pour tenter de lui voler sa proie.

    Malgré son bras encore un peu faible, Malo ne peut pas s’empêcher de mettre la ligne à l’eau. Et tout à coup, elle s’emballe : ça tire fort. Pour éviter que Malo ne force trop, je me mets à remonter. La canne est bien penchée… Mais ça finit par décrocher, sûrement un gros thazard !
    Peu de temps après, la ligne sonne encore. Cette fois-ci, Malo remonte un superbe thazard aux couleurs arc-en-ciel 🌈

    On espère retrouver les copains ce soir, car notre frigo est rempli de poissons ! Il nous reste encore pas mal du dernier thon que nous avions pêché. Ce soir, dîner partagé autour de bons poissons !

    À 15 h, nous atteignons Cayo Cuervo, où nous retrouvons le bateau de Noémie et Jules, ainsi que celui de Lionel et Yamilé. C’est chouette de revoir du monde ! On se programme un dîner avec Noémie et Jules ce soir : pad thaï de thon frais au menu.

    Avant cela, on file en annexe pour une découverte des lieux et un petit snorkeling !
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  • J142, Cayo Chocolat

    17–18 Oca, Küba ⋅ ☁️ 26 °C

    Après trois journées à Cayo Cuervo, nous reprenons la mer ce samedi en direction de Cayo Chocolat. Nous poursuivons nos sauts de puce vers Santiago de Cuba.

    À Cayo Cuervo, nous avons dit au revoir à Noémie et Jules. Ça y est, nos chemins se séparent : ils sont partis pour Santiago avant de filer vers les Bahamas. On espère les revoir en France, comme les Blues Moana en Suisse, ces bons copains de route ✨️

    Nous avons bien profité du kayak pour explorer les mangroves de notre dernier mouillage. Une journée de pétole nous a offert l’occasion idéale de pagayer. Nous avons porté le kayak à travers une petite passe pour rejoindre l’autre côté de la mangrove. L’eau y était plus claire, d’un turquoise sublime. Plus de 6 km de kayak, une très belle balade !

    La blessure de Malo cicatrise très bien ! Il n’en fallait pas plus pour qu’il pique une tête afin d’attraper une langouste pour le dîner.

    Globalement, nous sommes un peu surpris par les fonds marins des Jardins de la Reine jusqu’à présent. Peu de tombants, des récifs recouverts d’algues brunes… On est davantage sur un écosystème de mangroves, alors que nous espérions des récifs plus profonds (ça attendra la République Dominicaine). Ça nous change ! En revanche, les langoustes sont présentes en très (très) grand nombre !! Lionel et Yamilé, nos amis du Rebelle, sont de véritables chasseurs compulsifs et fréquentent les Jardins de la Reine presque exclusivement pour cela. En quittant le mouillage, ils avaient 40 kg de queues de langouste dans leur congélateur ! Nous n’abusons donc pas de la pêche et de la chasse ici, estimant que les fonds ont déjà été un peu trop exploités 😅

    Une fois le Rebelle et Zoan, le bateau de Jules et Noémie, partis, deux autres bateaux sont arrivés au mouillage. Un monocoque avec à son bord une famille franco-roumaine de cinq personnes, qui nous a accueillis pour un apéro un soir, et un catamaran avec un couple de Canadiens très sympathiques. Nous avons d’ailleurs profité avec gourmandise de leur connexion internet.

    Vendredi, un vent de sud-ouest soutenu soufflait sur le mouillage : le temps idéal pour rester à bord avec une connexion. Chacun sur nos ordinateurs, nous avons mis à jour nos CV, travaillé un peu sur l’asso et commencé à regarder de plus près notre futur. Eh oui, le retour se rapproche de plus en plus… C’est à la fois excitant d’envisager les retrouvailles et de nouveaux projets, mais aussi un peu angoissant quand on pense à un retour à une vie « normale ». Enfin, chaque chose en son temps !

    Ces trois jours à Cayo Cuervo se sont écoulés tranquillement entre baignades, vols de drone depuis la plage, kayak et développement photo…

    Et ce samedi, une fois le coup de vent passé, nous levons l’ancre à 7 h pour continuer notre route vers l’est : Cayo Chocolat (un nom qui plaît beaucoup à Malo !).

    Le vent est au travers, toutes voiles dehors, avec 23 milles à parcourir. Nous naviguons à l’intérieur des Jardins, toujours seuls sur l’eau. Le vent tombe à 7 milles de l’arrivée et nous devons allumer le moteur pour terminer la navigation sur une mer calme, sous un ciel légèrement nuageux.

    Nous atteignons ce nouveau mouillage entouré de mangroves et partons rapidement explorer les environs. C’est encore une fois très riche : des nids de cormorans, des arbres remplis de frégates, des rapaces protégeant leurs nids… Nous restons aussi un moment à observer une famille de rongeurs particulièrement mignons, proches des agoutis. Les cassiopées, ces méduses de mangrove qui reposent tête en bas sur le sol en symbiose avec des algues, magnifient la vase de leurs couleurs bleues et vertes.

    Nous avons prévu de passer deux nuits ici avant de poursuivre notre route. Nous sommes toujours seuls au mouillage. Ces endroits sans présence humaine, sans connexion, totalement coupés du monde, sont rares ✨️
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  • J145, Cayo Orihuela et Granada

    18–21 Oca, Küba ⋅ ☀️ 27 °C

    Nous sommes à Cayo Chocolat. Nous nous apprêtons à passer notre seconde nuit ici, avec un départ aux aurores le lendemain pour Cayo Granada. Mais à la fin du dîner, le vent et la houle se lèvent. Ce mouillage n’est pas très protégé, et nous allons vite nous en rendre compte. On a l’impression d’être en navigation : la houle soulève la proue du bateau. L’alarme de mouillage se déclenche sur mon téléphone… on dérape !

    Pas de panique : nous n’avons pas de cailloux derrière nous. Malo allume le moteur pendant que je vais à l’avant pour remonter la chaîne. Je lui indique l’orientation à prendre afin qu’il m’aide avec un appui moteur. Le vent souffle fort, mais je parviens à remonter l’ancre, qui revient couverte de vase. Les mouillages des Jardins de la Reine sont souvent très vaseux à cause des mangroves, et avec la houle, cette vase ne permet pas un bon maintien de l’ancre. Nous tentons de la remettre, mais nous dérapons à nouveau… On se consulte : allez, on part en navigation. De toute façon, ici nous ne sommes pas abrités ; autant passer la nuit en mer plutôt que de continuer à déraper.

    Dans la pénombre, nous préparons le bateau. Notre rituel est bien rodé et nous permet de partir rapidement. Cap sur Cayo Granada. Nous sommes prévoyants : trois ris dans la grand-voile, un peu de génois, et c’est parti. Le bateau file bien, vent de travers. Je ne tiens pas longtemps et m’endors rapidement sous un magnifique ciel étoilé pendant que Malo assure la veille. Finalement, à 2 h 30, nous décidons de nous arrêter avant Cayo Granada : le vent est retombé. Nous mouillons à Cayo Orihuela. Ce n’est pas simple de se repérer dans l’obscurité, mais nous y arrivons. Cette fois, le bateau est bien à l’abri et solidement ancré. Il est temps de dormir !

    Le lendemain, nous émergeons tranquillement et découvrons une nouvelle mangrove. Nous ne tardons pas à lever l’ancre pour reprendre le cap sur Cayo Granada. Nous atteignons rapidement ce nouveau mouillage, bien abrité, protégé par un récif. Nous nous équipons pour une session snorkeling : une épave est signalée sur le mouillage. La visibilité est vraiment mauvaise, mais nous faisons tout de même le tour de l’épave, qui abrite une jolie biodiversité. Puis nous repartons explorer la mangrove — ça devient notre spécialité ! Les racines brunes des palétuviers teintent l’eau d’une belle couleur bordeaux. Le coucher du soleil amène son lot de moustiques : nous rentrons nous abriter à bord. Ce soir-là, on ne fait pas long feu, un peu éprouvés par la nuit précédente.

    Le lendemain, nous prenons notre temps. Malo pose de nouveaux rivets pour renforcer l’attache de la bôme, qui commençait à montrer des signes de faiblesse. Nous lisons tranquillement sur un mouillage rien que pour nous : c’est royal.

    En début d’après-midi, nous préparons le bateau. Direction la côte de Cuba, à Pilón. Nous avons 80 milles à parcourir. Au large, nous observons des moutons sur l’eau : il va y avoir du vent !

    Nous partons à 14 h 30 avec le génois plein. Le vent soutenu nous oblige rapidement à le rouler et à prendre deux ris dans la grand-voile. La houle nous fait surfer et nous maintient à 7 nœuds — on a l’impression de voler ! Nous écoutons un podcast, Écologie et résistance, sur l’agriculture et son évolution. Des podcasts, on en aura écouté pendant ce voyage…

    Nous pensions que le vent allait s’atténuer, mais il continue de bien souffler. Nous n’avons pas d’anémomètre, mais nous estimons au moins 35 nœuds. Nous décidons de prendre un troisième ris. Malo se hisse sur la bôme pour passer le bout du ris 1 sur le troisième ris : toujours un peu périlleux, mais tout se déroule bien, juste au coucher du soleil. Nous sommes au grand largue, avec un vent toujours soutenu. La houle nous secoue et nous arrose généreusement. Dans la nuit, nous observons l’écume blanche des vagues derrière le bateau. À minuit, nous hésitons à nous arrêter à Cabo de la Cruz. Ce cap, situé sur la côte, nous permettrait de nous abriter du vent pour la nuit.

    Finalement, nous décidons de continuer. La houle retombe un peu à l’approche de la côte et nous voulons profiter du vent pour avancer vers l’est et gagner du terrain. Cette zone est souvent déventée, autant tirer parti de ces conditions pour arriver à bon port.

    Le ciel est majestueux : les étoiles sont parfaitement visibles. Nous sommes presque à la nouvelle lune, il ne reste qu’un fin sourire doré. Nous devons arriver au petit matin à Pilón.

    La nuit se passe bien et vers 6 h, nous apercevons Pilón. Finalement, nous décidons de pousser jusqu’à Marea del Portillo, un mouillage situé à 6 milles de là, qui nous semble plus joli. Une belle plage et des montagnes aux strates colorées nous accueillent. Nous mouillons dans un endroit magnifique ! Nous retrouvons le catamaran des Canadiens rencontrés à Cayo Cuervo. Il est temps d’aller se reposer : la navigation a été un peu sportive !
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  • J148, Marea del Portillo

    21–23 Oca, Küba ⋅ ☀️ 28 °C

    Nous arrivons donc à Marea del Portillo de bon matin, une jolie baie bien protégée, nichée entre les mangroves. Nous ne sommes que deux bateaux au mouillage. Après un peu de repos suite à notre navigation, nous prenons l’annexe pour aller découvrir le petit village.

    Nous atteignons une petite plage où sont amarrées cinq barques de pêche en bois. Un petit ponton, fait de quelques planches, nous permet de mettre pied à terre. À peine arrivés, nous croisons Martine et Patrick, le couple de Canadiens rencontrés aux Jardins de la Reine. Tout sourire, ils nous racontent être arrivés il y a quelques jours et être tombés amoureux de ce village où les habitants sont adorables et viennent spontanément discuter. Ils reviennent d’une balade à cheval dans la montagne qui se dresse devant nous, dont les pentes recouvertes d’herbes sèches et de palmiers prennent une teinte dorée sous le soleil. Cela nous donne encore plus envie d’aller à la rencontre des habitants.

    Nous commençons à nous balader sous un soleil de plomb, sur de petits chemins de terre battue. Les maisons sont très sommaires mais bien entretenues : on sent que les habitants en prennent soin. Aucun bruit de moteur, seulement quelques chevaux que nous croisons, transportant sur leur dos ou dans des charrettes des provisions et des personnes.

    Rapidement, Joséphine vient à notre rencontre. Elle habite une maison à l’angle de la plage et se charge de l’entrée des bateaux dans la baie. Comme nous sommes seulement de passage, en route vers Santiago, nous n’avons pas besoin de démarches particulières. Joséphine nous souhaite la bienvenue et nous propose de faire notre lessive si besoin — et justement, nous avons du linge sale ! Lorsque nous lui demandons le prix, elle ne nous répond pas vraiment : nous comprenons qu’il n’y a pas de tarif fixe, à nous d’estimer, ou même de proposer du troc (médicaments, vêtements, outils…).

    Dans ce petit village d’environ mille habitants, il n’y a pas de boutiques. Pour pallier cela, plusieurs habitants proposent à la vente quelques produits de base : pâtes, farine, riz… L’unique point de vente officiel ne permet de payer que par carte bancaire ou en dollars ou euros. Plusieurs habitants nous expliquent cela, et nous avons du mal à comprendre. En réalité, ce magasin ne leur permet pas d’acheter les produits essentiels, car la plupart des Cubains n’ont ni carte ni devises étrangères, seulement des pesos. Nous allons donc beaucoup pratiquer le troc et vider pas mal d’objets que nous n’utilisons plus à bord.

    Joséphine nous offre du basilic frais et des oignons, puis nous conseille d’aller déjeuner dans un petit restaurant sur la rue principale du village. Elle décroche son téléphone fixe — à l’ancienne ! — et appelle son amie du restaurant pour vérifier s’il y a de quoi manger. C’est bon. Elle nous explique le chemin ; nous montons jusqu’à la route principale, unique voie bétonnée de la zone. Sur la route, Milady, la gérante du restaurant, nous interpelle :
    « C’est par ici ! »

    Nous arrivons dans un petit restaurant bien entretenu, aux toits de paille. Nous sommes seuls, mais très bien accueillis. Deux femmes sont là pour nous servir ; elles dressent une jolie table et nous dégustons un excellent repas : du cochon pour Malo, une tortilla pour moi, accompagnée de concombre et du traditionnel riz aux haricots noirs. À la fin du repas, Milady s’assoit près de nous et discute. Elle nous demande depuis combien de temps nous voyageons, comment se passe la vie à bord… Elle nous offre deux beaux concombres de son jardin et un gros sac de caramboles — c’est la saison ! Lorsque nous demandons le prix, elle nous répond que c’est un cadeau. Une générosité à laquelle nous serons confrontés très souvent ici.

    Elle nous montre ensuite son chien, attaché à une corde un peu courte, et nous demande si nous aurions une corde plus longue. Nous regardons ce que nous avons à bord. Je m’assure tout de même qu’elle le libère de temps en temps : oui, il n’a pas l’air malheureux. Nous lui demandons également où il serait possible de monter à cheval. Son fils a des chevaux ; sans hésiter, elle décroche son téléphone et l’appelle. Une balade est programmée pour le lendemain matin à 8h30. Ici, tout est simple ✨️

    Nous lui parlons aussi de notre association et de notre envie de profiter de notre séjour pour intervenir dans une école. La personne qui aide en cuisine est également institutrice pour les tout-petits. Aucun souci : ils nous accueilleront avec plaisir. Nous passerons voir l’école le lendemain pour nous organiser et découvrir les lieux !

    En continuant notre balade, une jeune femme nous demande si nous avons besoin d’œufs ou d’autres fruits et légumes. Pourquoi pas : nous lui proposons de la revoir le lendemain. Elle ne souhaite pas d’argent, mais plutôt des vêtements ou des médicaments. Un peu plus loin, notre attention est attirée par un cochon en train de rôtir sur une broche dans un jardin. La femme de la maison nous aperçoit et nous fait signe :
    « ¡Es por aquí! » (c'est par ici!)

    Nous entrons par un petit portail et arrivons chez Nadia et Marco. Des amis sont également présents, tous souriants. Nadia est très accueillante et nous fait visiter la maison. Elle nous explique qu’elle avait envie de manger du cochon et que son mari en a trouvé un : aujourd’hui, c’est la fête. Elle nous invite à nous asseoir, nous pose des questions. Un petit chaton vient paresseusement s’allonger sur mes genoux. L’ambiance est chaleureuse. Elle nous montre le potager, avec de nombreux plants de yucca, bananiers, tomates… Ils disposent d’un puits qui leur permet d’irriguer le jardin, une vraie chance dans cet environnement très sec et désertique, où la saison sèche et la saison humide sont fortement marquées.

    Marco est menuisier. Il nous montre sa scie et sa ponceuse fabriquées de ses mains, système D. Le tout fonctionne grâce à un moteur électrique fixé sur un arbre, alimenté par de vieilles batteries de téléviseurs. « On se débrouille toujours », nous explique-t-il avec le sourire.

    Ils nous proposent de venir dîner le soir même pour manger le cochon, mais nous avons déjà prévu de dîner avec nos amis canadiens. Nous leur proposons alors le lendemain soir, ce qu’ils acceptent avec joie. Tchitchi, l’un de leurs amis présents, bricole une vieille enceinte et nous fait beaucoup rire. Il nous propose aussi de nous emmener à une cascade dans les prochains jours. Rendez-vous est pris : ce sera samedi !

    Avant de partir, Nadia nous propose encore de faire une lessive. Nous sommes déjà engagés ailleurs, mais décidément, les gens sont incroyablement gentils. Nous rentrons rapidement au bateau pour prendre une douche et nous couvrir : il y a beaucoup de moustiques ici. Plusieurs habitants nous ont d’ailleurs confié avoir attrapé le chikungunya récemment et souffrir encore de fortes douleurs articulaires.

    Le soir, nous retrouvons Martine et Patrick dans le petit restaurant en bord de plage. Une fois de plus, nous sommes accueillis comme des rois, pour moins de dix dollars à deux. Nous passons une très belle soirée ensemble. Ils vivent depuis des années six mois sur leur bateau et six mois au Canada. Ils ont longtemps voyagé sur un monocoque, mais naviguent désormais sur un catamaran :
    « On se fait vieux, c’est quand même plus confortable ! », plaisantent-ils.
    Nous ressentons pleinement la magie de cet endroit, fait de partage et d’échanges.

    Le lendemain, nous rigolons avec Malo : à peine arrivés ici, nous avons déjà un emploi du temps de ministre ! À 8h30, nous arrivons sur la plage et retrouvons Dyron, qui nous attend avec trois chevaux. Ils sont jeunes, à peine quatre ans. L’une des juments est bien pleine, il lui reste deux mois avant de mettre bas. Cela ne me rassure pas totalement, car ce ne sont pas des habitudes de monte auxquelles nous sommes habitués. Mais les chevaux semblent bien dans leur tête, pas maigres, et l’on sent l’attachement de leur maître pour ses bêtes. Ici, les chevaux sont à la fois compagnons, moyens de transport et outils de travail.

    Nous montons à cheval, à la manière western, et partons en longeant la mer. C’est magnifique. Dyron nous demande si nous voulons des chemins d’aventure : évidemment ! Et nous sommes servis. Rapidement, les chemins sont encombrés de branches. Dyron ouvre la voie sur sa jument, machette à la main, découpant la végétation. Les chevaux ne bronchent pas : de véritables tout-terrain !

    Au fil de la balade, Dyron, un peu taciturne au début, se détend et se confie. Il a 21 ans ; les chevaux sont sa passion, bien qu’il soit de formation cuisinier. Il a appris seul, comme beaucoup ici. Il nous explique que les temps sont plus durs : autrefois, ils laissaient les chevaux paître librement, mais aujourd’hui ils doivent les attacher ou les surveiller de près, car certains sont volés… pour être mangés. Nous comprenons mieux pourquoi tout le village est en demande de bouts de corde usagés.

    Nous arrivons près d’une rivière : l’eau est splendide, translucide, dans un décor pourtant désertique. Dyron nous explique qu’en saison des pluies, le lit actuellement sec se remplit d’eau, devenant un lieu de rencontre pour tout le village. Après la cascade, il nous propose de monter vers la montagne. C’est parti !

    Nous ne croisons aucune voiture, mais de nombreux villageois à cheval, parfois simplement équipés d’une corde autour de l’encolure et d’un tapis posé sur le dos de l’animal. Nous nous arrêtons ensuite chez Julia, vétérinaire du village. Elle nous offre un peu de miel et des mangues, les premières de la saison. Nous en croquons une à pleines dents : c’est juteux et rafraîchissant sous cette chaleur. Les chevaux réclament leur part : ici, mangues et canne à sucre font partie de leur alimentation ! Julia nous explique que même vétérinaire, ce n’est pas simple : comme pour les humains, il manque de matériel et d’outils.

    En montant vers la montagne, Harry, un fermier croisé la veille, nous interpelle :
    « Holà amigos ! C’est ici que j’habite. Voici ma plantation de boniatos (une sorte de patate douce). Je vous invite pour le cafecito ! »
    Nous lui répondons que nous allons à l’école demain, mais que nous passerons samedi matin. Nous commençons à connaître tout le village.

    Nous arrivons sur les pentes aux herbes dorées. La vue est splendide : la baie qui abrite Noam, et à l’ouest, le grand hôtel du village. Celui-ci permettait autrefois aux habitants de générer des revenus, mais depuis le Covid, il n’y a malheureusement presque plus de clients. En redescendant, nous traversons un pré où paissent quelques bovins. Il n’en faut pas plus à Dyron pour nous offrir une démonstration de cow-boy : attraper un veau au lasso ! On adore.

    Nous mettons pied à terre en arrivant au village, après une dernière caresse à nos montures. Avant de nous quitter, nous promettons à Dyron de lui ramener un bout de corde. Il tient aussi à nous montrer quelque chose : son coq de combat. La pauvre bête… Ici, c’est une tradition profondément ancrée et une vraie fierté. Les plumes des cuisses sont retirées pour « impressionner » davantage lors des combats. Je n’adhère pas, mais le voyage, c’est aussi découvrir d’autres manières de vivre.

    Avant de rentrer au bateau, nous passons à l’école pour voir les salles. Nous sommes accueillis par Yanelis, la professeure de sixta (équivalent du CM2). Elle nous montre les classes et nous dit que nous pouvons revenir le lendemain à 9h. Les enfants, en uniforme avec leurs foulards rouges noués autour du cou, nous saluent avec de grands sourires :
    « ¡Hasta mañana! »

    En quittant l’école, une dame accompagnée de son fils Gustavo nous interpelle. Elle est enseignante, et son fils est passionné d’apnée ; il s’est même formé au freediving en Dominique. Ils nous invitent à boire un café chez eux. Fiers de nous accueillir, ils nous montrent leur jolie maison. Gustavo sort son diplôme de plongée et son harpon — un énorme harpon à air comprimé — puis nous montre une photo de lui avec une raie léopard qu’il a chassée. Cela nous fait étrange, car cet animal est protégé en Guadeloupe, mais les réalités sont différentes ici.

    La maman nous sert un café très sucré, provenant de la montagne. Chaque habitant y récupère du café qu’il fait ensuite griller à la poêle. Il est un peu brûlé et très amer, mais c’est leur production, et c’est bien l’essentiel. Nous les remercions chaleureusement.

    Avant de rentrer à bord, nous récupérons notre linge chez Joséphine : incroyable, toute notre montagne de linge est propre ! Nous lui donnons 10 €, et irons lui acheter de la lessive à la boutique, car elle ne peut pas payer en carte ou en devises.

    De retour à bord, je prépare la présentation du lendemain pour les enfants : un diaporama en espagnol, avec photos et vidéos de la vie à bord, de plongée et d’animaux marins. Malo continue de travailler sur son CV. Je prépare ensuite une tarte à la carambole pour le dîner chez Nadia et Marco.

    Le soir, nous nous rendons chez eux. Leur maison est en bois et ils n’ont plus d’électricité. Heureusement, ils disposent d’une petite lampe sur batterie et d’une fagota, une cuisine au feu de bois alimentée par les chutes de bois de Marco. Nadia et Marco mangent plus tard, mais restent avec nous pour discuter. Nadia nous sert du riz, des haricots noirs, du concombre, des œufs et du porc qu’ils ont gardé spécialement pour que Malo puisse goûter le cochon grillé de la veille.

    Nous parlons de tout et de rien, simplement, naturellement. Marco nous montre des photos de pêche : d’énormes mérous de près de deux mètres, impressionnants. À bord de leur petite embarcation en bois, ils partent à la rame et à la voile à plus de 12 kilomètres des côtes pour pêcher. Nous nous quittons avec une embrassade 🫶
    Okumaya devam et

  • J149, Cap pour Santiago

    23–24 Oca, Küba ⋅ ☀️ 29 °C

    Ce matin, au réveil, je regarde une dernière fois la présentation que nous allons faire aux enfants. Nous embarquons des photos cartonnées d’animaux marins, que nous utilisons lors de nos ateliers en Guadeloupe, ainsi que le vidéoprojecteur.

    Nous arrivons sur la plage où il y a toujours un monsieur pour nous accueillir : c’est lui qui garde les bateaux. Un agriculteur vient nous demander si nous avons besoin de tomates — pourquoi pas plus tard ! Nous nous dirigeons ensuite vers l’école où nous retrouvons les écoliers, curieux et sourires aux lèvres, avec leurs petits rubans rouges.

    Les enseignantes s’organisent rapidement pour nous trouver une classe et un drap blanc afin de projeter le diaporama. Nous allons intervenir auprès des plus grands (CM1/CM2). Les élèves sont déjà installés, très sages en attendant — un peu plus qu’en Guadeloupe 😄

    C’est parti : nous nous lançons en espagnol pour nous présenter — nous, notre voyage, le bateau — puis, toujours à l’aide de photos et de vidéos, nous abordons les écosystèmes marins : mangroves, récifs coralliens et herbiers. Nous passons un très bon moment.

    À la fin de la présentation, enseignantes et élèves nous remercient avec de grands sourires. Une enseignante vient alors nous demander si cela ne nous dérangerait pas de refaire notre présentation pour une autre classe, car ils ont vraiment trouvé l’atelier très sympa. Les élèves sont plus petits, mais nous pouvons simplifier un peu — allez, on enchaîne !

    Nous nous rendons dans la seconde classe où nous affichons les photos et montrons les vidéos. Les plus jeunes sont très curieux et nous impressionnent par leur capacité à reconnaître les animaux. Ils nous apprennent même leurs noms en espagnol local !

    Nous remercions chaleureusement l’équipe et les enfants. Ils sont ravis, et nous aussi. Ce village est incroyable par son authenticité et sa simplicité.

    Avant de rentrer manger un morceau au bateau, nous nous arrêtons dans la petite tienda pour acheter de la lessive à Joséphine. En lui déposant, nous retrouvons Martine et Patrick. Ils nous annoncent qu’ils partent pour Santiago : une fenêtre météo semble se profiler pour franchir le passage du vent entre Haïti et Cuba. Nous n’avons pas encore regardé la météo aujourd’hui… Il va falloir s’y mettre, car si un créneau se dessine lundi, nous devrons peut-être décider de partir dès aujourd’hui.

    De retour à bord de Noam, nous profitons de notre connexion canadienne pour consulter la météo. En effet, lundi le passage du vent s’annonce avec peu de vent — idéal pour traverser — puis un peu de vent de près serré pour rejoindre la République dominicaine. Nous risquons de faire un peu de moteur, mais dans cette zone c’est parfois préférable plutôt que de passer avec trop de vent dans le nez.

    Allez, nous suivons nos amis et décidons de quitter aujourd’hui notre petit hameau. Cela nous rend un peu tristes : nous avions prévu d’aller à la cascade avec Nadia et sa famille, de prendre le café à la ferme d’Henry, d’emmener Gustawo faire de la plongée bouteille… Nous aurions pu rester ici des semaines, mais la météo a parlé.

    Nous repartons à terre pour prévenir que nous devons partir aujourd’hui et que nous ne pourrons pas faire les différentes activités prévues. Nous en profitons aussi pour donner de la colle à Joséphine, qui n’en avait pas pour recoller les semelles de ses baskets.

    Nous passons ensuite chez Nadia et Marco. Marco est en train de couper du bois ; Nadia n’est pas là, elle est à Manzanillo, une ville non loin d’ici. Nous donnons à Marco un tuyau que nous n’utilisons plus à bord pour son potager : il est très content. D’ailleurs, plusieurs personnes nous arrêtent dans le village en voyant Malo passer avec le tuyau sur l’épaule — il va faire des envieux !

    Marco nous emmène ensuite chez Tchitchi, leur ami que nous avions rencontré l’autre jour. Malo lui a préparé un petit sac avec quelques pièces électriques (gaines, cosses…) dont nous n’avons plus l’utilité. Nous le retrouvons en train de bricoler son tuk-tuk, avec lequel il devait nous emmener à la rivière demain. Je pense d’ailleurs qu’il le préparait pour nous… Il nous remercie chaleureusement et comprend que nous soyons contraints de partir.

    Joséphine nous remplit ensuite deux bidons d’eau : ici, ils ont accès à une eau de source potable, alors nous en profitons.

    Nous avons le cœur un peu serré de quitter cet endroit — une superbe découverte.

    Juste avant de partir, un homme nommé Joël vient à notre rencontre. Il fait de l’artisanat et nous invite à venir voir ses créations chez lui. Nous sommes un peu pressés, car nous souhaitons lever l’ancre vers 17 h, mais il insiste. Allez, on y va !

    Il est avec sa fille Caterina, qui a école ce matin. Joël nous raconte qu’elle est rentrée très contente : elle a appris plein de choses. Il nous dit aussi que tous les enfants ont apprécié ce qu’ils ont vu à l’école ce matin — ça discute beaucoup dans le village !

    Chez lui, Joël nous montre son savoir-faire : il sculpte des cornes de vache, des os de cochon, travaille le cuir… Nous craquons pour quelques souvenirs que nous lui payons en euros. Il est ravi : pour eux, c’est une monnaie forte. En retour, il nous fait de nombreux cadeaux — encore une fois, beaucoup de simplicité dans nos échanges.

    À Trinidad, nous avions parfois ressenti une certaine pression dans les relations, avec une obligation d’achat ou de don. Ici, il y a bien sûr des demandes, peut-être parfois des attentes, mais surtout un réel échange.

    Il est temps de partir. Nous préparons le bateau et levons les voiles en même temps que les Canadiens, sous les couleurs de la fin de journée. Le vent est très faible ; nous devons utiliser le moteur pendant les quatre premières heures. À 22 h, nous décidons de l’arrêter : le vent est toujours léger, nous avançons à 3 nœuds, mais c’est tellement plus agréable sans le ronron de la mécanique.

    Le ciel est rempli d’étoiles, toutes voiles dehors !

    Nous avions 80 milles jusqu’à Santiago, il nous en reste 50. Nous devrions arriver en fin de matinée pour effectuer les formalités de sortie du pays, avant notre départ pour la République dominicaine.

    À 9 h, nous atteignons Santiago. Nous n’avons pu faire que 10 milles à la voile, le vent étant très faible. Cependant, nous avons vécu une très belle navigation sous les étoiles.

    Nous empruntons le chenal pour arriver à la marina : ici, il est interdit de mouiller à l’ancre. Nos amis de Casa Maria nous appellent à la VHF pour nous le rappeler — message bien reçu. Malo prend la barre, j’installe les pare-battages et prépare les aussières.

    Dans le chenal, nous croisons de petites barques de pêcheurs, ainsi qu’une immense cheminée d’usine crachant de la fumée : une cimenterie. Noémie et Jules nous avaient prévenus que la fumée pouvait tacher le bateau de marques orangées… On va essayer de ne pas respirer trop fort !

    Nous sommes accueillis par le personnel de la marina et de l’immigration, tous très sympathiques. José, de la marina, parle un peu français. Luis, de l’immigration, s’occupe tranquillement de nos papiers et nous demande si nous pourrions l’aider à réparer le moulinet de sa canne à pêche, qui est cassé. Bien sûr : il pourra repasser au bateau et nous regarderons ensemble si nous avons une solution.

    Nous rangeons tranquillement Noam. Malo vérifie les cubes à eau : nous suspectons une fuite sur l’un d’eux. Rapidement, nos amis de Rebelle et de Casa Maria viennent nous dire bonjour. On discute, Lionel et Yamilé sont ici depuis une dizaine de jours et nous donnent quelques conseils bien pratiques.

    Aujourd’hui, au programme : préparation du bateau et mission gasoil en ville. Nous irons avec nos amis canadiens afin de partager les frais de taxi !
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  • J150, Santiago de Cuba

    25 Ocak, Küba ⋅ ☀️ 30 °C

    Aujourd’hui, dimanche, nous décidons enfin de partir découvrir la ville de Santiago de Cuba, La veille, Malo s’y est simplement rendu pour faire le plein de diesel, sans visiter. Il y est allé avec Philippe, notre ami canadien. Ils ont réussi à trouver du diesel, mais pas d’essence : plus nous avançons vers l’est du pays, plus les pénuries de carburant se font sentir. En tant que touristes, ils sont toutefois passés devant tous les Cubains qui faisaient la queue en attendant du carburant, un privilège réservé aux étrangers ici…

    Hier soir, après une petite balade sur les hauteurs de la marina, nous avons dîné avec Philippe et Martine dans l’unique petit restaurant du coin. Une fois de plus, les portions étaient généreuses et nous avons passé une très belle soirée.

    Ce matin, avant de prendre le taxi pour Santiago, Malo s’affaire à gonfler les blocs du bateau de plongée de la marina. En effet, comme nous sommes arrivés hier, un des employés a remarqué que nous avions un compresseur. Il nous a expliqué que le leur était en panne et que, si nous pouvions leur gonfler leurs blocs, cela leur rendrait un grand service. En échange, ils nous proposent de nous emmener plonger : pourquoi pas !
    Mais à Cuba, officiellement, rien n’est possible sans autorisation : tout appartient au gouvernement, jusqu’aux langoustes… Le représentant des autorités maritimes nous assure qu’il n’y a pas de souci pour l’autorisation, mais finalement c’est leur bateau de plongée qui ne fonctionne pas : moteur HS. L’autre petit bateau, lui, n’a pas assez d’essence… Résultat : malheureusement, pas de plongée.

    Nous sommes seulement trois bateaux sur la marina et ils sont vraiment aux petits soins avec nous. Comme à Cienfuegos, les tarifs sont les mêmes. Les marinas sont toutes sous la même enseigne, « Marlin », et appartiennent à l’État. Les employés travaillent ici par rotations de deux semaines. Depuis notre arrivée, plusieurs sont venus nous demander si nous avions des bouts de fil de pêche.
    Le représentant de l’immigration, Jorge, est même venu nous voir avec beaucoup de modestie pour savoir si nous pouvions l’aider à réparer le moulinet de sa canne à pêche, cassé. Malo a réussi à bricoler une réparation et lui a offert en prime un vieux moulinet que nous n’utilisions plus. Il était ravi et très reconnaissant.

    Une fois les blocs gonflés, nous rejoignons nos amis canadiens et partageons un taxi pour Santiago. Patchito, l’homme à tout faire du coin depuis notre arrivée, nous a encore aidés à trouver tout ce dont nous avions besoin : du change, du pain, des fruits, des taxis… Il vit ici avec sa maman et se montre toujours extrêmement serviable. C’est lui qui nous a trouvé le taxi pour la ville : une superbe Lada verte nous attend pour 30 $ aller-retour.

    Nous montons à bord et arrivons assez rapidement à Santiago. La ville est vaste et très contrastée. Dès notre arrivée, plusieurs personnes nous interpellent pour proposer leurs services ou tenter de nous vendre du rhum ou des cigares. Nous sommes parfois obligés de les rembarrer assez sèchement, sinon cela devient vite oppressant. En nous éloignant de la place centrale, l’atmosphère se fait plus calme.

    Santiago de Cuba est une ville chargée d’histoire. Fondée en 1515, elle fut longtemps la capitale de l’île avant La Havane. C’est aussi le berceau de la révolution cubaine : en 1953, Fidel Castro y lança l’assaut de la caserne Moncada, événement fondateur du mouvement révolutionnaire.

    Nous découvrons de magnifiques bâtisses coloniales, souvent malheureusement en train de se détériorer. Nous passons devant l’ancienne maison de Fidel Castro, puis errons jusqu’au barrio Tivolí, aussi appelé le quartier français. Là, nous nous arrêtons devant les escaliers de la Révolution, lieu symbolique de l’histoire cubaine.

    En nous baladant, nous observons la vie quotidienne qui s’écoule lentement : les gens marchandent, discutent assis sur les pas de leurs maisons, les enfants fabriquent des cerfs-volants avec un bout de ficelle et un sac-poubelle… Les habitations sont parfois très précaires. Cuba se dévoile sous mille visages, en ville comme à la campagne.

    Nous faisons une halte à la Casa de la Trova, temple de la musique cubaine. Nous y passons un moment merveilleux à écouter un groupe talentueux. L’un des guitaristes n’a même plus toutes ses cordes ; on imagine combien il est difficile de s’en procurer ici. Avec le sourire, ils frappent les claves, grattent la guitare, soufflent dans une clarinette et font résonner leurs voix. Salsa, puis samba, les airs nous entraînent et nous donnent instantanément le sourire. Nous leur laissons quelques pesos pour les remercier : c’est grâce à cela qu’ils vivent.

    Nous poursuivons notre balade dans les ruelles, longeons des petits commerces, le front de mer et un terminal de croisière désert. Des enfants se baignent dans le port et se donnent en spectacle, rivalisant de plongeons pour nous impressionner. Nous nous arrêtons manger dans un petit restaurant. Un Cubain nous accompagne un moment, discute avec nous ; il est sympathique, mais nous sentons qu’il espère un peu d’argent. Nous finissons par lui offrir une bière, malheureusement nous sommes à court de pesos.

    À 15 h, nous retrouvons Philippe et Martine pour reprendre le taxi du retour. Nous devons rentrer assez tôt car nous avons encore de nombreux préparatifs à faire à bord : demain, nous levons les amarres pour mettre le cap sur la République dominicaine.

    À notre arrivée à la marina, les employés nous accueillent chaleureusement. On se sent presque à la maison dans cette marina rien que pour nous. Lionel et Yamilé devaient partir en même temps que nous, mais Lionel a fait une hausse de tension ; ils vont rester encore quelques jours pour se reposer et partiront plus tard.

    De notre côté, on s’active. Malo nettoie le pont du bateau : nous avons remarqué quelques taches de rouille dues aux épaisses fumées de l’usine située juste derrière la marina, qui s’avère être une centrale électrique. Heureusement que nous partons demain, et que le vent ne soufflait pas dans notre direction !
    De mon côté, je nettoie l’intérieur du bateau et je cuisine afin d’avoir des repas faciles pendant la navigation.

    Nous faisons un dernier point météo et validons le départ pour demain à 5 h, cap à l’est vers la baie de Luperón, en République dominicaine. Nous allons dire au revoir à nos amis avant de finaliser les derniers préparatifs. Jorge, de l’immigration, passera demain à 4 h 30 pour effectuer la sortie du territoire et le check-out du bateau.

    Je suis un peu triste de quitter ce pays magnifique qui nous a tant donné durant ce dernier mois. Un pays aux mille facettes, porté par un peuple solide, fier et profondément attachant. J’espère que nous reviendrons.
    En préparant notre prochaine navigation, j’ai commencé à me renseigner sur la République dominicaine et j’ai l’impression que nous allons entrer dans un tout autre monde… Cela risque de nous faire bizarre. Ici, la vie ralentie par une économie contrainte permet malgré tout de préserver une authenticité rare : un calme, un monde avec peu de moteurs, où l’activité humaine limitée laisse encore de vastes zones totalement préservées.

    Merci Cuba 🇨🇺✨
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  • J155, Cap vers Luperon

    26–27 Oca, Dominik Cumhuriyeti ⋅ 🌬 28 °C

    Nous quittons Santiago à 5 h du matin. En sortant du chenal, nous croisons de petites barques de pêcheurs qui rentrent à la rame. Dans la pénombre de la nuit, ils reviennent de leurs plongées nocturnes.

    La navigation se fait au moteur, faute de vent, mais dans une mer d’huile d’un bleu profond, sous l’escorte inattendue de papillons blanc qui virevoltent dans le ciel.

    Au passage de Guantánamo, nous apercevons nos amis du catamaran Casa Maria qui nous rattrapent. C’est toujours sympa de se croiser en navigation ! Peu après, après près de dix heures au moteur, nous profitons enfin d’un vent un peu plus favorable pour dérouler le génois et couper les machines. Ça fait du bien : plus de bruit, uniquement le clapotis de l’eau et une musique diffusée par les enceintes, sous un beau soleil.

    Malheureusement, le vent faiblit de nouveau. Nous gardons les voiles dehors mais rallumons le moteur. L’après-midi se passe en longeant les côtes : une session aquarelle, des podcasts, des étirements… On essaie d’appeler le vent, mais pour le moment l’appui moteur reste nécessaire pour garder les voiles gonflées. Un superbe coucher de soleil colore le ciel de rose.

    À 1 h du matin, nous atteignons le passage du vent entre Cuba et Haïti. Le vent reste faible, mais nous coupons malgré tout le moteur et avançons à 3,5 nœuds. Nous traversons une zone de séparation de trafic indiquée sur les cartes : c’est là que passent les cargos. En effet, nous en croisons plusieurs, dont un gigantesque. Nous modifions légèrement notre cap pour l’éviter largement.

    À l’orée du jour, le vent retombe et nous remettons le moteur. Un disque doré parfait sort de l’eau. Les couleurs sont douces, pastel. Un oiseau blanc à la queue fine et élégante tente de se poser sur notre girouette pour se reposer, mais avec notre inertie, impossible pour lui de tenir. J’espère qu’il trouvera vite refuge quelque part ! Nous profitons de la pétole pour une petite baignade. Un bout à l'arrière du bateau auquel nous nous accrochons et nous nous immergeons dans le grand bleu 🐬

    La suite de la navigation se déroule bien, malgré peu de vent, souvent de face. Nous prenons notre mal en patience et alternons entre moteur et voile, contraints d’utiliser assez souvent le moteur pour avancer. Nous naviguons sous une demi-lune qui éclaire joliment la mer. Le son des vagues sur l’étrave du bateau reste notre plus belle berceuse.

    Nous apercevons les côtes haïtiennes, puis celles de la République dominicaine à partir de mercredi midi. Nous faisons des bords pour tenter de naviguer à la voile. Nous nous approchons enfin de l’entrée de Luperón à minuit ✨️ On est vigilants car il fait nuit et la passe pour entrer est entre deux récifs.
    Nous avons changé de fuseau horaire : ici, il y a une heure de plus qu’à Cuba. Nous trouvons une petite place pour mouiller à l’entrée de la baie. Il semble y avoir énormément de bateaux : c’est un trou à cyclones très réputé dans les Caraïbes pour les plaisanciers. Nous ne tardons pas à nous endormir, fatigués par ces trois jours de navigation.

    Le lendemain matin, nous ouvrons les yeux sur un joli mouillage. Après le café, nous levons l’ancre pour nous rapprocher du centre de la baie. C’est impressionnant : il y a énormément de bateaux ! Ça nous change. Nous slalomons entre les bouées et les bateaux au mouillage. Nous finissons par trouver une petite place pour jeter l’ancre. Ici, les bouées sont privées (25 $/semaine) : nous sommes contents d’avoir trouvé notre petit coin pour mettre l'ancre.

    Nous mettons l’annexe à l’eau et c’est parti pour les démarches administratives, la tournée des bureaux :

    1. Immigration : ~60 $
    2. Autorités portuaires : 25 $
    3. Agriculture : 10 $
    4. Armada

    Nous sommes bien reçus.
    Ça va nous changer de Cuba mais nous sommes ravis de découvrir une nouvelle île.

    Nous continuons notre vadrouille dans la petite ville de Luperón. Wahou… nos oreilles sifflent : il y a beaucoup de bruit, entre voitures et motos. Nous n’y étions plus habitués !

    Nous prenons ensuite le temps de regarder tranquillement le programme de nos prochains jours et de nous organiser avec Agatha et Anne-Sophie. Mes deux bonnes copines d’école arrivent dans les prochains jours pour passer quelque temps à bord avec nous. J’ai trop hâte !!
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  • J159, Luperón

    28–31 Oca, Dominik Cumhuriyeti ⋅ ☀️ 28 °C

    Nous nous endormons pour notre seconde nuit à Luperón sous une belle pluie — ça faisait longtemps ! On en profite pour sortir le récupérateur d’eau de pluie et remplir les cuves. Le lendemain, nous préférons changer de place dans la baie car nous sommes un peu trop proches de notre voisin. Ici, c’est un vrai casse-tête de mouiller l’ancre : beaucoup de bateaux sont sur des corps-morts, il faut donc bien assurer sa place quand on jette l’ancre. Finalement, nous parvenons à trouver notre petit trou, proche du quai principal où arrivent de gros bateaux de marchandises ou de pêche.

    Nous sommes juste derrière un petit bateau en bois. Nous ne tardons pas à rencontrer son propriétaire, Jacques. Alors qu’il passe à la rame dans sa jolie annexe en bois, nous l’invitons à boire le café. Jacques est français. Cela fait plus de 25 ans qu’il vit sur son bateau, un joli petit bateau en bois de 70 ans ! Il en parle avec passion. Il a vécu de nombreuses années en Guadeloupe en tant que professeur de pêche dans un lycée professionnel ; avant cela, il était pêcheur à l’île d’Yeu. On discute de navigation, d’expériences en mer, de nos vies respectives. Il est passionnant.

    Nous décidons ensuite d’aller découvrir un peu les environs de Luperón. Nous enfilons nos baskets et découvrons un village bien animé. Les gens nous saluent, chacun a son petit commerce. Nous retrouvons la profusion de petits supermarchés proposant de nouveaux produits — ça change de Cuba. Les motos et les voitures filent dans les petites rues.

    En nous baladant, nous sommes interpellés par Kingking, un jeune Haïtien qui vit ici depuis cinq ans. Il nous amène voir ses… six petits chiots d’à peine deux mois ! Ils sont adorables. Il nous dit qu’il peut nous en vendre un pour 100 pesos ; ça l’aiderait, car il n’a plus de travail et traverse une période difficile. Il n’a pas de quoi leur acheter à manger. On se regarde avec Malo… aaah, c’est tentant ! Mais pas vraiment raisonnable, n’est-ce pas ? À défaut de craquer aujourd’hui pour un chien, nous allons acheter un sac de croquettes pour les chiots. Kingking est très reconnaissant et nous remercie avec un grand sourire.

    Nous continuons notre route vers la sortie du village, où nous avions repéré un refuge pour animaux. En chemin, nous tombons sur une petite cahute où un monsieur propose des empanadas et des avocats délicieux. On s’installe sur des chaises en plastique au bord de la route pour profiter de notre encas avant de reprendre la marche. Nous arrivons ensuite sur un chemin de terre. Les paysages sont magnifiques : de nombreuses vaches passent tranquillement, avec les montagnes en arrière-plan. C’est dans cette région que se trouve le plus haut sommet des Caraïbes, le Pico Duarte. Cette cordillère offre à la baie de Luperón une protection exceptionnelle contre les tempêtes ; ici, on l’appelle la « baie bénie » pour cette raison. C’est aussi pour cela qu’il y a tant de bateaux. Nous passons devant une arène de combats de coqs — malheureusement, une tradition encore très ancrée dans toute la Caraïbe. Lorsque nous arrivons au refuge, celui-ci est fermé. Nous sommes vendredi après-midi ; peut-être n’est-il pas ouvert. Nous en profitons pour passer quelques coups de fil à nos proches.

    Sur la route du retour, nous nous arrêtons dans une boutique qui fabrique du fromage et des yaourts artisanaux. Du fromage ! Ça fait deux mois que nous n’en avons pas mangé, alors on en profite pour en acheter un morceau. Ici, comme en Colombie, ce sont des fromages à pâte blanche, type mozzarella. On l’appelle le « queso de hoja », équivalent du « queso de capa » colombien. En chemin, un moto-taxi s’arrête et nous embarque à bord : il est temps de découvrir la plage de Luperón. Nous payons 200 pesos la course. Ici, nous avons encore changé de monnaie : le peso dominicain (1 € ≈ 71 pesos).

    Nous découvrons une jolie plage, longue, où de belles vagues se cassent sur le sable blanc. De petits restaurants se trouvent à l’entrée. Comme dans tout bar caribéen qui se respecte, la musique résonne fort (très fort) dans les haut-parleurs. On rigole avec un patron de bar en regardant une voiture garée… dans le bar ! Elle est équipée d’un mur d’enceintes qui occupe tout l’habitacle : elle ne sert qu’à ça. Nous allons au fond de la plage pour profiter d’une baignade. Nous croisons des Canadiens et des Français qui ont eux aussi leur bateau à Luperón. La densité de bateaux est telle qu’en se baladant dans les rues, on croise presque autant de plaisanciers que de locaux.

    Après la baignade, nous profitons du coucher de soleil pour boire un verre, en admirant les gros bateaux de croisière qui passent au large et en observant un petit bateau de pêche qui part affronter la houle. Un gros coup de vent est prévu ce week-end : un front nord. Les températures vont chuter et des rafales à plus de 40 nœuds sont attendues dans les Bahamas. Nous sommes contents d’être à l’abri dans la baie. En rentrant au bateau, nous passons devant un bar où de nombreux plaisanciers sont attablés. En nous voyant passer, Natacha vient à notre rencontre avec son copain Michael. Ce sont deux New-Yorkais de notre âge qui possèdent un gros voilier, une véritable goélette de pirate. Elle nous dit être contente de voir des jeunes, car la majorité des navigateurs sont souvent plus âgés. Nous passons à l’anglais ; ici, il y a une grande proportion d’Américains.

    De retour à bord, en bons Français, nous profitons de fromage sur un bout de pain accompagné d’un petit verre de vin. La question du soir : est-ce raisonnable d’adopter un chien ?!

    Le lendemain, nous nous réveillons dans une baie d’un calme fou. C’est super agréable : il fait très bon et le bateau ne bouge pas. Les oiseaux chantent et le clapotis des annexes qui passent près de nous crée une douce houle. Nous passons la matinée à travailler sur nos ordinateurs avant de sauter dans l’annexe pour aller explorer les mangroves et les fonds marins. En chemin, nous croisons Michael et Natacha qui reviennent d’une balade dans la réserve en face ; ils nous conseillent un sentier.

    Nous commençons par enfiler masques et tubas pour observer les fonds : essentiellement des herbiers et quelques bouts d’épaves. Rien d’exceptionnel, mais la baignade fait du bien. Nous continuons ensuite notre balade dans une belle mangrove. Les palétuviers sont particulièrement grands, car peu touchés par les tempêtes. On s’amuse à observer les mouettes et les pélicans pêcher les petits poissons, affolés par les remous de l’annexe.

    Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons chez Jacques, qui nous fait visiter son petit bateau tout en bois. C’est magnifique… mais quel travail ! Un bateau en bois, c’est vivant : le pont doit être arrosé tous les matins, sans exception, à l’eau de mer, sinon les moisissures et les champignons peuvent s’installer. Le bateau prend toujours un peu l’eau et il faut régulièrement reboucher les fuites en calfatant avec du coton peint. À bord, pas d’électricité depuis qu’il a pris la foudre il y a quelque temps. Il navigue au sextant, une passion qu’il a transmise à son fils. Il nous donne aussi quelques conseils pour visiter la République dominicaine, sa femme étant originaire d’ici.

    Nous rentrons ensuite à bord pour préparer un peu le bateau : Thibault, une connaissance de Malo, vient nous rendre visite pour quelques jours. En fait, il a contacté Malo il y a environ un mois, car il a un projet avec un ami de Guadeloupe, Alexis, pour créer un voilier de charter et de plongée. Ils ont pensé à Malo pour être le capitaine du bateau. Pour le moment, rien de très concret, mais nous avons passé les derniers jours à réfléchir au projet. Thibault a un peu d’argent et souhaite investir. Même si, pour l’instant, nous restons plutôt spectateurs, nous avons mis sur papier un projet qui aurait du sens pour nous : créer un voilier alliant à la fois exploration scientifique et tourisme engagé. Nous avons proposé cette idée à Thibault ; reste à voir comment cela évolue !

    Dans ce cadre, il nous a écrit il y a deux jours pour nous dire qu’il était partant pour venir en République dominicaine nous rencontrer. Ça nous a un peu surpris, car nous ne nous connaissons pas vraiment, mais finalement… pourquoi pas ? Ça peut être une opportunité. Nous sommes très curieux. En début de soirée, nous récupérons donc Thibault, qui arrive du Mexique où il vit depuis dix ans. Il a une trentaine d’années et aimerait réussir à créer un projet autour d’un bateau. Nous passons une belle soirée à rêver, discuter des possibilités, des envies…

    En allant nous coucher avec Malo, nous ne savons pas comment tout cela va aboutir, mais comme on se le dit, nous sommes dans une phase de nos vies où nous sommes libres, ce qui nous permet d’être à l’écoute des opportunités. Thibault va rester à bord jusqu’à mardi. Nous allons vadrouiller dans les environs de Luperón et lui faire découvrir la vie à bord. Malheureusement, le front froid ne nous permet pas encore de sortir en mer.
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  • J165, Cacao & surf

    31 Oca–6 Şub, Dominik Cumhuriyeti ⋅ ⛅ 30 °C

    Nous avons passé trois jours à bord avec Thibault. Beaucoup de discussions autour de projets bateau, mais aussi la poursuite de notre découverte des alentours de Luperón.

    Nous avons profité d’un petit vent pour aller tirer quelques bords au large et montrer à Thibault comment Noam navigue. Les garçons ont aussi plongé. D’autres plaisanciers et plongeurs ont créé il y a quelques années un site de plongée, avec des canons et un trésor coulés. Un vrai site de pirates ! Malgré une mer un peu agitée, c’était chouette de se mettre à l’eau.

    Ces derniers jours à Luperón étaient très gris et humides. On se serait crus en Bretagne ! Pourtant, nous avons passé de bons moments : invités à bord d’autres bateaux, footing le long du littoral, et une soirée avec les autres plaisanciers dans les rues de Luperón, dans un bar où la bière était… gratuite !

    Mardi soir, Thibault est reparti. C’était un très bon moment et une belle rencontre. À voir comment évolueront les prochaines aventures.

    Le lendemain, nous décidons de louer une voiture pour les deux jours à venir. Ici, c’est très facile : la communauté de plaisanciers est importante et de nombreux groupes WhatsApp d’entraide proposent des services variés : voitures, motos, laverie, yoga gratuit… Il y a même Daicy, une navigatrice installée ici depuis des années avec son mari sur leur grand voilier. Elle a fini par acheter une ferme avec quelques vaches et propose yaourts et lait frais pour quelques pesos, tous les lundis.

    Finalement, c’est en nous baladant dans la rue que nous trouvons la voiture. Nous la louons 1 700 pesos la journée. Pas d’état des lieux, pas de vérification de l’essence : Franklin nous donne les clés, sans contrat. Rapide, efficace, zéro formalités !
    Nous roulons au GPL, comme la majorité des véhicules ici. L’avantage, c’est le prix : environ 22 € le plein ! Nous embarquons aussi nos planches de surf : nous avons repéré quelques plages adaptées. Mais avant ça, direction l’est, sur les hauteurs de Cabarete, pour visiter des plantations de cacao.

    La République dominicaine est l’un des plus gros producteurs de cacao biologique au monde. Historiquement, l’île d’Hispaniola , découverte par Christophe Colomb en 1492, a longtemps vécu de l’agriculture (cacao, café, canne à sucre), avant que le tourisme ne devienne l’un des piliers de l’économie actuelle. Malgré une croissance économique forte, les inégalités restent marquées, surtout dans les zones rurales.

    En cherchant sur internet, je trouve une exploitation : Florencio Ortega. Contactée via WhatsApp, Yolanda me répond rapidement. Agronome elle aussi, elle gère l’organisation globale de la ferme. Elle ne sera pas sur place, mais son frère, Joël, pourra nous recevoir.

    Nous prenons donc la route de la finca, en nous enfonçant dans la montagne. Autour de nous, une végétation luxuriante et du cacao à perte de vue. Après deux bonnes heures de route, nous rencontrons Joël, qui nous accueille avec un immense sourire. On passe un moment formidable. Il nous montre toutes les étapes : la culture, les greffes, la fermentation, le séchage… On sent qu’il aime profondément son métier.

    Nous nous asseyons pour discuter. Peu à peu, il comprend que nous voyageons en voilier, et non avec les grands paquebots de croisière, comme beaucoup de touristes ici. Il n’en revient pas ! On rigole, on échange, puis il nous emmène faire le tour de la petite communauté : quelques maisons regroupées. Il nous présente aux voisins, à Lourdes, qui nous invite à prendre le café. On nous offre corossol, papaye, oranges, cacao… Nous sommes vraiment gâtés. Nous repartons le cœur léger, invités à revenir quand nous voulons.

    Direction ensuite la plage de Cabarete. Beaucoup de trafic, de constructions, de grands complexes touristiques en bord de mer, profitant des conditions idéales pour le kite et le surf. En arrière-plan, les habitations plus modestes des locaux. Des commerces partout, beaucoup de vie dans les rues. Il faut s’accrocher au volant !

    Nous arrivons sur une superbe plage bordée d’écoles de surf. Il est 17 h, personne à l’eau, mais de grosses vagues. On préfère attendre le lendemain pour se mettre à l’eau, le temps d’observer les courants. On profite simplement du spectacle : les couleurs, la houle qui s’écrase sur le rivage. Des villas longent la plage, on sent la forte présence d’investisseurs étrangers, notamment américains. Le soir, on s’offre un bon restaurant. Ça faisait longtemps… On se régale !

    Ce soir-là, c’est camping. Nous avions prévu les hamacs, mais finalement on tente l’option “camping-car” en dormant dans la voiture. Mauvaise idée 😅 Vers minuit, on suffoque : chaleur, condensation, moustiques… Nous finissons par installer les hamacs au milieu de la nuit. C’est ça, vouloir choisir la facilité !

    Le lendemain matin, réveil au son des vagues. Le ciel est bleu, c’est magnifique. La plage s’anime, il y a du monde à l’eau. On attrape les planches et c’est parti. Malo va dans la zone des confirmés, moi je reste sur le spot des débutants. Ici, les spots sont clairement hiérarchisés, avec des panneaux du type : « Respectez les surfeurs locaux ». Le ton est donné ! On passe une bonne heure à l’eau, dans des vagues un peu brouillonnes, mais on est contents.

    En sortant, on mange une salade en bord de mer. L’ambiance est assez drôle : très “bobo / hippie / surfer”, un peu hors de la culture dominicaine traditionnelle. Mais de temps en temps, c’est agréable aussi.

    Nous continuons notre vadrouille vers les cuevas de Cabarete. L’entrée du parc est à 20 $ par personne. On hésite un peu, mais ici, comme dans d’autres îles des Caraïbes, beaucoup de sites naturels sont payants. Le tourisme est une ressource essentielle pour le pays. Nous découvrons un lieu magnifique. Le guide nous fait visiter quatre grottes ; il y en aurait plus de 200 dans la région, mais toutes ne sont pas aménagées. On peut s’y baigner, et selon la légende, l’eau ferait rajeunir de dix ans… On a tenté !

    Nous reprenons la route vers Luperón en passant par Santiago de los Caballeros, ancienne capitale et deuxième plus grande ville du pays. La route de montagne est splendide. Malheureusement, le contraste est saisissant avec les montagnes de déchets visibles un peu partout. La gestion des déchets semble très limitée. On voit même des éboueurs, accrochés à l’arrière des camions, ramasser les ordures à mains nues.... Le plastique et la surconsommation sont une vraie problématique dans les Caraïbes (et partout ailleurs!).

    À Santiago, l’ambiance est intense : vendeurs d’empanadas à chaque coin de rue, musique merengue — emblématique du pays — qui sort des enceintes, motos slalomant entre les voitures… Nous nous arrêtons dans une fabrique de cigares, autre symbole national. Trop tard pour la visite, mais on découvre les boîtes de cigares.

    Dans le centre historique, nous déambulons seuls, sans touristes. Beaucoup de bâtiments sont en mauvais état, mais la vie est partout. Sur la place centrale, des cireurs de chaussures travaillent encore, un métier disparu chez nous. Nous cherchons un endroit pour dîner, mais étonnamment, peu de choix le soir, à part des empanadas frites. Les comedores locaux — riz, plantain, haricots noirs, viande — semblent surtout ouverts le midi. Finalement, nous trouvons une rue un peu plus touristique, avec quelques restaurants récents. Nous nous installons pour une pizza et une limonade naturelle.

    Puis retour vers Luperón. Il nous reste deux heures de route de nuit, avec des phares faiblards. Malo est au volant et assure, malgré une route parfois compliquée : peu d’éclairage, peu de signalisation.

    Nous arrivons à bon port. Heureux d’avoir découvert un peu plus ce beau pays, riche, contrasté, parfois très urbanisé et touristique, mais incroyablement diversifié.

    Demain, vendredi, nous levons l’ancre et partons pour Samaná, à l’est du pays, pour découvrir la baie des baleines… et retrouver les copines ! 🐋⛵
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  • J169, Samana

    7–10 Şub, Dominik Cumhuriyeti ⋅ 🌧 23 °C

    Nous arrivons dans la baie de Samaná après plus d’une journée de navigation. Nous étions vent arrière, le bateau ballotté sur les vagues. Nous avons navigué trempés sous la pluie. Mais en arrivant, nous avons été accueillis par deux baleines : c’est toujours incroyable de voir leur immense caudale sonder !

    Nous mouillons l’ancre de nuit dans cette grande baie. Je suis surprise par la multitude de lumières à terre et par la musique qui résonne fort. C’est une grande ville. Je m’attendais à une petite baie tranquille… finalement, il va y avoir de l’animation ! La République Dominicaine est bien plus peuplée que je ne l’imaginais, avec plus de 11 millions d’habitants, et ça se sent dès l’arrivée.

    On se dépêche de débarquer pour retrouver Agatha et Anne-So qui nous attendent à terre. Je suis très contente de pouvoir les retrouver, je les aperçois, on se saute dans les bras ! Mes vieilles copines 🩵
    On dîne à terre, en bavardant dans des rues bien animées, avec de la musique toujours plus forte !

    De retour à bord, on organise un peu les espaces pour trouver de la place pour les affaires et les équipières.
    Le lendemain, nous partons pour la cascade El Limón. On prend le bus : ce sont des mini-bus qui sillonnent les routes, les guaguas. On monte dans la montagne et le bus nous dépose au début du sentier. On marche dans la forêt, on traverse des rivières, et avec Agatha on choisit l’option pieds nus !
    Nous atteignons une superbe cascade d’où dégringolent de grands rideaux d’eau, c’est magnifique. Nous avions peur qu’il y ait beaucoup de touristes, mais finalement nous sommes presque seuls. On rentre par un autre chemin, tout aussi joli.

    Puis nous attendons un bus au bord de la route. Finalement, un camion benne s’arrête et nous demande où nous allons. Le temps de discuter, on voit le bus passer ! Le monsieur voit nos têtes dépitées en regardant le bus filer et nous dit de monter dans la benne. On va le rattraper ! On saute à l’arrière, il conduit à toute vitesse et nous attrapons le bus (qui s’avère être un taxi !). Ça décoiffe !

    En arrivant, nous profitons du bord de mer où les gens se promènent et boivent des verres en petits groupes.
    Le soir, nous sommes invités à bord d’Odine, le bateau qui a amené Agatha jusqu’ici en bateau-stop. C’est un couple de notre âge, elle est allemande et lui français. Ils nous reçoivent chaleureusement avec du bon poisson et du riz, un régal !

    Le lendemain, mardi, c’est jour de courses et de démarches administratives. Nous partons vers le parc des Haitises, situé au fond de la baie. En République Dominicaine, il faut faire un despacho à chaque fois que l’on change de zone. Avant cela, nous allons nous balader sur une des jolies petites îles qui bordent la baie.

    Puis direction la ville, où nous perdons pas mal de temps à aller et venir entre les bureaux de l’immigration et de l’armada. Ils ne sont pas forcément très efficaces !! Mais on finit par y arriver. Ensuite, place aux courses : un bon stock de fruits et légumes. Ici, ça ne manque pas, il y a une belle diversité et, à notre plus grand bonheur, les avocats sont délicieux !!

    En discutant avec les gens, on ressent aussi la proximité avec Haïti, l’autre pays qui partage cette île. Les relations entre les deux sont complexes, marquées par une histoire lourde et par de grandes différences économiques. Beaucoup d’Haïtiens vivent et travaillent ici, et même si le sujet est sensible, cette cohabitation fait partie du quotidien dominicain.

    De retour à bord, nous levons les voiles pour nous rendre sur l’île de Levantado, à 3 milles de la ville. Une jolie navigation, toutes voiles dehors, jusqu’à l’île. Le mouillage est bien roulant, mais c’est une petite escale sympa avant les Haitises.
    On profite tranquillement à bord, tous un peu fatigués, bercés par le bon roulis du bateau.
    Demain, on va rester encore un peu pour profiter de la zone… on espère pouvoir y plonger ! 🌊
    Okumaya devam et

  • J173, Los Haitises

    10–13 Şub, Dominik Cumhuriyeti ⋅ ⛅ 21 °C

    Nous nous réveillons à bord après une nuit bien agitée ! Le mouillage n’est pas protégé, ce qui provoque un bon roulis du bateau. L’équipage se lève malgré tout de bonne humeur : la vue sur cette jolie île, bordée d’une belle plage soigneusement entretenue pour l’unique hôtel des lieux, nous fait vite oublier la nuit mouvementée.

    Nous nous préparons pour aller plonger ! Anne-Sophie est une plongeuse aguerrie ; Agatha, elle, est novice et appréhende un peu. Nous montons tous les quatre dans l’annexe avec les blocs de plongée. Agatha et moi grimpons dans le kayak (qui, malheureusement, est encore percé !). Nous arrivons sur un spot qui nous semble adéquat. Anne-So se met sur le détendeur de secours de Malo, et moi je suis avec Agatha. Malo et Anne-So s’immergent.

    Avec Agatha, nous prenons notre temps. Je lui explique le détendeur étape par étape, puis, le long de la chaîne de l’annexe, nous nous enfonçons : 1 m, 2 m, 3 m… pause, ses oreilles coincent ; on attend, on respire, ça passe. Nous poursuivons la descente jusqu’à 9 m. Tranquillement, nous observons les gorgones violettes qui dansent au rythme de la houle, deux calamars qui glissent sous notre nez, un poisson-trompette parfaitement camouflé dans les éponges. Nous remontons ; C’était un très joli moment ✨️ Anne-So et Malo nous retrouvent, eux aussi ravis de leur immersion malgré une visibilité un peu faible. Ça faisait trop longtemps que l'on avait pas profité des fonds !

    De retour à bord, on mange un bout. Avec Agatha, nous partons nous promener sur la plage. Au coucher du soleil, à l’entrée de la baie, au loin… trois baleines sautent à la verticale. Elles sont loin de nous mais on les imagine si grandes et majestueuses.

    La soirée file tranquillement au rythme du roulis. Je suis très heureuse d’avoir mes copines à bord 🫶

    Le lendemain, le réveil sonne à 7 h. Nous sommes un peu fatigués après une nuit encore secouée, mais motivés : nous partons vers le Parc national Los Haitises. Avant de nous y diriger, nous naviguons vers la sortie de la baie pour tenter d’apercevoir des baleines. Nous déroulons les voiles et scrutons l’horizon à la recherche de ces grandes créatures bleues. Nous en voyons plusieurs, mais jamais assez près pour les photographier ; nous les gardons précieusement en mémoire.

    Nous changeons ensuite de cap vers le fond de cette immense baie où se niche le parc. Peu à peu, le paysage devient spectaculaire. D’étonnantes formations calcaires recouvertes d’une végétation luxuriante semblent flotter sur l’eau. Ces pains de sucre, façonnés par l’érosion, émergent au milieu d’une forêt tropicale humide et de vastes mangroves. Le parc est l’un des trésors naturels de la République dominicaine : il abrite une biodiversité remarquable, des colonies d’oiseaux marins, et des grottes ornées de pétroglyphes laissés par les Taïnos.

    Nous avons l’impression d’entrer dans un décor de Jurassic Park. Nous sommes seuls, entourés de frégates, de rapaces, de pélicans qui tournoient au-dessus de nous. Nous jetons l’ancre après une belle navigation au portant. Cette fois, le mouillage est parfaitement abrité. Pas un roulis. Quel bonheur.

    Aujourd’hui, vendredi, cela fait trois jours que nous profitons du parc. Nous avons randonné sur les hauteurs, exploré en annexe et en paddle les grottes creusées dans la roche calcaire, découvert des mangroves si profondes que les palétuviers semblent toucher le ciel.

    Nous avons même eu la chance de croiser un serpent, blotti à l’abri d’un arbre. L’eau n’est malheureusement pas transparente, mais nous nous baignons quand même. Le temps est calme ; on se plaît à dessiner, jouer, lire et discuter. La nuit, lorsque le ciel s’assombrit derrière le bateau, l’eau devient phosphorescente grâce au plancton. C’est magique, je n’en avais jamais vu autant. On se croirait dans Avatar.

    Nous avons changé de mouillage aujourd’hui (Cayos de los pajaros). Demain, nous mettrons de nouveau l’ancre plus près de la sortie de la baie pour nous diriger tranquillement vers le sud du pays, vers l’île de Samoa. Prochaine destination plongée !

    Les filles, elles, restent encore plusieurs jours à bord, observant les bateaux en partance pour la Colombie qui accepteraient peut-être de les embarquer. Elles ont pour projet d’aller rendre visite à notre copine Ellyn d’ici quelques semaines. Mais le bateau-stop est une histoire de chance et de patience… on croise les doigts.
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  • J178, A la recherche des baleines !

    13–18 Şub, Dominik Cumhuriyeti ⋅ ⛅ 22 °C

    Nous avons découvert à nouveau un superbe endroit dans les Haïtises, l’un des derniers mouillages du parc : la baie de San Lorenzo. Non loin de notre précédente attache, quand nous arrivons, nous apercevons Le Rebelle, bateau copain ! Ils ne semblent pas à bord, nous les verrons plus tard.

    Le soir, en effet, Lionel vient nous saluer. Il nous dit qu’ils sont avec les propriétaires de l’éco-lodge installé à terre et nous vante les lieux. Nous prenons note : nous nous y rendrons le lendemain.

    Le lendemain, après une belle pluie qui nous a ravis pour remplir nos cuves, nous partons à la découverte des lieux. Nous embarquons dans l’annexe et traversons les mangroves avant d’atteindre un ponton où nous nous amarrons. En dix minutes à pied, nous atteignons le fameux éco-lodge. Nous payons 1 400 pesos l’entrée afin de bénéficier d’un buffet et de l’accès aux piscines naturelles.

    Les lieux sont magnifiques : les bassins ont été façonnés sur le lit de la rivière. Tout est pavé et joliment construit. Après un buffet bien copieux, nous allons nous baigner. L’eau est fraîche ! C’est la rivière, ça nous saisit. On se prélasse sur les transats, puis nous allons jouer aux cartes dans le bar qui domine les lieux. Lionel, notre ami du Rebelle, est là aussi. Il nous fait rire : il vient nous voir, verre de gin à la main — « Ce n’est pas possible, ils ne font que boire ici ! On n’a pas le temps de dire ouf ! »

    Ils nous proposent de nous ramener au ponton de l’annexe avec la voiture des propriétaires. On ne refuse pas : nous voilà embarqués dans une superbe voiture… le luxe !

    En arrivant à bord, nous nous installons pour une belle soirée cinéma. Nous nous replongeons dans nos rêves d’enfant en regardant L’Île aux trésors, en mangeant popcorn et gâteaux !

    Le lendemain, il est l’heure pour nous de lever l’ancre des Haïtises. Progressivement, nous quittons ces mogotes, grandes roches verdoyantes, pour retrouver la civilisation.

    Nous partons sous un soleil au zénith, au moteur. Pour sortir de la baie, le vent ne sera pas avec nous, ni le courant ! Nous visons Miches, un petit village à la sortie de la baie. Mais finalement, la houle de face et l’angle du vent nous font changer de décision : nous partons pour Levantado. Nous reprendrons la mer demain pour Miches.

    Nous jetons l’ancre à la tombée du jour. Malo et Agatha sautent dans l’annexe pour installer une ancre arrière afin d’éviter un roulis trop fort. Ça fonctionne à merveille ! Le ciel se couvre de couleurs rouges, roses et violettes. Et nous ne tardons pas à rejoindre Morphée. Demain, on se lève aux aurores : nous souhaitons profiter du lever de soleil pour aller observer les baleines.

    À 6 h, le réveil sonne. Les yeux encore un peu bouffis, l’équipage se réveille. Anne-So, avec son énergie et son sourire inépuisables, s’attelle à nous préparer le café. Agatha, encore dans ses rêves, vient m’aider à remonter l’ancre. C’est parti : on met le cap vers Miches, mais avant, on va divaguer un peu à l’entrée de la baie pour essayer d’apercevoir les superbes baleines à bosse qui viennent mettre bas dans les eaux protégées de Samaná.

    La mer est d’huile : pas un souffle de vent, pas une ride sur l’eau. Doucement, le soleil se lève et ses couleurs nous ravivent. Malo est à la barre. Je m’installe à l’avant du bateau, assise sur le bloc du compresseur. Agatha à tribord, Anne-Sophie à bâbord, aux aguets, fixant l’horizon.

    S’ensuivent deux heures à observer des souffles, des nageoires… et nous apercevons même l’une de ces géantes bleues sortir sa tête de l’eau. Nous sommes privilégiés, encore seuls sur l’eau. Nous en profitons car dès 9 h, de nombreux bateaux à moteur amènent les touristes pour voir les baleines.

    Les cétacés sont assez timides et sondent vite en nous apercevant, mais leur observation, même assez lointaine, nous enchante. C’est magique.

    La mer est si plate que nous coupons les moteurs. Nous laissons Noam à la dérive et sautons dans le grand bleu. En mettant la tête sous l’eau, nous entendons le chant des baleines. Elles nous semblent si proches. Des grincements, des sons si caractéristiques… c’est incroyable !

    Nous reprenons le cap sur Miches. Nous slalomons entre les cayes et jetons l’ancre dans une petite baie du village.

    Nous embarquons nos poubelles et deux bidons de carburant pour aller respectivement les vider et les remplir. Nous beachons l’annexe sur la plage. En arrivant, nous demandons à deux hommes installés dans un hangar en bord de plage — la station-service. Tout de suite, ils nous sourient : « On vous amène, montez ! » Deux minutes après, nous voilà à l’arrière d’un pick-up pour aller chercher de l’essence. Ils sont pêcheurs. On fait les pleins en observant la vie chaleureuse de ce petit village. Les deux messieurs nous ramènent et gardent nos bidons de diesel le temps de notre promenade. Adorables !

    Notre objectif du jour : grignoter des empanadas et faire le plein de courses ! Sous un soleil de plomb, on trouve des empanadas fraîchement cuisinées qui nous nourrissent comme il faut 😅

    Ensuite, place aux courses ! On est bien chargés, mais on arrive sans souci au mouillage. L’ambiance est sympa ici : un peu de musique, mais ça reste agréable, bien moins capharnaüm qu’à Samaná. Les petites maisons, avec leurs fameux barreaux aux fenêtres, sont simples mais relativement bien entretenues. Les gens semblent vivre paisiblement.

    Lors de nos courses, nous refusons les sacs plastiques. On rigole de la réaction des gens : ils ont du mal à comprendre, les sacs plastiques sont une religion ici !

    En arrivant sur la plage, nous récupérons nos bidons en remerciant nos bienfaiteurs. Entre-temps, les lieux se sont remplis : ça s’agite autour de la fameuse table à dominos. Une institution dans les Caraïbes !

    De retour à bord, on est tous un peu fatigués par le soleil. On range les courses, une bonne baignade, puis un repos mérité. En fin de journée, l’armada passe nous voir. On stresse un peu car notre despacho (autorisation locale de sortie) date de plus de dix jours. Mais ils ne nous embêtent pas : on leur explique qu’on s’est arrêtés pour se reposer. Pas de souci : si vous descendez à terre, il vous faudra simplement refaire un despacho ! On ne leur dit donc pas qu’on a déjà été à terre… mieux vaut rester discret parfois. Ils nous remercient avec un sourire et repartent.

    Le lendemain, on profite du bord. Le temps file : on bouquine, on travaille sur nos projets respectifs, on papote et on se prépare un bon brunch avec les nouveaux fruits et légumes frais de la veille.

    Puis on prépare le bateau. Anne-Sophie cuisine un peu pour la navigation et nous préparons tous Noam comme il faut.

    Nous partons finalement pour Punta Cana, à la marina, car il n’y a pas de mouillage. Nous avons choisi cette option afin de profiter du carnaval dominicain, réputé dans cette ville côtière ! Nous y passerons le week-end avant de continuer vers l’île de Saona.

    Nous avons un peu plus de 60 milles à parcourir, avec un vent au près d’une quinzaine de nœuds.

    À 16 h, nous levons l’ancre. Nous allons naviguer de nuit. Nous tirons quatre bords pour sortir de la baie, puis c’est parti : nous débutons la nuit en descendant vers notre destination. La nuit est étoilée, le bateau gîte toutes voiles dehors sur une belle mer, la lune nous sourit d’un sourire fin. Nous devrions arriver demain matin à bon port !

    Nous nous organisons par équipes de deux pour les quarts de nuit : il y a toujours Malo ou moi avec l’une des filles. Une veille, un en quart, deux au lit — et ça tourne toutes les deux heures. C’est parti !
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