• bomardo
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Moztanbul

Ça faisait longtemps que ça me trottait dans la tête. Partir à vélo, seul. Sur un long parcours. Partir longtemps sans se dire dès le départ que la date de retour est proche.
Alors voilà, le 13 mars, je mets le cap à l’Est. Objectif Istanbul 😎
Les mer
  • Comme Indiana à Betina

    6. mai, Kroatia ⋅ ☁️ 17 °C

    Une belle étape pour se remettre en jambe après 3 jours « off » à Zadar. Charlie doit en avoir des fourmis dans les pneus vu qu’il n’a pas bougé de son local !
    Le port du centre ville ne prend que les piétons, on se rend donc 20 kilomètres plus au sud à Gazenica pour prendre un ferry qui nous emmènera sur les îles Otok.
    La météo n’est pas franchement belle, le ciel est couvert mais il ne pleut pas.
    Le dénivelé est moins important que sur d’autres îles. À l’issue de cette étape, je dois bivouaquer sur le terrain que Livio, un WarmShowers a aménagé a côté d’une plage. Bref je vais passer une bonne journée.
    Dès le début je retrouve cette ambiance que j’aime tellement pour pédaler : de petites routes calmes ou des chemins empierrés de petits graviers. Et à chaque fois je ne regrette pas mon choix d’être passé dans les îles, même si ça occasionne un peu plus de frais avec les ferries.
    En faisant une photo de Charlie devant une fresque, l’idée me vient de porter un regard décalé sur ce que je vois chemin faisant (clin d’œil à Sylvie et Didier), un peu comme je l’avais fait à Venise.
    Et voilà, ces photos que je vous laisse découvrir. Le choix a été difficile à faire. Si vous n’êtes pas rassasiés, vous pouvez les retrouver en intégralité sur ce lien : https://www.icloud.com/sharedalbum/#B1lGVfZ2vGV…
    À part les photos, sachez que :
    - j’ai eu une peur bleue de franchir le pont qui relie les deux îles 😱,
    - une fois sur Otok-sud, je n’ai pas tardé à sortir mon vêtement de pluie 🌧️ mais j’ai pu m’abriter en attendant le ferry,
    - j’ai longé le magnifique lac de Jezero, plus grand lac d’eau douce de Croatie (57 km2) et paradis pour les ornithologues,
    - j’ai mis un bon moment avant de trouver le lieu de bivouac car le jeu de piste que m’avait préparé Livio était complexe. Je me serais cru dans un épisode d’Indiana Jones !
    - malgré le temps maussade, ce spot était vraiment extra, à 20 mètres du rivage, équipé d’une table, de chaises, d’une malles avec de quoi cuisiner, des victuailles, du matériel de plongée, de quoi lézarder sur la plage, des toilettes sèches… c’est vraiment agréable d’être accueilli comme ça, même quand l’hôte n’est pas là.

    Demain, je prévois un étape un peu plus longue jusqu’à Trogir.

    Bilan du jour :
    🚴 71 km
    ↗️ 408 m
    ↘️ 403 m
    Les mer

  • De gros tracas jusqu’à Brodarica

    7. mai, Kroatia ⋅ ☁️ 15 °C

    Il y a des journées avec, et des jours sans. Ce 7 mai j’ai vécu ma première journée de galère, durant laquelle les ennuis se sont succédé.
    Déjà, alors que je prenais mon temps et savourais l’endroit que Livio a aménagé pour les voyageurs, le temps s’est gâté et je me suis pris une averse. Je me suis dépêché de plier la tente, sous la pluie, protégeant le reste de mes affaires sous le parasol.
    En faisant tout ce déménagement bien rôdé, je me suis cogné le pied sur une souche. Un orteil abîmé. Pas trop méchant tout de même.
    Tout est prêt pour partir. Je remonte le chemin de la plage jusqu’à la route et m’aperçois qu’une de mes sacoches est mal attachée. Je profite du bord de route pour la raccrocher, réponds à quelques notifications sur mon téléphone et décide, puisque je ne suis pas trop en avance, de l’éteindre. Je le range dans ma sacoche de guidon et nous voilà partis.
    On est sur la D8, une départementale qui, comme vous le savez, est assez dense en circulation.
    Quelques kilomètres plus loin, une notification sur ma montre me signale que mon téléphone n’est plus avec moi : normal, je l’ai éteint et il n’est pas détectable.
    On abandonne la nationale pour une petite route puis, alternativement des chemins.
    30 kilomètres après le départ, je décide de me prendre un café croissant au bar « Le Sydney » (hi Verity !👋) à Tribunj. Comme ils ne font pas de viennoiseries, je vais en acheter à la boulangerie d’à côté.
    En revenant, je veux rallumer mon téléphone : il n’est pas dans la sacoche.
    Je vide tout sur la table du bar, une fois, deux fois. Je demande si je ne l’ai pas laissé au comptoir, je retourne voir à la boulangerie… rien !
    Je me revois tellement le glisser dans le sacoche. Il est probablement égaré, rangé ailleurs, dans un endroit pas habituel.
    Un homme dans le café est en train de regarder un match de tennis sur son Mac. Je lui demande si je peux utiliser son ordi pour essayer de localiser mon téléphone.
    Rien à faire, je ne peux pas authentifier ma connexion.
    On se décide à appeler un taxi pour m’emmener voir si je ne l’aurais pas fait tomber au moment où j’ai remis la sacoche, à mon point de départ, ou sur la table de chez Livio.
    Rien… Je me déleste d’une bonne somme pour la course, et pour des prunes 😭
    De retour au café, je vide à nouveau ma sacoche de guidon et je suis prêt à en faire de même de tous mes bagages. En palpant le flanc de ma sacoche, je sens une épaisseur. Mon téléphone est là. Il avait glissé dans une sorte de doublure. Ouf !
    J’accuse le coup et, en même temps, je suis prêt à sauter au cou du patron du bar. Je prends une bière. Je tarde à repartir après ces émotions fortes. Nous confions tellement de choses à nos téléphones qui se révèlent uniquement au moment où nous l’égarons.
    Mine de rien, ça fait plus de deux heures que je suis ici, donc pas en avance sur mon planning qui doit m’amener à Trogir.
    Je reprends donc la route et on trouve un petit coin pour -enfin- pique-niquer tranquille au milieu des pins et des oliviers.
    La trace alterne petites routes et chemins qui serpentent entre les murets de pierres sèches. Même si le ciel est très couvert, on se croirait dans le sud de la France, en Provence. Tiens d’ailleurs il tombe quelques grains. Vite, mon vêtement de pluie !
    Heureusement que j’ai mon gps car parfois de petits malins s’amusent à retourner les panneaux qui signalent l’Eurovélo 8. Je veille au grain et je les redresse 😇.
    Autre aventure de ce jour : la traversée du pont de Sibenik. Le temps est assez couvert mais il y a moins de vent qu’hier. Je me présente à l’entrée du pont, je vois qu’il fait 390m de long soit plus du double que celui d’hier entre les îles d’Otok. Je fais une petite pause photo et… je me lance, complètement crispé sur mon guidon. Le pont est en légère descente, tout droit. Les voitures derrière moi sont sympa car elles ne klaxonnent pas et ne me dépassent pas. Ouf 😮‍💨, j’arrive au bout. Mais je dois dire que je n’aime pas du tout cet exercice d’être en vélo à une cinquantaine de mètres au dessus du vide.
    J’arrive à Sibenik. Une double pensée pour Voiron (puisque cette ville est jumelée avec) et pour Marc et Christiane qui m’ont accueillis à Loches (le papa de Marc était originaire de ce secteur).
    Cette ville moins connue que Split ou Trogir est assez chouette à visiter avec ses petites rues à l’italienne, ses grandes places et la cathédrale St Jacques (accès payant).
    Après Sibenik, je décide de trouver un coin de bivouac. Tant pis pour mon objectif de Trogir. Je roulerai plus demain.
    Je m’aperçois que ma roue arrière est voilée. En l’inspectant, je me rends compte qu’un rayon est cassé. Damned ! C’est vraiment la journée !
    Que faire ? M’arrêter en bivouac et réparer moi même ? (J’ai les outils et des rayons de rechange). Retourner à Sibenik et trouver porte close chez un vélociste ? Trouver un camping ? Filer le plus loin possible pour faire réparer demain ?
    Je choisis la solution « camping » en passant devant une maison qui affiche « auto camp ». Pour 10 € la nuit, j’ai un espace équivalent à ce qu’on trouve en camping, des sanitaires, une douche bien chaude. Il y a même produit vaisselle et gel douche. Parfait !
    Je m’installe rapidement sous les oliviers. Je me cogne au passage la tête dans une branche en montant la tente.
    J’installe Charlie pour le réparer. Nikola le propriétaire vient m’aider mais on ne parvient pas à desserrer la cassette, même avec le fouet de chaîne et la clé idoine. Je remonte le tout, déçu. La nuit porte conseil. Je trouverai une solution pour demain car j’ai encore 70 km à parcourir.
    Un petit dîner soupe/polenta/fromage/yaourt, et hop au lit !
    Demain la météo annonce meilleur temps. J’espère que c’est un bon signe pour l’étape jusqu’à Split !

    Bilan du jour :

    ⛴️ + 🚴 48 km
    ↗️ 313 m
    ↘️ 215 m
    Les mer

  • Vite, à Split !

    8. mai, Kroatia ⋅ ☁️ 20 °C

    Un bagage de plus ce matin au départ. Bagage psychologique bien sûr car, avec tous les tracas de la veille, on ne peut pas dire que j’ai passé une bonne nuit.
    J’ai réservé une auberge de jeunesse ce soir à Split, ce serait bien que j’y soit.
    Hier soir, j’ai cherché plusieurs solutions :
    - Garder mon tracé initial et faire réparer Charlie à Split : risqué pour la roue du vélo
    - Retourner à Sibenik et faire réparer avant de revenir à Split : pas sûr de trouver un vélociste et 20 km de plus au programme
    - Prendre un train ou un bus : sur cette partie du réseau les trains croates ne prend que les vélos démontés. Idem pour les bus.

    La nuit m’a plutôt fait pencher pour la première solution. Mais il y a ce pont de Morinje avant Trogir qui me fait peur. J’aimerais bien me débarrasser de ce tracas. Je recherche une alternative et Komoot me sort un itinéraire quasi similaire en longueur et en dénivelé. Adopté !

    Petite routine démontage/pliage du matin et nous voilà en route.
    Au départ, sur un chemin très agréable, on contourne une baie dont les coteaux sont plantés de vigne. J’ai l’impression que les raisins sont bien en avance par rapport à la France. Il fait bon rouler.
    A la traversée d’un village, je sens une odeur de roussi. Je lève la tête : ça vient d’un barbecue/cheminée tel que j’en vois depuis mon arrivée en Croatie.
    Sauf que là il est « habité » par un petit cochon et des volailles. D’autres bestioles attendent leur tour à côté. Les panneaux avaient bien prévenu : attention aux sangliers !
    Plus loin un vieil homme à la dentition clairsemée semble parle au talus. Je m’arrête, tente de discuter avec lui. Il me fait des signes qu’il a vu un animal. Puis il s’avance et me montre, en le prenant par la queue, un gros serpent marron foncé. Il semble me dire que c’est inoffensif et le relâche. Impressionnant, et encore une fois, tu avais vu juste Michel !
    Tiens un passage à niveau, enfin, un croisement avec la ligne de chemin de fer.
    Les terrains alternent : chemins empierrés, sentiers cahoteux où je pousse Charlie pour ménager sa santé, routes.
    A un carrefour entre deux grandes routes, je rencontre Pasquale, assis sur un caillou, affairé sur son téléphone à côté de son scooter. Je lui demande s’il a besoin d’aide. Non, il fait juste une pause. On discute tant bien que mal, barrière de la langue oblige. Sa femme l’appelle. Il doit rentrer. Une photo et hop, on reprend la route jusqu’à ricocher sur l’autoroute.
    On joue à cache-cache avec la voie ferrée, sauf qu’on monte et qu’on descend. Le secteur est assez montagneux et ressemble toujours au sud de la France avec des moutons qui paissent. Deux chiens placides avant mon arrivée se déchaînent à mon passage. L’un d’eux, non attaché veut s’en prendre à mes mollets mais je réussis à aboyer plus fort que lui et le repousser.
    En chemin mon esprit fonctionne autant que les jambes. Je ne saurai jamais si j’aurai réussi à franchir ce pont de Morinje mais je me régale de ce que je vis. C’est le principal ! Et puis en ce 8 mai, c’est tout à fait mon droit de ne pas faire le pont.
    Ça monte toujours et, comme on dit à Anjou Vintage « on sait qu’après la montée il y aura la descente ». La voilà, elle arrive. Longue et régulière, elle permet de faire quelques kilomètres sans effort.
    Je me retrouve au milieu d’une vaste vallée assez déserte sur une route peu fréquentée. C’est vraiment très agréable comme tracé. Qu’est ce que j’ai bien fait de choisir cette option !
    Gros effort par contre pour ressortir d’ici avec des pentes à 12, 15%. Un autre voyageur en Bikepacking me double. Ça doit être bien aussi d’être en mode minimaliste.
    Au col, la vue s’étend loin et Split est en vue. La route qui serpente est beaucoup plus fréquentée que les précédentes mais elle est large. La descente de 13 kilomètres est parfois aussi raide que la montée. On se laisse porter à une bonne vitesse.
    On arrive du côté de l’aéroport et on longe la piste pour rejoindre un axe secondaire.
    J’achète une boisson fraîche, discute avec un type qui ne voulait plus me lâcher. On pique nique dans un espace vert et on recherche un vélociste dans le coin.
    Quand j’arrive à Bi-Bi cycles, je me demande dans quel boui-boui je suis tombé. Il est 14h30 et c’est fermé. J’appelle, j’explique mon cas. Le type arrive (il habite au dessus). Il me dit qu’il réouvre à 16h car il est à table et qu’il doit aller faire des courses.
    Pas grave je vais attendre.
    Du coup il me propose d’enlever les sacoches et qu’il va s’en occuper. Ça durera un quart d’heure.
    Effectivement, dans son atelier rudimentaire, Joseph remplace en 10 minutes le rayon et dévoile la roue. Charlie a l’air un brin coquet désormais avec ce rayon couleur argent au milieu des autres rayons noirs.
    On discute un peu, notamment de mon voyage. Il me dit qu’il voit beaucoup de français à vélo. Il me dit que je ne lui dois rien et qu’il m’offre son intervention. Je ne sais comment le remercier. Je lui donne une carte postale de Loire (j’en ai emporté une dizaine suite aux bons conseils de Jean-Pierre et Colette) et je mettrai un excellent avis sur Google.
    On se salue et je repars. Je suis désormais rassuré et débarrassé de ce tracas.
    Il ne me reste plus qu’à rouler tranquille jusqu’au centre de Split.
    Au début d’un chemin, je m’arrête a côté d’un panneau qui présente les vestiges de l’amphithéâtre de Salona, une ville romaine du 3° siècle détruite par des invasions comme il en existe partout en Europe.
    Je m’avance à pied pour visiter. Une dame gesticulante arrive en courant : j’avais oublié que tout est payant en Croatie.
    Je poursuis et, sur un bon kilomètre, je me régale sur ce chemin en pleine immersion dans ce que fut cette ville antique.
    J’arrive à Split, bruyante et bouillonnante. Je trouve tant bien que mal mon auberge de jeunesse. On s’installe, moi dans un dortoir de 9, Charlie au jardin (pas trop sécurisé mais bon 🤞).
    Douche, bière et discussion avec Shashwat, un jeune indien qui fait un tour d’Europe. Après Budapest, Vienne et Sofia, il est à Split pour quelques jours.
    Le soir, je sors me balader dans le dédale du centre historique. Il y a beaucoup de monde en ce vendredi soir d’autant qu’un festival se tient sur le port. On pourra s’imprégner de cette ambiance pendant quelques jours puisque Marie me rejoint demain à Split 😻.
    Je serai peut être un peu moins assidu a vous pingouinner mon quotidien !

    🚴 72 km
    ↗️ 727 m
    ↘️ 714 m
    Les mer

  • En visite à Split

    9.–13. mai, Kroatia ⋅ ☁️ 17 °C

    C’est toujours sympa de faire une pause de quelques jours, encore plus quand on retrouve son amour. Depuis 40 ans qu’on se connaît Marie et moi, on ne s’était pas quittés plus d’une semaine et demie.
    Entre un apéro et des čvarci, une bonne glace ou un repas en terrasse, on vous offre quelques photos légendées pour vous partager quelques moments de notre bonheur à Split.
    Les mer

  • Sur les hauts de Blato

    13. mai, Kroatia ⋅ ⛅ 18 °C

    Pendant que Marie rallie Lyon en avion en une heure, je navigue à environ soixante kilomètres au sud-est de Split vers l’île de Korkula. Trois heures de traversée : on peut dire que le ferry fait partie du « voyage lent ».
    Avant cela, on a rendu les clés de l’appartement, discuté avec Frédérique et François, deux français du Jura, fans de vélo et en vacances dans le coin, puis on a passé la matinée sur la Riva, le quai animé devant le palais Dioclétien.
    Split est une belle ville, vivante et agréable à cette saison. Marie et moi, on y a passé du bon temps en faisant de choses simples : balades, resto, plage, farniente dans les petites rues qui sentent bon le jasmin. On suppose tout de même que le niveau de vie doit être assez difficile pour bon nombre de personnes qui font des petits boulots ou qui sont à la rue. Le boom du tourisme et des locations en ville doit, comme dans de nombreuses villes européennes, faire exploser le prix des loyers. Le souvenir de cette ville restera pour nous le lieu de nos retrouvailles à à peu près mi parcours de mon voyage.

    Pour être sûr de ne pas louper nos transports respectifs, on a déjeuné a une terrasse pas trop loin des gares routière et maritime. Ces quelques jours ont été une belle parenthèse dans mon voyage. C’est avec un petit pincement que j’ai vu le bus s’éloigner. Même si j’y étais préparé, c’est beaucoup plus difficile de se quitter ici qu’il y a deux mois au départ de Mozé. Tous les voyageurs à vélo en solo sont, à un moment de leur périple, confrontés à la solitude. Au milieu de cette foule à Split, je dois dire que j’ai eu un petit coup de cafard et me suis questionné sur pas mal de choses au niveau de mon voyage. Je sais aussi, parce que j’en ai parlé avec d’autres cyclovoyageurs, j’ai lu des récits de voyage et visionne des films, que ce sentiment va s’estomper petit à petit et que l’appétit du voyage va reprendre le dessus.
    Me voici à nouveau avec moi-même (une tenue fraîchement lavée), sur la route avec Charlie mon fidèle destrier, quelques kilos de moins (merci Marie d’avoir rapatrié quelques objets inutiles) un joli drapeau français accroché à une sacoche (on l’a fabriqué avec un drapeau croate mais 🤫) et une selle rutilante.

    Un peu avant 15h, on embarque sur le Marko Polo, un énorme ferry pas trop fréquenté à cette saison. Charlie aura des compagnons dans la cale puisque 6 autres voyageurs à vélo ont également embarqué. La faible affluence a pour avantage de pouvoir s’étaler sur les banquettes pour se reposer ou discuter avec les voisins. Celui juste derrière moi habite Korkula, l’île sur laquelle je me rends. Il vient de passer 10 jours à l’hôpital à Split. Il me dit qu’il n’y a pas de centre de soins sur l’île et qu’il faut se rendre sur le continent pour presque tout ce qui est médical.
    C’est un sujet dont nous avons déjà parlé avec Toma quand nous sommes allés à la bibliothèque. Avec une telle géographie et une répartition aussi inégale de la population entre la côte, les îles et l’intérieur, la Croatie semble avoir beaucoup de mal à bien repartir les services publics sur son territoire. On le comprend aisément, et on s’est efforcé de dire à Toma qu’en France aussi il y a des déserts médicaux.

    Après 3 heures de ferry, un peu longues ma foi, Korkula est en vue. C’est la deuxième île la plus peuplée de Croatie, avec un relief assez tumultueux. Dès l’arrivée il va nous falloir monter et trouver un bivouac à environ une heure de route pour achever la traversée de l’île demain (jeudi de l’Ascension 🤣). Je pédale dans un décor de vignes dans lesquelles de nombreux ouvriers s’affairent. Le premier village que je traverse est plein d’enfants qui jouent dans la rue. L’île semble bel et bien habitée et vivante.
    Un peu plus de 10 kilomètres après notre débarquement, on se pose dans un champ d’oliviers. Au milieu d’une sorte de chaos, le décor est splendide et calme mais il a tout de même fallu grimper 250 m plus haut que le niveau de la mer. Ce genre de confort, ça se mérite ! Par contre, comme sur l’île de Cres, il n’y a pas de réseau et je ne peux même pas appeler Marie pour savoir comment s’est passé son retour. Tant pis, je l’appellerai demain puisque c’est férié.
    Je plante rapidement le campement, prend un bon dîner (merci les petits sachets de mayo importés de France pour accompagner l’œuf dur) et je suis au lit dès 21 h pour finaliser mon pingouin du jour.
    Les oiseaux du soir laissent place aux mystérieux bruits de la nuit.
    Je crois que je suis impatient de me remettre en selle demain.

    Bilan du jour :
    🚴 12 km (hors ferry)
    ↗️ 327 m
    ↘️ 103 m
    Les mer

  • Zuljana, on verra

    14. mai, Kroatia ⋅ ☁️ 17 °C

    Cette nuit j’ai bien supporté le caleçon long et le pull mérinos. Normal, on est quand même sur une île à 60 km de la côte, et à 250 mètres d’altitude.
    Pas un bruit pendant la nuit. Un ciel étoilé sans pollution lumineuse. Je serais bien resté observer les étoiles avec les outils que Camille et Denis m’ont offerts, mais j’avoue que le duvet m’appelait.
    Ce matin, les oiseaux étaient levés dès 5 h. J’ai mis les boules quiès et le masque pour dormir un peu plus longtemps qu’eux.
    Pour une fois, ma tente était bien orientée et a bénéficié des premiers rayons de soleil.
    Après un bon petit déjeuner (c’est mon repas préféré), je suis parti un peu avant 9 heures.

    Pour préparer mes itinéraires, j’utilise les applications Komoot ou Osmand et je synchronise avec mon gps de vélo. Je dois avouer que les traces sont parfois mal adaptées, mais aujourd’hui c’était vraiment top.
    On a commencé avec un paysage toujours planté de vignes et beaucoup de monde qui s’y affaire déjà. J’en conclus que le jeudi de l’Ascension n’est donc pas férié en Croatie. Dans ces coteaux, les chemins alternaient avec des portions de routes très peu fréquentées. Et quand bien même il y avait des voitures, celles-ci ne roulaient pas très vite. Qu’est ce que c’est agréable !
    Ensuite, on s’est élevé un peu, d’abord dans le village de Smokvica puis Čara où j’ai rencontré Ivica. Au début il semblait « scotché » sur le passage piéton au milieu du village. Ensuite, je suis allé faire des photos du monument mémoriel des massacres de la guerre. Il s’est rapproché. On a discuté de la France qu’il connaît un peu pour avoir travaillé dans les machines des bateaux. Il est déjà venu à Marseille. Au moment de se quitter, il m’a demandé si je n’avais pas 5 € pour qu’il s’achète des cigarettes je lui en ai donné 3 et j’ai filé. C’est quand même étonnant que rien ne semble pouvoir se faire sans intérêt de vente/achat ici en Croatie !
    Après une longue première côte, j’arrive au village de Korčula où on doit prendre -théoriquement- le dernier ferry de notre aventure croate. Il va nous permettre de rallier Orebič, à l’extrémité ouest d’une bande de terre croate au sud de la Bosnie Herzégovine.
    Il est midi et demi. On s’installe au bord de la plage dans la sympathique station balnéaire pour pique-niquer. L’eau est claire et on voit les oursins dans le fond. Je piquerais bien une tête, mais la route nous appelle.
    On repart vers 14h en sachant qu’une nouvelle longue côte nous attends Charlie et moi. Il s’agit de grimper de 450 m en à peine 10 km. 8% de moyenne. Ça va être dur, surtout juste après le déjeuner.
    Mais bon, en prenant son mal en patience, on arrive à se hisser là haut, en profitant au passage des magnifiques surplombs au dessus du littoral. Une descente plus loin, je me retrouve en pleine montagne, à Potomje. Ça a l’air sympa. Je cherche un coin pour passer la nuit dans le secteur mais c’est trop escarpé ou trop dense en vignes. Alors je poursuis mon chemin et passe dans un tunnel qui semble ne déboucher sur rien. En fait de rien, c’est que la route de l’autre côté du tunnel est perpendiculaire. Si on file, on tombe dans le le vide, directement à la mer !
    Un couple se balade dans ce coin. Je discute avec eux. Aleksandra et Damir sont en vacances. Ils viennent de l’intérieur de la Croatie. Ils sont épatés par mon voyage, me posent des tas de questions. On échange sur le vocabulaire, les langues. On plaisante même sur les délicates relations footballistiques entre le France et la Croatie depuis la finale de la coupe du monde. Je leur laisse l’adresse du blog pour qu’ils suivent mon périple. Enfin un quart d’heure très sympa à discuter d’autre chose que d’acheter/vendre. Je commençais à désespérer des croates.
    Ce sont Aleksandra et Damir qui m’ont invité à poursuivre ma route jusqu’à Zuljana où je passe la nuit ce soir. La petite route qui longe la falaise est très chouette. Plantée de vignes de part et d’autres, on se croirait presque sur une « route des vins ». Autre avantage, elle est très peu fréquentée, sauf par une tortue terrestre téméraire qui s’était aventurée sur le bitume. Je la replace sur le bas côté. Par contre, toujours pas de spot de bivouac convenable.
    J’arrive à Zuljana, joli petit village au fond de la baie. Ana y tient un Auto Kamp très bien équipé. Je décide de m’y installer en prenant l’emplacement avec vue sur la baie. Une fois que les ouvriers en bas auront éteint leur bétonnière ce sera super !
    Le coucher de soleil est toujours aussi beau. Demain, de la pluie est annoncée. J’espère que ce ne sera pas trop dense car une étape encore bien relevée nous attend.

    Bilan du jour :
    🚴 70 km
    ↗️ 1073 m
    ↘️ 1249 m
    Les mer

  • Pas de panique à Dubrovnik

    15. mai, Kroatia ⋅ 🌬 18 °C

    La pluie annoncée n’est pas venue troubler la nuit. Seul le vent, les hurlements de chacals et les aboiements de chiens m’ont tiré quelques minutes d’un bon sommeil réparateur.
    Au matin, de belles éclaircies me donnent envie de reprendre vite la route. Kasia et Maciek, mes voisins polonais sur la fin de leurs vacances me proposent de l’eau chaude. On discute de la Croatie, de la foule sur les sites touristiques et, bien sûr, de mon voyage. On regarde le blog puis je me mets à démonter. Maciek m’offre des biscuits polonais et deux bols de nouilles chinoises instantanées. Merci, c’est toujours sympa ces petits cadeaux. Ça fait partie du voyage à vélo.
    J’envoie un petit message à Zoé pour lui souhaiter son anniversaire et je salue Ana, notre hôte, en quittant ce magnifique jardin en surplomb de la baie.
    Elle est affairée à nettoyer les sanitaires mais prend le temps de discuter 5 minutes. Zuljana est un petit village où chacun des habitants se donne un rôle pour accueillir les vacanciers, loin des grands sites touristiques. Il y a 2 écoles de plongée qui vont un peu au large sur des épaves (Félix, si tu me lis). Elle évoque aussi le volume d’activités que cela représente avec son mari de s’occuper des chambres qu’ils louent et du camping.

    Ça y est, je suis reparti. Et mine de rien il est déjà 10h. Pour se mettre en jambe, je poursuis sur 5 km la côte que j’avais entamée hier. Le tracé emprunte toujours des routes sympa avec peu de circulation, hormis quelques portions de la D8.
    J’arrive à Ston vers midi et demi. Le ciel est devenu menaçant alors je trouve un endroit abrité pour déjeuner.
    Cette ville bien abritée est située en bord de mer sur la route Napoléon. Et oui, la France a son chapitre d’histoire en Croatie.
    Avant cela, ce fut aussi un fort militaire de la république de Raguse dont les remparts étaient un exploit notable de l'architecture médiévale : un mur de 900 m cloture la ville et un double grand mur de 5 kilomètres à l'extérieur ferme l'isthme de Peljesac. A ce jour, la muraille demeure la plus longue et la deuxième du monde derrière la Grande muraille de Chine. (C’était le chapitre historique). Ston est aussi un haut lieu de la production d’huîtres et les ostréiculteurs sont nombreux à proposer des dégustations. Je quitte la ville en longeant un bras de mer et en passant sous un haut pont flambant neuf puisqu’il n’est même pas sur la carte. Brrr, qu’est ce que je n’aimerais pas passer à 33 mètres de haut !

    Plus loin, alors que je commence à rechercher un coin pour dormir, j’arrive dans un petit village où la rue principale est encombrée de voitures, sans personne à l’intérieur. En fait il s’agit d’un mariage. Les pétards et les chants viennent d’une maison où se déroule le vin d’honneur. Un type avec un grand drapeau m’interpelle et m’invite à boire un verre avec eux, puis à agiter le drapeau du village. Sympa. Mes vêtements ne sont pas tout à fait raccords avec la cérémonie mais je discute avec deux-trois invités. Toute cette foule s’en va dans un brouhaha de klaxons.
    Je continue ma recherche de lieu où dormir, tente de trouver une chambre dans le coin. Rien à faire, soit elles sont occupées par le mariage, soit elle sont trop chères. Je me décide à chercher un coin de bivouac, mais un serpent m’en dissuade.

    Je suis à 30 km à vol d’oiseau de Dubrovnik et je sais que j’ai un col à franchir avec 7 kilomètres de côte d’ici là. Compte tenu des prévisions météo orientées à la pluie pour demain, je prends la décision d’essayer de rallier Dubrovnik, quitte à devoir planter le bivouac si c’est trop dur.
    Ouf, j’arrive au col sans trop de difficulté (je n’ai pas dit à une moyenne exemplaire). J’envoie un message à l’auberge de jeunesse pour dire que j’arriverai ce soir et j’entame la descente. Je côtoie encore de temps à autre la D8 mais dans l’ensemble les routes sont agréables.
    J’arrive sous le grand pont qui mène à Dubrovnik et que j’ai chois d’éviter (500 m linéaires au dessus du vide, avec le vent qu’il y a… très peu pour moi). Je fais donc un détour d’une dizaine de kilomètres avant d’arriver à la ville. Dernier obstacle : la rue qui mène à l’auberge est en fait un escalier de 43 marches !
    On m’y accueille en espagnol (étonnant mais tout le personnel vient d’Argentine). J’installe Charlie à l’accueil et je file prendre une douche bien méritée, non sans savourer la satisfaction d’avoir bouclé cette difficile étape.
    Demain, repos et tourisme à Dubrovnik.
    Ah oui, Charlie m’a demandé de lui trouver une nouvelle paire de plaquettes de freins à l’avant 🤞

    Bilan du jour :
    🚴 86 km
    ↗️ 1268 m
    ↘️ 1233 m
    Les mer

  • Promenade touristique à Dubrovnik

    16. mai, Kroatia ⋅ 🌧 16 °C

    Dès le réveil j’ai savouré mon choix d’être venu hier jusqu’à Dubrovnik : il a plu pendant une grande partie de la nuit et la météo s’annonce à nouveau pluvieuse aujourd’hui.
    A l’auberge de jeunesse, le petit déjeuner est affiché entre 8h et 9h. Je demande ce qu’il en est vu qu’il n’y a personne en cuisine. En fait, il n’est pas inclus dans la nuitée et proposé à 6,50 €. À 25 € la nuit alors que l’auberge de jeunesse n’est pas dans un super état, je préfère me rabattre sur ce qui traîne dans ma musette et me confectionner un bon croque-monsieur-fouzitou accompagné d’une eau chaude.
    Mon voisin de lit est installé à une table. Il m’invite à le rejoindre. Robert est Philippin. Il fait des études de pisciculture en Belgique et travaille (en stage probablement) à Ston, dans une entreprise ostréicole. C’est justement la ville où j’ai déjeuné hier midi, drôle de hasard.
    On prend le temps d’échanger en s’échangeant des bons plans de visite, des applications utiles en voyages. On parle de nos voyages respectifs et de petites choses de la vie. Robert doit avoir une vingtaine d’années. Avant de partir il me souhaite les meilleures choses du monde dans mon voyage. J’étais assez ému car il y avait beaucoup de solennité dans ses paroles.

    En fin de matinée, je laisse Charlie à l’auberge et file en ville essayer de trouver un jeu de plaquettes de frein (j’en ai dans le fond d’une sacoche mais… la flemme de tout vider). Visite bredouille chez Intersport qui me conseille un réparateur quelques rues plus loin. Il s’avère que ce magasin n’existe pas (ou plus).
    Le ciel est menaçant. Tant pis, je poursuis ma balade jusqu’à la vielle ville en attrapant un bus au passage.

    Dès l’entrée la vieille ville de Dubrovnik est impressionnante avec sa situation sur la petite péninsule, ses fortifications et la montagne qui grimpe tout de suite du côté opposé.
    A l’intérieur, les petites rues forment un dédale dans lequel il fait bon se promener. Enfin, en temps normal parce que la météo a viré à la pluie. Les parapluies sont de sortie et les touristes cherchent des refuges dans les églises ou les restaurants.
    Je tente une terrasse mais le prix du sandwich me coupe l’appétit. Je me réfugie sur le petit Konzum du centre où je fais quelques emplettes pour le midi et le soir. Je continue ma balade sous la pluie. Au moins, il n’y a pas trop de monde sur les photos.
    La pluie redouble. Je me résous à regagner l’auberge de jeunesse pour me reposer un peu et, si le temps s’améliore, remplacer les plaquettes de frein.
    Me voyant arriver dégoulinant, Clara m’offre une petite infusion revigorante. Merci pour ce petit geste bien sympa.
    Je fais une petite sieste.
    Le soleil est éclatant à mon réveil.
    Je décide de retourner dans la vieille ville pour la découvrir sous de meilleurs cieux. Je prolonge mon tour jusqu’à l’aplomb des remparts. C’est vraiment une belle ville avec plein de petites rues enchevêtrées et de grands espaces comme les places et le port bien abrité.
    Je rentre à l’auberge en soirée, tente de jouer un peu de guitare (on perd vite), dîne avec Francesco, mon voisin chilien de chambrée et je suis au lit dès 20h30 pour préparer mon itinéraire des prochains jours. Attention, ça va encore monter au Monténégro, surtout juste après Kotor !
    Les mer

  • Zelenica avant Podgorica

    17. mai, Montenegro ⋅ ☁️ 18 °C

    Il faisait tellement beau ce matin au départ de Dubrovnik que j’avais un peu la flemme de partir, même si l’étape du jour allait (probablement) m’emmener jusqu’au Monténégro.
    Alors j’ai un peu traîné, d’abord au petit déjeuner, puis en prenant un peu de temps pour entretenir Charlie et enfin à discuter avec Enrique.
    Aux premiers tours de roue, ça monte. Et je ne sens pas trop Charlie. Aurait-il un peu la glu lui aussi ? En fait non, c’était juste sa roue avant que je n’avais pas bien resserrée. Heureusement qu’on n’est pas partis en descente !

    La trace repasse au dessus de la vieille ville. Les reflets émeraude de la mer, le ciel bleu azur et les tuiles roses (dont certaines viennent de Toulouse) se marient à merveille. C’est beau et ça donne envie de traîner, de faire des photos, de prendre son temps. Et ça tombe bien, on est dimanche !
    Je quitte la rue principale pour une petite route en surplomb peuplée de chats et de promeneurs du dimanche. Elle affiche à un moment des panneaux « circulation interdite - interdit aux piétons ». Je continue tout de même après avoir vérifié ma trace et en espérant qu’elle ne débouchera pas sur un précipice 🤞.
    Un jogger au maillot « Dubrovnik Triathlon » me double et m’encourage dans la côte au passage. Je le rejoins sur le plat et on discute. Goran est natif d’ici et fait des aller retours sur cette portion de route sans voitures, parallèle à la D8. Il me conseille de rester à l’extérieur du parapet au bout de la route. Quand je vois que de ce côté des barrières il y a le vide, je préfère passer Charlie sur la départementale et continuer sur la route, même avec les voitures. Comme on est dimanche, j’évite les camions et tout le trafic de la semaine. C’est déjà ça.
    Je ne reste pas longtemps sur cette grande route et rattrape un itinéraire cyclable à côté de l’aéroport qui serpente entre les frontières de la Croatie, de la Bosnie et du Monténégro. La route est en bon état, pas trop de dénivelé (je trouve) et pas du tout fréquentée.
    J’y croise le petit train touristique des vignes et, à son retour, je me colle derrière pour profiter de son aspiration.
    De temps à autre de petites cabanes de pierre jalonnent la route. Je ne sais pas à quoi elles servent, peut être de cabanes de vignes ou d’abris pour les bergers.
    On s’arrête sur un banc pour déjeuner. En fait de banc il cachait une station-vélo avec outillage et tables de pique-nique que je ne verrai qu’en partant.
    Les paysages sont assez austères mais contrastés au niveau des teintes. Les vignes claires, les forêts de chênes intermédiaires et les cyprès qui rayent verticalement ce décor de leur vert sombre.
    Dans un petit village, le resto s’est installé sous un pont. Et à en croire Tripadvisor, c’est une bonne adresse (je peux vous la donner si vous cherchez un resto original).
    J’approche de la frontière alors j’ai envie d’épuiser le forfait de data que j’avais pris pour la Croatie. J’avais l’idée de faire une visio avec ma famille, mais quand je m’arrête il n’y a aucun réseau. Et j’ai eu beau grimper 50 m de plus, rien à faire : zone blanche. Tant pis !
    Tiens, ma trace quitte la route principale ? Peut être pour me faire découvrir ce petit « oratoire fleuri » qui jouxte une petite mare. Ou peut-être que ce lieu a servi de décor pour un vin d’honneur vu les gobelets qui jonchent le sol. Très joli et parfumé en tous cas.

    J’arrive au poste frontière croate. Une longue file d’attente s’est formée et je suis juste derrière un groupe de 12 motards allemands. Je discute avec le dernier qui connaît Angers puisqu’il travaille dans le végétal. Le groupe d’amis de Thomas fait un tour de moto dans les Balkans d’une dizaine de jours. Ils rentrent par Bari en Italie. C’est bien la première fois que je sympathise avec des motards (d’habitude ils roulent trop vite) et le temps passe bien vite. On passe la douane sans encombre.
    Je dois avouer que ça me fait un petit pincement de me dire que je sors de la communauté européenne puisque le Monténégro n’en fait pas partie.
    Ce pays annonce la couleur puisque le premier kilomètre est en fait une longue côte toute droite. J’y rencontre deux jeunes alsaciens en panne de voiture qui étaient en route pour l’Albanie, leur pays d’origine. L’assistance va arriver. Pour eux, tout va bien, malgré cette péripétie.
    Arrive le poste frontière monténégrin où je retrouve les motards allemands. Je leur passe devant vu que deux d’entre eux semblent retenus au contrôle.
    Je suis au Monténégro. J’ai du mal à réaliser que je suis arrivé ici par la force de mes jambes.

    Une longue descente vers les bouches de Kotor s’amorce. Je m’arrête au premier café venu pour boire une bière et utiliser le wifi. Tiens, bizarre, c’est Ottawan qui passe à la radio. Je demande à mes voisines de table si elles ne connaîtraient pas des chambres à louer dans le coin. Très sympas, Nina et sa mère passent deux, trois coups de fil mais rien. Je tâche de me trouver un auto kamp. Rien. Je me rabats sur une auberge à 7 kilomètres d’ici. Denis m’y accueille très chaleureusement dans sa maison qu’il a aménagée pour recevoir. Il me propose un verre de vin après que j’ai eu pris ma douche.
    Julie, une anglaise d’Oxford séjourne aussi au Woodpecker. On dîne ensemble (et pour la première fois j’ai cuisiné des légumes rissolés, ça me manquait).
    Son fils et elle ont vécu en voyage pendant une petite année en Asie alors qu’il avait 8 ans. Elle fait un voyage entre la Bosnie, le Monténégro et l’Albanie. Elle rentre également par l’Italie.
    J’adore retrouver ces échanges et ces partages avec d’autres. Dommage que Denis, un peu malade, ne soit pas resté plus longtemps avec nous.
    Il est déjà 22h. Demain je vais à Kotor. Je pense y rester deux jours pour me reposer avant une grande ascension. Je prends congé de Julie et profite du wifi de l’auberge pour pingouinner un peu, chercher une auberge pour les prochains jours et tenter de régler ma carte SIM.

    Bilan du jour :
    🚴 64 km
    ↗️ 801 m (ah oui quand même)
    ↘️ 831 m
    Les mer

  • Kotor, j’adore 😻

    18. mai, Montenegro ⋅ ☁️ 15 °C

    Grand ciel bleu ce matin au départ de Zelenica. Charlie, déjà au soleil, n’a pas bougé dans la cour. Julie est partie de bonne heure. Denis s’affaire déjà au ménage dans les chambres.
    Je n’ai toujours pas pu activer ma carte eSIM. Tant pis, je charge un itinéraire sur le gps et je pars direction Kotor (pas le choix, le check-out c’est 10h et le wifi se coupe automatiquement à cette heure 😇).
    J’ai choisi de faire le tour complet de la baie de Kotor plutôt que de prendre le ferry. Le paysage encaissé est assez fascinant puisque les versants n’ont pas la même végétation suivant leur orientation. Il fait bon pédaler avec une petite brise parfois de face, parfois dans le dos.
    Pas mal de circulation jusqu’au ferry mais très calme ensuite. Ça fait du bien.
    Les montagnes sont assez impressionnantes : au dessus de Kotor elles culminent à plus de 1000 m et plongent directement dans la mer. La baie accueille tous les jours de gros paquebots de croisière c’est dire si les fonds doivent être importants !
    Je prends mon temps et fait de fréquentes pauses-photo. À l’une d’elle, je rencontre Aïcha et Bugro, deux jeunes stanbouliottes en vacances dans les Balkans pour une dizaine de jours. Ils semblent fascinés de savoir que je vais jusqu’à Istanbul à vélo.
    Un peu plus loin, c’est Oleg, un ukrainien qui ramasse du tilleul. Il me précise qu’ici, c’est bien à cette période qu’on le cueille et effectivement il est juste bien pour des infusions.
    Étape suivante, la petite ville de Perast qui surplombe la baie et les deux petites îles situées à quelques centaines de mètres. Sur l’une d’elle, l’église Notre Dame du Rocher est l’attraction du coin. C’est vrai que c’est très joli et que ça semble hyper paisible.
    Encore du nouveau un peu plus loin avec des élevages piscicoles, ostréicoles et mytilicoles qui proposent des dégustations en terrasse ou sur de petites barges flottantes. Original et j’avoue que l’odeur de cuisine éveille l’appétit surtout à l’approche de midi.
    Dernière halte patrimoniale à l’église St Matias, pas accessible mais très jolie depuis la route.
    J’arrive à Kotor par les plages, assez bien fréquentées par cette belle journée. Ça fait juste bizarre de voir un énorme paquebot de croisière en arrière plan.
    On s’installe dans un coin calme sur le port pour pique-niquer. Avec la chaleur qu’il fait, on ne reste pas trop longtemps et on va se réfugier sur un banc à l’ombre, dans un square. Sergio, un chilien de Santiago vient s’asseoir à côté de nous et discuter (en espagnol svp 🥹). Il est en voyage en famille avec sa femme, sa fille et son gendre pour une dizaine de jours. Il me questionne pas mal sur mon voyage, notamment sur l’organisation que cela demande pour les étapes, le logement…
    Bientôt 16h, l’heure du Check-in à l’auberge. En fait d’Hostel, ce sont plusieurs maisons accolées dans lesquelles sont installés dortoir, pièce commune, cuisine et tisanerie. Les vieilles pierres sont bien mises en valeur et c’est très bien décoré. Je mets Charlie à l’abri dans un petit local et m’installe dans un dortoir à 4 avec Robbie (belge de Bruxelles), Pascal (canadien du Québec) et Jacob (allemand de Dortmund).
    Après une bonne douche, je vais faire un tour dans la partie basse de la vielle ville. Très agréable parce que 100% piétonne et que les passagers des croisières se sont retirés. Vraiment une très belle surprise que de se balader ici.
    Je parviens enfin à connecter une carte esim : ouf, je suis rassuré, je vais pouvoir être « autonome » lors de mes étapes en Monténégro.
    En soirée, je cuisine un peu avec Antoine (français de Montpellier) qui m’offre un verre de vin du coin. On s’accorde pour ce dire que ce n’est pas un grand cru et que la teneur en alcool plombe un peu tout le reste.
    Plus tard, je retourne faire un tour et m’arrête sur une petite place ou un guitariste reprend magnifiquement plein de standards de variété internationale (dont du Cabrel et du Aznavour). J’avance un peu mon carnet de voyage et je rentre me coucher.
    Demain, de nouveau une journée détente et visite à Kotor. Du repos également car Sophie, Serge et Bernard m’ont prévenu, ça grimpe fort au Monténégro !

    Bilan du jour :
    🚴 40 km
    ↗️ 187 m
    ↘️ 182 m
    Les mer

  • Balade à Kotor (sans escalator)

    19. mai, Montenegro ⋅ ☁️ 18 °C

    Les nuages sont restés accrochés aux sommets de la baie de Kotor cette nuit et, comme prévu, il a plu.
    J’ai décidé de prends mon temps ce mardi et de me balader dans Kotor. Cette ville est une des belles surprises de mon voyage car, avant la préparation de ce périple, je ne suis pas sûr d’avoir pu situer Kotor sur une carte. Le charme des petites rues étroites, le caractère des maisons avec quelques monuments d’inspiration italienne, les murailles d’enceinte qui l’entourent et surtout la situation encaissée autour de hautes montagnes lui donnent un cachet particulier auquel on s’attache tout de suite. Il y fait bon. Un peu comme si on avait les avantages d’un climat méridional avec des influences montagnardes.
    Je commence par faire un tour des remparts de la ville et je découvre des richesses architecturales que je n’avais pas encore vues, notamment les toits de l’église St Nicolas, la rivière Skurda et ses poissons…
    Le petit tour dans la ville jusqu’aux premières marches qui montent à la citadelle me permet de voir aussi combien Kotor est la ville des chats. Ils sont partout : sur les bancs, dans les vitrines, sur les selles des scooters… partout où dès que le soleil va paraître, il va faire bon flemmarder.
    Outre les chats, on croise aussi de drôles de triporteurs bricolés à partir de vieux vélos, mais sans pédales. Il servent simplement à assurer une bonne partie de la logistique des commerces de la ville, en les poussant tout simplement. C’est plus fort que moi, j’ai aidé un gars qui transportait 3 fûts de bière dans sa machine. Il m’a remercié d’un souriant Hvala.
    Devant la porte de la mer, une tribune est remplie d’enfants habillés de noir et de blanc en pleine répétition de chorale. La cheffe d’orchestre est à fond !
    À côté, d’autres enfants vendent quelques objets pour, je suppose, financer des actions. C’est une grosse animation sur cet emplacement stratégique où passent tous les passagers des croisières.
    Parce qu’il me faut des timbres pour quelques cartes postales, je me plie à l’exercice de la file d’attente au guichet (pas moins longue qu’en Croatie).
    C’est d’ailleurs un souvenir de la Croatie qui m’a fait filer au marché de producteurs le long des remparts : j’avais vu un sac de pommes de terre et d’oignons le long de la route et ça m’avait donné une terrible envie de me cuisiner un petit plat avec ces ingrédients.
    J’ai donc acheté patates et oignons ainsi que du fromage et du saucisson pour me faire un bon déjeuner à la française ce midi. J’ai agrémenté d’une pâtisserie locale, le Krempita, feuilleté à la crème de vanille que je suis allé déguster sur un banc, à côté de Zuleta, habitante de Kotor.
    J’ai tenté de discuter avec elle mais la barrière de la langue est assez difficile à contourner avec certaines personnes âgées. J’ai utilisé le traducteur du téléphone mais elle n’osait pas trop parler dans le micro. Ce sont les photos de la famille qui ont pu briser la glace et rendre l’échange plus facile. Par contre elle n’a pas compris que j’étais venu de France en vélo. Je l’ai remerciée du temps qu’elle passé à discuter et j’ai filé me préparer mon déjeuner.
    En cuisine, j’ai retrouvé Antoine avec qui j’avais déjà mangé la veille au soir, et Arnaud, de Poitiers, à Kotor pour une journée. Tiens, il n’y a que les français qui cuisinent ?
    Ah non, il y a aussi Gabriele l’italien qui d’ailleurs nous propose de finir le beurre et la carpe fumée qu’il a en trop. Miam 😋
    L’après-midi, à nouveau de la pluie alors je m’autorise une petite sieste avant une balade sur le port et les plages. Le temps se couvre à nouveau alors j’expérimente la file d’attente au supermarché Aroma (pas mal non plus).
    J’écris mes cartes postales et je finalise ma grande carte-itinéraire de la Croatie avant de dîner.
    Dîner partagé avec Brigit, une jeune australienne de Sydney qui passe une année sabbatique en Europe. Elle adore la France et elle a beaucoup de plaisir à parler français avec moi (tu vois Verity tu n’es pas la seule). On parle de ses voyages en Europe : elle connaît Angers car elle y a une amie, elle aime la Normandie et a travaillé un peu à Biarritz.
    C’était un chouette moment, instantané et fugitif de mon voyage comme je les adore.
    Avec tout ça je n’ai pas trop pensé à l’étape qui m’attend demain. Enfin, si un peu quand même : des lacets qui montent à environ 1000 mètres d’altitude depuis Kotor. Je dois avouer que je suis un peu anxieux à l’idée de me retrouver face au vide au dessus de la baie. J’ai éventuellement prévu un plan B, au cas où… Je vous raconte ça bientôt !
    Les mer

  • Remue méninges jusqu’à Cetinje

    20. mai, Montenegro ⋅ ☁️ 17 °C

    Nuit un peu agitée à cause de l’excitation de ce qui m’attend aujourd’hui. Je balance entre l’envie de grimper et tout là-haut et l’appréhension de ne pas pouvoir y arriver ou d’avoir une défaillance physique ou psychologique en cours de route.
    Après un petit déjeuner copieux, la préparation de mon chargement (dont la fabrication d’un panneau « Take care » à l’arrière de Charlie), je passe dire au revoir à Milan, le gérant de l’Hostel. Je me mets en route sur le coup de 10 heures. Pour l’occasion, j’ai rempli mon bidon avec une boisson énergétique que m’avait offert Frédéric de Culture Vélo Cholet. Je ne sais pas si ca aura une incidence, mais j’y aurai pensé à chaque gorgée.
    La météo est belle avec un ciel clairsemé de nuages, la circulation est déjà dense au sortir de Kotor. Alors que je range mes courses dans mes bagages, un voyageur à vélo qui arrive d’en haut s’arrête à ma hauteur. Il s’appelle Ali, il est Turc et habite Istanbul. Il parcourt l’Europe jusqu’à Trieste pour collecter des fonds pour les enfants, malades du cancer.
    Il m’explique son itinéraire depuis Cetinje, en haut des lacets, il est tout excité et son anglais n’est pas facile à comprendre. Il a dû prendre un tunnel, circuler sur une route en travaux avec énormément de véhicules. J’avoue qu’il me fait un peu peur, mais bon… si je suis là, ce n’est pas pour renoncer !
    Le premier kilomètre après avoir quitté la route principale est très exigeant, avec une petite route qui grimpe à 12, 13, 14 %. Si c’est comme ça, tout le long, ça va vraiment être éprouvant !
    Je rejoins une route un peu plus large qui commence à serpenter entre deux montagnes, et là je me sens beaucoup plus à l’aise. Mon rythme est bien régulier, la pente est gérable et les véhicules semblent assez précautionneux. Quelques lacets bien large commencent à se dessiner et la ville semble déjà un peu loin depuis les promontoires. J’ai beaucoup de plaisir à rouler, surtout quand je suis côté falaise. Un peu moins lorsque je suis côté précipice. J’ai plein de choses en tête : je pense à mes proches, à mes amis et vous qui me lisez chaque jour. Je pense à mon satané vertige, probablement héréditaire, que je suis fier de dominer.
    Sur le versant opposé à Kotor, la vue s’ouvre sur l’aéroport et la mer Adriatique au loin
    Je passe sous le téléphérique qui emmène les visiteurs au parc naturel Zanjev et je me dis que je suis bien sur mon vélo, plutôt que dans ses machines qui vous transporte au-dessus du vide dans des boîtes vitrées 😅. Je m’arrête fréquemment souffler un peu, boire un coup (c’est pas très bon en fait la boisson énergétique, mais je pense que ça a un bon effet sur mon organisme, au moins psychologique) ou faire quelques photos. Les automobilistes qui en font de même m’encouragent pour la poursuite de l’ascension. J’ai notamment partagé cet itinéraire avec un polonais qui s’arrêtait quasiment à chaque parking et restait faire de nombreuses photos. Du coup, on a grimpé à peu près au même rythme !
    La chaussée s’est rétrécie et le croisement et parfois compliqué entre les véhicules, notamment quand il s’agit de petits utilitaires. Mais bon, seules les voitures et quelques bus circulent ici. Les poids-lourds sont déviés par une autre route, probablement celle dont parlait Ali ce matin.
    Kotor est désormais toute petite dans le panorama et je me délecte de voir apparaître dans le paysage l’intégralité des bouches que j’ai parcourues hier.
    De l’autre côté, les avions de l’aéroport que j’entends distinctement, ressemblent à des jouets d’enfants. Je commence à prendre beaucoup de plaisir dans cette ascension. La pente est régulière, les sections sont assez longues entre les virages et j’ai trouvé un bon rythme de pédalage. Pourvu que ça dure !
    À cette saison, la végétation est bien en feuille et le parcours est quasiment toujours à l’ombre. C’est vraiment très agréable d´y pédaler et physiquement, pas si difficile que ça.
    Arrive la portion des 27 lacets les plus impressionnants, toujours sur la même déclivité, mais quasiment parallèles les uns aux autres. J’avais lu qu’ils étaient numérotés, mais les graffitis recouvrent tout. Je commence à compter sans trop savoir où j’en suis. Je fais des pauses au niveau des surplombs les plus majestueux. Parfois, quand j’aperçois un gros véhicule, et que je suis côté précipice, je m’arrête côté falaise pour le laisser passer.
    Les gens sont toujours aussi accueillants sur les parkings et viennent vers moi pour me féliciter. Au 25è lacet, un car de français est arrêté. Des passagers s’approchent pour discuter et en savoir plus de mon voyage. Yann et Dominique, si vous me lisez aujourd’hui, sachez que cette petite pause dans votre compagnie a été vraiment très encourageante.
    Ce 25e lacet était en fait le dernier, et je vais arriver au col dans quelques centaines de mètres, après quelques virages et en passant devant une tyrolienne sur laquelle, pour rien au monde, je n’oserais m’élancer.
    Il est 14h30 et ça y est, j’ai fait la première partie !
    L’ambiance ici est complètement différente. On est passé d’un univers maritime à la montagne. Je m’installe dans une petite clairière à l’abri du vent pour pique-niquer et savourer ce moment.
    Peu de temps, après, j’aperçois un jeune couple de cyclovoyageurs que j’invite à me rejoindre. Céline et Joey ont chacun la trentaine et viennent des Pays-Bas. Depuis début avril, ils ont entrepris un voyage à vélo vers Istanbul. C’est Céline qui en a eu l’idée, un matin au réveil, et qui a réussi à convaincre Joey cycliste régulier. Tiens donc !
    Tous les trois, nous sommes excités d’être arrivés ici. On partage notre enthousiasme et on décide de continuer ensemble cette super journée. C’est la première fois que je roule dans un petit groupe et c’est vraiment enthousiasmant.
    On redescend un temps entre les deux montagnes. On s’arrête prendre un café et faire le plein de nos bidons dans un petit restaurant ouvert depuis 1881. On discute avec l’aubergiste dont la famille tient l’établissement depuis cinq générations. Finalement, il nous offre le café !
    On repart à grimper le deuxième col pour ensuite arriver à Cetinje après une fantastique descente (vitesse de pointe de Charlie : 68 km/h).
    Cetinje est l’ancienne capitale du Montenegro. Elle a l’air sage et accueillante avec ses bâtiments officiels et les habitants qui nous souhaitent le bonjour. Elle est toute vêtue de rouge et or à la veille de la fête nationale.
    On traîne en terrasse jusqu’à goûter des liqueurs improbables pour fêter notre étape du jour. On cherche un camping en proximité, afin éventuellement de revenir ici demain pour être dans l’ambiance de la lièce populaire. On trouve chaussure à notre pied (je vous parlerai des chaussures de Joey un de ces jours) à une dizaine de kilomètres plus loin et une vue imprenable sur le lac de Shkoder.
    On installe nos tentes sur un tapis végétal moelleux, comme si la nature tenait à prendre soin de nous après nos efforts du jour. Les échanges avec Céline et Joey continuent après la nuit tombée. Si bien qu’on s’accorde pour continuer ensemble demain.
    Le bilan de la journée ne s’exprime pas qu’en kilomètres et dénivelé mais aussi aujourd’hui avec une paire d’amis que je ne suis pas prêt d’oublier et les nombreux encouragements reçus tout au long du parcours.

    Bilan du jour :
    🚴44 km
    ↗️ 1193 m
    ↘️ 665 m
    Les mer

  • Il n’a pas fait froid à Livara

    21. mai, Montenegro ⋅ ☀️ 20 °C

    Ce 21 mai, ce n’est pas que l’anniversaire de Christian, c’est aussi la fête nationale du Monténégro qui célèbre cette année sa 20è année de liberté.
    Les drapeaux rouge et or sont partout de sortie et les gens ont l’âme à faire la fête.
    On a d’ailleurs entendu quelques feux d’artifices dans la nuit depuis notre petit camping panoramique.
    Au réveil, on prend le petit déjeuner sur la terrasse du restaurant pour bénéficier de la magnifique vue sur les vallons, le lac de Shkodra et les montagnes dans le fond. C’est splendide !
    On repart vers 10h avec Céline et Joey en décidant que, finalement, on ne retourne pas à Cetinje pour les festivités. On aura bien l’occasion d’en voir en chemin.
    On s’élance sur une descente dans une ancienne route caillouteuse mais Céline perd ses plaquettes de freins (qu’elle avait remplacées la veille). Heureusement qu’on n’allait pas trop vite ! On repart vite fait après avoir réparé. L’ancien chemin cahoteux devient une route pas trop large mais bien roulante qui nous mène quelques 600 m plus bas au bout de 13 km ! Pas trop d’efforts à faire donc pour cette reprise.
    Le petit village de Rijeka Crnojevica où nous arrivons est en pleine effervescence en ce jour férié. Situé près d’une des rivières qui alimentent le lac, il propose des balades en bateau. Un groupe de touristes français squatte littéralement 3 d’entres eux. Ça doit être sympa bien qu’un peu cher mais la route nous attend et nos estomacs commencent à creuser.
    On s’arrête quelques kilomètres plus loin, sur un point haut qui domine les méandres de la rivière. Avec ce camaïeu de vert et le caractère exotique du site, l’ambiance semble plus asiatique qu’européenne. Le passage des bateaux ajoute une touche pittoresque à ce décor. Ne manquent que les serpents d’eau ou les crocodiles pour parfaire le tableau 🤣.
    Après déjeuner, les côtes nous font encore bien sentir leurs pourcentages parfois élevés. Il fait très bon à rouler mais dès qu’on s’arrête, on a terriblement chaud. Les pauses photo sont nombreuses. Je savoure notre petit groupe de trois et les moments de discussions entre nous sur la finalité de notre voyage et ce qu’il nous inspire. On s’arrête à un petit café pour prendre des sirops maison et un café (turc) un peu suspect. 5 kilomètres plus loin, je m’aperçois que j’ai laissé mon téléphone sur le comptoir (vous avez le droit de vous moquer). J’y retourne. Goran me le rend et me fait la leçon.
    Céline et Joey sont déjà loin mais je rattrape Cécile et Julien que j’avais croisés en retournant au café. Ce sont deux jeunes parisiens qui voyagent depuis début avril pour Julien, depuis une semaine pour Cécile qui l’a rejoint à Split. Ils vont jusqu’en Grèce et sont sur une énorme étape puiqu’ils ont quitté Kotor ce matin à 7h. Déjà plus de 1200 m de dénivelé en début d’après midi… et ils ne savent pas trop jusqu’où aller ce soir. Je les accompagne. Ils se questionnent quand on croise Sylvie et Claude, des strasbourgeois, voyageurs à vélo cinéastes, bien connus de l’association Cyclo Camping International puisqu’un de leurs films est dans la sélection de l’édition 2026 (je vous rappelle les dates 24 et 25 octobre au Centre de Congrès d’Angers -voilà, c’est noté dans vos agendas-). On reste un moment à discuter, de voyage bien sûr. Je repars seul avec, en ligne de mire, le camping de Livara où nous avions décider de planter nos tentes ce soir. Le tracé a encore de belles pentes et il fait toujours aussi chaud. Je rattrape à nouveau Cécile et Julien et on partage les derniers kilomètres jusqu’au camping. Chapeau à eux : plus de 2000 mètres de dénivelé dans de telles conditions c’est vraiment une énorme étape ! Personnellement j’ai trouvé cette étape plus difficile que celle de la veille, en partant de Kotor.
    Céline et Joey nous attendent au resto du camping. Super moment de partage tous les 5, bientôt rejoints par Tadas, un lituanien qui, parti le 13 mars (comme moi) de Lisbonne va, lui aussi, à Istanbul. Si vous voulez être dans l’ambiance de son voyage, vous pouvez regarder sa chaîne YouTube.
    On monte tous nos tentes à la nuit tombante, bien fatigués de cette étape mais tellement heureux d’être tous les 6 arrivés. Quatre autres cyclovoyageurs sont installés à nos côtes. Je les avais déjà croisés sur le ferry de Split à Vela Luka (Korčula) en Croatie. Le monde des cyclo voyageurs est bien petit ! En tous cas, 100% des occupants du campings y sont venus à vélo, et ça, c’est quand même chouette !

    Bilan du jour :
    🚴 66 km
    ↗️ 1243 m
    ↘️ 1332 m
    Les mer

  • Nouveaux repères à Shkoder

    22.–23. mai, Albania ⋅ ☀️ 25 °C

    Vendredi 22 mai :
    Nuit venteuse mais tellement réparatrice après la difficile étape d’hier. J’avais mis les bouchons d’oreilles et le masque à 4h, ce qui fait que je suis le dernier avec Tadas à émerger vers 8h. Cecile et Julien tout comme Céline et Joey ont déjà démonté leurs tentes, les 4 hollandais de Korčula sont en train petit déjeuner sur l’une des tables.
    Pas de panique, on s’est dit hier soir que chacun reprendrait la route quand il voudrait, pas forcément en groupe. J’avoue que j’aurai bien continué avec des acolytes car j’ai tellement apprécié ces deux derniers jours que j’ai un peu peur du « coup de mou » comme celui que j’avais eu après Split, au départ de Marie.
    Sauf que là, je suis également excité à l’idée de passer la frontière albanaise dans une trentaine de kilomètres.
    Les départs s’égrènent : les 4 hollandais, Julien et Cecile qui doivent prendre un bus à Shkoder pour les emmener au sud de l’Albanie, Céline et Joey qui visent le littoral albanais une centaine de kilomètres au sud et Satas, sans objectif précis si ce n’est celui de sa caméra 🎥.
    Je vais saluer Dragan qui nous accueillait dans son camping au milieu de nulle part puis je me mets en route. Bonne nouvelle, ça descend ! Le paysage change. Les chênes verts et végétations rases font place à des forêts de châtaigniers dont certains arbres ont probablement plusieurs centaines d’années. Le soleil peut bien chauffer, on est bien à l’abri à l’ombre.
    Du changement aussi au niveau de l’architecture puisqu’avant Ostros, je vois le premier minaret de mon voyage. Le passé tourmenté de cette région du globe a laissé des traces culturelles et religieuses. L’Albanie qui approche est riche de cultures chrétiennes, musulmanes et orthodoxes. La langue aussi évolue puisque les personnes auxquelles je demande s’il y a des commerces ouverts en ce jour férié (et oui, il y a 2 jours fériés au Monténégro pour la fête nationale) me répondent en albanais.
    Idem quand je m’arrête à hauteur de Nefail qui sort juste de son champ de tabac, au bout de la première grande descente de la journée. On échange via Google Trad et on arrive à parler « technique de séchage » pour le tabac (NDLR quand j’étais ado, je travaillais en saisonnier dans une ferme de Mazieres en Mauges qui cultivait le tabac. Activité complètement disparue aujourd’hui). Cette région du Monténégro produit encore un peu de tabac blond pour la production nationale. Il m’offre même une cigarette et accepte de faire une photo avec moi pour me remercier.
    Je n’ai pas fait 50 mètres que deux cyclo voyageurs arrivent face à moi. Éric et François remontent depuis la Grèce jusqu’à Trieste. Éric vient de la Drôme (La Motte Charançon près de Nyons) et François d’Annecy. Ils étaient hier à Shkoder et ont passé la frontière par le sentier (pas trop autorisé) le long du lac. François est couvert de pansements sur le coude et la cuisse suite à une violente chute en glissant sur les graviers.
    On prend un moment pour discuter en échangeant les bons plans de nos parcours respectifs. Éric et François, merci de vos petites astuces pour séjourner à Shkoder. J’ai trouvé chaussure à mon pied pour vraiment pas cher.
    Et encore quelques kilomètres plus loin, je croise deux autres voyageurs à vélo : Siobhan et Sergei, deux londoniens sont choisi les Balkans pour leur périple.
    La suite de cette journée est un peu plus classique avec une grande et longue côte (qui m’a parue interminable) jusqu’au point culminant de ma journée, une halte à une station service pour avaler un repas « sur le puce », le passage de la frontière avec l’Albanie et l’arrivée au lac de Skadar où je me suis posé a une terrasse afin d’activer ma esim albanaise et trouver une chambre.
    Je décide de rester deux jours à Shkoder pour me reposer et de réfléchir à la suite de mon voyage.
    En effet, le temps passe vite et j’en suis déjà à 10 semaines de voyage. En prenant les îles croates, j’ai fait un peu plus de kilomètres que ce que j’avais programmé. J’ai aussi passé plus de temps sur des haltes de de 2, 3 jours. Aujourd’hui je me sens un peu juste en temps pour aller à Istanbul d’ici fin juin en vivant la deuxième partie de mon voyage avec la même possibilité de savourer tous ces moments. Surtout, je ne souhaite pas vivre mon voyage comme une course contre la montre.
    J’ai aussi choisi de rester deux jours à Shkoder pour réfléchir à la manière dont je pourrais le réaménager et être rentré sans pression à Mozé fin juin, début juillet.
    Mes amis cyclovoyageurs des derniers jours et les personnes que j’ai croisées m’ont donné des idées. Pourquoi ne pas prendre un ferry depuis Corfou pour rejoindre l’Italie ? Ou l’Espagne ? Pourquoi ne pas remonter au dessus des Alpes en bus ou en train (après tout j’ai une carte inter rail) et suivre l’Eurovélo 6 ?
    Voilà où j’en suis en ce week-end de Pentecôte. Des pentes et des côtes dans la tête !
    Au fait, la chambre de l’hostel est assez sympa (surtout pour 6€ la nuit, petit déjeuner compris). Seul le propriétaire est un peu stone (très méthodique, il passe derrière tout ce que tu fais pour s’assurer que c’est fait comme il l’entend). J’y ai rencontré une française de Lyon et sa fille en tournée dans les Balkans pour 10 jours, un jeune couple d’Angers, jeunes diplômés de la CFA de la CCI restauration-service, et deux jeunes italiens qui, arrivés tard vendredi, on commencé par perdre leur iPhone. Après 1h30 d’investigations, on a fini par le retrouver entre les deux sièges de leur voiture. On se sent moins seul !

    Samedi 23 mai :
    Une journée de balade dans Shkoder. Immersions dans les rues piétonnes, les magasins improbables qui ne vendent que des ventilateurs, la police qui contrôle la circulation par drones, les vendeurs de légumes à scooter, les jeunes mamans qui font la manche avec le bébé dans les bras, les jeunes qui te sautent dessus pour parler avec toi, les grandes avenues embouteillées ou désertes, les chiens amorphes, les vieux qui jouent aux dominos, les odeurs de cuisine, la circulation en vélo, les minarets, les clochers, les coupoles, les musées qui ferment à 15h, les Qebap en pleine rue, la Tour Rozafa de 350 mètres de haut en construction… Un pays dans lequel, je pense, je ne suis pas au bout de mes surprises !

    Bilan du jour :
    🚴 60 km
    ↗️ 472 m
    ↘️ 860 m
    Les mer

  • OK à Patok

    24. mai, Albania ⋅ 🌙 20 °C

    Il fait déjà bien chaud ce matin au réveil malgré la pluie de l’orage d’hier soir.
    Le jasmin embaume le jardin. Charlie vient de prendre un petite douche vu que mon hôte a passé un coup de jet sur la terrasse.
    En plus des angevins, il y a deux australiens de Melbourne au petit déjeuner. Encore un moment d’échanges intéressant.
    Un peu moins « ours » qu’à mon arrivée, le gérant de l’hostel accepte de me fournir et me cuire quatre œufs durs pour la modique somme 40 Leke (~0,40 €).
    Avant de quitter Shkoder, j’ai souhaité rencontrer Chuck et Suzan Atkinson, hôtes WarmShowers très connus de la communauté des voyageurs à vélo comme des « hôtes modèles ». Originaires des USA, ils se sont installés à Shkoder depuis une quinzaine d’années et ont aménagé leur espace pour recevoir chaque jour les voyageurs qui passent par là. Je leur avais demandé à plusieurs reprises de m’héberger, mais ils m’ont répondu à chaque fois qu’ils faisaient une pause. Je me suis permis d’aller les voir ce dimanche. Chuck était alité, convalescent suite à une opération dont je n’ai pas trop bien compris la teneur. Suzan, accueillante, m’a offert un verre et on a discuté de voyage à vélo et d’accueil.
    On a refait ensemble mon itinéraire en Albanie et, comme tous les voyageurs qui passent par ici, j’ai eu le droit de mettre une empreinte de ma main sur le mur de l’escalier. Avec ce petit geste, je fais désormais partie de la grande communauté des gens qui sont passés par ici et j’ai un peu eu l’impression d’être entré dans l’histoire des voyageurs à vélo.
    À l’extérieur, je retrouve la vie agitée de Shkoder intra-muros. Je photographie une tortue qui se promène sur le trottoir, l’occasion de discuter avec Admir et Anoar, les enfants du poissonnier. Dans les rues, beaucoup de gens m’encouragent et certains crient « Allez, la France ! » en voyant le petit drapeau accroché à ma sacoche. Ça fait plaisir !
    Je sors rapidement de l’agglomération et me retrouve dans un décor vallonné et agréable à pédaler. Par contre, les déchets s’amoncellent au bord des routes et dans les ruisseaux. J’ai parfois l’impression de retrouver ces décharges sauvages que j’ai parfois vu en Inde. Le curseur de notre rapport à l’environnement est, ici, en Albanie, complètement différent de celui que nous avons en France. Difficile d’éduquer quand des besoins essentiels.(alimentation, santé, logement.) sont déjà difficiles à satisfaire.
    Plus loin, en pleine campagne, un jardin et littéralement tapissé de fleurs roses. Coqs et poules s’y baladent allègrement, ce qui mérite une photo.
    Le propriétaire rapplique et m’explique un tas de trucs en albanais que je ne comprends pas. Il m’invite à avancer dans sa cour, puis prendre un café et un raki avec son père et sa femme. Behard, Lida et Fichere habitent ici ensemble et leur maison ressemble à une petite ferme avec un magnifique jardin et des animaux domestiques partout. Moment de convivialité agréable où on parle de nos familles respectives et de quotidien, avec l’aide de Google Traduction (j’avoue que c’est quand même bien pratique).
    Il est déjà presque midi, mais je n’ai parcouru qu’à peine 20 km. J’aimerais en avoir fait une trentaine avant ma pause déjeuner. Tant pis si le raki me tourne la tête d’ici là.
    Je déjeune dans la cour d’une petite église et aperçois quelqu’un qui passe avec un vélo-sacoches. Je l’appelle. Il s’agit de Victor, un français du Vercors, qui remonte plus ou moins l’Eurovélo 8. On prend le temps de discuter et de s’échanger des trucs sur le parcours qu’on va vivre chacun inversement. C’est sympa de se nourrir de l’expérience des autres, et de savoir où se trouvent les bons endroits d’hébergement, les sites touristiques à visiter, les vélocistes compétents…
    Techniquement son vélo est un hybride entre Gravel et vtt. Un cadre acier, un cintre élargi en bas et de gros pneus tubeless dont il me vante les mérites. Je lui suggère de passer par la Parenzana une fois qu’il sera en Istrie.
    Victor poursuit son chemin vers le nord. Moi je fais ma pause déjeuner et m’aperçois que Charlie a encore un rayon de cassé. Mais cette fois ce sera plus facile à réparer vu que c’est du côté du frein. Je m’en occuperai ce soir au camping.
    Je suis à la moitié de mon parcours du jour et il fait bien chaud dans les petits reliefs albanais. Le paysage ressemble aux grandes vallées alpines que je connais du côté de Voiron : des plaines cultivées et irriguées et, tout de suite, des hauts reliefs. Je me demande pourquoi ce paysage qui ressemble tellement au nôtre n’arrive pas à générer une aussi bonne qualité de vie que chez nous ? Est ce seulement une question de choix de société, de décisions collectives, de ressources ?
    Ma trace quitte la route pour suivre des chemins empierrés le long d’un ruisseau. J’espère à chaque virage l’ombre rafraîchissante des peupliers, mais non. Il fait bien chaud, même à l’ombre.
    Pour nous changer les idées, Charlie s’amuse à rouler dans la bouse de vache.
    Une bande de jeunes m’arrête pour me demander d’où je viens. Comme d’habitude ça finit par « combien coûte ton vélo ? ».
    Moi qui habituellement n’aime pas trop faire ce qu’on appelle du « vélo de route » je réalise que mes étapes sont majoritairement sur bitume. Est ce le fait d’aller d’un point A à un point B qui me motive, l’idée que ce voyage a un début et une fin ? Toujours est-il que j’aime vraiment voyager à vélo et que ce périple me l’aura confirmé.
    Et toujours le parfum de jasmin qui flotte dans l’air au passage dans les villages.
    J’arrive à la lagune de Patok sur laquelle j’ai repéré un camping sur Komoot. Le vent de face me fait un peu peur car je n’aime pas trop camper en plein vent. En fait, le camping aménagé et tenu par Christian et sa famille est assez abrité derrière un grand bâtiment. Tout y est organisé avec beaucoup d’autonomie : tu marques ton nom sur un cahier et quand tu te sers une bière ou autre, tu le notes et tu règles le tout en partant. J’aime bien ce genre de fonctionnement.
    La zone camping est assez paradisiaque puisqu’elle donne directement sur la lagune. Des tables et des chaises y sont aménagés sous des paillotes.
    Sur le terrain, Greta, une jeune allemande, a déjà monté sa tente. Elle vient d’arriver en ferry en Albanie après la traversée de l’Italie du Nord au sud jusqu’à Ancone. Après le montage de ma tente, on partage le dîner et elle apprécie beaucoup que je lui parle de mes choix d’´itinéraires. On échange aussi sur nos motivations, sur nos outils pour faire nos itinéraires… encore une belle soirée de partage.
    On savoure le coucher de soleil puis on va se prendre une nuit de repos bien méritée.

    Bilan du jour :
    🚴 78 km
    ↗️ 358 m
    ↘️ 355 m
    Les mer

  • J’ai beaucoup aimé Tiranë

    25. mai, Albania ⋅ ☀️ 27 °C

    Le matin, réveil au bruit des petits bateaux de pêche dans la magnifique lagune de Patok. Je m’installe à la table juste au bord de l’eau et savoure ce moment unique.
    Greta a déjà plié presque tout son matériel avant le petit déjeuner.
    On partage encore quelques astuces de voyageurs à vélo avant de se quitter, chacun sur notre route.
    Je passe ensuite Charlie sur le billard, tout au moins pour remplacer le rayon cassé et faire le petit entretien récurrent.
    Effectivement, c’est beaucoup plus facile à faire lorsque c’est côté frein que côté cassette.
    Je ne suis pas pressé de quitter ce lieu paradisiaque. Je profite du wi-fi pour passer quelques coups de fil à ma famille et mes amis.
    Je quitte le camping non sans avoir salué Christian et son équipe. J’ai beaucoup aimé l’état d’esprit de ce lieu, surtout aussi parce qu’il est situé entre de grands hôtels et des resorts.
    Il fait aussi beau ici qu’en France. Le petit vent rafraîchit l’atmosphère, mais dès qu’on revient un peu plus dans les terres, c’est une chaleur étouffante.
    Le début de cette étape se fait sur beaucoup de chemin en gravier, ce que Charlie n’apprécie pas plus que ça. Je pense que c’était pour tester son rayon neuf. Je suis toujours aussi choqué par l’état des rivières et des bords de route en Albanie. Des monceaux de détritus sont jetés, voire brûlés dans des dépôts sauvages. Quel dommage !
    Ensuite, la trace suit des routes départementale en plutôt bon état et pas très fréquentées, toujours aussi agréables à parcourir, malgré la chaleur. Aujourd’hui, on peut rouler parce que c’est une étape relativement plate avec peu de dénivelé.
    Je m’arrête faire quelques courses dans un Market et une cliente et désireuse de me faire apprendre en albanais le nom de tous les produits en vente dans le magasin. J’ai retenu que le pain se dit büke. On a quand même des priorités en France !
    Ça fait longtemps qu’on cherchait un endroit sympa pour faire la pause déjeuner. Comme la faim a pris le dessus, on s’arrête en bordure d’une rivière, hyper polluée le long d’un chemin moche.
    La seule chose intéressante ce sont les oiseaux qui virevoltent sur les berges. Il me semble avoir reconnu un guêpier et de petites hirondelles à tête noire.
    L’école est finie, le bus dépose une grappe d’enfants au bord de la route. Bien sûr, il s’arrêtent discuter quelques minutes avec moi et me demandent le prix de mon vélo.
    Une chèvre et son chevreau n’arrêtent pas de faire des allers et venues sous le pont d’à côté.
    La plupart des voitures qui passent roule calmement, sauf un ou deux Fangio du volant qui s’amusent à faire crisser les pneus avant de passer le pont.
    Il s’en passe des choses sur une petite route de campagne en Albanie, un lundi en début d’après midi !
    La partie bucolique de l’itinéraire est terminée. Place à la longue route qui va nous mener à Tiranë, la capitale de l’Albanie.
    Pendant une dizaine de kilomètres, on roule sur une grande ligne droite, fréquentée par toutes sortes de véhicules : voitures, camions, bus, motos mais aussi scooters, vélos, attelages divers et variés, piétons… pour faciliter le tout, certains conducteurs ont la bonne idée de s’arrêter sur la chaussée avec les feux de détresse.
    Sur les bords de cette route qui mènent à Tiranë, des dizaines d’usines et de magasins de meubles sont implantés, jusqu’à l’entrée de la ville.
    La vitesse ralentit, les bouchons se forment, on arrive au périphérique et les magasins de toutes sortes ont pris la suite des usines de meubles.
    Il y a même une enseigne de bricolage « Baumarket » Dans laquelle je rentre pour consulter le catalogue. Est-ce que j’en ramène un pour papa ?
    Périphérique ? Peu pour moi : ma trace me fait bifurquer et passer dans un petit tunnel. Je me retrouve dans des quartiers hyper calmes de Tiranë, malgré leur situation au bord de l’autoroute.
    J’arrive en plein centre sur une immense place, probablement imaginée pendant la période communiste.
    Le temps ont bien changé. Un tournoi international de Padel est en cours. Même si les monuments historiques comme le théâtre et le musée national donnent sur cette place, de hautes tours, toutes plus originales les unes que les autres, jalonnent le centre de la capitale et lui donne un cachet des plus modernes.
    Je visite un peu à vélo avant de rejoindre Joris et Esther, les Warmshowers qui m’accueillent ce soir.
    On réussit tant bien que mal à faire rentrer Charlie dans l’ascenseur et nous voilà au quatrième étage de leur petit appartement avec vue sur les montagnes.
    Joris et Esther viennent des Pays-Bas et habitent à Tiranë depuis une petite dizaine d’années. Ils y travaillent en tant que conseil auprès de structures albanaises. Passionné de vélo et de voyage, Joris a parcouru le globe au volant d’un guidon. C’est impressionnant de l’entendre énumérer les pays dans lesquels il a pédalé : Amérique, latine du Nord au sud, Asie dont le Tibet et le Népal, Islande, Europe… Esther est un peu moins chevronnée, mais il circule à vélo au quotidien à Tiranë.
    Ils m’invitent à leur table avec un délicieux plat de pâtes et de tomates fraîches. On discute comme à chaque fois de voyage à vélo, mais aussi des émotions qu’on y trouve et de choses un peu plus personnelles.
    Je suis heureux de retrouver l’état d’esprit Warmshowers, qui avait jalonné le début de mon voyage, en France et en Italie. Il est vrai qu’en Croatie et au Montenegro, personne parmi les peu nombreux Warmshowers n’avait accepté mes demandes.
    Esther et Joris m’abandonnent pour aller à un concert de guitare classique. J’en profite pour retourner faire un tour « by night » dans cette ville, assez fascinante.
    Il est 21 heures et il fait bon dehors. Le centre ville grouille d’une grande animation. Les terrasses sont pleines et le festival du cloud va bientôt commencer. Je m’attarde dans un parc pour profiter de la relative fraîcheur avant de retourner (sans GPS) à l’appartement.
    C’est la première fois de mon voyage que je séjourne dans la capitale d’un pays que je traverse. Son effervescence « à l’indienne » et la créativité de son centre ville m’ont marqué. Demain, cap à l’ouest pour retrouver le littoral albanais.

    Bilan du jour :
    🚴 56 km
    ↗️ 188 m
    ↘️ 75 m
    Les mer

  • Ça plane en descendant à Elbassan

    26. mai, Albania ⋅ ☀️ 26 °C

    Petit déjeuner en commun avec Joris et Esther, qui me préparent un délicieux smoothie avec des cerises et des fraises.
    En tant que bon français, je me fais également un café et des tartines.
    Joris me conseille sur l’itinéraire des jours à venir et on le réaménage pour avoir des routes plus tranquilles et des points d’intérêt variés.
    Charlie reprend l’ascenseur et on se met en route vers 9h30. J’ai tenté de trouver un vélociste pour acheter des plaquettes de frein, mais celles qu’il avait n’étaient pas compatibles avec mon vélo.
    Sortir de Tiranë est à peu près le même cirque que d’entrée, sauf que ça monte sur quelques kilomètres. Le trafic est dense.
    On lâche le grand axe pour une petite route qui s’avère, elle, complètement défoncée. On en parle de l’état des routes en Albanie ? Entre le défaut d’entretien, les glissement de terrain, les grilles d’égout manquantes ou bancales… il y a du choix pour qui veut voyager dans le chaos. Le pays paie un lourd tribut en accident de la route. On voit d’ailleurs un tas de petits monuments mémoriaux là où des personnes sont décédées. Ça fait froid dans le dos et ça motive à bien garder sa droite.
    On quitte cette route pour un sentier dans lequel on aurait pu faire la « Rochefortiche » (clin d’œil à l’Anjou, puisque cette rando a lieu le week-end prochain à Rochefort sur Loire). Je préfère descendre du vélo pour éviter de lui ajouter 1 quintal supplémentaire sur le dos dans cette descente.
    Ça y est, on retrouve l’asphalte et il fait déjà très chaud. Je me prends une limonade à un café que je mélange dans mon bidon : bonne idée, je vais désormais faire ça chaque matin avec des citrons pressés.
    On suit une route parallèle à l’autoroute et, au moment où celui-ci s’engouffre dans un tunnel, on commence à monter. C’est une ascension d’environ 900 m qui débute avec des portions plus ou moins relevées.
    Je fais ma pause de midi dans l’un des rares endroits un peu dégagés que je trouve. En face, un type en plein soleil est en train de faire du terrassement autour de sa maison. On a l’impression qu’il veut déplacer la montagne avec sa petite brouette ! Je profite de l’herbe fraîche pour m’allonger un petit quart d’heure avant de repartir. L’autoroute est désormais minuscule en bas.
    La route s’avère finalement de très bonne qualité tout au long de la montée. Elle est parfois vertigineuse mais comme elle est peu fréquentée, je me permets de rouler un peu à gauche quand les parapets sont absents ou détériorés.
    Au col, je reprends une limonade bien fraîche à un café. Car oui, les routes albanaises ont une densité de cafés. au kilomètre-linéaire assez impressionnante. Pas besoin de faire trop de courses avant de partir. Il y a toujours un café restaurant ou un Market sur notre route.
    La descente sur une quinzaine de kilomètres vers Elbassan n’est que du bonheur avec de grands lacets qui se dessinent sur les flanc des coteaux. Je garde toutefois une vitesse bien contrôlable de peur qu’un nid de poule ou un ralentisseur ne surgisse au détour d’un virage.
    La ville présente à l’horizon se précise petit à petit. Je pensais qu’Elbzssan était un gros bourg. C’est finalement une grande ville avec un cœur historique, une grosse zone industrielle et des quartiers périphérique lotis d’immeubles en plus ou moins bon état.
    J’y ai réservé un lit en dortoir dans un Hostel. Comme souvent, je séjourne seul. Koli, mon hôte, a aménagé le rez-de-chaussée de sa maison en hostel. A côté, un ruisseau jonché de déchets diffuse des effluves pas sympa. Dans la rue, un type défile en jouant du tambour. Les aménagements de l’hostel sont à peine finis mais ça ne m’empêche pas de préparer un bon petit dîner et de me reposer sur le canapé de la salle commune
    Surprise en ouvrant mes sacoches : j’avais acheté des baklava pour partager avec Joris et Esther à Tiranë mais j’ai oublié de les sortir. Tant pis, je vais devoir me les manger tout seul. Et puis, vu l’exercice que je fais au quotidien, je ne vais quand même pas me laisser embêter par 600 g de baklava !

    Bilan du jour :
    🚴 58 km
    ↗️ 935 m
    ↘️ 863 m
    Les mer

  • Il en faut des watts pour arriver à Berat !

    27. mai, Albania ⋅ ☀️ 28 °C

    Ce qu’il y a de bien dans les hostels, c’est qu’on a pas toute la logistique du camping ou du bivouac : faire en sorte d’avoir assez d’eau, trouver un coin, monter et démonter la tente, etc.
    Ce matin, j’utilise ce temps gagné pour partager le petit déjeuner en visio avec ma chérie. C’est rigolo, ça fait un peu comme si on était face-à-face à la maison
    Ensuite, petite routine du matin : entretien de Charlie, dégraissage de la chaîne, chargement. Et pour moi, crème solaire et check-up, pour être sûr de ne rien oublier (je me suis fait une petite liste).
    Je pars a 9h et les rues de Elbassan sont déjà bien vivantes entre les terrasses, des cafés, les marchés et les véhicules plus ou moins loufoques qui transportent tous types de matériels. C’est surprenant aussi de voir autant de gens jouer du tambour dans la rue. Je croyais que mon type d’hier soir était une exception, mais non.
    Je fais un rapide tour dans la vieille ville, puis je me mets à la recherche de plaquettes de frein. Koli m’a indiqué une boutique mais elle est fermée. J’en trouve une deuxième qui n’a pas la pièce. Quelqu’un me propose de m’accompagner chez un grossiste. Toujours pas la pièce, alors on fait deux autres boutiques avant de trouver la perle rare. Vous m’en mettrez deux SVP ?
    Fatos, un des clients du magasin parle français et a plaisir à échanger avec moi. Je reste donc à discuter pendant une bonne demi-heure. Ça me met pas en avance, mais je suis doublement satisfait de cette rencontre et d’avoir enfin des plaquettes de freins de rechange.
    Le début de la route est relativement plat et roulant. Depuis plusieurs jours, des crissements semblables à ceux des cigales, m’accompagnent au quotidien. Autour de moi, les roches distillent leurs couleurs bigarrées de noirs, gris, bruns, ocres ou jaunes. C’est vraiment magnifique. La route est confortable, roulante et pas trop fréquentée.
    J’avais réaménagé la route que j’avais faite avec Joris à Tiranë car je ne me sentais pas de faire quatre jours de suite avec 1000 m de dénivelé. Aujourd’hui, je suis une route un peu plus importante au début pour éviter de franchir un massif.
    Les petits villages s’enchaînent avec des noms à consonances ottomanes ou latines.
    Les lavages de voiture et les cafés restaurants sont toujours aussi nombreux en bordure de route.
    Ça commence à monter et j’aperçois furtivement au loin, une montagne avec des plaques de neige en son sommet. J’avale un moustique que je pense encore aujourd’hui, transporter en moi.
    Dans une descente, des types ont arrêté leur voiture au bord de route, ils sont en train de balancer des carcasses de bêtes en contrebas. Mon passage ne semble pas les gêner.
    Je franchis une grande rivière et une très longue ascension pour contourner la montagne que j’ai aperçue précédemment.
    La route devient un chemin caillouteux dans lequel je préfère pousser Charlie. De toute façon, vu la déclivité, je n’aurais pas pu monter en pédalant. Une Mercedes me double. Étonnant !
    La vue depuis ces versants est magnifique. Elle s’ouvre sur de grandes vallées, couvertes de forêts et au loin, cette montagne qui doit culminer à 2000 m est coiffée de nuages magnifiés par la luminosité ambiante.
    Je crois apercevoir un café sur une butte.
    Et non, il s’agit d’un cimetière en plein milieu d’un champ. D’ailleurs, une vache est en train de brouter à côté d’une tombe.
    Plus loin, un bâtiment abandonné me fait de l’œil pour une halte pique-nique. C’est en fait une école qui est fermée aujourd’hui puisque nous sommes mercredi mais qui semble accueillir des enfants. Tellement étonnant au milieu de nulle part.
    Un coup d’œil à Osmand, un logiciel de cartographie libre que j’utilise fréquemment en mode déconnecté m’indique que j’en ai bientôt fini de l’ascension. Effectivement, quand je redémarre, je descends directement vers un lac artificiel, quelques centaines de mètres plus bas. La piste est toujours aussi caillouteuse. Je manœuvre Charlie avec moult précautions.
    J’arrive sur une route départementale très confortable à circuler. En à peine une heure, je parcours plus d’une vingtaine de kilomètres. La vallée dans laquelle je roule est probablement un haut lieu de la production végétale d’Albanie. Les serres où sont cultivés tomates, poivrons, et autres légumes de saison foisonnent.
    Il fait très chaud. Je m’arrête à un Market acheter de l’eau pétillante tandis que Charlie discute avec un perroquet à l’extérieur.
    Je refais une petite pause à l’ombre et 3 promeneurs s’arrêtent à ma hauteur pour discuter. Avec Google translate, on arrive à se comprendre. Encore une belle rencontre.
    Sur les derniers kilomètres vers Bérat, je traverse une piste d’aviation militaire avec de vieux coucous datant probablement du siècle dernier stationnés, prêts à décoller ? Dommage que les photos étaient interdites, cette vision était assez irréelle !

    J’arrive à Bérat un peu après 18 heures. Il y fait très chaud. Je m’installe dans l’hostel dont une partie se trouve dans des caves voûtées, au frais.
    Le soir au repas, on échange avec Yiling, une taïwanaise et Taulant et Anders deux norvégiens sur des tas de sujets de société, notamment la situation politique à Taïwan. Mais aussi, bien sûr de mon voyage à vélo.
    Les norvégiens nous offrent un verre d’aquavit. Je reste à l’hôtel pendant que tous les trois vont dîner dans un petit restaurant
    Demain, je continue vers le sud en direction de Çorovodë.
    Ça va encore monter, et la météo n’annonce aucun rafraîchissement.

    Bilan du jour :
    🚴 79 km
    ↗️ 783 m
    ↘️ 857 m
    Les mer

  • La beauté du canyon de Çorovodë

    28. mai, Albania ⋅ ☀️ 26 °C

    Je me réveille naturellement à 7h et il fait déjà très bon dehors. Yiling, rentrée à 4h dans la nuit dort encore dans le dortoir.
    Je descends au petit-déj’ que je partage avec une mexicaine et je passe un moment en visio au téléphone avec papa et Marité. C’est sympa de se voir et de se parler comme ça à 1500 km de distance.
    En regardant de près mon tracé, je m’aperçois que je vais encore monter 800 mètres jusqu’à Çorovodë : pas tout à fait ce que j’avais imaginé pour cette « petite » étape.
    Avant de partir, je discute avec les personnes rencontrées hier soir à l’hostel. On traîne, on traîne, et finalement je ne pars qu’à 11h30, sous une chaleur bien installée. Tant pis, l’un des norvégiens a tenu à faire une photo du départ en avouant que mon périple était très inspirant pour lui.
    Les montagnes sont toujours aussi belles même coiffées de nuages. Ma trace suit la rivière Osum et il devrait en être de même pendant tout cette étape.
    Quand on suit une rivière à vélo, on se dit qu’on va faire un faible dénivelé. Or, ici, la rivière descend des montagnes et la déclivité est importante. J’ai eu l’impression d’être dans un faux plat constant du début à la fin de cette journée. Charlie était lourd et j’avais l’impression d’avoir les jambes en coton. Quelle surprise à mon arrivée de voir combien j’avais grimpé !
    La sortie de Berat se fait par des quartiers un peu glauques, avec des bâtiments, proche du délabrement et des rues défoncées. La situation des gens qui vivent ici doit être vraiment difficile, loin de tout dans ce secteur rural et avec très peu de moyens. Je mesure la chance que nous avons de vivre en France tout en me disant aussi que les gens que je croise n’ont pas l’air plus malheureux ici qu’ailleurs. Souvent un peu nonchalants, les albanais vivent à un rythme différent du nôtre et adorent qu’on s’intéresse à leur pays.
    À part l’agriculture, l’économie de l’exploitation de la pierre est probablement un point fort de la région. Les carrières à flanc de montagne et les nombreux camions qui transportent d’énormes blocs de pierre me le rappellent fréquemment sur la route.
    Pour déjeuner, je choisis le pied d’un immeuble en construction. En fait de construction, le chantier semble arrêté depuis des années mais il a le mérite de produire de l’ombre. Un type de 75 ans, se plante devant moi et commence à discuter. On ne se comprend pas trop à cause de la barrière de la langue. Le bus arrive et il repart avec une jeune fille que je suppose être sa petite-fille.
    Je prends un café juste à côté de mon lieu de pique-nique, je pingouinne un moment et je repars sur la plus grosse côte du jour. La trace bifurque à droite pour descendre en vallée. Je préfère continuer sur la route pour éviter trop de dénivelé. Bon choix, puisque au final, je suis monté à l’ombre des pins sur un terrain beaucoup plus performant que le sentier.
    J’arrive dans le parc national des montages Tomorri que je contourne depuis hier.
    Il a plu quelques minutes avant que l’on ne passe et la route est un peu vaporeuse avec la chaleur. Les pins diffusent un doux parfum, beaucoup plus agréable que celui, également présent, des déchets qui fermentent dans les fossés.
    L’orage gronde toujours un peu dans la montagne.
    Je croise de temps à autre des 4x4 d’une société de rafting. La rivière est un endroit privilégié pour les activités sportives et Çorovodë une base réputée pour les touristes fans d’aventures et de trails.
    J’y arrive vers 17h, m’installe un peu à une terrasse pour souffler avant d’aller rejoindre mon hostel.
    Allet, le propriétaire semble un peu être le business man du village. Il a une entreprise de menuiserie à côté de la maison qu’il a rénovée et qu’il loue. Il a vécu plusieurs années à Milan. Il parle couramment italien. On se comprend mieux.
    Le village est très escarpé, et pour trouver mon hostel, j’avais du à plusieurs reprises, monter et descendre dans les quartiers hauts et bas. Ouf ! Dans mes pérégrinations, je m’étais retrouvé au-dessus du canyon. La vue y est magnifique autant à l’est qu’à l’ouest. Ce sera mon point de départ demain matin pour basculer de l’autre côté d’une montagne, et d’atteindre, je l’espère Gjirokastër.
    En soirée, avant le repas, petite visio du vendredi avec Marie et les enfants. Ça fait plaisir de se voir tous !
    Et puis, pour Charlie, une chaîne toute neuve et des freins bien réglés : nous sommes donc fin prêts pour l’étape de demain !

    Bilan du jour :
    🚴 52 km
    ↗️ 813 m
    ↘️ 536 m
    Les mer

  • Épuisé à Piskovë

    29. mai, Albania ⋅ ☀️ 27 °C

    Ce matin, réveil très matinal après une nuit en pointillés, un groupe de chiens s’étant mis à aboyer en plein milieu de la nuit.
    Je suis assez excité de cette étape, puisqu’il me faut passer de l’autre côté d’une montagne pour rejoindre un itinéraire plus roulant. Le départ permet de belles vue surplombantes du canyon.
    Finalement, malgré ce réveil matinal, je ne pars qu’à 10 heures après avoir été faire quelques courses, cuisiné pour ce midi, appelé ma chérie et discuté avec le propriétaire de l’hostel.
    Je commence par faire connaissance avec les orties et les ronces albanaises en déboulant un tout petit sentier pour rattraper une route puis mon chemin. Celui-ci longe le canyon et est vraiment magnifique. Mais c’est avant tout une piste pour 4x4. Avec Charlie, on a un peu de mal avec les galets qui se dérobent sous les pneus. Par précaution, je préfère marcher à côté. Les vues sur le canyon sont encore une fois splendides. On se demande pourquoi la rivière a choisi de passer par ici et à érodé pierre par pierre la montagne jusqu’à créer ce canyon.
    On laisse la rivière, mais on poursuit toujours cap au sud dans un chemin qui s’apparente plus à une promenade en Chartreuse qu’à un itinéraire de randonnée vélo. Tiens, deux chevaux paissent dans ce qui semblait être un petit hameau et oui, malgré l’attitude et l’isolement, ces endroits ne sont pas tout à fait déserts, j’ai d’ailleurs croisé quelques voitures dans les chemins durant cette journée. On bifurque à l’ouest pour attaquer l’ascension. On découvre alors le silence des grands espaces sauvages de la montagne albanaise. Un troupeau de moutons s’est installé un peu plus haut dans le coteau. Les chiens surveillent le passage sur le sentier. Leur maître les rappelle à l’ordre quand ils se mettent à aboyer après moi.
    Plus loin, c’est un vieux fourgon Mercedes qui est arrêté en haut d’une côte pour me laisser passer. On discute avec le chauffeur qui me confirme que je suis bien sur la bonne route vers Permet. Il repart à l’économie de carburant, puisqu’il ne prend même pas la peine de démarrer le moteur : ça descend, pourquoi donc utiliser un moteur ?
    Je croise un groupe de trois motards polonais. Je les arrête pour leur demander d’où ils arrivent. En fait, ils font demi-tour, car le chemin n’est pas du tout adapté à leurs motos.
    Mon GPS m’indique qu’en une heure de temps j’ai parcouru environ 10 km. Ce ne sera pas une des étapes les plus rapides. Je prends mon mal en patience et savoure les magnifiques paysages et la solitude dans ces grands espaces. Je m’installe à l’ombre pour une pause déjeuner interrompue de temps à autre par le passage d’une voiture qui prend souvent le temps de s’arrêter. Les conducteurs sont probablement surpris de voir quelqu’un à vélo ici. Probablement aussi surpris d’ailleurs que moi de les voir déambuler en voiture ici.
    Tiens, les Suisses, en berlingot que j’avais croisés tout à l’heure, redescendent et me disent qu’un motard a planté sa moto dans la boue, un peu plus haut.
    Mon menu du jour :
    Salade de polenta, concombre, tomates
    Œuf dur
    Fromage à tartiner sur du pain
    Cerises
    Baklava
    Tout ça pour vous dire que je suis loin de négliger mes repas. J’essaie toujours d’équilibrer et de cuisiner des petits plats avec des produits frais.
    Repu, je garde la banane pour le goûter

    Ce décor de montagne en Albanie est pour l’instant, le seul endroit dans lequel j’aimerais planter un bivouac. J’ai souvent parlé de la pollution aux déchets sauvages qui est un frein pour s’installer. Ici, la nature est un peu mieux préservée (en écrivant ces mots, je vois quand même autour de moi des bouteilles en plastique vide et un sac de déchets).

    Je continue ma progression, toujours en poussant Charlie. Par moment, je me demande si je ne vais pas prendre le sac à dos sur moi pour que ce soit plus facile à passer sur les gros cailloux.
    Je croise un 4x4 avec la moto accidentée dans une remorque.
    Quelques minutes après, un groupe de trois motard qui accompagnait le pilote malchanceux. Il s’arrêtent et on discute. Il y a deux polonais et une neo zélandaise. Ils avaient prévu d’être sur la plage cet après-midi, mais le relief les a contraint à faire demi-tour. Tandis qu’en discute, le pneu d’une moto se dégonfle. Crevaison. Décidément, une journée de m*** pour eux !
    Je poursuis. mon ascension, et, une centaine de mètres plus loin, une vieille dame surgit de nulle part et me propose un café. Effectivement, cette petite construction de bric et de broc est bien un café au milieu de nulle part. Auparavant, elle tenait un camping dans le panneau est encore présent. J’appelle les motards malchanceux en leur disant qu’ils peuvent peut-être planter leurs tente ici.
    J’offre mes derniers baklava à la petite dame, en échange d’une bouteille d’eau fraîche, un peu douteuse tout de même. Difficile d’échanger avec la barrière de la langue mais on a passé un bon moment à se faire des gestes, mimer des situations. Extra !
    Cette rencontre improbable fera, à coup sûr, partie de mes meilleurs souvenirs de voyage.

    Encore deux kilomètres et je serai au col. Vivement !
    Un groupe de motards roumains me déconseille de continuer, à cause de l’état de la route d’autant que je suis seul. C’est vrai que je n’avais pas pris en considération cette dimension. Je m’assure que mes proches voient bien la localisation de Charlie avant de continuer.
    Finalement, j’atteins le col à 900 m d’altitude, sans trop d’encombres. J’ai vu très peu de boue, et je n’ai pas circulé sur les chemins rocailleux vertigineux que les roumains m’avaient signalés. Ils venaient probablement d’une autre route.
    J’ai les bras en compote à force de pousser. J’envisage même de planter le bivouac ici, sur les prairies, si la descente est trop difficile.

    Je ne sais pas combien de temps va durer la descente, vu que le début du chemin est caillouteux je me laisse aller car cette fois, je n’ai pas à pousser le vélo et les bagages.
    J’arrive en bas, une bonne heure plus tard, lessivé. Je trouve une chambre dans une maison d’hôtes à une quinzaine de kilomètres.
    Je la rejoins dans une grande vallée où il fait bon pédaler et mes jambes veulent se dégourdir après cette étape tétanisante. Le soleil est déjà caché derrière les montagnes à l’ouest. Il éclaire celle de l’est et au fond, la lune, presque pleine surmonte des pics enneigées.
    Place à ma petite routine d’après pédalage et au pingouin quotidien !

    Bilan du jour :
    🚴 41 km
    ↗️ 869 m
    ↘️ 976 m
    Les mer

  • Des roues pleines de terre à Gjirokastër

    30. mai, Albania ⋅ ⛅ 24 °C

    Après une nuit bien reposante, Violeta a préparé un bon petit déjeuner traditionnel albanais avec des Petulas (sortes de beignets), du fromage de chèvre et des confitures maison. Miam, voici une journée qui commence bien 🤩
    Il fait bon ce matin et, en sortant sur la terrasse, je vois un Cyclo voyageur qui passe sur un vélo couché. Le courageux, il est déjà en route ! Un peu plus tard, c’est un troupeau de moutons qui encombre la route. Que d’animations !
    Violeta et Flamour ont aménagé leur maison pour recevoir des voyageurs dans les chambres de leur grande maison, vide de leurs enfants. Ils sont viticulteurs et s’occupent toujours de 4 hectares de vignes, principalement plantées en Merlot. Leur vin (qu’ils m’ont fait goûter hier soir) est un peu « râpeux » et surtout, fort alcoolisé compte tenu de l’ensoleillement dont il bénéficie.

    Mon étape du jour doit me mener à Gjirokastër, à un peu plus d’une quarantaine de kilomètres au sud.
    J’aurais bien été faire un saut dans les sources chaudes de Permët, mais j’avais besoin de repos sur un itinéraire court. Gjirokastër étant une ville touristique, ça se prêtait bien à mes envies du jour.
    Je reprends une partie de la route d’hier avant de m’engouffrer à l’ouest dans un grand défilé entre deux montagnes qui suit une rivière assez large. Les pins et leur parfum m’accompagnent. De temps à autre un troupeau de moutons fait carillonner les cloches en bord de route. Ça descend. C’est donc très agréable.
    Premier pont au dessus de la rivière franchi 😮‍💨, je rattrape sur quelques kilomètres une route un peu plus fréquentée. De temps à autres en bordure de cette « nationale », les gens s’agglutinent pour remplir des bouteilles d’eau de la montagne. Les vendeurs de cerises et produits locaux en tout genre en ont profité pour installer des mini stands et vendre leurs produits. Il y a même un type qui propose des truites vivantes dans un aquarium !
    Je vois que mes amis Céline et Joey avec qui j’ai pédalé au Monténégro ont passé la soirée de la veille à Gjirokastër. Chouette, on va peut être se croiser.

    Ma trace bifurque sur la gauche et laisse la nationale pour franchir une nouvelle petite rivière. Cette fois le pont est un peu plus « rustique » mais je le franchis sans problème 👏.
    Il fait bien chaud et cette partie de la trace n’est pas évidente à suivre. Parfois un chemin caillouteux, parfois encore pas de chemin du tout. Vive le gps dans ces situations : il n’y a qu’à suivre la trace.
    Joey m’indique qu’ils ont prévu de suivre la nationale. Même en leur ayant partagé mon itinéraire, on ne se croisera pas aujourd’hui. Dommage !
    Pendant ce temps, je traverse des champs en me piquant aux chardons, Charlie patauge dans la boue, on roule tant bien que mal dans le sable au bord de la rivière… Le seul coin d’ombre qu’on trouve est au pied d’un peuplier vers 13h30 seulement.
    Je profite bien de ce moment de repos, avec mon super petit fauteuil. Les occupants d’un 4x4 se demandent probablement ce que je fais ici. Drôle d’endroit pour une sieste !
    Je repars vers 14h30 bien tassées et, au détour d’un virage, j’aperçois Céline et Joey au milieu du chemin.
    Décidément chaque jour révèle une surprise. Je suis tellement content de les revoir. On se raconte nos jours précédents de voyages respectifs. Eux sont allés sur la côte, très fréquentée puis ont fait de grosses journées à plus de 100 kilomètres parcourus et des dénivelés de 1700 m. Bravo. C’est beau d’être jeunes.
    On se quitte en espérant se revoir à nouveau. Pourquoi pas au festival CCI d’Angers en octobre ?

    Je termine ma journée avec cette rencontre en tête. J’avais lu plein de choses au sujet des amis que tu te fais pendant un voyage à vélo. J’ai l’impression que les jours partagés entre Joey, Céline et moi ont soudé quelque chose qui n’est pas prêt de se rompre.
    J’arrive à Gjirokastër, une jolie ville juchée sur un flanc de montagne, avec plein de petites maisons couvertes de lauzes grises. Ça change des toits en tuile qu’on voit ailleurs. Certaines maisons de style italien viennent colorer le centre et un château couronne le tout.
    Dans le centre, les rues sont pour la plupart pavées et sont hyper pentues. Pour parvenir à l’hostel, je dois pousser Charlie dans des dénivelés supérieurs à 10%.
    Et la, juste avant d’arriver, vous l’entendez le bruit sournois du rayon qui pète ? Put*** ! Et du côté cassette en plus. Le propriétaire de l’hostel me donne une adresse de vélociste à proximité. J’y vais (re pente >10%) mais il est fermé !
    Je tente de démonter par moi même mais la cassette est trop serrée alors j’abandonne pour aujourd’hui. Je partirai comme ceci demain en croisant les doigts (c’est dimanche donc les vélocistes sont fermés).
    Avec tout ça j’ai perdu une heure que je pensais mettre à profit pour pinguoinner et préparer les prochains jours.
    Je laisse tomber l’écriture et vais faire un tour dans le centre. Pour me changer les idées je me fais un petit resto (touristique) traditionnel. Feuilles de vignes farcies, butek avec formage, dessert (dont je ne souviens plus du nom) et bière pour 13€. C’est vraiment pas cher l’Albanie !
    Je finis ma soirée par une petite balade dans les rues animées de Gjirokastër. La ville souhaite la bienvenue en toutes les langues. Les touristes et les locaux sont déjà bien nombreux à prendre le frais sur la grande place ou dans les rues commerçantes.
    Je rentre à l’hostel et mets le couvre feu à 21h30, une des soirées les plus courtes depuis le début de mon voyage.
    Demain, cap à l’ouest puis au sud, mais je n’ai pas encore décidé où je m’arrêterai.

    Bilan du jour :
    🚴 53 km
    ↗️ 393 m
    ↘️ 352 m
    Les mer

  • On bifurqua à Igoumenitsa

    31. mai, Hellas ⋅ ☀️ 22 °C

    L’hostel était un peu mal fichu pour prendre son petit déjeuner. Les propriétaires étaient en train de cuisiner un plat dans la cuisine lorsque je me suis levé. Pas de soucis, j’ai quand même pu enfiler mon repas préféré, sans café cette fois.
    Je file discrètement et sans bruit comme les autres personnes du dortoir ne sont pas encore levées. Gjirokastër ça monte et ça descend. Je n’ai donc qu’à me laisser aller jusqu’à la ville basse et me poser à une terrasse histoire de déguster le petit café qui me manquait et d’échanger avec Marie. Les cloches de l’église orthodoxe juste en face interrompent notre visio prématurément.
    Mes provisions commençaient à se tarir. Je fais un tour au Superstar Market pour remplir mes sacoches. Cette fois je suis fin prêt à pédaler le long de la SH4, cette route qui file au sud vers la Grèce. Le paysage est déjà un peu différent : les hautes montagnes laissent la place à des collines moins tourmentées, la végétation est plus rase et les troupeaux de moutons ont investi les coteaux.
    J’avoue que je ne m’attendais pas déjà à ce décor. On a déjà un peu quitté l’Albanie d’autant que les panneaux routiers sont doublés avec l’alphabet grec.
    Comme c’est dimanche, le trafic routier est moins important qu’en semaine. De nombreux camions sont d’ailleurs dans les lavasho en train de se faire une beauté.
    Une large bande d’arrêt d’urgence fait office de voie cyclable. Il fait bon pédaler et j’ai le vent dans le dos. Mis à part le rayon cassé de Charlie, tous les voyants sont au vert pour que cette étape se déroule bien.
    Durant cette semaine en Albanie, j’ai pris la décision de changer mon itinéraire initial car je n’aurais pas le temps d’aller jusqu’à Istanbul et de rentrer en train dans de bonnes conditions. J’ai réaménagé mon projet en imaginant prendre un ferry d’Igoumenitsa à Ancone, de traverser l’Italie à vélo jusqu’à Cittavecchia au nord de Rome, puis de reprendre un ferry pour Barcelone afin de remonter à la maison par le sud ouest.
    En pédalant je me demande comment gérer la réservation des mes ferries. Si je les prends trop tôt je risque de les rater. Si je lesprends trop tard je risque de poireauter avant d’embarquer.
    Je décide de ne rien faire pour l’instant. On verra bien le moment venu.
    Je laisse la SH4 pour prendre le col qui me fera basculer vers Sarandë sur la côte puis la Grèce au sud. C’est la principale difficulté de la journée. Je m’en sors pas trop mal malgré le fait que je sois sur le versant ensoleillé de la montagne. Quand le vent est portant, il fait vraiment très chaud 🥵
    Petite pause dans une station service désaffectée en haut du col. Une bergère dirige ses moutons pour qu’ils n’encombrent pas la chaussée.
    Après avoir repris des forces, c’est parti pour une magnifique descente plein ouest, dans des paysages fabuleux. Je suis entouré de multiples petits sommets qui doivent culminer à 1300 m maximum, mais tous différents. La pente est bien raide. Charlie file à bonne allure et se manœuvre bien dans les lacets.
    Tiens, il y a affluence dans ce parc de loisirs ! Ce sont donc les voitures garées sur ce parking qui scintillaient depuis là haut.
    La route suit désormais un petit torrent dans un défilé très plaisant. L’espace est un peu plus fermé et je savoure les surplombs au dessus de l’eau. Plus bas, la rivière est canalisée pour l’élevage de truites et l’irrigation. Je me régale des remous bleutés et de rouler à la même vitesse que l’eau qui coule. La nature est belle et j’ai tellement de chance de profiter de tous ces paysages. Je le mesure presque à chaque coup de pédale.
    Il est midi passé et je me trouve un petit coin à côté d’un restaurant pour pique-niquer. C’est dans ce secteur que je vais laisser la SH78 pour filer vers le sud. Céline et Joey m’informent sur WhatsApp qu’ils viennent de passer la frontière grecque après Permët. Ça me motive pour mon itinéraire de l’après midi : et si je passais moi aussi en Grèce aujourd’hui ?
    Je prends un café au resto, change les Leke qui me restent en euros auprès d’un client qui, du coup, m’offre une limonade et je me remets en route.
    Cette portion emprunte la SH4, un axe très encombré. J’espère que ça ira mieux après Sarandë. Et finalement, à ma grande surprise, la trace file à gauche sur de petites routes en bon état et pas très fréquentées. C’est l’Eurovélo 8 que je retrouve sur ces derniers kilomètres en Albanie, et elle est vraiment très plaisante à parcourir. Les montagnes albanaises s’estompent peu à peu. A l’ouest, le paysage s’ouvre sur des îles et la mer adriatique, en évitant les secteurs touristiques surpeuplés.
    Mon gps retrouve un fond de carte pour la dernière ascension du jour, jusqu’à la frontière albano-grecque.
    Ça y est, on est en Grèce, 7è pays de mon voyage. Je suis tout excité de réaliser cela et je le crie sur la route. Quelle belle sensation, avec tellement d’émotion.
    Igoumenitsa n’est qu’à 29 kilomètres de la frontière : j’y serai ce soir. Tout change dans le paysage avec les vergers d’agrumes, les oliviers et les petites collines. La ville surgit soudain à 18h45, au détour d’un virage. Je vois les ferries, l’agitation de bord de mer, les magasins… je suis à Igoumenitsa !
    Il s’agit maintenant de gérer les priorités : prendre un billet de ferry, trouver un hébergement, partager mon étape du jour avec mes proches. Finalement, avec un camping à 30€ la nuit et un billet de ferry plus cher demain qu’aujourd’hui, je choisis d’embarquer dès maintenant, à 21h30.
    J’essaie en vain de trouver un adhésif du drapeau grec. Je traîne un peu avec des touristes allemands sur le port et je vais au Check in du ferry. J’apprendrais plus tard sur le bateau que ces pérégrinations auraient pu me coûter cher étant donné que la Grèce n’est pas sur le même fuseau horaire que l’Albanie et qu’il n’était pas 18h45 à mon arrivée à Igoumenitsa mais 19h45. J’ai embarqué à 21 heures passées !
    Charlie va passer 20h en cale. Je prends le nécessaire pour dormir un peu, manger, me changer et me laver et je me trouve un petit coin de banquette dans le bar pour m’allonger.
    Quelle journée !
    Je vous raconte la traversée dans un prochain pingouin 🐧

    Bilan du jour :
    🚴 119 km
    ↗️ 926 m
    ↘️ 1145 m
    Les mer

  • Nous voilà donc embarqués sur le Venezia, un navire de la Grimaldi lines dont une des lignes relie quotidiennement Igoumenitsa à Ancône.
    Il n’y a pas foule sur le bateau : un peu plus de 50 voitures et camping cars, des motos, des camions et… un vélo (le mien).
    J’avais bien fait de faire de bonnes courses le matin à Gjirokastër : ces provisions vont me permettre de « tenir » pendant toute la traversée, soit presque 20 heures !
    Le soleil est couché depuis une heure lorsque nous larguons les amarres.
    J’ai un petit pincement au cœur en regardant la terre s’éloigner : le voyage que j’avais programmé initialement s’éloigne lui aussi.
    Je ne me considère pas « sur la route du retour » mais sur une nouvelle aventure qu’il me tarde d’entamer au centre de l’Italie.
    Vais-je y trouver autant de surprises que dans le nord en avril ? Comment sont les paysages de cette région que je n’ai pas trop pris le temps d’étudier ? Vais je y faire de belles rencontres ?
    Avec autant d’inconnues, mon esprit a du mal à se poser. J’ai encore du réseau. J’échange avec les enfants et je contacte des WarmShowers autour d’Ancôna. Un petit dîner et je m’allonge sur une banquette du bar, bouchons d’oreilles bien enfoncés et masque sur les yeux.
    Le début de la nuit est assez difficile mais rapidement la fatigue prend le dessus et je passe finalement une « pas trop mauvaise nuit ». Certes je me suis réveillé à plusieurs reprises mais sans problème pour me rendormir. Le fait est que ma « couchette » était située à côté d’une porte et que ses claquements n’étaient pas une des meilleures berceuses qui soit !
    Réveil à 6h30 comme fréquemment. Je prolonge en « grasse matinée » jusque vers 8h et prends un bon petit déjeuner.
    Je discute avec un voisin de banquette, turc travaillant en suisse.
    Marianne et Hans, deux autres passagers, s’installent à la table d’à côté et on se met à discuter. Ils rentrent de vacances à Corfou et remontent aux Pays-Bas du côté d’Utrecht. On partage quelques cafés et il est déjà 11h. Je prends du temps pour moi (toilette, rasage), je pingouinne un peu et rectifie quelques articles.
    C’est l’heure du déjeuner. Finalement cette première partie du voyage passe assez vite.
    Petite sieste pour continuer.
    J’aide Marianne et Hans à finir leur pastèque, je fais du ménage dans mon téléphone… plein de petites occupations que je n’avais pas pris le temps de faire depuis mon départ.
    Je n’ai pas de wifi donc je ne peux toutefois pas savoir si j’aurai un hébergement ce soir.
    A l’arrivée avec une petite 1/2 de retard, je n’ai qu’une seule réponse négative. Il pleut. Je me rabats sur un hôtel cheap en face de la gare. Le gars à la réception me propose de monter Charlie dans la chambre. C’est vrai qu’on a été séparés pendant presque 24 heures, on a besoin de se reconnecter !
    Demain départ pour une traversée à vélo de l’Italie d’est en ouest avec, je l’espère plein de -bonnes- surprises !
    Les mer

  • Des bas et des hauts à Fabriano

    2. juni, Italia ⋅ ☁️ 24 °C

    Le saviez-vous, le 2 juin est férié en Italie. Ce jour-là, ce pays célèbre la République qui a été adoptée par référendum en 1946. Après la fête nationale du Monténégro le 21 mai, c’est la deuxième fois que je suis dans un pays le jour de la fête nationale.
    Je m’étais dit que je pourrais faire réparer le rayon de Charlie mardi matin. Malheureusement, tout est fermé. Tant pis, je prends la route comme ça en me disant qu’on a bien réussi à parcourir 100 km en Albanie avec un rayon en moins, donc que ce sera possible d’en faire 70/80 sur les routes italiennes.
    Je prends le temps de répondre aux Warmshowers. L’un d’eux, Daniele, m’indique les coordonnées d’un café-vélo, que je trouverai à Fabiano, ville étape de mon itinéraire. Avec les animateurs de ce café, j’aurai peut-être de bonnes adresses de vélocistes. Je leur envoie donc un message sur WhatsApp.
    Après être sortis d’Ancôna, on file le long du rivage et d’une voie ferrée sur une dizaine de kilomètres. Un bruit sournois de rayon qui pète et me voilà encore en questionnement. Allez, je file pour sortir de la grande agglomération. Au pire, je planterai ma tente si les dégâts empirent.
    Le chemin qui suit est très agréable, en piste single, le long d’une rivière, à l’ombre des roseaux et des arbres. Je retrouve également un peu d’humidité qui était plutôt rare en Albanie, en Grèce et même en Croatie. Avec elle, les parfums de figuier, de tilleul et de jasmin nous accompagnent sur le trajet. Comme cette journée est fériée, je croise beaucoup de monde à vélo, à pied ou en footing. Avec ou sans chien.
    L’itinéraire quitte la piste bucolique pour prendre une route nationale, pas trop fréquentée donc agréable à rouler.
    Il est 12h30 et j’ai déjà parcouru plus de 50 km. Je m’arrête à une fontaine dans laquelle Angelo, cycliste, fait le plein d’eau fraîche. Quand je lui montre mon itinéraire, il me dit qu’une partie est peut-être bouchée pour cause de travaux. Mais ça fait longtemps qu’il est passé par là. Il me conseille d’essayer tout de même.
    Je déjeune dans un parc à proximité, et je reprends la route, toujours sur la nationale.
    Effectivement, le secteur dont me parlait, Angelo est interdit à la circulation je fais demi-tour, prêt à faire du stop et passer avec un véhicule par le tunnel.
    Je croise Simone, un autre cycliste vététiste qui habite dans le coin et qui est habitué à passer par cette petite route barrée. Il me propose de l’accompagner. Quelle générosité de sa part. Quelle belle surprise, également de parcourir cette route abandonnée, fréquentée par des promeneurs et des grimpeurs. Nous circulons dans des gorges magnifiques et la végétation a pris le dessus sur une bonne partie de la chaussée. On se régale.
    Finalement, Simone m’accompagne sur une vingtaine de kilomètres au total. Il est très soutenant lorsqu’il y a des côtes, roule toujours à la même vitesse que moi et m’offre même des barres d’énergie lors d’une halte. Finalement, cette journée qui avait mal commencé, se poursuit sous les meilleurs auspices. Encore merci à toi Simone d’avoir partagé ta sortie avec moi. C’était vraiment un bon moment.
    Il me laisse au départ d’une descente qui se termine à Fabriano, mon étape du jour.
    Je me mets à la recherche d’un camping ou d’un lieu pour planter ma tente. Hélas, même si cette jolie ville compte environ 30 000 habitants, il n’y a pas de camping. Je fais le tour des parkings pour camping-car, mais ils sont tous uniquement en bitume. Difficile d’y mettre sa tente.
    Il me semblait bien que le nom « Fabriano » me disait quelque chose. Effectivement, c’est un nom très connu dans le domaine des papetiers. Cette ville a été nourrie par cette industrie depuis le XVIIIe siècle. Il y a même un musée du papier et du filigrane en plein centre-ville.
    Pendant mes recherches de camping, j’ai été séduit par l’architecture et les constructions du centre-ville de Fabriano. Encore une jolie découverte touristique.
    Il est bientôt 18 heures. Je me dirige vers le BC Caffè. J’y trouve un groupe de passionnés du vélo qui arrive de faire un tour. Un autre Simone est de passage en Bikepacking dans le coin. Il vient de faire un voyage à vélo dans les Balkans et rentre chez lui. C’est un joli brouhaha d’échanges autour du vélo, de la convivialité et des voyages. Bien sûr, une petite bière et quelques plats italiens accompagnent l’ensemble. Marco, le patron du café, me propose de planter ma tente dans son jardin. Décidément, que de bonnes surprises encore dans cette journée !
    Une grosse nuée d’orage s’abat sur la ville.
    On attend un peu avant d’aller chez Marco. C’est super, le terrain donne sur la montagne et une salle de bain est aménagée dans son sous-sol.
    J’installe tout mon barda, stationne Charlie dans le garage, je me fais un petit dîner au soleil couchant et m’installe dans la tente, encore tout ému des belles surprises du jour.
    Demain, petit tour chez le kiné en début de matinée pour Charlie. Ensuite, j’ai prévu d’aller visiter le musée du papier et du filigrane comme la météo est incertaine.
    Idéalement, j’aimerais pédaler ensuite jusqu’à Assise, 70 km plus loin…

    Bilan du jour :
    🚴 88 km
    ↗️ 714 m
    ↘️ 426 m
    Les mer

  • Un saut à Foligno

    3. juni, Italia ⋅ ☀️ 23 °C

    Il a plu toute la nuit et les prévisions météo ne sont pas fameuses ce matin. Je prends mon dej dans le garage du beau-père de Marco et je plie ma tente mouillée.
    Priorité de la journée : réparer les rayons de Charlie. Je vais chez Free Ride, le vélociste recommandé par Marco. Très sympas, ils interviennent tout de suite. Ils ont un peu de mal à desserrer la cassette avec le fouet de chaîne et y parviennent avec une clé à chocs. Finalement 3 rayons étaient cassés. On en profite pour nettoyer la transmission et remplacer les plaquettes du frein arrière.
    Charlie repart sur de bonnes bases pour la suite du voyage.
    Il est 10h30. J’ai le temps d’aller au Musée du papier et du filigrane ou on m’autorise à rentrer le vélo dans la cour intérieure. Pourvu que les visiteurs ne le considèrent pas comme une pièce du musée !
    Vanessa, à l’accueil, est très sympa. Elle me présente le musée, m’installe seul dans une grande salle pour visionner une vidéo sur Fabriano et l’histoire du papier. On discute aussi beaucoup de mon voyage qui semble la fasciner. C’est vraiment un catalyseur extraordinaire !
    Le musée est installé dans un ancien couvent. Magnifique architecture en briques avec des pièces voûtées ou ornées de fresques. Un groupe d’enfants est en « classe verte » pour la journée. Il y a de l’animation.
    Les salles retracent l’épopée des inventions et de l’implantation de l’industrie papetière à Fabriano. C’était super intéressant.
    Par contre, les averses se sont succédé toute la matinée et il va falloir que je trouve une solution pour la suite de la journée afin de ne pas être trempé. Il est 13h et je dois passer d’ici ce soir les Apennino, de petites montagnes à 700 m d’altitude entre Fabriano et Assise. Elles sont couvertes de nuages.
    Le train serait une bonne alternative. Je vais à la gare. Un train est annoncé à 13h50 pour Foligno, de l’autre côté des Apennino et 20 kilomètres d’Assise. Je prends aussi sec un billet, je réserve une chambre à Assise et nous voici à bord pour une étape raccourcie mais au sec !
    Les mer