J216, Cap sur Saint Martin
28–29 mar., Islas Vírgenes Británicas
⛅ 25 °C
Ce matin, Malo va chercher Wanda pour partir plonger. C’est sa première plongée !
Je reste à bord pour commencer tranquillement à préparer le bateau pour la navigation des jours à venir. On a le privilège de pouvoir faire une machine à laver chez nos voisins de mouillage — un luxe !
Après une heure, Malo revient à bord. Tout s’est bien passé, Wanda a adoré son immersion ✨️🪸 Ça ne m’étonne pas, elle a dû être émerveillée. C’est un privilège de pouvoir rester longtemps admirer ces couleurs et cette vie sous-marine.
À mon tour de rejoindre Yasmine pour l’amener sous l’eau. On part sur le même spot, à la pointe de l’île. C’est sa deuxième plongée, elle se débrouille super bien. On barbotte pendant une petite heure, on observe même une tortue.
Tout le monde est content de son moment aquatique ! Les îles Vierges auront été pour nous une belle révélation sous-marine. Nous n’aurons finalement pas tant que ça exploré la terre, mais nous étions si bien sur l’eau… et de toute façon, le standing des vacances terrestres des BVI ne semble pas être dans notre budget 😅
Nous rinçons le matériel de plongée et préparons le bateau. Les Blue Moana arrivent pour nous dire au revoir et nous remercier de ces moments partagés. On espère réussir à se retrouver le 21 avril pour un concert à Antigua ! En espérant que les étoiles soient alignées. De nouveaux au revoir, mais à présent nous sommes certains de nous revoir ici ou ailleurs : les liens sont créés. Nous sommes reconnaissants de les avoir croisés sur notre chemin !
Eux partent pour l’aéroport, où de la famille vient les rejoindre pour passer encore quelques temps ici. Nous, nous levons les voiles pour le nord. Cap sur Anegada, dernière île des îles Vierges.
Nous partons sous un ciel gris. Nous hissons la grand-voile et mettons un appui moteur. Nous parcourons les 15 milles nautiques qui nous séparent de l’île. Nous jetons l’ancre dans un cadre paradisiaque : l’eau est un peu moins turquoise, mais le sable blanc et les épineux bordent la plage. Ça nous fait penser à la plage de Cayo Largo, à Cuba.
Nous allons profiter du coucher de soleil à terre. L’île est parsemée de chemins de sable. On nous a dit que la tendance ici était de barouder sur ces sentiers en quad… Le cadre est joli, calme. Nous profitons d’un dernier cocktail dans un petit bar cosy et nous nous offrons même le luxe d’une petite langouste panée en apéritif. Les langoustes sont nombreuses ici, et pourtant nous sommes restés raisonnables cette fois-ci : Malo n’en a pas pêché une seule !
De retour à bord, Malo nous cuisine un bon dîner : pommes de terre sautées et poisson frais. Nous préparons le bateau pour la navigation du lendemain. Nous serons au près, le vent nous viendra sur bâbord. On remonte l’annexe, cale les différents éléments… Nous ne tardons pas à aller dormir.
À 7h, le réveil sonne sur un mouillage super calme. Nous prenons le dernier point météo. Le vent est nord-est. Le fait d’être remontés à Anegada nous permet d’avoir un bon cap pour faire route directe vers Saint-Martin, à l’anse Martigot. Nous avons un vent moyen prévu à 16 nœuds, avec un pic à 20 nœuds vers 20h. Nous avons préparé le foc pour s’assurer d’être bien gréés en cas de coup de vent. La houle est de 1,5 m, pas de grains prévus. On va bien pencher, mais ça devrait aller.
Fin prêts, nous hissons la grand-voile au mouillage, levons l’ancre et c’est parti !
Dimanche 29 mars, 8h30, top départ ✨️⛵️Leer más
J217, Saint Martin
30 de marzo, San martin
🌬 25 °C
Nous contournons Anegada afin d’atteindre le bon angle pour caper en un seul bord vers Saint-Martin. Nous avons un peu plus de 90 milles à parcourir. Si tout se passe bien, nous devrions arriver dans la nuit. Nous hissons la grand-voile et déroulons le génois : la mer est calme et plate. C’est agréable, nous naviguons au près serré / petit travers. Nous choisissons de caper légèrement plus au nord afin de conserver une marge à l’arrivée et pouvoir abattre si nécessaire.
Les îles Vierges britanniques s’éloignent progressivement. L’eau, d’un bleu profond, nous sert sa dose de sargasses. Malgré sa volonté de pêcher, Malo fait chou blanc : les algues s’enroulent autour du leurre. Progressivement, nous réduisons la toile : un ris, installation du foc, deux ris, puis on affale le foc, on remet le génois et on prend un ris dans celui-ci. Nous espérons ainsi anticiper le coup de vent prévu vers 20h.
Nous continuons notre route. Je regarde le filet de légumes se balancer au-dessus de nous, au rythme de la houle de travers qui monte. Une aubergine commence à fatiguer : ce sera l’occasion de la cuisiner. Je me motive — aubergine, oignon, un peu de sauce tomate et du parmesan en couches, et hop au four ! Une demi-heure plus tard, le plat sort fumant, parfait pour nous rassasier.
Nous restons sur une allure de près confortable. L’écume blanche suit le sillage du bateau qui siffle dans le vent. Nous avançons à 4,5 nœuds de moyenne. La nuit s’organise : Malo prend le quart de 22h à 00h, moi de 00h à 2h, puis lui de 2h à 4h, et nous terminons ensemble pour une arrivée prévue vers 5h. Les quarts se passent tranquillement, avec quelques réglages de voiles. La lune croissante, haute dans le ciel, nous éclaire.
Ça y est : au loin, nous distinguons les lumières de la terre : Antigua sur bâbord, Saint-Martin sur tribord.
À 4h30, nous entrons dans la baie de Marigot, vaste plan d’eau où nous allons mouiller. Nous sommes accueillis par des centaines de lumières indiquant les nombreux bateaux présents. L’île est elle aussi très éclairée : la pollution lumineuse est bien présente ! Mais nous sommes surtout heureux d’arriver. Nous nous faufilons entre les bateaux et ancrons sur une bonne zone de sable. Nous rangeons les bouts et les voiles, puis partons dormir.
Au petit jour, nous découvrons le mouillage : il y a du monde dans cette grande baie, de nombreux bateaux sont à l’ancre autour de nous. Nous rangeons le foc et le bateau.
La houle est bien présente dans la baie comme le prévoyais la météo. Nous partons malgré tout en annexe vers la terre — et arrivons quelque peu trempés sur un ponton à annexes bien rempli !
Affamés, nous décidons de nous offrir un bon restaurant français. Quoi de mieux qu’une crêperie ? Nous trouvons Ti Breizh, parfaitement adaptée à l’occasion. C’est très étrange d’entendre et de parler à nouveau français avec les commerçants, presque irréel après ces semaines en milieu anglophone.on se régale d'une galette et d'une bolée de cidre 🥰
Nous nous baladons dans les ruelles commerçantes et montons jusqu’au Fort Louis, qui surplombe la baie.
De là-haut, nous observons le lagon qui occupe une bonne moitié de l’île. Nous distinguons aussi la partie hollandaise, avec le célèbre aéroport, où les avions passent au ras de la plage. Les ruelles sont animés, de jolis boutiques mais aussi plusieurs locaux vetustes et abandonnés. Les gens parlent français, anglais mais nous retrouvons aussi le créole.
Saint-Martin est une île particulière : elle est partagée entre deux nations depuis le XVIIᵉ siècle. En 1648, après le départ des Espagnols, Français et Néerlandais se répartissent pacifiquement l’île lors du traité du Mont Concordia. Aujourd’hui encore, cette frontière est l’une des plus petites au monde séparant deux États. La partie nord, française, constitue une collectivité d’outre-mer, tandis que la partie sud, Sint Maarten, est un pays constitutif du royaume des Pays-Bas. L’île compte environ 75 000 habitants au total, avec une population très cosmopolite, mêlant influences européennes, caribéennes et internationales.
Nous allons ensuite effectuer nos démarches d’entrée auprès des autorités portuaires, où nous payons une trentaine d’euros (nous apprendrons plus tard que ce n’était pas nécessaire…). Nous poursuivons notre exploration, retrouvant avec plaisir certains incontournables français : boutiques de fromages et caves à vin ! On doit bien l'avouer ça nous a un peu manqué.
En rentrant à bord, nous croisons nos amis rencontrés en République dominicaine, Christophe et Léo, présents ici depuis une semaine. Ils vont dîner chez des voisins de mouillage sur leur catamaran. Nous nous disons que nous nous verrons le lendemain, mais en passant, Bruno et Véronique — le couple français chez qui ils sont invités — nous interpellent : « Pas de problème, venez aussi ! »
Nous avions prévu une soirée tranquille, fromage fondu et vin blanc, mais nous nous adaptons : allons dîner chez ces voisins encore inconnus ! La soirée est belle, faite de discussions sur les voyages, les projets, la plongée et la photographie. Nous partageons du fromage sur une baguette et un bon verre de rouge, un délice qu'on avait prpesque oublié. La spontanéité qu’offre la vie en bateau est précieuse.Leer más
J218, Sur le sommet de Saint Martin
31 de marzo, San martin
🌬 25 °C
Ce matin, nous partons pour gravir le point le plus haut de l’île, le Pic Paradis. Baskets aux pieds, nous montons dans l’annexe : la houle s’est bien levée aujourd’hui. Nous passons sous le pont-levis qui sépare la mer du lagon intérieur. Il y a deux ponts : un côté français, un côté hollandais.
Plusieurs bateaux mouillent dans le lagon, plus protégés que sur la mer. De beaux bateaux, mais aussi certains proches de l’épave : il y a une vraie communauté de marins ici. Il y a plein de pontons à annexes dans toute la zone, c’est agréable.
Le lagon de Saint-Martin ressemble presque comme une petite mer intérieure. L’ambiance est marine : des stations services en bord de rive, une épicerie ou les marins boivent un café (ou une bière), un magasin d'outillage ...
Nous laissons notre annexe dans le centre de la marina, juste à côté de la boulangerie où nous achetons un pain au chocolat — ça fait longtemps !
Nous débutons notre marche : nous devons parcourir quelques kilomètres avant l’entrée d’un sentier. Ce n’est pas une île pensée pour les piétons, on le sent très vite avec les embouteillages du matin et du soir qui encombrent les routes. La cohue de la ville ne m’avait pas manqué ! Mais ça fait partie de la découverte des lieux : on découvre les rues commerçantes, la vie quotidienne, les plaques d’immatriculation françaises et hollandaises, les enseignes anglaises, françaises et créoles…
Finalement, après une bonne heure à marcher le long de la route dans les pots d’échappement, nous parvenons au début du sentier… mais malheureusement il est privé, barricadé avec un gros portail. Notre application de randonnée n’est pas toujours au point !
Heureusement, une voiture sort d’une maison environnante : c’est une jeune infirmière qui fait sa tournée à domicile. On lui demande quelques infos : elle sait qu’il y a une route qui mène au sommet du Pic Paradis, mais c’est plus loin. On la remercie, elle repart… mais deux minutes après, elle fait demi-tour et nous propose de nous y amener : c’est sur sa route ! Trop sympa, on accepte. Elle nous dépose donc au point de départ.
C’est une grande route : soit il y a un sentier qui ramène au restaurant situé en contrebas (où il faut payer 10 €), soit on monte directement par la route. On choisit la route… et ça monte très fort ! 400 mètres de dénivelé sur une route bétonnée sous le soleil, ça chauffe. Mais le paysage est beau : nous avons une vue sur la mer et les reliefs de l’île.
Nous terminons la montée par un sentier où l’on rencontre un Guadeloupéen très sympa, cordiste, qui repeint l’antenne située au sommet. Perchés en haut, on aperçoit les îles environnantes : Tintamarre, Fourchue, Saint-Barthélemy, Saba, Saint-Kitts… Nos prochaines destinations !
Nous décidons de redescendre par le sentier du restaurant. Ni vu ni connu, un peu en mode pirates, nous arrivons en bas gratuitement. C’est un beau lieu où restaurant, piscine et parc de loisirs s’entrecroisent. On essaie d’aller à la piscine, mais il faut obligatoirement une chaise longue (et il n’y en a plus de disponibles). Sinon, la dame nous propose une petite cabane à 90 € l’entrée… on refuse de payer si cher pour un bain !
À la place, nous nous faisons plaisir au restaurant. On se régale après nos 10 km, et il faut bien l’avouer : le lieu est très sympa.
Pour le retour, nous ne sommes pas trop motivés à marcher le long de la route, alors on fait du stop. Nous sommes pris très rapidement par un monsieur qui habite non loin de là.
Sur le chemin du retour, nous faisons quelques courses au supermarché (il y a un Super U !) et nous partons en quête d’un barbier. Malo est confronté aux prix du marché : 28 € la coupe… ça change de Cuba ! Il va attendre encore un peu 😅
De retour à bord de Noam, Malo s’attaque à une énième réparation de l’annexe. Pendant ce temps, je travaille sur le projet de l’association : nous avons eu des retours positifs de l’Office français de la biodiversité, il n’y a plus qu’à monter un dossier solide.
Le soir, place au mont d’or : nous continuons sur notre journée “montagne” après avoir gravi les sommets ! On se régale de fromage sur nos pommes de terre, un vrai plaisir.
Demain, nous levons le camp pour partir vers le nord de Saint-Martin. Nous avons décidé d’aller découvrir quelques mouillages pour plonger autour de l’île, avant de rejoindre Saint-Barthélemy puis Saba.Leer más
J219, Requin marteau à Grand Case
1–2 abr., Francia
☀️ 27 °C
Après un dernier café partagé à bord avec nos amis Christophe et Léo, nous quittons la baie de Marigot.
Finalement, nous mettons le cap au nord de Saint-Martin, direction Grand Case. Après réflexion et consultation des amis du coin, nous serons mieux orientés pour nous rendre à Saint-Barthélemy en prenant la route du nord. Notre itinéraire des prochains jours : Grand Case, l’île de Tintamarre (Saint-Martin), l’île de la Fourche (Saint-Barth) et Saint-Barthélemy.
Nous hissons la grand-voile et déroulons le génois ; nous n’avons que quelques milles à parcourir. Nous atteignons dans l’après-midi le Rocher Créole. Cette caye est située à l’entrée de la baie de Grand Case. Elle fait partie de la réserve naturelle de Saint-Martin ; des bouées sont à disposition pour amarrer le bateau et y faire du snorkeling.
Une fois amarrés, nous nous équipons pour une plongée. Nous nageons en surface vers la caye, puis nous descendons. La visibilité est très faible car une houle de nord agite la mer depuis quelques jours. On distingue à peine à deux mètres devant nous. Cela crée une ambiance particulière.
Tout à coup, nous entendons les cliquetis si reconnaissables des dauphins. Il doit y en avoir un tout proche. Nous observons en essayant d’habituer nos yeux à la turbidité. Et là, une grande masse apparaît devant nous : un grand dauphin ! C’est impressionnant. Il se faufile devant nous, nous regarde de ses yeux intelligents puis disparaît. Il nous fait deux apparitions, quelque chose de presque mystique dans cette eau trouble.
Des barracudas passent à côté de nous et quelques poissons se cachent dans les roches. Nous suivons un banc de carangues quand je distingue une grosse queue caractéristique d’un requin. Je regarde Malo, qui me fait de grands yeux en me faisant le signe du « requin marteau » ! Je n’ai pas réussi à distinguer sa tête, je ne peux donc pas confirmer ; difficile d’en être certain, le mystère restera entier… Qui sait, nous avons peut-être croisé la route rare d’un marteau.
En rentrant au bateau, une raie léopard et un requin dormeur nous font le privilège de passer à nos côtés.
De retour à bord, nous sommes un peu perplexes face à cette plongée : nous avons vu de gros animaux, mais quelle ambiance de nager dans ces eaux troubles ! C’est toujours une surprise de découvrir ce qui se cache sous nos pieds.
Nous larguons la bouée afin d’ancrer à quelques mètres de là, dans la baie de Grand Case. La baie est plus petite et moins remplie que sa voisine. Les reliefs de l’île sont magnifiques avec la lumière tombante et les couleurs chatoyantes du soleil.
Nous trouvons notre place et partons à terre. Un ponton à annexes nous accueille directement sur la rue longeant la mer, remplie de bars, de restaurants et de boutiques, principale activité de l’île. De nombreux touristes déambulent, marins et visiteurs venus par les airs. Depuis notre arrivée ici, je suis impressionnée par le trafic aérien : des avions passent sans cesse entre les îles — Anguilla, Saint-Barthélemy et Saint-Martin. Avions, hélicoptères, jets…
En nous baladant, nous observons des villas, mais aussi des cases plus modestes. La population est très hétéroclite ici, entre les habitants fortunés et les travailleurs moins aisés venus de plusieurs îles des Caraïbes voisines.
Nous prenons un verre dans un bar qui donne sur le mouillage. L’ambiance est sympa !
Le lendemain, nous retournons à terre pour espérer trouver de quoi faire un peu d’eau. Quelques petites averses nous surprennent de temps à autre, mais elles sont de courte durée, pas suffisantes pour remplir le récupérateur d’eau de pluie. Nous prenons donc nos bidons pour demander un accès à l’eau.
Ce n’est pas si simple ici : il n’y a pas d’eau sur l’île, elle provient d’une usine de dessalinisation et n’est donc pas en libre accès. En marchant, je vois un jardinier ; je lui demande, il nous montre l’accès à son robinet : « servez-vous ». Il vient de Dominique. Il travaille dans un restaurant, mais sur ses moments off, c’est lui qui s’occupe des fleurs du coin : bougainvilliers, frangipaniers, manguiers, papayers… Il nous en parle avec amour ; ça lui fait du bien, cela lui rappelle la luxuriance de son île natale, nous dit-il.
Nous le remercions et partons à la recherche d’un spot Wi-Fi : nous devons travailler un peu sur le projet de l’association avant de lever l’ancre.
Après plusieurs tentatives, nous nous installons en bord de quai où une serveuse nous partage sa connexion. Elle est marrante, dans l’ambiance de Saint-Martin : la fête et la détente !
De retour à bord, nous levons les voiles pour prendre le cap de l’île Tintamarre. Elle fait aussi partie de la réserve ; nous avons donc dû faire une demande au parc pour y passer la nuit.
C’est agréable : nous naviguons entre les îles, toujours à vue. Je suis à la barre ; nous sommes au bon plein, le bateau file. C’est agréable de le sentir naviguer en restant concentrée sur mon objectif de destination. Des dauphins nous accompagnent quelques minutes.
Nous approchons de l’île toutes voiles dehors. Une île plate et rocheuse se dessine. Trois bateaux sont à la bouée. Nous nous préparons pour attraper la bouée à la voile, sans moteur. Malo prend la barre, je vais à la proue du bateau avec la gaffe. Concentrée… ça y est, j’attrape l’anneau de la bouée et, au plus vite, je passe l’amarre.
Ça y est, nous y sommes arrivés ! Une belle arrivée à la voile.Leer más
J220, Île Tintamarre
2–3 abr., Francia
⛅ 26 °C
Une fois amarrés sur l’île de Tintamarre, nous découvrons les lieux qui nous entourent.
Nous nous préparons pour une plongée de fin de journée, à l’arrière de l’île, non loin des récifs. Une belle houle nous accompagne ; le mouillage bouge un peu, mais le roulis reste acceptable.
Nous partons pour une heure sous l’eau et avançons au milieu de jolis reliefs sous-marins. Il y a moins de gorgones et de couleurs qu’aux îles Vierges, mais nous restons admiratifs devant les bancs de carangues, gorettes et balistes océaniques. En remontant, nous manquons l’annexe, ce qui nous contraint à une bonne nage de nuit en surface, face au courant et à la houle. Nous arrivons à bord, prêts à dormir 😅
Le lendemain, nous nous réveillons sur une eau turquoise, où de nombreuses tortues viennent respirer tout près de nous. Nous rejoignons l’île à la nage. C’est encore calme ; nous partons explorer ce bout de terre. Le terrain est plat, la végétation sèche. Nous atteignons la plage de coquillages de l’autre côté, qui nous offre une vue sur Saint-Barthélemy ; à droite, les reliefs encore bien visibles de Saint-Martin.
Nous continuons à vagabonder et tombons sur des ruines : un vieil alambic, des abreuvoirs et des murets en pierre corallienne qui délimitent d’anciennes parcelles.
Les vestiges témoignent de l’histoire agricole de Tintamarre. L’île a été exploitée au XIXᵉ siècle pour l’élevage et la culture (notamment le coton). Plus tard, dans les années 1930-1940, Tintamarre a même accueilli une petite piste d’aviation !
Nous sommes seuls sur ces sentiers sauvages. Nous retrouvons ensuite la plage du mouillage, où nous rencontrons des campeurs. Il est possible de venir camper ici, à condition d’avoir fait une demande préalable auprès du parc. Ce week-end, c’est Pâques, et aux Antilles, c’est une grande tradition : on campe sur la plage en famille ou entre amis.
Nous interrogeons les campeurs sur une épave d’avion dont nous avons entendu parler. Elle se situerait non loin de l’ancienne habitation. Nous y retournons et, sous le soleil ardent, nous découvrons la carcasse d’un petit avion, bien abîmée.
Lorsque nous revenons à la plage du mouillage, elle s’est bien remplie ! De nombreux bateaux de touristes viennent passer la journée sur l’île. Nous avons de la chance de pouvoir profiter des lieux presque seuls au monde le soir et tôt le matin (seulement trois bateaux au mouillage).
De retour à bord, nous partons pour une dernière plongée autour de Tintamarre. Nous restons dans notre ambiance « épaves » et descendons à 15 mètres de profondeur, où repose un remorqueur. De grosses langoustes peuplent le fond ; des carangues, des barracudas, et même une tortue passent près de l’hélice de l’épave.
Une fois séchés, et après avoir dégusté une bonne salade fraîche à l’avocat, nous larguons les amarres. Direction Île Fourchue, à 11 milles de là appartenant à ls collectivité de Saint Barthélémy. Nous sommes au près, bien confortables ; le bateau est parfaitement réglé, toutes voiles dehors. Nous atteignons notre destination sous les lumières de fin de journée.
Nous arrivons dans une baie où quelques bouées d’amarrage sont en place. L’ancrage est autorisé pour les bateaux de moins de 10 mètres dans la zone centrale. Nous avons de la chance : une bouée se libère in extremis. Ici, une bouée libre ne le reste jamais bien longtemps !
Nous ne sommes qu’une dizaine de bateaux dans cette belle baie, entourée de reliefs rocheux. À notre gauche se trouve une zone de nidification des fous bruns ; nous entendons leurs cris et observons leur vol élégant lorsqu’ils plongent pour attraper les poissons tant convoités. Les pentes des montagnes sont sèches, parsemées de cactus et d’agaves en fleur.
Nous sommes bercés par le roulis ; le vent forcit, mais nous apprécions notre amarrage. Le cadre est vraiment magnifique et paisible.Leer más
J222, Île Fourchue
3–6 abr., San Bartolomé
☁️ 26 °C
Ce matin, nous partons pour une plongée à l’ouest de l’île. Le long de la roche, c’est sublime : un récif riche de vie et de couleurs.
Juste après, nous sommes approchés par le bateau du parc naturel, qui vient s’amarrer à nos côtés. Nous échangeons longuement avec les deux gardes sur la biodiversité de la zone. Depuis la mise en place des éco-mouillages (un système d’amarrage avec deux bouées permettant de limiter le ragage des chaînes sur les fonds), les herbiers regagnent du terrain et les tortues recolonisent progressivement le milieu.
Ils nous conseillent de privilégier l’ouest de l’île pour plonger : les autres zones restent belles, mais depuis le passage de Ouragan Irma, les écosystèmes peinent encore à se remettre. L’île est privée, mais il est possible de s’y promener. Nous discutons des différentes mesures de protection ; ils nous remettent de la documentation — leur approche est vraiment intéressante.
Nous pensions faire fonctionner le compresseur pour gonfler nos blocs, mais ils nous indiquent que des sternes nichent non loin et qu’il vaut mieux éviter les nuisances sonores. Message reçu.
Nous prenons ensuite le temps de faire un bon ménage du bateau — il en avait bien besoin. Ce n’est pas toujours facile de se motiver : les mouillages sont souvent un peu agités. Faire la poussière et nettoyer les fonds de cale avec la tête ballottée n’est pas des plus agréables 😅
En fin de journée, nous décidons de gravir le sommet de l’île. Nous déposons l’annexe sur une petite plage de galets où une famille de campeurs profite des lieux. La montée débute au milieu des fameux cactus « tête d’Anglais », reconnaissables à leur sommet rouge, et des agaves aux longues hampes fleuries.
La vue est magnifique. L’ascension est courte mais la fin est abrupte, presque de l’escalade — c’est ludique ! Nous progressons sur la roche poreuse et avons la chance d’observer un bébé sterne encore couvert de son doux duvet blanc et noir. Il nous regarde sans crainte, superbe.
Nous atteignons le sommet : une vue à 360° s’offre à nous, sur Saint-Barthélemy, Saint-Martin et le mouillage.
Saint Barthélémy fait environ 25 km² et compte près de 10 000 habitants. Ancienne colonie française, elle a été cédée à la Suède au XVIIIᵉ siècle avant de redevenir française en 1878. Aujourd’hui, c’est une collectivité d’outre-mer réputée pour son tourisme de luxe, ses paysages et le port de Gustavia.
Nous redescendons puis regagnons notre maison flottante. J’enfourne un pain que j’ai préparé tout au long de la journée pour qu’il lève correctement. Résultat : un succès, une belle miche ! Il m’a fallu du temps pour trouver la bonne recette, mais celle-ci semble parfaite.
Nous profitons de tartines du fameux pain et d'une compotée de chou rouge pour le diner, devant un film.
Le lendemain, dimanche, nous mettons le cap sur Saint-Barthélemy. Avant cela, nous profitons d’un dernier snorkeling. Malo part d’un côté, moi de l’autre. J’observe des requins des Caraïbes et des requins nourrices, d’énormes barracudas, de jolies tortues et une forêt de coraux corne d’élan en bonne santé (ça fait plaisir à voir).
Le retour est sportif : la houle et le courant se sont levés. Je suis bien contente d’avoir mes palmes ! De retour à bord, nous larguons la bouée pour parcourir les 5 milles qui nous séparent de notre destination.
Nous hissons la grand-voile avec deux ris et un peu de génois : le vent est bien établi et les moutons se dessinent à l’horizon. La navigation se déroule sans encombre et nous atteignons la baie de Gustavia. L’arrivée, sous le vent, au milieu des méga-yachts de luxe, est impressionnante — je n’aurais jamais imaginé mettre les pieds ici un jour.
Nous descendons à terre pour découvrir les lieux. Comme nous sommes dimanche, le bureau des formalités est fermé jusqu’à mardi ; nous ferons notre déclaration à ce moment-là.
Les ruelles sont très propres, bordées de maisons aux toits rouges accrochées aux collines. Le front de mer est une véritable vitrine, où sont amarrés d’impressionnants yachts. Nous nous arrêtons dans un petit bar pour profiter du wifi et boire un verre. Ils ont de tout — bière pression et boissons variées — ça faisait longtemps !
De retour à bord, nous retrouvons une baie agitée : vent et houle rendent le mouillage assez remuant. Mais c’est dimanche de Pâques, alors nous organisons une chasse aux œufs à bord ! Les cachettes ne manquent pas sur un bateau.
Alors que nous nous apprêtons à dîner, une annexe s’approche. Surprise : ce sont Mathilda et Loïc, des connaissances de Guadeloupe. Ils sont installés ici depuis quelques mois et travaillent comme jardiniers (environ 4 000 € par mois — il y a pire !).
Ils nous proposent de les rejoindre en ville pour boire un verre. Une fois le dîner terminé, nous les retrouvons dans les petites ruelles pavées. Il y a plus de monde que l’après-midi, principalement des Américains.
Nous sommes ravis de les revoir. Nous discutons de l’ambiance, de la vie sur l’île et de nos projets de voyage. Eux aussi envisagent de partir naviguer une fois leurs économies faites et leur bateau prêt. Nous décidons de planifier une plongée ensemble pour le lendemain !Leer más
J224, Gustavia
6–8 abr., San Bartolomé
🌬 26 °C
Nous avons passé nos derniers jours à explorer Saint-Barthélemy et, on doit bien l’avouer, cette île a de quoi séduire : de superbes plages aux eaux turquoise, des reliefs préservés, des récifs riches, du surf… Bien sûr, il y a aussi l’autre face de la médaille : de larges parties de l’île sont privées, de nombreuses voitures sillonnent les routes et le luxe est en première vitrine. Mais voilà quatre jours que nous y sommes et nous ne sommes pas encore lassés du caillou.
Nous avons profité d’être au mouillage à Gustavia pour aller plonger avec Mathilda et Loïc, deux copains qui travaillent ici. Depuis le mouillage, plusieurs spots de plongée sont accessibles ; nous nous sommes rendus sur celui de Petit îlet. Une plongée de plus d’une heure, entourés de bancs de dizaines de tarpons, de tortues et d’autres poissons. Malheureusement, les superyachts mouillant dans la baie émettent une pollution sonore sous-marine énorme. Le bruit des moteurs, des générateurs et des chaînes est assourdissant. J’ai été gênée tout au long de la plongée, d’autant plus que nous avions écouté récemment un podcast sur l’acoustique marine (Le chant de l'extinction, Arte radio, je recommande !).
Après la plongée, nous sommes montés à bord du bateau de Mathilda et Loïc pour découvrir leur navire en alu, acheté récemment en Guadeloupe. Ils l’ont retapé, car celui-ci avait pris feu avec son ancien propriétaire : un sacré chantier ! Le mouillage de Gustavia est tout sauf confortable ces derniers jours : la houle secoue le bateau et le vent peut souffler fort. Nous avons donc profité de la terre.
Mardi, nous rejoignons les quais de Gustavia. Nous amarrons notre annexe sur le ponton dédié, juste à côté des yachts amarrés dans le petit port prisé de la ville. Les quais sont toujours bien animés, notamment en fin de journée : les gens s’y baladent pour le coucher du soleil, profitent des bars, restaurants et nombreuses boutiques. J’avoue avoir fait du lèche-vitrine devant les vêtements et autres merveilles exposées : c’est chic et joli, mais les prix sont incroyablement élevés (un porte-clés tortue à 90 € !!). Nous avons trouvé notre petit bar, Le Select, qui nous sert des limonades pas trop chères et nous permet de profiter du Wi-Fi. C’est le spot des navigateurs : leur terrasse en est remplie !
Ce mardi, nous partons donc à pied depuis le petit centre-ville. Nous souhaitons nous rendre à Lorient, l’un des autres villages de l’île, pour découvrir un peu plus l’intérieur des terres. Le soleil est bien chaud, nous longeons la route sur laquelle circulent de nombreuses voitures de travail : plombiers, jardiniers, piscinistes, restaurateurs… De quoi satisfaire les clients fortunés et entretenir les belles maisons qui se dessinent sur les pentes de l’île. Nous nous baladons avec notre diable et le petit bidon d’essence que nous devons remplir. Il y a une station-service pour les bateaux ; cependant, lorsqu’on souhaite faire le plein, ils prélèvent une caution de 1 400 € en amont du remplissage pour s’assurer que le client est en mesure de payer. En effet, ici, il n’est pas rare de voir des pleins de superyachts s’élever à plusieurs milliers d’euros : ils ne prennent donc aucun risque de faire un plein à un client qui ne serait pas solvable. De notre côté, nos 10 L d’essence seront remplis à la station-service de Lorient (1,70 €/L).
L’aéroport ne désemplit pas : le trafic aérien est impressionnant. Nous nous arrêtons sur la côte, en face de l’aéroport ; ici, les avions passent à quelques mètres au-dessus de la tête des passants, c’est impressionnant ! Nous continuons notre balade entourés de paysages de carte postale. Et bien que nous longions la route, la promenade est agréable. On se croirait un peu en Méditerranée ou sur la Côte d’Azur. Nous atteignons le village de Lorient et nous passons, tels de grands fans, faire une photo sur la tombe de Johnny Hallyday !
S’ensuit un pique-nique sur la plage, où quelques surfeurs s’amusent dans de petites vagues. Nous aurions aimé avoir nos planches avec nous ; on espère pouvoir profiter de la houle avant notre départ de l’île.
De retour à Gustavia, je travaille de nouveau sur l’asso avant de repartir à bord. Nous changeons de mouillage aujourd’hui : nous partons à 2 milles de là, à Colombier. Cela fait partie du parc naturel, de nombreuses bouées sont à disposition, et le cadre est paradisiaque. Une jolie plage et des paysages arides et isolés. La baie est protégée : on bouge à peine. Après ces quelques jours dans la baie agitée de Gustavia, cela fait du bien. Les tortues sont nombreuses à venir respirer en surface dans l’eau bleue ; le soleil du soir tombe dans l’eau, se confondant avec l’horizon.
Malo nous prépare un apéro flottant : on s’installe dans l’annexe et sur une bouée pour trinquer et profiter du coucher de soleil.
La nuit est dégagée, on cuisine un bon risotto puis on se prépare un lit extérieur pour une nuit à la belle étoile. Dans le carré extérieur du bateau, on regroupe les mousses et les matelas, et nous voilà avec un queen size ! Le grand luxe d’avoir plus de 1,30 m pour dormir à deux.Leer más
J225, Colombier
8–9 abr., San Bartolomé
🌬 27 °C
Nous nous réveillons dans ce beau mouillage, prêts pour aller plonger. Les blocs sont gréés, installés dans l’annexe, et c’est parti. Nous nous amarrons à l’une des bouées de plongée sur le tombant de Colombier. L’immersion est magnifique : requins gris, balistes, poissons-perroquets, tortues… Le courant est fort, nous devons palmer avec énergie pour avancer, comme les poissons ! Le retour est plus agréable : légers dans l’eau, on a l’impression de voler avec le courant.
De retour à bord, je prends le temps de lire, tandis que Malo travaille sur ses photos. Il va candidater à un concours de l’ONU pour la Journée des océans. Une fois le soleil plus bas, nous partons découvrir la terre. Nous beachons avec l’annexe sur la plage, où quelques touristes se prélassent, avant d’emprunter le sentier sec qui nous mène sur les crêtes de la falaise.
Nous marchons le long de la côte : c’est magnifique. La terre est ocre, la falaise abrupte, et de nombreuses sternes volent et nichent dans les roches volcaniques poreuses. Nous observons une baie remplie de sargasses : c’est toujours impressionnant, cette couche marron qui étouffe la surface et épaissit la houle. En chemin, nous rencontrons des tortues terrestres, tout sauf peureuses. En effet, elles sont habituées à l’homme, car nombreux sont ceux qui viennent leur offrir leurs restes de légumes. C’est assez drôle : elles s’approchent toutes, telles de petits chiens.
Nous atteignons la route dans un quartier résidentiel et faisons demi-tour tranquillement pour rejoindre Noam. Nous faisons quelques parties de jeux et ne tardons pas à nous endormir devant un film.
Le lendemain, j’ai du mal à sortir du lit, je dois avouer que je ne dors pas toujours très bien à bord : le roulis et le manque de place ne sont pas toujours confortables. Un vrai lit et une bonne douche chaude seront appréciés ! Mais Malo est d’attaque : il nous prépare un bon petit-déjeuner et c’est parti pour une plongée. Cette fois-ci, nous visons le sec Colombier, une mini-montagne sous-marine. Une fois dans l’eau, nous découvrons de beaux récifs, mais des sargasses viennent réduire la visibilité. Nous enchaînons avec une seconde plongée, plus à l’abri du courant et des sargasses ; cette fois, la visibilité et les couleurs sont un peu meilleures.
De retour à bord, on bricole, on écrit, on lit… Nous repartons dans la journée à Gustavia pour retrouver des copains, profiter un peu d’internet pour travailler et faire un point météo afin de planifier notre itinéraire pour les semaines à venir. En effet, même si les navigations vers les prochaines îles sont plus courtes que celles que nous avons connues jusqu’à présent, il n’est pas toujours simple de trouver le bon créneau météo. Nous souhaitons être le 21 avril à Antigua, ce qui nous oblige à caper à l’est, alors que les îles de Saba et Saint-Eustache sont à l’ouest. Il va falloir faire des choix stratégiques ! Le temps commence à être compté et nous allons sûrement devoir renoncer à certaines destinations envisagées.Leer más
J231, Saint Barthélémy
10–15 abr., San Bartolomé
🌬 26 °C
Cela fait une semaine que nous sommes arrivés sur ce beau caillou. Après quelques jours à Colombier, nous sommes revenus au mouillage de Gustavia. La houle s’est calmée, rendant les lieux plus agréables. Malo a installé une ancre flottante sur le bateau, contrebalançant la gîte et rendant ainsi la vie à bord plus confortable.
Notre camp de base pour ces derniers jours : Gustavia. Globalement, nous avons travaillé le matin sur nos écrans : moi sur l’association, Malo sur ses photos. N’ayant plus de réseau, notre point de repli est une petite boulangerie : du café à prix raisonnable et un bon wifi !
Vendredi, après avoir passé un peu de temps à tapoter sur nos écrans, il est temps de se dégourdir. Nous repassons à bord pour attraper nos planches de surf, et c’est parti. J’ai le paddle sur le dos, Malo la planche de surf, et nous partons en direction de la plage de Lorient. Sous le soleil, nous empruntons la route qui monte pour quitter la petite ville pavée de Gustavia. En haut de la côte, on tente le stop : un pick-up s’arrête. Le monsieur n’a qu’une place ; Malo grimpe avec les planches dans la benne et je continue à pied.
Je trouve très vite une autre voiture pour m’emmener directement jusqu’à la plage. C’est une fille et son père qui me prennent. Ils me font bien rire, ils ont une sacrée énergie. Lui habite ici, elle lui rend visite pour une saison de travail. Elle est gestionnaire de villas et me raconte les coulisses de Saint-Barth : les lieux VIP, les plages privées, les soirées… Elle est souvent invitée chez ses clients à New York, Paris… Comme elle dit : « Moi, je suis ici pour me faire de l’argent, car il y en a. » Les gens dépensent en alcool, en drogue et en plaisirs en tout genre. Elle me lance même : « Un métier bien payé ici ? Dealer de drogue ! » Ça donne le ton.
Je retrouve Malo sur la plage pour notre session de surf. Les vagues sont petites, mais on s’amuse bien dans un cadre magnifique. À la tombée de la nuit, il est temps de rentrer : nous avons encore quelques kilomètres à faire. Les planches sous le bras, assez lourdes, c’est reparti.
On finit par trouver François, biologiste marin de formation, qui a finalement fait carrière au Club Med avant de s’installer ici il y a dix ans. Il a monté son entreprise de sushi et de plats à emporter, qu’il distribue dans les supermarchés. Il nous prend en stop, super sympa. Il nous parle de l’île, de la biodiversité locale et de l’ambiance. Oui, il y a du luxe et des excès, mais selon lui, la majorité des villas sont louées par des clients en quête de tranquillité et de simplicité. La préservation de la nature est aussi liée à cette clientèle fortunée, qui souhaite préserver ce cocon. Lui, qui n’est pas amateur de soirées, aime sa vie ici : plongée, nage, qualité de vie… Ça donne presque envie !
Malo commence à avoir des idées : il n’y a pas d’entreprises d’entretien de bassins et d’aquariums ici… ça pourrait fonctionner dans les villas. François nous apprend que la plus grande villa de l’île se loue 900 000 € par semaine, avec un minimum de deux semaines. Le calcul donne le tournis.
Avant d’arriver à Gustavia, François s’arrête au Monoprix pour vérifier sa marchandise. On l’attend, et il revient avec une boîte de sushis et un sandwich de sa fabrication. Offert par la maison !
De retour à bord, nous dégustons nos sushis pour le dîner, sous un temps un peu capricieux. Nous nous motivons tout de même pour aller à un concert de jazz organisé sur la plage publique dans le cadre d’un festival. Nous y retrouvons Alban, Mathilda et Loïc. Malgré le crachin, c’est un très bon moment, les musiciens sont talentueux.
Les copains nous expliquent qu’il y a pas mal de petits événements culturels sur l’île. Alban, un ami guadeloupéen, tient avec son père une base technique navale en Guadeloupe. Ici, il est là depuis deux saisons et a progressivement réussi à acheter cinq bateaux qu’il loue aux saisonniers. Avec les loyers exorbitants de Saint-Barth, cette solution fonctionne très bien. Des idées de business, il y en a plein ici.
Le lendemain, nous partons plonger avec Alban et son cousin. Nous profitons de sa grande annexe pour faire deux plongées consécutives : une sur une épave, l’autre sur les récifs autour de pics rocheux. De belles observations, mais aussi énormément de poissons-lions qui envahissent l’écosystème.
Dimanche, sous un ciel encore gris, nous partons en annexe avec le paddle pour une session de snorkeling et de chasse. Nous dépassons l’anse des Cayes et la réserve. Le paysage est superbe : côte rocheuse, pentes arides, lumière rasante… Malo dans l’annexe, moi tracté sur le paddle, c’est assez drôle. Nous faisons une belle session d’apnée : une raie léopard, des tortues, un rémora, de nombreux poissons. Pas de langoustes, au grand désespoir de Malo, mais nous attrapons plusieurs poissons-lions pour le dîner.
Le soir, nous sommes invités sur le bateau d’Alban et Lucie avec Loïc et Mathilda. Au menu : dhal de lentilles, gratin de courge spaghetti, riz pilaf… et la pêche du jour. La joie des repas partagés !
J’en profite pour discuter avec Loïc et Alban de notre projet associatif autour des éco-gestes pour les plaisanciers. Ils évoquent la complexité du sujet en Guadeloupe, notamment avec la création de zones de bouées rendant l’ancrage interdit et payant. Selon eux, il y a une volonté de limiter la présence des plaisanciers à l’année. Ils trouvent le projet intéressant, mais soulignent les défis politiques. Pour ma part, je garde ma naïveté : peut-être que de belles images et un discours neutre permettront de créer du dialogue.
Le lendemain matin, dernière ligne droite : je finalise le projet et dépose enfin l’appel auprès de l’Office français de la biodiversité. Malo, lui, soumet ses photos à un concours de l’UNESCO. On croise les doigts.
Depuis la veille, Malo souffre d’un torticolis. Alban nous trouve un rendez-vous chez un ostéo, ce qui le soulage un peu. On espère qu’il ira mieux demain, car nous prévoyons de partir pour Saba.
L’après-midi, Lucie nous prête son quad pour faire le tour de l’île. On découvre le Grand Cul-de-Sac, les salines, les paysages arides parsemés de cactus et les nombreuses plages. Pas forcément adepte du quad, mais pour une demi-journée, c’était très sympa.
Le soir, la météo annonce des orages. On décide d’attendre. Sans surprise, le lendemain matin est pluvieux. On reste un jour de plus et on prépare le bateau. Malo fait la vidange de Noam.
En fin d’après-midi, on se balade dans les ruelles de Gustavia, découvre les vitrines de luxe — Dior, Chanel, LV, Cartier… — puis on termine avec un bon sorbet. On croise le garde maritime rencontré à l’île Fourchue, qui nous parle biodiversité et projets. Il nous encourage à présenter notre projet. Les opportunités semblent nombreuses.
En soirée, dernier verre avec les copains. Un vrai plaisir.
Mercredi, enfin : ciel bleu, bateau prêt, Malo presque remis. Nous levons les voiles vers Saba, à une trentaine de milles nautiques. Le vent est faible, nous avançons au génois. Malo met la ligne à l’eau : un superbe thon jaune mord rapidement.
Après 7 heures de navigation, nous atteignons Saba. Impressionnant : une montagne surgissant de l’eau, des pentes abruptes, une roche volcanique sombre et une végétation battue par le vent. Saba est encore un volcan actif, sans éruption depuis des siècles.
Nous avons hâte de découvrir cette île !Leer más
J232, Charmante Saba
15 de abril, Países Bajos
☀️ 27 °C
En arrivant à Fort bay, nous nous amarrons à l’une des bouées jaunes barrées d’une bande bleue, réservées aux bateaux de tourisme, devant le petit port de l’île. C’est assez rouleur, mais nous n’y restons que quelques heures, le temps de faire nos démarches administratives.
Nous mettons l’annexe à l’eau et partons vers le port. Plusieurs nageurs et plongeurs barbotent dans l’eau. Quelques bâtiments bordent la jetée ; nous nous rendons aux bureaux des customs et de l’immigration. Nous sommes superbement bien accueillis, ce qui est loin d’être le cas partout. Un grand sourire, et nous voilà enregistrés. Nous devons payer 20 $ pour l’entrée.
Nous sommes contents de ne pas nous être enregistrés officiellement à Saint-Barth : ici, personne ne nous demande d’où nous venons. L’agent des douanes nous indique qu’il faut ensuite nous enregistrer auprès du parc, la “Saba Conservation Foundation”, et payer une taxe. Il est déjà 16 h passées, les bureaux sont fermés, mais nous pouvons remplir le formulaire nous-mêmes.
Nous nous dirigeons vers leurs locaux, à quelques pas de là. Une porte ouverte, des documents en libre accès pour découvrir les zones de plongée, les randonnées, l’histoire de l’île… On fait le plein d’informations ! Nous trouvons une boîte avec des formulaires pour s’enregistrer et payer la contribution au parc. On trouve ça génial : tout repose sur la bonne foi de chacun, sans contrôle. Nous remplissons le nécessaire : 12 $ pour 3 nuits.
Saba est une petite île volcanique appartenant au royaume des Pays-Bas. Elle ne mesure qu’environ 13 km² et compte à peine 2 000 habitants. Sauvage, escarpée et préservée, elle est réputée pour ses fonds marins exceptionnels et son engagement fort dans la protection de l’environnement.
Avant de repartir à bord, nous allons boire un verre dans un petit restaurant et goûter une bière brassée localement. La gérante, très sympa, nous explique qu’elle vient de Trinidad. Elle vit ici depuis cinq ans. De formation en conservation marine, elle a ouvert son établissement car ce secteur ne paye pas suffisamment. Ses clients sont des touristes arrivant par ferry, mais aussi des ouvriers travaillant sur la construction du nouveau port.
Nous repartons à bord et quittons la bouée pour rejoindre la zone de mouillage au nord, à environ 2 milles. Ici, l’ancrage est interdit : seules les bouées sont autorisées. Nous trouvons la nôtre juste avant la tombée de la nuit. Le décor est spectaculaire : falaises abruptes, seulement trois voiliers, et des fonds qui plongent à pic à plusieurs centaines de mètres. Le soleil disparaît lentement. Nous nous endormons bercés par un roulis finalement assez doux.
Le lendemain, réveil à 6 h. Nous partons plonger à l’aube — un petit côté pirate, car ici il est obligatoire de plonger avec un opérateur. Difficile pour nous de s’y contraindre avec tout notre équipement à bord…
Nous nous immergeons dans les eaux bleues de “Babylon”, un spot de Ladder Bay. Cette zone tient son nom des escaliers abrupts visibles sur la côte : autrefois, avant le port, les habitants y montaient les marchandises à dos d’homme jusqu’au village de The Bottom.
Sous l’eau, la visibilité est excellente. D’anciennes coulées de lave structurent le paysage. Balistes noires, poissons-coffres, éponges, gorgones… Et rapidement, deux requins dormeurs nous accompagnent. Ils nous suivent, passent sous nos palmes, comme des chiens curieux. L’ambiance est étonnante. Puis un requin gris de récif passe dans le bleu. Toujours impressionnant.
Nous remontons ravis et rentrons prendre un petit-déjeuner bien mérité. Un voisin de mouillage vient nous saluer : Antoine, qui vit sur son voilier avec Emilia. Ils naviguent depuis un an. Il nous parle d’un programme local : des plongeurs nourrissent les poissons avec des poissons-lions pour tenter d’instaurer une prédation naturelle. Voilà peut-être pourquoi nos amis requins semblaient si intéressés !
Il nous conseille de faire l’ascension du Mont Scenery, point culminant de l’île à 880 m. Nous l’invitons à dîner le soir avec un ceviche de notre thon fraîchement pêché 🥰
Nous partons à terre pour la randonnée. L’accès est sportif : une petite crique de galets noirs avec de la houle. Heureusement, tout se passe bien. Puis nous empruntons les célèbres escaliers en pierre qui mènent au village de The Bottom. Impressionnant : on imagine la force des habitants qui transportaient les marchandises ici !
Le village est charmant : maisons blanches, volets verts, toits rouges… On se croirait dans un conte. Nous attaquons ensuite le sentier vers le sommet. La montée se fait dans une forêt humide, luxuriante, avec de belles vues sur la mer : la forêt elfique. Au sommet du Mont Scenery, la tête dans les nuages, la vue est bouchée, mais l’ambiance reste magique !
Nous redescendons vers Windwardside, un autre village plus grand mais charmant. Les habitants sont souriants, accueillants. Saba étant néerlandaise, on ne peut s’empêcher de remarquer la qualité des infrastructures, comparée à certaines îles voisines…
Affamés, nous nous arrêtons pour un smoothie bien frais. Puis stop pour rentrer : en deux minutes, nous sommes pris à l’arrière d’un camion. La route qui serpente offre des vues incroyables.
De retour au bateau, la journée continue : deuxième plongée autour du “Diamant”, un énorme rocher isolé. La vie y est foisonnante… jusqu’à ce que des filaments de méduses nous brûlent. Après quelques minutes, la douleur passe et nous profitons du spectacle : éponges colorées, poissons multicolores… La réputation de Saba n’est pas usurpée.
Le soir, nous partageons notre ceviche avec Antoine et Emilia chez eux. Une très belle soirée. À minuit passé, nous rentrons et tombons de fatigue.
Demain, vendredi, encore quelques plongées avant de mettre le cap sur Montserrat samedi (environ 24h de navigation au près ⛵️).Leer más
J337, Cap sur Montserrat
18–20 abr., Montserrat
🌬 27 °C
Samedi, nous nous sommes réveillés aux aurores pour profiter d'une dernière plongée à Saba. Le long d’un mur sous-marin, de nombreux poissons se camouflent dans les failles, parmi des éponges orangées et violettes. De retour à bord, nous prenons la mer en direction de l’immigration. Une fois les démarches de sortie effectuées à terre, nous repartons.
À présent, départ pour l’île de Montserrat, à plus de 70 miles de Saba. Après mûre réflexion, nous avons décidé de ne pas rejoindre nos amis du Blue Moana à Antigua. Le temps est venu de faire des choix entre les destinations. Nous préférons prendre le temps de découvrir Montserrat avant la Guadeloupe, plutôt que de nous dépêcher et d’enchaîner les escales. Un peu déçus de ne pas partager ce moment tous ensemble, mais ils arrivent bientôt en Guadeloupe et nous savons que nous les y retrouverons ! C’est aussi ça, le jeu de la navigation.
Nous partons donc vers le sud, en navigation de nuit. Un vent soutenu nous accompagne, au près serré. Ce n’est pas toujours très confortable, mais nous atteignons Montserrat, accueillis par l’odeur caractéristique de soufre de cette île à l’histoire volcanique très active !
Dimanche matin, nous atteignons notre zone de mouillage au moteur, à Rendezvous Bay. L’eau est magnifique et la végétation luxuriante. L’île est surnommée « île Émeraude » pour sa forêt dense et verdoyante. Elle est aussi connue, malheureusement, pour son volcan qui, depuis 1995, est entré en éruption avec plusieurs phases d’activité, causant la désertion de plus d’un tiers de sa population. Aujourd’hui, il y a environ 5 000 habitants sur l’île.
Nous passons notre dimanche tranquillement à nous reposer de notre navigation nocturne. En fin de journée, nous partons faire du snorkeling et observons de superbes tortues dont un énorme male dans une eau translucide.
Le lendemain, nous allons à terre pour faire l’immigration. Nous sommes bien accueillis et payons 18 € pour l’entrée. Celle-ci se fait au niveau du port, qui n’a rien de très joli. Nous décidons alors de partir explorer l’île par la terre. Nous faisons du stop et sommes rapidement pris par un monsieur haïtien mais venu ici pour chercher du travail. Nous lui demandons de nous déposer là où il va, sans objectif précis, si ce n’est trouver le départ d’un sentier de randonnée. Nous arrivons ainsi à Mongo Hill. Par hasard, nous trouvons le départ d’un sentier, et c’est parti. Vive le stop !
Dans une superbe forêt humide, nous marchons sur un sol recouvert d’une épaisse couche d’humus et de feuilles séchées. Des manguiers sauvages, des lianes charnues se baladant de branche en branche, un champ d’héliconias orangés… De nombreux crapauds et même un petit serpent croisent notre route. Nous atteignons Baker Hill, qui nous offre une belle vue sur la mer. De là, nous redescendons vers le village et faisons du stop pour rentrer à Little Bay, là où est le bateau. Encore une fois, nous sommes très rapidement pris.
C’est Ozie qui nous embarque. Né à Montserrat, il est rapidement parti vivre aux États-Unis, à New York. Suite à un accident du travail, il est revenu il y a quelques années avec sa femme. Nous discutons de nos vies et il nous dépose jusqu’à Little Bay. Comme nous n’avons pas encore mangé, il nous dépose à un restaurant. En arrivant, nous lui demandons s’il connaît quelqu’un qui pourrait nous emmener dans la zone d’exclusion du volcan et nous faire visiter les lieux de l’éruption. Bien sûr, il peut le faire lui-même : 40 $ par personne. Nous ne négocions pas, car, comparé aux autres guides, il est bien moins cher et le feeling passe bien. Nous nous donnons rendez-vous pour le lendemain à 8 h.
En arrivant au restaurant en bord de mer, Ozie salue tout le monde : on dirait une superstar locale ! Nous mangeons un bon roti, un plat traditionnel des Caraïbes composé de légumes ou de viande enveloppés dans une galette bien épicée. C’est délicieux. Après le repas, nous appelons Léa, Élise et Shaulane en visio pour une réunion de l’association. Nous avons pas mal d’événements prévus à notre retour en Guadeloupe : visite d’élèves à bord, atelier cyanotype, ciné-débat…
Nous profitons ensuite de la plage de sable noir pour nous baigner avant de rentrer au bateau. Le mouillage est calme, nous profitons pleinement des lieux.
Le soir, nous préparons un bon dîner en sirotant un verre de rhum de guayabita de Cuba. Nous nous remémorons le voyage et réalisons à peine que, dans quelques jours, nous serons de retour en Guadeloupe.Leer más
J339, Au sommet du Volcan
21–23 abr., Montserrat
🌙 26 °C
À 8 h, nous retrouvons Ozie comme prévu. Un grand sourire pour nous accueillir dans son bolide blanc, une jeep aux pneus gigantesques. On reconnaît le côté américain !
Il nous raconte son île, comment Montserrat s’organise : un gouvernement autonome, mais sous la direction du Royaume-Uni. Ils font partie du Commonwealth. Pour lui, cependant, le Royaume-Uni ne les aide pas suffisamment ; ils pourraient en faire plus. Selon lui, les territoires d’outre-mer sont des pions sur l’échiquier politique des pays « colonisateurs ». Il ne le dit pas avec colère, mais comme un constat.
Puis vient bien entendu le sujet de la culture locale et, bien sûr, de Soufrière Hills, le volcan de l’île. Pendant des siècles, la capitale Plymouth s’est développée à ses pieds, mais en 1998, une série d’explosions a contraint à déloger la capitale, qui aujourd’hui est complètement détruite sous des mètres de cendres. Pour cette raison, on l’appelle la Pompéi moderne.
Il nous emmène jusqu’à l’observatoire de volcanologie, construit justement pour surveiller l’activité du volcan à la fin des années 90, anciennement géré par Antigua. Là-bas, nous sommes encore une fois très bien accueillis. Tout le monde se connaît : l’île est en fait un grand village. Nous regardons un film qui explique l’histoire et la catastrophe qu’a subie l’île il y a une trentaine d’années.
Nous avons pris de l’altitude et observons à présent une superbe vue sur le volcan. À travers des jumelles, les coulées de cendre et les gravats gris rappellent son activité et contrastent avec le verdoyant de l’île. La beauté et la violence de la nature réunies.
Nous remontons en voiture, direction la zone d’exclusion. Des autorisations sont nécessaires pour y accéder ; des gardiens nous ouvrent le portail qui permet d’atteindre l’ancienne capitale. Nous faisons plusieurs arrêts où Ozie nous parle des plantes : il en connaît toutes les vertus. Au fil de notre balade, il nous cueille des feuilles pour nos tisanes (manguiers, goyave, corossol…).
Plus nous nous enfonçons dans la zone, plus la couche de cendre s’épaissit. Une fine poussière sombre se décolle de la route, posée partout ; les arbres en sont recouverts. On voit des bâtiments de cinq étages dont seul le dernier dépasse. Au fil des années, la nature a repris ses droits : certains bâtiments sont complètement enfouis sous les cendres et la végétation. C’est impressionnant !
Une ambiance presque mystique, un décor apocalyptique mais splendide : une montagne verdoyante avec le volcan en arrière-plan. Ozie nous montre des photos de Plymouth avant l’éruption, c’est à peine croyable…
Pendant l’éruption principale, 19 personnes sont décédées. Les lieux avaient été évacués, mais les scientifiques avaient mis en alerte la population depuis si longtemps que certains étaient retournés vivre aux abords du volcan. L’activité volcanique, bien que surveillée, reste très difficile à prédire.
En repartant, nous faisons un arrêt à une plage pour nous baigner. Au moment où nous arrivons, un bateau jette l’ancre : ce sont Antoine et Emilia, nos amis rencontrés à Saba. Ils se sont arrêtés deux jours à Nevis et passent une nuit ici avant de partir pour la Guadeloupe. Avec Malo, nous partons à la nage à leur rencontre : quel timing !
Ils ont fait une bonne navigation. On se dit qu’on dîne ensemble ce soir. À notre retour à bord, nous changerons de mouillage pour les retrouver. À tout à l’heure !
Ozie rigole en nous voyant revenir. Il nous dit : « Vous êtes des aventuriers à partir nager si loin ! Jamais je n’irais dans l’eau comme ça, les poissons pourraient vous attaquer. » On rigole. Entre-temps, on a appris que c’était un musicien, une star locale. Je lui dis que, pour nous, c’est notre quotidien d’être sur l’eau, mais qu’imaginer chanter sur scène serait impossible. Chacun ses aventures !
Notre journée continue : il nous emmène dîner dans un petit restaurant local. Mais avant ça, il nous amène chez lui : on rencontre sa femme. Ils ont une belle maison, très américaine ! Là encore, Ozie nous fait visiter son jardin et nous récolte des mangues, des feuilles de moringa et des pois d’Angole. On est gâtés.
Nous arrivons ensuite au restaurant : on se régale de jus frais et de produits caribéens cuisinés avec amour. Chaque personne que nous croisons s’assure que nous passons un bon moment à Montserrat. C’est superbe, merci.
Pour terminer notre visite, nous partons vers l’aéroport, mais avant, Ozie s’arrête, monte le volume de la radio… Et là, nous entendons nos deux prénoms dans la bouche du présentateur : « Welcome to Camille and Malo! Welcome to Montserrat! » On rigole : Ozie leur a écrit pour demander une dédicace. On s’en souviendra 🫶
Direction la dernière étape : l’ancien aéroport, lui aussi recouvert de cendres, de l’autre côté du volcan. La route sillonne dans la montagne, c’est sublime : des forêts immaculées, pas d’humain à l’horizon. La nature a repris ses droits. Il y a même des ânes et des cochons sauvages. Ozie nous conseille de ne pas venir ici la nuit, au risque de se faire charger par des animaux redevenus sauvages.
Il nous ramène à bon port en nous offrant même deux gallons d’essence (car nous n’avions plus d’espèces). C’était une superbe journée, merci !
Bien fatigués, mais la journée continue : nous levons l’ancre pour rejoindre nos amis. Nous déroulons le génois et, en moins d’une heure, atteignons un mouillage plus au sud, encore une fois dans un superbe décor. En navigation, j’ai préparé un crumble pour le dîner avec les mangues glanées grâce à notre guide.
Les lumières du soir sont belles. On entend Emilia et Antoine rentrer : eux aussi étaient en vadrouille à terre. Ce soir, vous dînez chez nous ! On prépare des nouilles aux légumes avec les pois du jardin d’Ozie, suivies du crumble. On se régale et on passe une très bonne soirée.
On est contents de s’être rencontrés. On devrait se suivre encore quelques jours : ils ont les mêmes projets de navigation que nous entre la Guadeloupe et les Saintes.
Eux partent demain, mercredi, en Guadeloupe. Après vérification météo, on va faire pareil : le vent est bon, et les jours suivants, une pétole est annoncée. Ça y est, c’est le moment de mettre les voiles pour la Basse-Terre. Je ne réalise pas !
Le lendemain, à notre réveil, nous sommes invités à petit-déjeuner chez Emilia et Antoine. Encore une fois, on ne voit pas le temps passer. On discute de leurs aventures en Grèce, où ils ont beaucoup navigué, mais aussi de la vie en bateau : comment concilier travail, navigation, famille, amour… De grands sujets !
Mais à quelques jours de rentrer et de terminer notre boucle entamée il y a presque un an, ce sont des sujets très concrets pour nous : trouver notre nouvel équilibre, sur l’eau ou sur terre.
Avant de partir, nous faisons une plongée : Malo et moi en bouteille, Emilia et Antoine en apnée. La visibilité est incroyable. Les récifs, assez jeunes, sont vivants ; des tortues nagent sur du sable noir. On sent parfois des courants chauds, sûrement liés au volcan.
On repère quelques poissons-lions et on les montre à Antoine, qui arrive avec sa foëne pour les chasser. La bonne équipe ! De retour en surface, on se partage le butin : un gros poisson-lion pour chaque couple.
De retour sur Noam, nous préparons le bateau ainsi que le repas. Notre frigo ne fonctionne plus depuis quelques jours, alors pas de temps à perdre pour cuisiner le poisson : au four avec quelques herbes !
Une fois repus, nous levons l’ancre. Emilia et Antoine sont partis il y a une heure. Nous avons 45 milles à parcourir ; nous devrions arriver dans la nuit sur l’île papillon.
Je suis un peu chamboulée au moment du départ. Il nous reste encore quelques jours sur l’eau, mais je ne peux m’empêcher de penser à la fin de cette aventure mémorable. Malo, lui, est toujours plus dans l’instant présent, ça me recentre. On y est encore. Regardons ce beau coucher de soleil, toutes voiles dehors, le bruit des clapotis sur la coque. Profitons du calme.
Le vent se stabilise après avoir passé le volcan de Montserrat : un travers confortable, direction le mouillage de Malendure, sur la côte sous le vent de la Guadeloupe. Ça y est à 1h du matin sous un beau ciel étoilé nous mettons l'ancre à Malendure ✨️Leer más
J349, Retour en Guadeloupe !
25–28 abr., Guadalupe
☁️ 27 °C
Ça y est, nous ouvrons les yeux en Guadeloupe. Nous redécouvrons des lieux que nous connaissons déjà : la plage de sable noir et les palmiers de Malendure, les nombreux bateaux au mouillage, la plage déjà animée avec les touristes et les petits restaurants ouverts.
Autour de nous, beaucoup de sargasses. Il est rare que les arrivages d’algues brunes envahissent la côte sous le vent, mais il n’y a pas de vent pour les repousser au large, ce qui les laisse dériver vers la plage.
Nous prenons notre temps ce matin à bord. Je m’attaque au nettoyage et au rangement en profondeur du bateau : il y a du travail ! Malo, lui, se penche sur ses formations et sur l’achat de matériel de plongée technique pour son retour en métropole.
En fin de journée, nous allons profiter des fonds marins à Pointe Malendure. Il y a une belle diversité de gorgones et de poissons. Puis il est temps de mettre pied à terre : ça y est, nous foulons la terre guadeloupéenne. Étrange sentiment… Nous réalisons à peine tout le trajet accompli, toutes ces aventures passées, et nous voilà ici ✨️
Nous profitons d’un verre sur la plage avant de rentrer au bateau. Malo retrouve Constance, une amie, pour une plongée nocturne, tandis que je vais dîner à bord du Diotima avec nos amis. Malo nous rejoint après son immersion.
Le week-end passe vite. Nous découvrons la cascade de Bois Malaisé, accessible depuis la plage, en pleine jungle. Je reste à Malendure, où je profite avec Léa et Élise, venues me voir. Je suis heureuse de retrouver mes copines. C'est étrange c'est comme avant mais en même temps nous avons vécu tellement. Malo, lui, part en Grande-Terre pour faire la fête avec d’autres amis !
Lundi, après un dernier café partagé avec nos super copains de mouillage, Emilia et Antoine, nous partons pour les Saintes. Nous nous approchons du Gosier, là où notre comité d’accueil familial nous attend !
Nous partons toutes voiles dehors en longeant la côte sous le vent. Plus au sud, le vent se lève, avec courant et vent de face. La navigation devient pénible, nous tirons des bords. Nous nous faisons encore avoir par ce fameux courant des Saintes. Nous étions trop pressés d’arriver : la mer nous rappelle sa force. Nous prenons notre mal en patience...
Nous avons réservé un bon restaurant aux Saintes pour fêter la fin de ce voyage, et craignons d’arriver trop tard. Allez, nous finissons au moteur. J’en profite pour aller me préparer pendant que le bateau avance c'est sport 😅
Nous arrivons de nuit dans la baie, à la recherche d’une bouée. Ça y est, nous sommes amarrés ! Nous sautons dans l’annexe et c’est parti. Nous arrivons juste à temps au restaurant, L’Îlot Douceur. J’ai plaisir à retrouver les petites ruelles des Saintes. Nous nous régalons !
Le lendemain, réveillés aux aurores, nous allons à terre acheter les fameuses crêpes de poisson saintoises pour le petit-déjeuner. Il vaut mieux y être tôt, avant l’arrivée des ferries, pour profiter des meilleurs mets.
De retour à bord, nous nous activons. Nous faisons les sacs, rangeons les affaires, nettoyons, vidons les armoires… Nous prenons de l’avance, car Malo a été contacté par une potentielle acheteuse australienne pour une visite de Noam samedi. Nous anticipons pour ne pas être débordés. Finalement, nous nous rendons compte que nous arrivons assez bien à tout faire tenir dans nos sacs à dos : la vie de nomade.
En sortant la tête du bateau, nous apercevons les copains du Diotima qui arrivent. Ils ont récupéré deux amis à eux à bord à Basse Terre. Nous sommes contents de les voir !
Après un snorkeling sur l’épave l'ancien ferry des Saintes, nous déplaçons les deux bateaux à l’îlet Cabris, non loin de là.
Antoine et Malo partent chasser, tandis qu’avec Emilia et leurs amis, nous gravissons le sommet pour profiter de la vue sur l’une des plus belles baies du monde : maisons aux toits rouges, soleil rayonnant, bateaux au mouillage… Nous sommes accompagnés de cabris curieux. Le paysage est sublime.
Ce soir, nous dégustons la superbe pêche des gars : poissons-lions et langoustes. Encore une belle soirée ! Nous sommes ravis de les avoir rencontrés avant la fin de notre voyage. Ces belles rencontres de route, si simples et naturelles, vont me manquer.
Bien repus, nous repartons sur Noam pour une dernière nuit sur l’eau avant de retrouver nos familles sur la terre ferme…Leer más
Fin d'un merveilleux chapitre
29 de mayo, Guadalupe
⛅ 30 °C
Ça y est, me voilà dans la salle d’embarquement. Les haut-parleurs annoncent : « Les passagers à destination de Paris-Orly sont priés de se rendre porte 8. »
Je quitte la Guadeloupe par les airs pour rentrer en France. Après près d’un mois à profiter de la belle île papillon, Malo m’a déposée à l’aéroport. Le cœur lourd, nous nous sommes enlacés pour nous dire au revoir. Lui reste encore un peu en Guadeloupe, nous nous retrouverons dans un mois. Cela va faire étrange de se quitter après autant de temps passés l’un auprès de l’autre.
Les dernières semaines, depuis notre arrivée en fanfare sur les pontons de la marina du Gosier, ont été bien remplies. Nous avons été accueillis par nos familles, l’émotion était au rendez-vous. Merci à elles de nous avoir soutenus et accompagnés dans cette incroyable aventure marine.
Puis se sont enchaînés les vacances en famille, les moments partagés et la préparation de Noam pour sa vente. Car oui, tout s’est accéléré : Noam a trouvé sa nouvelle propriétaire. Ça y est. Sarah, une Allemande travaillant à Sainte-Lucie, rêvait d’un bateau qui lui permettrait de naviguer seule. Nous avons fait une visite et une sortie en mer, et elle est tombée sous le charme de notre joli bateau. Une expertise a ensuite été réalisée afin de finaliser la vente, et tout s’est très bien passé. L’acte de vente est en cours de signature.
Le compresseur, lui aussi, a trouvé preneur. Petit à petit, nous avons vendu nos affaires de voyage. Une fois la famille repartie, nous nous sommes installés dans le petit bungalow de nos amis Léa et Mathieu. Partis quinze jours aux Grenadines, ils nous ont généreusement prêté leur cocon. Et quel bonheur… Nous nous y sommes sentis merveilleusement bien. Retrouver, pour un temps, le confort de la vie terrestre.
Nous avons également continué à naviguer à bord des bateaux de nos amis : Wanda, Oli, Joanne, Yasmine, Emilia et Antoine… Nous avons partagé de précieux moments avec eux, sur l’eau comme à terre : randonnées, restaurants, escapades à Marie-Galante… Profiter jusqu’au bout.
Avec Malo, les questions sur l’avenir commencent à émerger : où voulons-nous vivre ? Quel travail souhaitons-nous faire ? J’essaie de ne pas trop me projeter. Aujourd’hui, je rentre en métropole ; Malo me rejoindra dans un mois. Nous allons retrouver nos familles, nos amis, et ce beau pays. Prendre doucement conscience de la fin de ce merveilleux chapitre et de celui qui commence déjà à s’écrire.
Cette année nous a aussi profondément consolidés, Malo et moi. Malgré les défis que cette aventure a parfois représentés, malgré les moments plus intenses ou les doutes, nous entamons cette nouvelle étape soudés. Nous avons grandi ensemble, appris ensemble, et je sais que nous continuerons à avancer ainsi.
Je suis infiniment reconnaissante d’avoir pu vivre ce voyage avec Noam. Je me sens enrichie par ces échanges, ces découvertes, nourrie par la mer. J’appréhende le retour à la vie « normale », la peur de me laisser happer par le rythme effréné du quotidien. Mais cette dernière année m’a appris une chose essentielle : il est bon de s’écouter.
Je sais désormais que la mer est un refuge, qu’elle ne sera jamais bien loin. Pendant un an, nous avons vécu simplement, à deux, dans notre cocon flottant : dix mètres carrés, quelques vêtements, de bons produits, de l’amour, des rencontres et énormément de joie.
Je garderai en mémoire les navigations, l’odeur de la mer, le rythme des journées dicté par les plongées, la météo et les rencontres. Cette vie m’a donné encore plus envie de faire des choses qui ont du sens, entourée de personnes sincères et bienveillantes. Faire les choses pour soi, en s’écoutant vraiment, afin d’œuvrer pour quelque chose de plus grand que nous : le vivant, les liens humains, la liberté et l’émerveillement.
J’espère réussir à préserver tout cela précieusement, garder vivants ces apprentissages et cette simplicité. Aujourd’hui marque la fin d’un chapitre, mais certainement pas celle du livre que nous écrivons. Je suis heureuse d’avoir pu profiter encore un peu de cette magnifique Guadeloupe.
Notre association poursuit ses actions : nous avons eu la chance d’intervenir plusieurs fois dans des écoles durant notre séjour, et ces moments étaient toujours aussi magiques. Ce n’est pas la fin de Vag’abond Expéditions. Nous sommes en pleine réflexion sur la suite à donner au projet et sur la manière dont il évoluera, mais nous ne perdons pas de vue ce qui nous tient profondément à cœur : préserver l’océan, garder nos yeux d’enfants pour continuer à nous émerveiller du vivant, conserver notre spontanéité pour percevoir la beauté qui nous entoure.
« Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend. » ❤️Leer más

ViajeroBeau témoignage et magnifique plaidoyer pour la vie et ses richesses !! Merci

ViajeroQuelle émotion ! Félicitations Camille et Malo pour cette magnifique aventure avec Noam⛵ Je suis très fière de vous; vous avez géré comme des pros ! Bravo Cap'tain Malo. Un grand merci à Camille de nous avoir fait partager votre voyage ;tes ressentis ,ces magnifiques paysages, toutes ces beautés sous-marines et ces belles rencontres humaines. Bon vent pour la suite. Vive Vag'abond expéditions ! 😘

ViajeroUn grand merci pour nous avoir permis de partager votre belle aventure, vos belles photos et toutes vos émotions ainsi que vos ressentis et réflexions sur la beauté et la fragilité de la nature et de l’existence
































































































































































































































































































































