• Camille Creignou
  • Camille Creignou

Vag'abond dans les Caraïbes

Le 16 mai, nous levons les voiles avec Malo pour un voyage de 1 an autour de la mer des Caraïbes au départ de la Guadeloupe. Nous allons vous partager notre voyage mais aussi l'aventure associative de Vag'abond expeditions ! ⛵️ Les mer
  • J166, Cap vers les san Blas

    5.–6. nov. 2025, Panama ⋅ ☀️ 29 °C

    Nous nous réveillons un peu fatigués de la nuit et du mouvement permanent, et nous faisons un point sur la carte. On se prépare (comme on peut) un petit truc à grignoter. Le bateau avance avec tout le génois déroulé, on a rangé la grand-voile qui ne servait pas tant. Le vent est toujours arrière. La journée oscille entre sieste, dessin et observation de la mer. Il y a pas mal de débris qui flottent, il faut garder un œil.

    La deuxième nuit débute, la lune est toujours aussi grosse : c’est beau, il fait presque jour ! Nous n’avons croisé qu’un seul cargo, bien loin de nous — sinon, nous sommes seuls sur cette immensité d’eau. Nous arrivons dans une zone avec du courant, on sent que l’on ralentit, tout comme le vent. On se décide à mettre un peu de moteur pendant deux heures pour ne pas trop perdre de temps. On enchaîne nos quarts ; je me sens un peu fatiguée, en partie à cause de la houle qui nous secoue. Difficile de faire quoi que ce soit à bord !

    Quand je retrouve Malo au petit matin, après être sortie de ma sieste, il est frustré : on n’avance pas 🤯 La zone où nous sommes n’est pas censée être soumise à un fort courant, mais pourtant le bateau peine à dépasser les 3 nœuds... C’est vrai que c’est un peu frustrant. Je propose d’ajouter la grand-voile en ciseaux pour davantage de portance. Malo hésite, mais on tente quand même. On fait la manœuvre, sans grand succès : la houle nous secoue trop et le génois se dévente. On refait la manœuvre face au vent pour affaler la grand-voile, et on reste uniquement avec le génois.

    On observe un gros nuage gris, et ça ne manque pas : tout à coup, un énorme grain s’abat sur nous ! On enroule un peu de génois car les rafales doivent bien atteindre les 30 nœuds. On range le pilote automatique et on barre à la main. Au bout d’une heure, ça se calme. On essaye de sécher comme on peut, puis on réinstalle le pilote automatique (le nouveau, ramené par Isabelle et Stéphane lors de leur venue — merci !!). Ça nous soulage bien.

    Après le grain, plus de vent, on fait le point : on va devoir remettre le moteur et tenter de traverser le courant plus tôt que prévu dans notre plan de navigation initial, le courant semble plus haut que les prévisions. Malo a un peu peur que nous n’ayons pas assez de gasoil, mais ça va aller ! C’est parti, on met cap plus au nord, direction les San Blas. On laisse la grand-voile, en se disant qu’elle pourra peut-être nous aider, mais pour le moment il n’y a pas de vent. On continue au moteur.

    Je me motive à faire cuire des pâtes pour notre repas, c’est sport ! Heureusement que la gazinière est sur vérin pour éviter que l’eau ne se renverse. Une fois repus et un peu reposés, nous allons à l’avant du bateau profiter d’une houle plus calme. Ça fait du bien ! On se dit que nos voisins doivent sûrement être déjà arrivés… Parfois, on rêve d’un bateau plus raide, mais on profite quand même 😅

    Les jolies lumières de fin de journée et une hirondelle qui vole autour du bateau : elle bat de ses minuscules ailes, elle semble perdue, ça arrive en mer. Elle essaye de se percher sur la grand-voile, s’y reprend à plusieurs reprises, finit par se poser sur la bôme, puis sur les bouts de ris. Finalement, elle réussit à se percher au-dessus de nos têtes, dans le filet de fruits et légumes. Elle est trop mignonne ! Elle va passer la nuit avec nous 🐦

    On coupe quelques crudités pour notre dîner. La lune se lève, on aperçoit un autre cargo au loin. Le ronron du moteur nous accompagne toujours : on avance doucement mais sûrement ! On devrait arriver dans la journée de demain — on croise les doigts. Malo ne tarde pas à aller se reposer avant son quart. Je profite des étoiles et des planctons bioluminescents.

    Malo vient prendre le relais. Finalement, on se rend compte qu’on avance bien : le courant n’est pas aussi fort que prévu 💪On est à 6 nœuds, on devrait arriver vers 2 ou 3 heures aux San Blas ! On est contents.

    Pour la fin de navigation, Malo se met à la barre, on allume le feu avant et je pars à la proue du bateau. Les fonds sont très peu profonds ici. On compare plusieurs cartes de navigation pour s’assurer du bon tracé. On distingue de petits îlots dans la pénombre — merci la lune ! J’observe les fonds du mieux possible, et tout à coup, une ombre : un petit requin se faufile devant le bateau 🦈 C’est magique d’arriver ici sous la lune. Nous sommes suivis à distance par un catamaran. On tâtonne pour poser l’ancre près de l’île de Porvenir — de nuit, ce n’est pas si simple… On finit par trouver notre petite place. On a hâte d’être à demain, ça semble magnifique : un petit archipel d’îles à palmiers.

    On range rapidement le bateau, on finira demain. Il est 4h30 quand on ferme les yeux. On s’endort à l’extérieur, sur les banquettes : l’air est bon 🥰

    Le matin, on se réveille la tête un peu embrumée mais le sourire aux lèvres. On regarde autour de nous : c’est magnifique ! L’eau turquoise, les petits îlots… un vrai paradis. Bienvenue chez les Kunas, peuple autochtone de ces îles panaméennes. Aujourd’hui, nous allons faire l’immigration sur la toute petite île de Porvenir, puis rejoindre nos amis du Blue Moana pour fêter l’anniversaire de Joanne, leur fille, sur l’île Chichime, située à deux milles d’où l’on est — une petite navigation de 30 minutes. C’est parti pour la découverte !

    L’archipel des San Blas, aussi appelé Guna Yala, s’étend sur près de 370 îles et îlots le long de la côte caraïbe du Panama, dont seulement une cinquantaine sont habités. Environ 40 000 Kunas y vivent, organisés en communautés autonomes qui ont su préserver leur culture, leur langue et leurs traditions malgré l’influence du monde moderne.
    Les mer

  • J170, Isla Chichime

    7.–11. nov. 2025, Panama ⋅ ⛅ 28 °C

    Il est vendredi. Nous sommes arrivés la veille dans ce magnifique archipel.
    Une fois les démarches d’immigration réalisées — passeport tamponné et frais d’entrée payés au congreso (l’autorité locale) —, nous faisons le tour de la petite (très petite) île de Porvenir. Il y a quelques maisons, des palmiers et une piste d’atterrissage de la longueur de l’île (on n’aimerait pas y atterrir !).

    Nous rentrons au bateau avec l’annexe, dans une eau des plus turquoises, malgré les nombreux déchets plastiques que nous croisons. L’eau reste translucide. En arrière-plan, nous distinguons les reliefs du Panama. Nous levons l’ancre sous une chaleur écrasante pour partir vers l’île de Chichime.

    Cette petite île, comme les San Blas en général, s’est ouverte au tourisme il y a environ cinq ans. Elle n’a pas de village à proprement parler : les habitants qui y vivent viennent par rotation de six mois pour s’occuper des cocotiers. Ici, chaque cocotier appartient à une famille ; interdiction donc de toucher aux noix de coco ! On comprend pourquoi : c’est quasiment le seul arbre que nous avons vu depuis notre arrivée.
    Nous sommes ravis d’aller retrouver nos amis du Blue Moana. Nous avons à peine une heure de navigation, au moteur car le vent ne souffle pas. Nous devons rester très vigilants : les récifs sont innombrables dans l’archipel et les reliefs sous-marins peuvent rapidement surprendre.

    Malgré la courte navigation, Malo se motive à sortir la canne — ce serait sympa de ramener un poisson d’anniversaire à Joanne. À peine la ligne mise à l’eau, on observe un poisson au bout ! On pensait à un déchet, mais non : c’est un joli thazard blanc ! Trop contents.
    On arrive sur l’île de Chichime. L’île paradisiaque, avec toutes ses caractéristiques, se dessine devant nous. Nous apercevons Blue Moana et ses voiles bleues au loin, nous allons mouiller à côté.

    Il est midi. Nous sommes attendus pour déjeuner à terre pour l’anniversaire 🥰 Wanda et Joanne viennent nous voir pour nous demander ce que nous souhaitons manger afin de commander en avance auprès du petit restaurant de l’île : poisson frais pour moi et poulpe pour Malo.

    Nous nous retrouvons à table pour partager le repas : les poissons sont accompagnés de salade et de frites, toujours bien frits ! Ensuite, avec Malo, on file mettre la tête sous l’eau. Autour du bateau, nous apercevons une raie pastenague, une raie léopard et des requins-nourrices (ou dormeurs). Ça fait du bien de retourner dans l’eau pour observer la vie ! 🐬
    Le soir, nous allons à bord de Blue Moana pour dîner ensemble et souffler les bougies sur un superbe gâteau concocté par Joanne et Wanda.

    Le lendemain, nous repartons pour une session snorkeling avec les voisins : eux en annexe, Malo et moi en paddle. Nous nous arrêtons vers le récif où repose une grosse épave de ferry en acier, couchée sur les coraux. Sa structure toute rouillée est impressionnante. Nous découvrons de jolis fonds et plusieurs écosystèmes : herbiers, récifs, divers coraux et poissons.
    Une légère houle se forme vers l’annexe ; nous en profitons pour prendre quelques vagues avec le paddle. Nous rentrons à bord et nous nous laissons rapidement bercer. Le mouillage est calme, c’est super agréable : le bateau bouge à peine. On entend les oiseaux en fin de journée et au petit matin. De nombreuses raies sautent régulièrement autour du bateau : on entend de gros « splatch » et, quand on a l’œil, on arrive même à les voir. Elles sautent ainsi pour se défaire de leurs parasites.

    Dimanche, il est 10 h quand on émerge : ça faisait longtemps qu’on n’avait pas dormi si tard ! Les San Blas nous laissent au repos, on dirait. D’ailleurs, avec Wanda, on n’arrête pas de faire de sacrés rêves depuis notre arrivée ; il y a une sacrée énergie ici.

    On n’a pas de programme en tête aujourd’hui, et finalement, en allant discuter avec les Blue Moana, Wanda nous dit qu’Olivier est parti voir s’il y avait des vagues à surfer vers le reef, un peu plus loin. Malo est tout de suite emballé.
    Finalement, nous partons : Olivier, Joanne, Malo et moi, dans l’annexe, avec le matériel de snorkeling et deux planches de surf. C’est parti ! Nous allons prendre quelques vagues et profiter des magnifiques fonds où l’on observe de nombreux coraux de feu et un tas de coraux palmata (les « bébés de Malo »). On alterne entre ceux qui surfent et ceux qui regardent les poissons. Les vagues ne sont pas évidentes à prendre car le fond est vraiment très peu profond. Malo s’en sort le mieux !

    Contents de notre virée, nous rentrons au mouillage. Après le déjeuner, je suis installé sur le pont quand, tout à coup, en regardant la mer, j’observe un aileron… Je crie à Malo : « Un dauphin ! ». On s’équipe, on saute à l’eau et on essaye d’aller l’observer : il est grand. C’est magique. Pas facile à suivre, mais chouette ! On le dit aux voisins, qui se joignent à nous. On barbote et on tombe sur des requins, raies rondes, pastenagues, aigles… Il y a de quoi voir !
    Demain, on ira faire des photos.

    Le soir, nous invitons les Blue Moana à dîner. À six sur Noam, c’est un peu serré, mais ça va ! On mange un bon repas et on passe une belle soirée, qu’on termine en jouant à des jeux. C’est vraiment chouette de voyager à deux bateaux. En s’endormant, nous écoutons le podcast que Wanda a réalisé lors de leur traversée de la Colombie jusqu’ici. C’est très sympa : il y a de beaux esprits créatifs à bord 🩵

    Nous sommes déjà lundi. Les jours filent et on se dit qu’il va falloir commencer à regarder de plus près les îles que nous souhaitons visiter, pour ne pas passer cinq mois ici… On pourrait facilement se laisser tenter, ahah.

    Avant de quitter Chichime, nous souhaitons voir si nous pouvons commander une batterie moteur, car nous avons l’impression qu’elle commence à faiblir. Olivier doit aussi commander des pièces au Panama ; on va essayer de se faire livrer le tout d’une pierre deux coups ici. Une fois réceptionné, on prendra le temps de visiter le reste de l’archipel.

    Depuis deux jours, il fait très gris : le ciel est bas et les orages grondent. On voulait faire du cyanotype, mais les UV ne sont pas au rendez-vous. Ça donne presque envie de rester sous la couette !
    La bonne nouvelle, c’est que la pluie de la nuit et du début de matinée a bien rempli les cuves, grâce au récupérateur d’eau de pluie que nous avions construit avant le départ. On est ravis ! J’en profite même pour faire une lessive — on a trop d’eau, le luxe !

    Alors que je frotte le linge et que Malo répare le paddle, qui semble se dégonfler, Wanda et Joanne nous font signe : elles partent faire le tour de l’île à la nage. Allez, c’est parti ! J’attrape la GoPro, Malo son appareil, les masques, palmes et tuba, et on saute à l’eau.
    On nage entre herbiers et récifs. De l’autre côté de l’île, le courant est assez fort. Nous arrivons de nouveau dans la zone de mouillage, un peu plus abritée, où l’on croise encore raies et requins. On en profite pour capturer ces beaux moments.

    En fin de journée, on prend l’annexe pour découvrir l’île d’à côté. On en fait le tour en deux minutes à pied : de petits îlots, avec des palmiers, un petit bar et deux ou trois tentes abritant des familles. On prend une petite bière pour conclure la journée, toujours assez grise.
    À demain, dans ces îles coupées du monde. 🌅
    Les mer

  • J177, Chichime y lemon cays

    11.–16. nov. 2025, Panama ⋅ 🌧 28 °C

    Cela fait un peu plus d’une semaine que nous sommes arrivés aux San Blas. On avait souvent entendu dire que c’était le paradis des plaisanciers, et on comprend pourquoi à présent.
    Les îles des Caraïbes telles qu’on nous les raconte : sable blanc et extra fin, cocotiers et eaux turquoises 🏝

    On observe les allers-retours des « lancha », les bateaux à moteur qui transportent les touristes venant du Panama (environ une heure de bateau à moteur), ainsi que les Kuna qui pêchent sur leurs barques traditionnelles en bois.

    Leurs barques, très simples, sont faites d’un seul tronc, auquel ils ajoutent une petite voile de temps en temps. On n’a pas encore réussi à savoir en quel bois elles sont faites. Nos échanges avec les kuna ne sont pas toujours simples, car ils ne parlent pas toujours très bien l’espagnol. Les interactions sont aussi assez rares : on a l’impression qu’ils gardent une certaine distance. Le congreso (autorité locale) semble être assez strict sur la préservation de leur culture ; nous imaginons donc que c’est aussi une forme de protection que d’établir cette distance. Préserver leur culture tout en tirant parti du tourisme : un sacré jeu d’équilibriste.

    Malheureusement, il faut aussi dire que ce paradis cohabite avec les déchets, présents sur l’eau, dans l’eau et sur les îles. Des déchets plastiques en tout genre (crocs, tongs, couches…) colonisent les espaces. Et les poubelles sont un vrai souci ici : il n’y a pas d’infrastructures ni de bennes adaptées. Nous nous sommes débarrassés de notre poubelle pour 2 dollars auprès de Kuna qui viennent récupérer les déchets des plaisanciers directement jusqu’à notre bateau avec leur barque.

    Nous continuons de voyager avec les Blue Moana, c’est un peu la colonie de vacances 🥰 On dîne souvent ensemble, on fait nos activités en groupe… On s’entend très bien et on prend vraiment du bon temps.

    Nous sommes restés jusqu’à vendredi sur l’île de Chichime. Nous avons pu plonger à deux reprises, une première fois le long d’un beau tombant. Les coraux sont relativement préservés ; nous avons vu de nombreux acropora cervicornis et palmata. La seconde plongée, nous l’avons faite directement depuis le bateau pour essayer d’observer les raies et les requins qui se pavanent autour de nous.

    En début de semaine, c’était atelier cyanotype avec les Blue Moana, à bord de Noam. Nous avons, sous une chaleur écrasante, réussi à faire de jolies œuvres grâce au soleil. Nous avons mis quelques jours à trouver le bon créneau, car le soleil est souvent couvert ici et les orages assez nombreux. La pluie est souvent présente, mais ça n’entache pas notre motivation pour les activités.

    Nous sommes également retournés surfer : Malo, Joanne et Olivier sont au paradis ! Mercredi, des pêcheurs sont venus nous voir et nous ont proposé des langoustes. Malo a craqué et nous a préparé un superbe repas le soir, un délice. Le lendemain, Wanda nous hèle en début d’après-midi : « Hey, ça vous dit des langoustes ? ». Allez, c’est reparti : le soir, nous allons donc dîner chez eux pour savourer encore une fois ces beaux crustacés. Malo fait un tuto pour tuer et préparer la langouste aux voisins. On passe une belle soirée 🩵

    Le lendemain, vendredi, Wanda nous a donné une baguette réalisée par ses soins : un régal ! Du bon pain au petit déjeuner, ça faisait longtemps ! C’est aussi vendredi que nous avons levé l’ancre de l’île de Chichime pour nous diriger vers les Lemon Cays. Les Blue Moana nous rejoignent demain, on ne se quitte plus ! Nous faisons un détour par Porvenir car nous nous sommes rendu compte que nous avions payé trop cher notre taxe d’entrée : ils nous avaient facturés comme si nous faisions 40 pieds ! Arrivés au congreso, nous leur expliquons ; ils nous redonnent nos 30 dollars sans problème. Il n’y a pas de petites économies. Puis nous partons vers les Lemon Cays : il n’y a que 3 milles nautiques, ce ne sont que de petites distances. Mais nous restons très prudents car il faut souvent slalomer et être vraiment vigilants sur les passes pour entrer dans les zones de mouillage.

    Souvent, les récifs sont très peu profonds. Nous arrivons dans un joli mouillage tout calme, deux bateaux autour de nous. Nous avons un peu de mal à mettre l’ancre car nous devons trouver la zone qui nous permet de tourner à 360° sans risquer de nous écraser sur les récifs ; les vents sont assez fluctuants ici et les fonds pas toujours très homogènes. Nous finissons par trouver notre petit spot. Un mouillage toujours aussi calme : le bateau bouge à peine.

    Le lendemain, nous gonflons le kayak et décidons de partir explorer les différentes îles qui nous entourent.

    Quand nous partons, les Blue Moana arrivent : nous allons les accueillir en kayak. À tout à l’heure les copains, nous partons en exploration. Nous faisons plus de deux milles en kayak, allant d’îles en îles : ce sont vraiment de petits îlots. Sur l’un, il y a un restaurant ; sur un autre, des ruines de toilettes ; sur un autre encore, des déchets plastiques à ne plus savoir qu’en faire… Nous arrivons sur une île avec quelques habitations ; en arrivant, nous voyons des hommes qui s’apprêtent à partir pêcher. L’île est toute petite, nous n’osons pas débarquer sans demander. Nous demandons donc si nous pouvons faire le tour : oui, pas de problème. Nous tirons notre kayak un peu plus haut sur la plage et nous nous rendons compte que nous sommes observés !
    Huit petits enfants rigolent et nous suivent du regard. Il y a trois cases sur l’île : c’est une famille. Il n’y a pas grand-chose : des palmiers, un arbre à pain, deux mini bananiers qui survivent, un papayer, une oie en cage. Ce sont vraiment des vies isolées, avec les moyens du bord. Nous sommes accueillis avec le sourire ; un monsieur vient discuter mais ce n’est pas toujours évident de se comprendre, car on sent qu’il maîtrise peu l’espagnol : ils échangent surtout dans leur langue kuna.

    Nous repartons ensuite avec notre kayak pour revenir vers le bateau.
    Nous allons voir nos amis et décidons d’aller boire un verre dans le seul bar autour de nous. C’est aussi un hôtel avec quelques cabanes construites sur l’eau. Nous dégustons de bonnes piña colada dans des ananas et des « coco coco » dans de vraies noix de coco, c’est très sympa. Toujours sans réseau ici il y a peu de réseau wifi uniquement quelques bateaux et de rares restairants équipés de la fameuse antenne starlink.

    Nous poursuivons la soirée sur Blue Moana. Nous rentrons avec Malo sous une grosse pluie ; Wanda nous prête un petit parapluie. Nous sommes tout près mais nous arrivons trempés au bateau : un bel orage tropical ! Nous pensons rester encore quelques jours ici avant de partir découvrir les Holandese Cays.
    Les mer

  • J180, Lemon Cays y Hollandese cays

    16.–19. nov. 2025, Panama ⋅ ☁️ 27 °C

    Nous nous réveillons au mouillage, toujours sous un ciel gris. Nous sommes trois voiliers : Blue Moana, nous, et Jampi. Ce dernier est un petit catamaran orange habité par un couple, Becky et Jim, des Anglais ayant vécu à Madère. Leur cata nous a interpellés : il est rempli d’objets farfelus… et d’une jolie poule rousse ! Nous sommes donc allés discuter avec eux. Très sympas, ils ont rénové leur catamaran pendant quatre ans et voyagent désormais. Leurs prochaines étapes sont le Nicaragua et le Belize, où Becky a hérité d’une île familiale ! 🏝

    Aujourd’hui, dimanche, nous avons prévu une session pêche avec les Moana. Nous nous équipons : harpons, foëne (un trident pour chasser les poissons-lions), ceinture de plomb… et c’est parti. Nous passons prévenir les voisins que nous sommes prêts, puis nous filons. Avec nos deux annexes, nous allons sur un joli spot. Ils sont novices dans ce domaine, donc on leur enseigne quelques bases, surtout pour la chasse au poisson-lion. Joanne est très motivée ; comme souvent, elle dégage une superbe énergie de sportive et d’aventurière. On lui explique le principe de la foëne et, très vite, elle parvient à tirer deux poissons-lions. Avec Malo, nous en tirons également ; nous terminerons cette chasse avec cinq beaux poissons-lions.

    Personnellement, je ne chasse que cette espèce, car elle est invasive dans les Caraïbes, échappée d’aquariums de Floride. Donc, en plus de nous nourrir, nous contribuons à la conservation des écosystèmes : plutôt pas mal. Les fonds sont magnifiques, l’eau est claire, les récifs affleurent, on croise des petites méduses, des langoustes, des poissons en tout genre… Les langoustes que nous repérons sont trop petites pour être prélevées. Il n’y a pas de saison de pêche ici et, avec le développement touristique, on a l’impression que poissons et crustacés n’ont pas toujours le temps de se régénérer. 🐟

    Après trois heures dans l’eau, nous remontons sur les annexes, fatigués mais contents de notre belle pêche. Nous pensions plonger cet après-midi, mais finalement nous décidons de rester tranquilles : la sortie nous a bien tiré les bras ! Après un repos bien mérité, nous nous retrouvons tous à bord de Noam pour partager un bon dîner de poisson : légumes au four, poisson grillé au barbecue et riz à la tomate. On se régale ! La soirée se termine par un jeu : « une phrase, un dessin ».

    Ce matin, nous partons en exploration en dinghy (= annexe). Certains îlots autour de nous sont couverts de mangrove : nous avons bien envie d’y jeter un coup d’œil. Avec nos deux annexes, nous sillonnons les différents îlots. Nous nous arrêtons dans un petit amas d’îlots où plusieurs catamarans mouillent ; pour y accéder, il y a une passe à 2 m de profondeur. Avec les monocoques, c’est un peu juste. Nous, avec Noam, avons 1,75 m de tirant d’eau, mais nous préférons ne pas prendre de risque.

    On se balade donc en annexe entre les gros catamarans, dont beaucoup sont des bateaux de charter pour touristes. Puis nous allons au cœur des mangroves qui plongent dans l’eau ; elles sont superbes. Nous observons un petit rapace et des hérons gris. Nous nous arrêtons sur une dernière île, où se trouve un petit village Kuna et quelques cabanes d’hôtel. Un mur sépare les deux parties : étrange de voir une si petite île coupée en deux. On se demande qui a décidé cette séparation.

    Un couple de Slovaques, qui passe quelques jours dans les cabanes, nous explique qu’ils se sont rencontrés ici il y a dix ans. Ils reviennent pour leur anniversaire. Selon eux, il n’y avait vraiment rien à l’époque : quelques cabanes Kuna, mais aucune infrastructure pour les touristes. Cela se développe maintenant. Ça reste relativement sommaire, mais autrefois c’était encore plus sauvage. L’arrivée de Starlink sur certaines îles a aussi poussé les plaisanciers et touristes à venir davantage.

    Après notre session de découverte en annexe, nous nous préparons à lever l’ancre : aujourd’hui, nous prévoyons de partir vers les Hollandeses Cays. Le bateau est presque prêt quand une barque remplie de fruits et légumes nous accoste. Ici, le marché vient directement au bateau : les marchands arrivent avec leur embarcation pleine de provisions et nous faisons nos achats. Pratique !

    Ça y est, le bateau est prêt. Malo lance le moteur… et rien ne se passe. On se regarde, inquiets. Ça commence à devenir pesant, cette histoire : nous ne savons plus quoi faire. Nous avons fait la vidange, changé les silent-blocs, révisé les tubulures et les injecteurs… Olivier vient à bord pour nous aider ; il a un manuel des pannes moteur. On y va pas à pas. On vérifie la cuve : y a-t-il des saletés qui boucheraient l’arrivée d’essence ? Malo avait vérifié avant de partir, mais sait-on jamais. On démonte, on remonte les tubes d’arrivée, on ouvre la cuve, on regarde le préfiltre. Il y a quelques saletés, mais rien de dramatique.

    On se demande alors si ce n’est pas un souci au niveau des connexions électriques du démarreur : une cosse dessertie ou mal connectée ? L’une paraît un peu vieille, mais rien d’alarmant. Bref, aucune cause évidente. On remonte tout, on relance… et le moteur démarre.

    Difficile de comprendre. Quand le moteur est chaud, il part sans souci, mais après quelques heures, il se désamorce et devient capricieux, même en pompant la poire à essence manuellement.

    Nous avons le contact d’un diéséliste au Panama ; nous allons le joindre. Devra-t-on aller sur le continent pour travailler le moteur ? Ça nous met un coup au moral, mais on garde l’énergie. Nous partirons demain matin pour les Hollandeses Cays ; il est un peu tard pour lever l’ancre aujourd’hui. Nous devons arriver là-bas avant mercredi, pour l’Assemblée générale de Vagabond, et nous aurons besoin de wifi. On nous a dit qu’il y avait un petit restaurant sympa, avec connexion.

    En fin de journée, nous allons sur l’île d’à côté pour nous aérer l’esprit. Au loin, Becky et Jim, nos voisins du cata, nous appellent : « Malo, Malo !! ». Ils nous rejoignent sur l’île. Jim nous explique qu’à force de voyager et de voir tous ces déchets, il veut agir. Il connaît quelqu’un qui travaille pour l’Europe et qui, selon lui, pourrait financer des posters de sensibilisation. Quand Olivier lui a dit que Malo était biologiste marin, il s’est dit que cela pourrait légitimer le projet. On voit bien le personnage, un peu fou mais très enthousiaste 😅 On échange nos contacts ; on verra ce qu’il sera possible de faire — ou pas. On comprend très bien sa frustration et son envie d’agir ; peut-être pourrons-nous intervenir dans des écoles. Mais comme nous sommes en mouvement permanent, il est difficile de monter des projets solides.

    De retour à bord, nous allons rapidement nous coucher : demain, jour de navigation. On croise les doigts. Le lendemain, le moteur démarre, avec quelques toussotements, mais il démarre. Nous partons avant Blue Moana et mettons le cap directement sur l’île la plus éloignée des Hollandeses Cays pour accéder au wifi. Nous avons environ trois heures de navigation. Malo veut pêcher : il sort deux cannes à l’arrière du bateau. Malheureusement, il n’y a pas de vent, donc nous avançons au moteur.

    Nous arrivons vers l’île de Banedup (les noms ici ne sont pas simples à retenir !). Le mouillage est assez rempli, mais nous trouvons une petite place. Nous allons rapidement à terre vers le restaurant-wifi. Nous trouvons de la connexion et savourons un bon poisson avec des légumes au lait de coco : un régal. L’endroit est très sympa : des bancs et tables en bois posés directement sur l’eau, parfait pour notre AG de demain. Je prépare rapidement le diaporama de présentation pour la réunion, on se met à jour sur nos connexions, puis nous repartons.

    En arrivant, Blue Moana nous appelle en criant qu’ils ont pêché trois poissons ! Malo peste : nous, aucun… ce sera pour la prochaine fois. Ils se sont mis un peu plus loin au mouillage. En fin de journée, nous les retrouvons pour une session snorkeling. Nous attrapons deux poissons-lions et deux petites langoustes pour le dîner. Décidément, on se régale. Je rentre au bateau à la nage : ça fait du bien.

    Le soir, dîner poisson. Le vent se lève ; on vérifie la profondeur et que notre ancre tienne bien : tout semble OK. Demain, jour de réunion et appel avec le mécanicien du Panama pour avancer sur le moteur…
    Les mer

  • J183, Cabotage dans les San Blas

    19.–23. nov. 2025, Panama ⋅ 🌧 27 °C

    Ça y est, c’est le jour de l’assemblée générale de Vag’Abond ! Nous prenons l’annexe et nous nous dirigeons vers « Chez Ibins », le restaurant avec la wifi. Nous sommes bien accueillis : sans même devoir commander, nous pouvons profiter de la connexion pour faire notre réunion. Il n’y a pas beaucoup de participants mais nos principaux soutiens sont là : les parents et les membres fondateurs. On fait un beau bilan : les filles en Guadeloupe entament la nouvelle session d’ateliers pédagogiques dans les écoles. C’est top, elles sont bien motivées 🫶

    Une fois notre réunion terminée, les Blue Moana arrivent au resto pour la fameuse connexion. On déjeune ensemble puis nous partons nous balader avec Malo autour de l’île. Toujours très simple : sable, cocotiers et ici quelques plantations de bananes plantains et de papayes. Malheureusement, toujours pas mal de résidus de plastique qui arrivent ici se coincer dans le cul-de-sac de l’Atlantique. Nous profitons de la wifi pour passer quelques coups de fil auprès de mécanos, afin d’avoir des conseils sur le moteur : notre ancien mécano de Guadeloupe, un mécanicien du Panama et Morgan, un copain de la famille. De fil en aiguille, nous pensons qu’il pourrait s’agir d’un problème avec notre pompe de gavage de gasoil et des bougies d’allumage un peu fatiguées. On va continuer les tests et on envisage de nous rendre sur le continent panaméen le 1er décembre pour commander et changer des pièces.

    De retour à bord, la journée est bien entamée. Je pars nager un peu dans les petits récifs alentours. Le ciel est bien gris aujourd’hui encore.

    Le lendemain, nous allons récupérer nos pains de coco commandés la veille ; on va aussi en donner aux voisins ! Des petits pains fabriqués par Ibins, le gérant du restaurant : un régal pour le petit déjeuner. Pour l’anniversaire de Joanne, nous lui avons offert un bon pour une session de plongée ; Malo part donc pour une petite heure de plongée sur un spot derrière une île. Pendant ce temps, je pars en apnée. Je me dirige vers l’épave d’un catamaran qui a malheureusement brûlé il y a 10 jours. C’est impressionnant : l’intégralité de la coque en fibre a flambé, on ne distingue plus que quelques éléments… Je continue mes apnées et je vois un superbe requin-nourrice tapi au fond. Puis une belle tortue verte et ses trois rémoras. Elle part vite, elle semble avoir peur : nous avons vu peu de tortues depuis notre arrivée. Elles semblent craintives, peut-être à cause de la chasse ? La lumière est belle, les herbiers se reflètent à la surface de l’eau. Je me balade sur une des petites îles auxquelles j’arrive à la nage. Je repars vers Blue Moana, en même temps que Malo et Joanne qui arrivent de leur plongée. Joanne est ravie : une belle plongée !

    Le soir, nous allons dîner à bord de Blue Moana. Ils ont invité Lionel et Yamilé, un couple de navigateurs rencontrés à la marina de Santa Marta. Ils ont 70 ans et cela fait plus de 20 ans qu’ils sont sur l’eau. Partis de Guyane, ils baroudent : ce sont de vrais pirates. Ils nous racontent leurs aventures, leurs tours du monde, comment ils ont réussi à vivre : beaucoup de bidouilles, de bricolages en tout genre. Transport d’animaux clandestins, passage d’armes, etc. : tout était bon pour continuer à naviguer ! On se régale à entendre toutes ces histoires. Bien sûr, ils ont aussi plein de bons conseils, car ils connaissent bien toute la zone. Lionel nous raconte comment, à l’époque, ils naviguaient ici aux San Blas sans sondeur ni GPS. La solidarité entre marins, le partage des cartes papier, la découverte de lieux vierges… Maintenant, la technologie rend la navigation bien plus accessible. Il en parle avec nostalgie.

    Le lendemain, nous changeons de mouillage. Comme d’habitude, nous nous coordonnons avec les Blue Moana à la VHF pour partir ensemble. C’est parti, nous allons à Hot Tub, un mouillage juste à côté. Nous arrivons dans une jolie baie en passant par une passe avec des remontées à 3 m : il faut être vigilants, les yeux rivés sur les cartes marines.
    Nous mettons l’ancre dans des eaux turquoise. Rapidement, Malo sort le drone pour faire quelques prises de vue des bateaux vus de haut : c’est magnifique, les récifs et les îles donnent des couleurs splendides. La journée continue avec une belle session de snorkeling et une visite des mangroves environnantes en annexe.

    Le lendemain, nous poursuivons nos découvertes : on lève l’ancre et on part au prochain mouillage, sur l’île de Whirlpool. En à peine une heure, nous y sommes. Les deux seuls bateaux sur le mouillage : c’est chouette ! Nous allons nous balader en kayak avec Malo sur l’île et faisons le tour de la mangrove. Sur l’île, il y a quatre jeunes hommes et un vieux monsieur qui reviennent de la pêche sous des cabanes aux toits de palmes. À la fin de notre balade, le monsieur nous demande quelques dollars pour la visite : on paie. Nous avions entendu que dans certaines îles il y avait cette taxe. On peut comprendre, car finalement nous venons chez eux. On comprend que ces hommes viennent ici quelques jours pour la pêche puis repartent sur le continent ou dans les îles plus peuplées.

    Après notre balade, nous nous équipons pour une plongée de nuit. Ça fait longtemps ! Il fait presque frais avec un petit vent soutenu et un ciel gris qui nous accompagne depuis quelques jours. Les alizés commencent à s’installer progressivement. On s’immerge sous une calle que l’on avait repérée sous le bateau, et nous ne sommes pas déçus : c’est magnifique ! On voit de beaux petits tétrodons nains, trois poules qui nous subjuguent, des crabes, des langoustes… On se régale.

    Le lendemain, nous profitons d’une dernière session de chasse et de snorkeling avant de repartir pour un nouveau mouillage. À peine quinze minutes après la mise à l’eau, Malo remonte de son apnée : « J’ai tapé un gros truc, il est dans le trou ! ». On descend à plusieurs reprises pour enfin réussir à déloger le poisson de son trou ! C’est un magnifique pagre dent-de-chien, il est beau, il doit bien faire 3 kg. On nage jusqu’au Blue Moana : « Ce soir, on mange du poisson !! ». Le menu est vite décidé : on se retrouvera ce soir pour déguster ce beau poisson tous ensemble. C’est parfait pour un bon dîner de dimanche soir ! 😋

    On traîne un peu à bord de Blue Moana où Joanne et Malo nous font de superbes acrobaties depuis les barres de flèche.
    De retour à bord de Noam, nous préparons le départ puis nous levons l’ancre pour le prochain mouillage. Cap sur Miriadiadup !
    Les mer

  • J184 - A la rencontre des Kuna

    23.–24. nov. 2025, Panama ⋅ ☁️ 28 °C

    Ce dimanche, nous avons changé de mouillage : nous sommes à présent à Miriatiadub. Le vent s’est un peu levé et ça bouge un peu plus, mais cela reste superbe. Nous avons pu sortir le génois pour cette navigation : ça fait plaisir, car jusqu’à présent le vent n’était pas suffisant pour sortir les voiles.

    Notre moteur reste capricieux, mais nous arrivons à nous débrouiller pour le démarrer : nous dévissons la vis de purge au-dessus du filtre à gasoil, on purge l’air, on referme et on démarre. Cela nous permet d’attendre pour régler le problème temporairement, le temps de nous rendre sur le continent.

    Nous nous rendons sur l’île de Miriatiadub avec notre kayak gonflable. On l’utilise pas mal depuis que nous sommes aux San Blas : c’est pratique et moins bruyant que l’annexe ! Nous faisons rapidement le tour de la petite île et arrivons près des traditionnelles petites cases qui parsèment de temps en temps les îlots.

    Nous avons lu sur NoForeignland (l’application phare des plaisanciers qui regroupe toutes les bonnes astuces) qu’une famille y vendait des molas, ces tissus traditionnels, colorés et cousus à la main, souvent utilisés par les femmes Kuna pour orner leurs vêtements.

    En nous approchant, une femme et un homme nous accueillent. L’homme vient à notre rencontre et se présente : « Me llamo Prado o Prada ! ». En effet, ici, nous avons rencontré plusieurs hommes efféminés dans leur attitude et leur démarche. Prado/a a des traits fins et, malgré des vêtements mixtes, il est féminin dans sa manière d’être. À « Kuna Yala » (qui signifie « San Blas » en kuna), ces hommes/femmes ont un statut reconnu et sont respectés dans leur personnalité : c’est chouette à voir. Certaines cultures devraient en prendre de la graine !

    Prado/a nous présente son travail avec son amie Christina. Cette dame doit bien avoir près de 70 ans : elle porte les traditionnels bracelets de perles orangées qui lui couvrent l’intégralité des mollets, un anneau doré dans le nez et les cheveux courts. Prado/a nous explique que les femmes mariées doivent se couper les cheveux et s’orner de bijoux : cela indique leur passage au statut de femmes.

    Il y a de la diversité dans leurs créations : des casquettes ornées de molas, des tabliers, des t-shirts, des molas seuls… Rapidement, notre équipe de Blue Moana arrive. Nous passons un bon moment ; on achète quelques molas (on commence à en avoir pas mal : nous ne dépensons pas beaucoup ici, mais toujours pour les molas !!).

    Nous sommes ravis de pouvoir échanger simplement avec des Kuna : jusqu’à présent, nous n’avions pas eu beaucoup d’échanges de ce type. En les quittant, nous achetons cinq cocos fraîches pour ce soir.

    En repartant de l’île, nous tombons sur cinq pêcheurs qui rentrent de leur pêche, les harpons sur l’épaule. Depuis leur longue barge en bois équipée d’un moteur, ils nous expliquent qu’ils n’ont rien pêché : la mer est mauvaise aujourd’hui. Ils sont ici pour dix jours ; ils viennent pêcher puis repartent sur leur île, plus proche du continent. Ils parlent bien espagnol car ils ont vécu au Panama.
    On se retrouve ensuite avec nos amis pour dîner à bord de Blue Moana et déguster le pagre pêché par Malo. Comme d’habitude, l’ambiance est très sympa : chacun ramène de quoi bien manger — salade, légumes au four, poisson et tarte au citron concoctée par Yasmine 😋

    Le lendemain, les discussions avec Prado/a la veille m’ont bien fait réfléchir et, en en parlant avec Malo, nous nous disons que ce serait sympa d’interviewer des gens tout au long de notre voyage sur leur vie et leur rapport à la mer. Nous souhaitons faire une exposition photo en rentrant en Guadeloupe, avec mes photos et celles de Malo, dans le cadre de l’association, et nous aimerions apporter des témoignages de personnes rencontrées lors de nos vag’abondages.
    Je me décide donc à aller interviewer Prado/a. Je rejoins Malo, déjà sur l’île, et nous nous rendons dans les petites habitations. J’explique notre projet à Prado/a et il accepte d’être interrogé.

    Entre-temps, Wanda et Joanne arrivent : elles viennent donner des lunettes-loupe que Wanda n’utilise plus à Christina, qui lui avait demandé la veille si elle en avait. C’est pour mieux coudre les molas : en effet, c’est un travail de fourmi, toutes ces petites coutures à la main.

    Progressivement, nous nous installons tous les quatre avec Christina et Prado/a, et nous échangeons. C’est agréable : ce ne sont plus des échanges commerciaux, mais de véritables échanges humains. Christina nous montre comment coudre ; Wanda se prête à l’exercice !

    J’interroge Prado/a, mais il me dit qu’il ne parle pas espagnol : peut-il répondre en kuna ? Bien sûr. Nous ne savons pas encore comment nous exploiterons les audios, mais nous distinguons des mots et comprenons le message qu’il nous fait passer. Je le prends en portrait : il semble fier.

    Il vit ici à l’année sur sa petite île, sans rien. Sa famille lui apporte de temps en temps quelques provisions ; sinon, il y a des cocos, des papayes et des guineos (les bananes plantains) sur l’île. Bien sûr du poisson aussi. Mais tout reste très sommaire : le matin, lui et Christina sont venus nous voir à bord pour déposer leur téléphone, qui avait besoin d’être rechargé. En effet, le petit panneau solaire de Prado/a ne recharge pas bien avec le ciel gris de ces derniers jours. Mais ils ne se plaignent pas.

    On leur demande le rôle du Congreso (l’autorité locale) : nous comprenons qu’ils n’en attendent rien — « des corrompus », nous disent-ils.
    Nous repartons en se serrant dans les bras ; avec Malo, nous leur offrons deux cyanotypes et un peu de café, qu’ils n’avaient plus. « Nouè ti ! » (= merci, en kuna).

    Avant de changer de mouillage, nous partons avec Malo explorer en annexe les îles environnantes. Nous découvrons une superbe mangrove, un peu préservée de la pollution plastique de la zone. Les racines-échasses des palétuviers, les pélicans qui plongent la tête la première pour tenter d’attraper un poisson composent un décor magnifique.

    De retour à bord, nous préparons Noam, lançons un appel VHF au Blue Moana et mettons les voiles vers les îles de Waisaladup et Arcuakargana. C’est parti : on déroule le génois et nous parcourons les quelques milles qui nous séparent de l’île ⛵️
    Les mer

  • J186 - Enrique y Lesbia

    25.–27. nov. 2025, Panama ⋅ ☁️ 28 °C

    Nous arrivons dans le nouveau mouillage, deux îles entourent la zone. Nous apercevons la coque noire du bateau de Nick, un Hawaïen que nous avons rencontré à plusieurs reprises lors de notre voyage. Nous recommençons à croiser de plus en plus de personnes rencontrées sur l’eau, c’est agréable. On lui fait un grand salut de la main, chaleureusement renvoyé !

    La journée touche à sa fin ; nous allons directement à bord de Blue Moana pour faire… de la pâte à crêpes ! Eh oui, aujourd’hui c’est notre dernière soirée ensemble car demain ils repartent récupérer un ami suisse qui arrive pour deux semaines. Nous ne savons pas si nous les recroiserons rapidement, alors pour célébrer ça, quoi de mieux qu’une soirée crêpes ? Ils ont de la farine de sarrasin (denrée rare par ici !), je vais donc donner un petit cours de pâte à crêpes bretonnes à Wanda. Crêpes de froment et de sarrasin : il y en aura pour tous les goûts 😋

    Yasmine et Joanne nous demandent ensuite de choisir un modèle de bracelet ; elles en tressent à bord, très bien équipées en fils cirés. On se régale de toutes ces bonnes choses pour le dîner. Même si l’on sait qu’on les reverra sûrement bientôt, ça fait bizarre de se dire que c’est le dernier repas ensemble pour un moment. On commençait à s’habituer !

    Le lendemain, nous enfilons nos masques pour une session snorkeling. Nous arrivons sur un superbe tombant où de nombreux coraux, gorgones et poissons bougent au rythme des courants, souvent assez forts dans la zone à cause des remontées et des passes étroites entre les îles. Notre nage nous amène jusqu’à l’île d’Akuadargana. Des cocotiers, une petite maison au toit de palmes, un filet de beach-volley (il y en a presque un sur chaque île) et des petits chiens qui jappent en nous voyant. Un monsieur sort de la case ; nous allons le saluer. Il se présente : Enrique. Il parle bien espagnol et est très aimable. Sa femme Lesbia ne tarde pas à se joindre à nous. Elle a un grand sourire. Ils doivent avoir plus de 70 ans et nous expliquent qu’ici, c’est leur île. Ils y vivent simplement et semblent avoir eu une vie bien remplie : ils ont eu 10 enfants ! Au cours de la discussion, nous sommes rejoints par la famille Blue Moana qui était également en sortie snorkeling.

    Lesbia nous explique qu’elle vient du Rio Azúcar, plus proche de la côte. Ils ont eu accès à l’éducation plus tôt que dans les petites îles éloignées où, d’ailleurs, certains chefs de village n’en voulaient pas. Cela leur a permis d’apprendre correctement l’espagnol. Enrique nous dit qu’il peut nous transmettre le numéro d’une barque qui livre des fruits et légumes, car nous commençons à être à court. Nous sommes en maillot : nous reviendrons le voir à sec pour récupérer le numéro.

    Nous les remercions et continuons le tour de l’île avec nos amis. L’île est jolie, toujours remplie de sable et de cocotiers, et entourée de récifs. Enrique nous a expliqué que « Akuadargana » signifie « roche profonde » car il y a beaucoup de récifs. Nous avons aussi appris que « dub » signifie « île », ce qui rend plus compréhensibles les nombreux noms contenant ces lettres : Miriadub, Miriatiadub… Nous commençons à avoir un petit lexique pour exprimer quelques bases en kuna, mais ce n’est pas évident, c’est très différent de l’espagnol.
    De retour à bord, les Blue Moana préparent leur bateau pour repartir de Chichime. Nous pensons rester encore un peu pour une plongée et nous verrons ensuite si nous repartons le soir. Avant d’aller leur dire un dernier au revoir, nous passons saluer Nick, qui avait pris quelques photos de notre dernière session de surf et qui voulait nous les partager. Nous sommes accueillis à bord de son magnifique bateau, un Morgan (constructeur américain), un bateau avec des varangues en acier très solides. Il a sa chienne Lola à bord, qui nous accueille très bien. Lui aussi a des problèmes de moteur en ce moment et, en plus, il est malade : il a la goutte, ce qui l’handicape beaucoup. On compatit : pas toujours simple la vie de navigateur ! On lui souhaite bon courage et on lui dit de ne pas hésiter s’il a besoin d’aide.

    Puis nous partons dire au revoir à nos amis suisses. De belles accolades, et nous les remercions d’avoir croisé notre route. Nous espérons les revoir très vite.
    Alors qu’ils lèvent l’ancre, Malo aperçoit un autre bateau qui arrive. Nous suivons une page Instagram (Le Vent en Poupe) depuis quelque temps, celle d’un couple de jeunes Marseillais partis un peu avant nous et ayant fait un parcours similaire. Nous ne les avons jamais rencontrés, mais Malo leur avait déjà demandé quelques conseils en ligne. Le bateau leur ressemble : c’est sûrement eux. Nous allons donc les saluer à leur bord : Noémie et Jules.

    Nous sommes reçus avec un grand sourire : “Si ça vous dit, on se retrouve dans une heure pour faire le tour de l’autre île à pied ?” Parfait. On se décide donc à passer une nuit de plus ici.
    Nous nous retrouvons sur la petite île du mouillage où nous entamons notre balade. C’est rigolo : ils ont exactement nos âges. Noémie a 29 ans et Jules 27, et je retrouve pas mal de points communs dans nos façons d’être. Ils sont partis de Marseille en novembre 2024. Ils avaient pour but de faire le tour complet du globe mais, pour plusieurs raisons (temps, finances, technique…), ils font comme nous : le tour de la mer des Caraïbes et une transat aller-retour.
    On discute en marchant, quand une petite fille de 5 ans vient nous accoster. Elle nous demande si elle peut marcher avec nous. Elle est adorable, une vraie petite clown. Sa mère nous demande si cela ne nous dérange pas. Ils habitent une petite maison qui semble aussi faire restaurant. Nous acceptons bien sûr. La petite nous montre le chemin de l’île comme une cheffe. Elle nous montre des plantes et nous fait bien rire. Elle me prend par la main pour m’indiquer ce qui l’intéresse, c’est adorable.

    Sur le chemin, on observe de nombreux palmiers sans tête. Jules nous dit qu’il a lu que beaucoup de palmiers de cette île avaient été foudroyés. En levant les yeux, on en voit en effet un grand nombre. Dans les San Blas, les orages sont fréquents et parfois violents. On en entend souvent, et certains tombent très près : c’est impressionnant.

    Quand nous terminons le tour, nous nous arrêtons dans le petit “bar” pour boire une eau de coco pour Noémie et moi, et une bière pour Jules et Malo. Les cocos sont coupés devant nous ; une paille dans le trou, et c’est parti. On discute en admirant un superbe coucher de soleil, le plus beau depuis longtemps ☀️

    Le lendemain, nous nous retrouvons tous les quatre à bord de leur bateau Zoan pour aller faire une plongée. Ils ont un bloc à bord mais ne l’ont jamais utilisé car ils n’ont pas de compresseur pour le regonfler et doivent pouvoir le garder en cas d’urgence (ancre bloquée, coque abîmée…). Ils ne savent pas vraiment plonger : nous leur avons donc proposé la veille de leur montrer et de faire une plongée ensemble.

    Nous montons à bord de leur beau voilier, un Oceanis de 42 pieds. C’est un prêt familial : il appartient à l’oncle de Jules. Ça leur permet d’avoir un très beau bateau qu’ils n’auraient pas pu s’offrir avec leur budget. Malo vérifie leur matériel : il est grippé. Il le répare avec Jules, une bonne chose de faite. Finalement, pour une question de pratique, nous faisons seulement du snorkeling, car nous pensons changer de mouillage assez tôt pour aller à Coco Bandera où la plongée semble plus sympa.

    On prend nos masques et tubas et partons explorer les fonds. Puis nous retournons faire un petit tour sur l’île d’Akuadargana où nous sommes encore une fois chaleureusement accueillis par Enrique et Lesbia. Lesbia est en train de fumer du poisson à la fibre de coco : des coques séchées brûlent dans une casserole au sol, une grille au-dessus sur laquelle reposent les poissons. Ils nous expliquent que cela leur permet de conserver le poisson jusqu’à un an ! Il faut simplement les refumer chaque jour.
    Enrique nous donne, comme promis, le numéro pour commander des fruits et légumes. Au fil de la discussion, Lesbia nous demande si nous avons déjà goûté du bon riz coco. Elle nous invite à venir en manger. C’est parti ! Nous retournons d’abord préparer les bateaux pour être prêts après le repas. Puis Jules et Noémie viennent nous chercher avec leur annexe et nous allons sur l’île.

    En arrivant, Lesbia, Enrique et un ami nous attendent. Ça s’affaire encore un peu en cuisine. Nous demandons si nous pouvons entrer pour voir leur maison. Une seule pièce en bois ; sur le toit, une voile donnée par un plaisancier, recouverte de palmes de coco. Lesbia nous dit que les palmes de coco ne résistent pas très bien à la pluie, mais les palmes plus résistantes sont plus chères et ils n’en ont pas sur l’île. Un petit réchaud pour cuisiner, deux hamacs pour dormir, un vieux réfrigérateur non branché mais qui garde un peu le froid lorsque des glacières sont livrées. Pour se doucher et laver les vêtements, ils ont un puits d’eau douce. Pour boire, ils sont approvisionnés par des lanchas qui amènent de l’eau depuis la ville.

    Le repas arrive : un bon riz fait avec de la coco fraîche et du poisson fumé ! Ils s’installent avec nous tous les trois ; on discute longuement. Je demande si je peux les interviewer : ils acceptent. J’accroche le micro sur le t-shirt d’Enrique et c’est parti. Il nous explique qu’il a travaillé longtemps dans la marine marchande : Montréal, Corée du Nord, Corée du Sud… La mer fait partie de sa vie. Ils ont vécu quelque temps sur le continent mais ils sont mieux ici, tranquilles, sur leur île.

    On aborde aussi la pollution plastique, ce fléau qui arrive de partout, tous les jours. Ils n’ont aucun soutien pour s’en débarrasser. Ils nous parlent du Congreso qui, comme Prado nous l’avait dit, est corrompu et bloque le développement de projets...

    Lesbia, toujours souriante, nous demande : « Si c’était vous les propriétaires de l’île, que feriez-vous ? »
    La question est intéressante. Malo explique qu’il tenterait de lancer un projet collectif de collecte des déchets plastiques : acheter un broyeur, installer des panneaux solaires pour alimenter une imprimante 3D, construire des modules et meubles en plastique recyclé, et mettre tout l’archipel à contribution. Mais il faut des fonds. Jules indique que certaines organisations, dont la française Plastic Odyssey, ont déjà tenté d’agir ici mais ont été bloquées par des raisons politiques.

    Moi, je dis que j’aimerais développer un potager, malgré le climat aride, essayer des aromates hors-sol, et pourquoi pas mettre en place un réseau d’entraide avec les plaisanciers.

    On se regarde : nous avons des idées, des possibilités… mais nous sommes conscients que leur réalité est bien différente. Sans ressources financières et avec de gros blocages politiques, c’est compliqué.

    On continue nos échanges, le cœur rempli. Nous les remercions. Lesbia nous dit qu’ils nous offrent le repas ; nous refusons, bien sûr, et payons 10 $ par personne. Noémie offre à Enrique un carnet, car le sien où il note ses commandes était très abîmé. Il ne dit pas grand-chose mais on comprend sa reconnaissance 🩵
    Nous les embrassons une dernière fois et repartons à bord, enrichis de ce beau moment. Nous sommes tristes de les quitter.

    Il est temps de relever l’ancre : cap sur Coco Bandera, situé au sud-est. Il y a un peu de vent, avec des rafales à 20 nœuds. Nous déroulons le génois, mettons la grand-voile avec deux ris car nous avons un vent au près. Le bateau gîte : ça nous fait plaisir, une jolie navigation. Nous sommes vite devancés par Noémie et Jules : leur bateau est bien plus rapide que le nôtre.

    En fin de navigation, nous mettons un petit appui moteur car nous ne voulons pas arriver de nuit, toujours à cause des passes parfois délicates. Nous arrivons vers 17 h 30. Nous mouillons entre trois jolies îles de sable blanc. L’une d’elles est « l’île de Los Jefes » — l’île des chefs. C’est une petite île privée qui semble appartenir aux membres du Congreso. Après nos échanges avec Enrique et Lesbia, nous ne pouvons nous empêcher d’avoir un regard mitigé sur cet endroit.
    Le soir, nous invitons Jules et Noémie à dîner à bord. Nous n’avons plus grand-chose car les lanchas qui livrent des produits frais ne sont pas venues depuis quelques jours : la mer est un peu formée et ce n’est pas simple pour elles de venir jusqu’ici. Mais nous arrivons tout de même à leur préparer un bon petit repas : une tarte à la courge, puis de l’ananas et une Fabienne (le gâteau favori de ma mamie !).
    On passe une excellente soirée, que l’on termine avec un petit jeu.
    Le temps file : nous sommes déjà à la fin du mois (26 novembre) !
    Les mer

  • J191 - Poisson et cascade

    28. nov.–2. des. 2025, Panama ⋅ 🌧 26 °C

    Nous avons passé deux belles journées au mouillage de Coco Bandera.
    Vendredi matin, alors que nous étions en train de discuter sur le bateau de Jules et Noémie, nous avons vu arriver… les Blue Moana ! Décidément, on ne se lâche plus ! Nous étions ravis de les revoir. Nous étions les trois seuls bateaux sur le mouillage, dans un décor splendide. Avec Noémie, nous avons visité les différentes îles avec notre fidèle kayak, tandis que Malo, Jules et l’équipage des Blue Moana, complété par leur ami Micha, sont allés pêcher. Ils sont revenus avec une grosse baliste océanique, deux thazards, un calamar et un rouget : un succès.

    Pour les déguster, nous nous sommes tous retrouvés le soir sur la plage pour faire griller ces beaux poissons sur un feu de camp : un délice.

    Samedi, je me réveille tranquillement, je sors sur le pont. Malo sort en trombe : « On touche !! On touche !! ». En effet, le vent avait tourné cette nuit et nous nous étions rapprochés de l’île. Dans mes pensées, je n’avais pas regardé le sondeur au réveil : erreur ! Heureusement, plus de peur que de mal : seuls quelques centimètres de la quille ont frotté le sable. Ouf. Nous décalons le bateau dans plus de profondeur ! Les vents, les orages et les courants obéissent à peu de règles ici : il faut rester vigilants et toujours s’assurer de pouvoir tourner à 360° dans le mouillage.

    Noémie et Jules lèvent les voiles : ils partent pour la Jamaïque. Trois jours de navigation les attendent. Nous nous retrouverons à Cuba : les rendez-vous sont pris pour Noël et le Nouvel An ensemble. Nous avons maintenant une vraie petite flottille. Nous leur faisons de grands signes de la main : ce sont les premiers à partir vers le nord… bientôt notre tour 🥹

    Nous les suivons de près pour changer de mouillage. Un au revoir aux Blue Moana, qui repartent vers un autre mouillage ; nous devrions les revoir sur le continent.

    Nous partons pour Green Island, à trois milles de là. Nous découvrons une jolie petite île avec quelques plantes semées : maracuja, hibiscus, papaye, igname… C’est assez rare sur ces îlots faits de sable et de cocotiers. La nuit est belle : on voit les étoiles, dont certaines filantes. Ça nous change, car les deux dernières nuits, beaucoup d’éclairs tonnaient autour de nous.

    Le lendemain, nous profitons du kayak pour aller faire du snorkeling le long de la barrière de corail qui entoure l’île. De retour à bord, nous levons l’ancre et partons pour l’île Wargandub, ou Rio Azucar. Nous avons maintenant une belle vue sur les montagnes du continent panaméen : nous sommes tout proches. Nous sommes seuls ; nous mettons l’ancre non loin du rio. Nous embarquons notre bidon de diesel dans l’annexe, car nous avons lu que nous pouvions faire le plein ici avant de partir pour Panamarina mercredi.

    En partant, un homme nous aborde avec sa barque. Il s’appelle Chel, il est souriant. Il prend notre poubelle pour 1 $ et nous dit qu’il nous attend au ponton dans le pueblo pour nous faire un tour. Nous arrivons sur cette petite île densément peuplée : il n’y a pas un mètre carré inutilisé. Nous nous baladons avec Chel, qui nous montre différents petits lieux. Les gens sont très chaleureux, ils nous accueillent avec le sourire. Les enfants viennent nous agripper et nous faire des câlins.
    Chel nous explique que les enfants adorent les étrangers — ou plutôt les amigos, comme ils préfèrent dire. « Nous sommes les mêmes ! » ajoute-t-il.

    Il nous emmène dans la boutique de sa cousine qui fait des pains coco. Ils sont encore au four : « Revenez en fin de journée. » Et la livraison de fruits et légumes, qui arrive en lancha depuis le Panama, est prévue pour 17 h : parfait pour faire le plein.
    Chel nous montre ensuite sa petite maison où il vit avec sa femme et son fils : trois hamacs, une machine à laver, une petite cuisine sur un sol en terre battue. Les murs sont en bois de canne, le toit en palmes. Tout cela, il l’a trouvé dans le monte (= la montagne). Ces montagnes sont la forêt du territoire kuna, sur le continent. Chaque communauté a sa zone. Ici à Rio Azucar, chaque habitant a un lopin de terre pour cultiver de quoi se nourrir et construire sa maison.

    Chel, comme beaucoup de Kuna, est plongeur, mais lui préfère s’occuper de sa parcelle dans la forêt. Pour lui, la terre est un héritage plus certain pour ses enfants que la mer, qui se vide petit à petit… Il nous propose de nous guider demain matin jusqu’à une cascade en remontant le Rio Azucar.

    En fin de journée, les fruits et légumes sont livrés, les pains de coco sortent du four : nous allons faire nos emplettes ! C’est rigolo : tout le monde discute, le village est rempli d’enfants. Beaucoup jouent au basket, c’est le sport national ici ! Et comme ils sont en grandes vacances (à l’inverse de la France), c’est la fête. Nous partageons une petite bière avec Chel, qui nous raconte plein d’histoires : il est passionnant. Il n’a jamais quitté les San Blas mais il est très curieux, il écoute, partage, raconte.

    Le lendemain matin, nous enfilons nos baskets et nos casquettes pour rejoindre Chel. Nous embarquons dans l’annexe et remontons la rivière. C’est magnifique : la montagne en face, la rivière sous nous et la mer en arrière-plan. Les bruits de la forêt nous accompagnent. Après quinze minutes d’annexe, nous arrivons. Chel a la machette et les bottes : en route ! Nous marchons à bon rythme pendant deux heures. Avec Malo, on est contents de retrouver la terre et de gambader un peu !
    Chel nous explique plein de choses sur les Kuna, les plantes qui nous entourent, la révolution de 1925 contre les autorités panaméennes, mais aussi des contes et histoires des anciens, pleins d’humanité.

    Il nous parle de la difficulté de préserver la culture maintenant que l’accès à Internet et aux téléphones est partout : on ne peut pas empêcher les jeunes de rêver ailleurs. Dans le village, il ne reste plus qu’une femme avec les habits traditionnels. Maintenant, tout le monde utilise Internet, s’habille comme ailleurs, et la solidarité est moindre.

    Nous arrivons à la jolie cascade après une belle balade. On se rafraîchit dans une eau translucide : ça fait du bien, le cadre est magnifique. On doit repartir rapidement car la pluie arrive et Chel nous dit que la rivière peut monter très vite !

    Sur le retour, on continue de discuter : de la mer, des cultures…
    Il trouve un prénom kuna à Malo : ce sera Igwa, qui veut dire « arbre fort qui ne se casse pas ». Il préfère, car « Malo » ne lui convient pas 😅 Moi, j’ai déjà un nom kuna : Camille signifie « pagaie » ici !

    Nous repartons par le même sentier, les jambes un peu fatiguées mais le cœur rempli. Malo sort le drone pour faire de jolies photos de la rivière et du village. Nous repassons rapidement au village pour que je fasse quelques photos argentiques de cet endroit atypique. On craque encore pour des pains de coco tout chauds. Nous rencontrons un vieux monsieur qui pile le riz qu’il a récolté dans la jungle : un travail de fourmi.

    Nous rentrons à bord et levons l’ancre : nous partons pour un nouveau mouillage, Cambombia ! En partant on voit Chel et deux amis à lui dans une barque, ils nous saluent et nous montre leur prise : une tortue !! Nos doutes sont confirmés les tortues sont bien chassées et mangées ici... 🐢
    En quelques milles, nous arrivons sur une jolie île. Nous allons boire une eau de coco chez un monsieur qui tient un petit bar sur la plage. Il vient s’installer avec nous et nous raconte les Kuna, le Panama, le canal… On fait le plein d’histoires !

    Demain mardi, nous partons pour Porvenir pour faire notre sortie des San Blas.
    Ça y est, nous partons vers le continent ✨️
    Les mer

  • J193- Dressage de dauphins

    2.–3. des. 2025, Panama ⋅ 🌧 27 °C

    Ce matin, nous partons pour Porvenir pour faire notre immigration de sortie. Nous espérons pouvoir la réaliser directement ici, aux San Blas, afin d’éviter de payer le permis de navigation obligatoire au Panama.

    Une légère brise souffle, on sort toutes voiles dehors ! Le vent est juste assez fort pour gonfler la toile : parfait pour sortir le drone et capturer de belles images. Malo monte dans l’annexe, le drone à la main, et s’éloigne du bateau pendant que je reste à la barre. Le drone décolle et immortalise Noam sous voile dans ce magnifique archipel 🤩

    Je mets un petit appui moteur pour garder les voiles gonflées. Le bateau glisse doucement, sous un ciel bleu, avec les îlots en toile de fond. Par moments, on dirait qu’ils flottent au-dessus de l’eau : seules les palmes émergent, les troncs disparaissent dans l’horizon plat.

    On avance à peine à 2 nœuds, mais c’est idéal pour gérer le drone en toute tranquillité. Au loin, dans l’annexe, Malo le récupère, me rejoint et remonte à bord. Les photos vont être belles. Nous avons encore environ 14 milles à parcourir, alors on remet un peu de moteur pour avancer.

    Tout à coup, Malo s’exclame : « Attention, un tronc d’arbre ! » Mais en regardant mieux, ça bouge. C’est un banc de dauphins ! De petits dauphins mouchetés qui jouent autour du bateau 🐬 Comme toujours, on redevient des enfants, émerveillés par ce spectacle.
    À peine une heure plus tard, en approchant de Porvenir, surprise : un nouveau banc de dauphins ! Cette fois, des grands dauphins, une bonne dizaine.

    Nous venons de ranger les voiles, le vent est tombé. On se regarde… Allez on coupe le moteur et on saute à l’eau ! Le bateau est au point mort, dérive doucement, et nous nageons tout près. Nous gardons l’annexe à portée pour la sécurité. La visibilité n’est pas exceptionnelle mais suffisante : on les voit ! On entend même leurs cliquetis sous l’eau, c’est magique. Ils passent près de nous, un dauphineau nage au milieu du groupe…

    De retour à bord, on ressort le drone : les dauphins, curieux, continuent de jouer avec l’étrave. Malo repart dans l’annexe, je reprends la barre, et c’est reparti pour un ballet aérien. Après une bonne heure en compagnie de ces merveilleux cétacés, nous jetons l’ancre à Porvenir.

    Nous allons à l’immigration. Mais, malgré ce que l’agent nous avait dit à notre arrivée, nous ne pouvons pas faire toute la procédure de départ ici. Impossible d’échapper au fameux permis de navigation panaméen.

    Nous contactons Sylvie, la gérante de Panamarina – la marina sur le continent où nous devons nous rendre demain pour voir un mécanicien avant le départ pour Cuba. Elle nous donne les infos et transmet notre dossier à la personne qui s’occupe du permis.

    Au total : près de 95 $, plus 40 $ de service, et au moins 110 $ pour le document de sortie. On ne l’avait pas vraiment prévu… mais ça fait partie du voyage. On profite du wifi du Congreso pour faire les démarches et donner quelques nouvelles. Malo reçoit un message de sa maman : ils ont pris leurs billets pour nous accueillir en Guadeloupe ! La date est fixée au 28 avril, façon « champions de la Route du Rhum » 😅 C’est à la fois réjouissant et fou : le temps file. Il ne nous reste déjà plus que cinq mois avant la fin de cette aventure…

    De retour sur Noam, on prépare le bateau : demain, 44 milles nautiques, environ dix heures de route. Il faut qu’il soit prêt !
    Avant de partir à terre, un homme arrive avec sa femme et leurs deux jeunes enfants dans une petite barque en bois pour nous proposer du poisson. Ils ont pêché une belle bonite : on leur en achète une. Ils en demandaient 1,50 $, on leur donne un peu plus – le prix nous semblait dérisoire. Je n’arrive pas à détacher mon regard de leurs deux petits, à l’arrière de la barque : ils ont peut-être 2 et 4 ans, nus, en plein soleil, sans eau… Je ne juge pas, nous n’avons pas la même vie, mais un pincement au cœur.

    Le soir, nous préparons un superbe repas avec ce beau poisson, en regardant les photos de la journée : magique. Demain, lever d’ancre à 7 h !

    Le réveil sonne à 6 h ; à 6 h 40, nous sommes en route. La sortie de Porvenir nous bouscule un peu, puis cap sur Panamarina. Le vent est travers / grand largue, on avance super bien. Grand-voile avec un ris, génois déroulé entièrement : un vrai bonheur ! On file à 6 nœuds de moyenne (rare pour Noam 😅). Le continent se dessine de mieux en mieux.

    À la fin de la navigation, la ligne de pêche s’agite. Malo remonte… un petit requin ! Panique : il faut réussir à le décrocher. Malo enfile les gants, prend la pince, et parvient à le libérer. Fatigué, mais vivant : il repart. Ouf.

    Après huit heures d’une superbe navigation, nous arrivons à Panamarina, une petite marina tenue par un couple de Français. Tous les bateaux sont sur bouée, au milieu de la mangrove : un endroit incroyable. L’ambiance est très sympa, on entend les singes hurleurs depuis le bateau ✨
    Nous réglons les formalités : 11 $ la nuit sur bouée, vraiment correct. Le soir, on dîne au petit restaurant de la marina et on retrouve Marianne et Bart, un couple de Belges rencontrés à Santa Marta. Sympa de se recroiser ici.

    Nous pensons rester deux petites semaines dans le coin, le temps d’attendre la bonne fenêtre météo pour Cuba et de finaliser les papiers pour notre sortie du territoire panaméen.
    Les mer

  • J195 - la tête dans le moteur !

    4.–5. des. 2025, Panama ⋅ ☀️ 29 °C

    Nous nous réveillons entourés de mangroves, avec les cris rauques des singes hurleurs qui résonnent au loin. Il a plu fort cette nuit, mais le soleil brille maintenant haut dans le ciel. L’objectif du jour : réussir à faire venir Nelson, le mécanicien que l’on nous a vivement recommandé.

    Nous le croisons finalement à la marina. Il nous explique qu’il passera après avoir terminé un autre bateau. Il a l’air très occupé, alors nous décidons de ne surtout pas le lâcher, histoire de ne pas perdre encore du temps avec le moteur qui nous joue des tours depuis trop longtemps!

    En attendant, je file à terre profiter d’internet. Je dois avancer sur notre portfolio : nous aimerions organiser une exposition photo à notre retour en Guadeloupe, avec les clichés de Malo et les miens. Léa ira présenter le dossier auprès des galeries pour trouver un lieu et organiser un événement autour de l’association : « préserver au travers du beau ».
    Pendant ce temps, Malo ne chôme pas sur le bateau. Il reprend quelques petites choses en attente, commence à enlever le liège un peu « vieillot » et qui a pris l’humidité il y a quelques années. L’idéal serait de le refaire proprement avant la vente.
    Nous demandons aussi le code Starlink d’un voisin pour avoir internet depuis le bateau et être certains de ne pas manquer le passage de Nelson. Malgré la chaleur lourde, nous sommes efficaces : je termine le portfolio et Malo s’attaque à l’annonce de vente de Noam… Oui, d’ici cinq mois, à notre retour, il vendra notre fidèle Noam. Il faut anticiper. On trie les photos, on se remémore tous les chantiers : ce bateau a été bichonné… et il nous a fait un peu suer aussi ! 😅

    En fin de journée, Nelson finit par monter à bord. Il a un sourrire doux et on sent l’expérience. Avant de toucher au moteur, il prend le temps de nous écouter, de comprendre l’historique complet — un luxe que nous n’avions pas eu en Colombie.

    Puis il se met au travail, il est méthodique Il démonte le coude d’échappement : tout va bien, mais le test était essentiel pour lui. En inspectant l’admission d’air, son regard glisse vers notre filtre à eau de mer. Placé plus bas que la ligne de flottaison, il a très probablement laissé l’eau remonter dans le système, passer par le coude d’échappement et finir… dans le moteur. Ce reflux peut avoir abîmé certaines pièces, notamment les soupapes. Il ouvre ensuite le haut moteur pour vérifier les soupapes : certaines sont mal réglées. Il les ajuste soigneusement et refait l’étanchéité avec du silicone haute température.

    Dès qu’il repart, Malo remonte immédiatement le filtre plus haut que le niveau de la mer.
    Sous les conseils de Nelson, nous ajoutons aussi un petit contenant externe de liquide de refroidissement pour mieux réguler la température.

    Le lendemain, Nelson revient. Il nous apporte un tuyau plus long pour finir correctement la remontée du filtre à eau. Il nous explique aussi que notre vanne d’arrivée d’eau de mer est un peu petite : ça fonctionne, mais lors du prochain changement de passe-coques, il serait préférable d’en installer une plus large.

    Une fois tout en place, il lance le moteur : il s'allume après la deuxième tentative.

    Après vérification (encore un test basique) les trois bougies de préchauffage fonctionnent, mais il nous conseille de préchauffer un peu plus longtemps pour faciliter les démarrages. Il ajoute aussi un peu d’huile et recommande un adjuvant pour limiter la consommation.

    Quand le moteur ronronne enfin, Nelson tend l’oreille. Nous aussi, nous entendons ce petit « pchh ».

    Il nous explique qu’une des soupapes ne ferme pas parfaitement : le moteur fonctionne à « 2,5 cylindres sur 3 », d’où la perte de puissance.
    Pour lui, c’est du 50-50 :
    - Soit on continue comme ça, sans danger immédiat, et la corrosion pourrait se lisser avec l’usage et permettre à la soupape de refonctionner correctement ;
    - Soit ça empire et on se retrouve avec un moteur qui tourne sur deux cylindres.

    Il nous conseille donc d’aller naviguer le week-end, de pousser les gaz, d’écouter, d’observer. Si le « pchh » diminue et que la puissance revient, parfait. Sinon, il faudra ouvrir complètement le haut moteur pour changer la soupape défectueuse.

    Il nous annonce les prix en toute transparence :
    - La grosse intervention complète : 1 000 $ (déjà un prix d’ami, dit-il, parce qu’il nous voit jeunes et un peu rincés par nos galères 😅)
    - Laisser le moteur tel quel pour le moment : 300 $

    On choisit donc de tester le moteur le week-end et de lui donner une réponse lundi. Malo, surtout pour la suite du voyage et la future vente, préfère être sûr.

    Nelson accepte, nous donne quelques conseils, puis reste discuter. Il est intarissable! À 70 ans, il a une vie incroyable : enfance en Uruguay, loin de l’école, passionné de mécanique dans les courses automobiles, puis un départ pour le Venezuela où il passe à la mécanique marine. Il nous parle du Venzuela, de la vie la bas, de la politique, c’est passionant.

    Une fois qu’il quitte le bateau, nous reprenons notre travail sur l’annonce de vente du bateau. On relit, on choisit les photos, et… on publie.
    On se regarde : whaou… ça fait bizarre. Je sens l’émotion monter chez Malo. C’est un cap 🥹

    Pour clôturer cette grosse journée, nous allons dîner au petit restaurant de la marina. Au même moment, Malo reçoit un message d’une certaine Charlotte : elle est en Guadeloupe et très intéressée par le bateau ! Ça commence… Malo planifie un appel avec elle pour demain.
    Nous passons une belle soirée : la lune est pleine, les étoiles brillent.

    Demain, nous reprenons la mer… pour aller tester ce fameux moteur !
    Les mer

  • J199 - Singe et mecanique

    6.–9. des. 2025, Panama ⋅ ⛅ 26 °C

    Nous larguons les amarres ce samedi pour tester le moteur ! Nous suivons les instructions de Nelson : nous le faisons monter dans les tours pendant trois à quatre minutes, puis nous arrêtons et recommençons. Nous avons de la chance : le ciel est bleu et la mer est calme. Nous continuons ainsi jusqu’à Linton Bay, la baie juste à côté, où nous allons passer la nuit.

    La baie est bien chargée en bateaux mais nous trouvons une petite place parfaite. Nous décidons d’aller à terre et nous en profitons pour emmener nos bouteilles de gaz, car nous avons vu qu’un petit restaurant les faisait remplir. Nous découvrons un restaurant un peu défraîchi, rempli de bizarreries, d’objets farfelus et de drapeaux en tout genre. Casa X est situé en bord de mer ; nous y amarrons notre dinghy (annexe) juste devant. Nous sommes bien accueillis, nous laissons nos bouteilles et finalement nous restons manger. Nous sommes seuls et très bien servis, il y a même une option végétarienne pour moi !

    Margaux, une bonne amie de Malo, nous appelle (l’annonce de la mise en vente de Noam a fait réagir !). On passe un bon moment au téléphone, c’est chouette. Puis nous partons pour une petite balade à terre. De petites maisons bordent la mer, les gens nous saluent poliment ; les habitations sont faites de bric et de broc, assez vétustes. Les habitants vivotent au bord de l’eau.
    Nous terminons notre balade par quelques courses dans une épicerie. Les prix sont globalement assez chers ici au Panama, presque similaires à ceux de l’Europe. Une fois rechargés, nous rentrons à bord. Nous essayons de redémarrer le moteur : il peine un peu. Nous notons tout pour faire un débriefing avec Nelson le lendemain.

    Le lendemain, nous rallumons le moteur : le bruit est toujours là, et la perte de puissance aussi. Nous écrivons à Nelson pour lui faire une synthèse. De retour à Panamarina, nous bricolons un peu sur le bateau. En fin de journée, nous partons en kayak dans la mangrove. C’est magique : l’eau est translucide, ce qui est rare pour une mangrove. Nous nous mettons à l’eau avec nos masques et tubas. Nous sommes bien abrités par les palétuviers et nous revenons par la mer, arrivant avec les couleurs de fin de journée sur Noam.

    Le soir, nous allons à bord de Maéva, le bateau de Bart et Marianne, nos amis belges, pour l’apéro. La vie de voisinage au mouillage !
    Lundi. J’ouvre les yeux aux aurores. Je fais mon yoga sur le pont, tant bien que mal, en essayant de ne pas me faire dévorer par les « yen-yen », ces petites mouches qu’on trouve aussi aux Antilles et qui nous croquent littéralement des petits bouts de peau.

    Nous allons à terre prévenir notre cher mécanicien : nous avons pris notre décision pendant la navigation d’hier, nous allons déculasser le moteur, c’est-à-dire l’ouvrir pour regarder l’état des cylindres, des soupapes, etc. C’est plus raisonnable. Il confirme que c’est la bonne chose à faire et viendra dans l’après-midi.

    Dans la matinée, nous partons en annexe jusqu’à Linton Bay en empruntant le petit labyrinthe de mangroves, toujours aussi beau. Avant d’arriver à la marina, nous nous arrêtons sur une petite île où l’on nous avait dit qu’il y avait une singe. Apparemment, elle avait été élevée par un monsieur et, à sa mort, elle a été déposée ici 🥹

    À peine avons-nous posé notre annexe sur la plage que les branches d’un bel arbre en bord de mer s’agitent : une jolie petite singe noire nous observe, puis descend de son perchoir pour venir nous saluer. Elle descend par quelques acrobaties. Lorsque Malo s’installe sur une branche, elle s’approche et l’enlace : le courant passe, on dirait ! C’est incroyable, ce regard si humain, et ses manières… Moi, elle ne me calcule pas vraiment ; je crois que Malo a une nouvelle amoureuse ! 🐵

    Après notre rencontre, nous arrivons au ponton annexe de la marina. Non loin de là, un grand magasin d’outillage nautique nous attire, mais malgré un stock important, ils n’ont pas ce dont nous avons besoin — rien d’essentiel heureusement. Nous nous baladons ensuite dans la marina : nous aimons toujours flâner dans les chantiers, observer les structures, les travaux, saluer les plaisanciers… Dans un container réfrigéré, un monsieur vend des fruits et légumes : nous faisons le plein, puis repartons en annexe.

    En chemin, nous nous arrêtons entre mer et mangrove pour nous baigner dans une eau toujours claire 🥰

    De retour à bord, Nelson arrive rapidement. Méthodiquement, il procède et continue de nous expliquer chaque étape. Il nous dit qu’il y avait déjà de l’eau de mer dans le moteur ; remonter le filtre à eau n’a pas suffi. Il faudra installer un siphon pour éviter le retour d’eau de mer. La culasse et l’échangeur, les deux blocs qui constituent le haut moteur, sont démontés. Nelson testera les injecteurs, les cylindres et les soupapes dans son atelier demain.

    Avant de partir, il met un peu de diesel au niveau des culasses pour vérifier si elles ne sont pas trop endommagées ; nous devons surveiller le niveau dans l’heure. Toujours le sourire aux lèvres, Nelson repart. À demain !

    Ce matin, mardi, nous allons voir Nelson à son atelier. Il branche un injecteur pour le tester : il était mal réglé ; il va le régler de nouveau. Pourtant, nous les avions fait réviser deux fois en Colombie ! Nous essayons de ne pas y penser : maintenant, nous avons trouvé l’homme de la situation.

    Il nous montre également l’étanchéité des soupapes : elles ne sont pas étanches, il va devoir les repolir pour améliorer leur surface. Nous le laissons travailler tranquillement : il nous dit de revenir en fin de journée ; il aura eu le temps de démonter les soupapes entièrement et d’évaluer leur état général.

    De retour à bord, nous continuons le bricolage. Olivier, un technicien, vient donner son avis sur notre frigo capricieux. Il nous conseille de raccourcir le câble d’alimentation pour le rapprocher des batteries et lui fournir plus de courant. Nous testons : Malo coupe le câble, fait le branchement, et ça semble fonctionner. À voir sur la durée.

    L’annexe de Bart et Marianne arrive : ils vont se baigner dans la mangrove et nous proposent de les accompagner. Nous rangeons un peu le bateau, sautons dans l’annexe et c’est parti. Ça fait du bien : la chaleur est écrasante l’après-midi. Leur chien, Douchi, adore l’eau et nous amuse beaucoup ! Bart a évidemment pensé à amener une petite bière fraîche : au soleil, c’est parfait.

    Après ce rafraîchissement, nous retournons vers l’atelier. Nous profitons des belles lumières pour faire un petit tour autour de la marina, entourée de jungle. Nelson nous aperçoit et nous appelle :
    « Venez, je vais vous expliquer ce que j’ai trouvé ! »
    Il nous dit avec un sourire :
    « Vous avez pris la bonne décision. Vous étiez à deux doigts de casser le moteur ! Venez, je vous montre. »
    Il nous montre les soupapes démontées. Une à une, il nous explique leur état de corrosion ; celles du troisième cylindre sont complètement abîmées, presque cassées.
    « Si elle avait cassé dans le cylindre, le moteur aurait explosé, » nous dit-il.

    Nous sommes soulagés : nous comprenons enfin le problème. C’est drôle, nous avons l’impression d’avoir un grand-père qui nous répare le moteur : il se démène avec passion pour que nous repartions avec un moteur en bon état. Il va poursuivre les étapes ; demain, nous pourrons revenir voir les différents tests.

    Il espère pouvoir trouver de nouvelles soupapes ou en réusiner grâce au superbe tour qu’il nous présente fièrement.

    Whaou… Nous avons vraiment eu de la chance de ne pas continuer à naviguer avec le moteur dans cet état. Cela aurait pu être bien plus compliqué !
    Les mer

  • J210, Derniers jours au Panama

    10.–14. des. 2025, Panama ⋅ 🌧 28 °C

    Ça y est, nous sommes presque prêts à lever les voiles pour Cuba. Le moteur tourne comme une horloge suisse et nous avons pu faire nos papiers pour sortir du Panama !

    Ces derniers jours se sont rythmés par des escapades à Colón pour réaliser le « zarpe », un papier délivré par les autorités maritimes permettant à un bateau et à son équipage de quitter le pays. Ici, il a un coût de 110 $ et est uniquement réalisable à Colón (1 h 30 de bus) ou à Panama City (2 h de bus).

    Le trajet pour Colón a été toute une aventure : une pluie intense s’est abattue sur la zone depuis plusieurs jours. L’unique bus (à 5 h 30 du matin) qui passe à la marina pour Colón n’est donc pas passé lorsque nous l’attendions, car la piste était en trop mauvais état. Le jour à peine levé, nous avons donc dû marcher 40 minutes pour atteindre la route et pouvoir prendre un autre bus. La marche n’était pas désagréable, parmi la forêt et les singes hurleurs ! Nous sommes arrivés dans le bus bien trempés 😅

    Les démarches n’étaient pas des plus évidentes, mais après être passés par plusieurs bureaux (où nous avons failli attraper la mort avec la climatisation bien trop forte !!), nous avons enfin eu nos papiers !

    Colón est une ville industrielle et commerciale, située non loin du canal de Panama. On y observe des conteneurs et des hangars gigantesques où sont entreposées les marchandises : c’est impressionnant. Ce n’est pas très joli et la ville est sale ; heureusement, nous n’y restons que pour les papiers et les courses.

    Notre chef mécanicien, Nelson, a énormément travaillé sur le moteur : il a créé de nouvelles sous-pièces, poncé, nettoyé, etc. Nous sachant pressés pour avoir la bonne fenêtre météo pour Cuba, il est même venu remonter le moteur dimanche matin. Méthodiquement, pièce par pièce, le moteur a repris forme. Au moment de l’allumer, un peu de stress… mais non, il a bien démarré ! Nous sommes allés faire un tour avec le bateau au moteur pour le tester : il fonctionne très bien. Nous sommes ravis et soulagés. Très reconnaissants envers Nelson, nous lui avons offert une carte en cyanotype et des crêpes pour le remercier. ¡Gracias !

    Ces derniers jours ont donc été bien chargés entre les préparatifs du bateau, l’administratif, les courses, le moteur… Mais ça y est, nous sommes dimanche et presque prêts à lever les voiles demain.

    Nos amis de Blue Moana ne sont pas bien loin de nous, à Linton Bay, eux aussi à fond dans les préparatifs. Ils ne veulent pas louper le bon créneau météo de la semaine prochaine pour partir. Eux pensent partir mardi ; on va se suivre de près, c’est chouette ! Nous avons d’ailleurs été dîner chez eux : un superbe wahoo (gros tazard) pêché par Wanda pendant leur navigation des San Blas jusqu’ici. C’était délicieux.

    Pour se rendre à leur bateau, nous avons emprunté de nuit le chemin dans la mangrove avec notre annexe. Nous avons observé la faune environnante et avons pu voir deux racoons (ratons laveurs) super curieux : ils étaient prêts à monter dans l’annexe !

    En parallèle, Léa, Élise et Shaulane, en Guadeloupe, ont mené d’une main de maître les trois ateliers en classe et la visite à bord d’un voilier avec l’association. Il y avait 34 élèves dans cette première école ; c’était un peu sport, mais elles ont assuré : les enfants et les équipes pédagogiques ont adoré ! La prochaine école auprès de laquelle nous interviendrons sera à Saint-François l’année prochaine.
    Nous serons là pour que les enfants puissent monter à bord de Noam à notre arrivée !
    Les mer

  • J217, Départ pour Cuba

    15.–18. des. 2025, Mer des Caraïbes ⋅ 🌬 28 °C

    Lundi, le jour du grand départ ! Nous avons un programme bien chargé avant de lever les voiles : faire les pleins d’eau, les dernières courses, le plein d’essence, payer la marina…

    À 7 h, nous sommes sur le pont ! Nous saluons nos voisins de bouée : Claude et Michel. Un couple à la retraite, 70 ans bien passés, qui voyage à bord de leur Ovni, un beau monocoque en aluminium. Ils sont superbes, avec le sourire et l’énergie de naviguer ! Ils nous racontent leurs aventures et nous sommes presque tristes de partir ; ça nous aurait fait plaisir de les rencontrer un peu plus longtemps. Mais c’est ça aussi le voyage : les rencontres rapides et les au revoir…

    Il a plu des trombes cette nuit, mais heureusement le filtre à eau de la marina fonctionne bien et nous permet d’avoir de l’eau claire pour remplir nos cuves. Nous achetons un bidon d’huile pour le moteur, et Nelson nous donne généreusement un filtre à essence en rab pour en avoir un au cas où à bord. Il nous souhaite un bon voyage : « S’il y a un problème, n’hésitez pas à m’écrire ! »

    Nous devons ensuite filer à Linton Bay pour acheter quelques fruits et légumes. Nous empruntons pour la dernière fois le chemin parmi les mangroves en annexe : on ne s’en lasse pas.

    Allez, on fait le check de notre liste : nous sommes prêts ! Le ciel est bien gris et il pleut, mais ce n’est pas grave, en route ! Un grand salut à nos voisins qui nous offrent un bout de leur régime de bananes plantain pour le départ, et nous larguons les amarres. Le moteur démarre bien, ça fait du bien.

    Nous avons 730 milles nautiques (+/– 1 300 km) à parcourir, notre plus longue navigation jusqu’alors. Nous devrions avoir du vent au près et au travers. Nous avons fait notre routage et vérifié la météo encore ce matin : c’est bon. La fenêtre est bonne, la houle n’est pas trop importante, ni le vent, ce qui peut souvent être le cas dans cette zone.

    Le début de navigation commence au moteur : il est 15 h. On se fait un peu brasser avec une houle de travers. Malo n’est pas satisfait du nouveau tuyau de refroidissement, qui a tendance à s’affaisser. Il décide de le changer : le bateau à l’arrêt, balloté sur les vagues, la tête secouée dans le moteur… mais il y arrive. Allez, on repart ! On doit garder un appui moteur en plus des voiles jusqu’au milieu de la nuit, car le vent n’est pas bien soutenu, mais il finit par se caler.

    Nous sommes au près. Le bateau penche bien, mais nous avançons comme il faut. Nous l’avions bien préparé, donc la gîte ne met pas trop le bazar à bord. On organise nos quarts : on se relaie toutes les deux heures, de 20 h à 7 h. On installe le pilote automatique !

    Le matin, le soleil est avec nous : ça fait du bien après ce départ sous la pluie. La journée s’écoule tranquillement ; on écoute des podcasts, on discute, on fait la sieste. Difficile de se déplacer à bord avec la gîte ! On installe le régulateur d’allure. Nous avons un vent au près, ce qui devrait nous permettre de bien le caler. Cet instrument (inventé par les premiers explorateurs), installé sur la jupe arrière du bateau, dispose de son propre safran et fonctionne mécaniquement. Nous orientons sa pale par rapport à l’angle de vent que nous souhaitons donner au bateau, et ça y est : le régulateur, sans utilisation d’électricité — contrairement au pilote automatique — dirige le bateau en gardant l’angle au vent.

    Malo se régale de poulet grillé. Nous l’avions commandé à la marina pour le manger initialement avec nos amis de *Blue Moana*. Les pluies diluviennes nous empêchant de nous rejoindre mutuellement, nous n’avons pas pu le partager avant le départ. Malo a donc un poulet et demi à manger (heureusement, ils ne sont pas énormes) 😅 Il fait le plein de viande, ça change de nos habitudes !

    Nous entamons notre deuxième nuit. La lune est toute fine et ne se lève qu’à la fin de la nuit, presque en même temps que le soleil. Nous pouvons donc admirer un superbe ciel étoilé. Le plancton luminescent qui illumine le sillage du bateau est lui aussi magique. Nous restons en veille à tour de rôle, car il y a beaucoup de cargos dans la zone (proche du canal de Panama). En effet, pendant la nuit, nous en croisons quatre. Malo déroute légèrement le bateau pour éviter une route de collision avec l’un d’entre eux. Les autres sont passés loin, mais ce n’est jamais simple d’évaluer les distances la nuit. Nous dormons sur la petite banquette à l’intérieur, côté bâbord, car nous y sommes plus calés par rapport à la gîte du bateau, ou bien à l’extérieur sur les banquettes.

    Pour notre troisième jour de navigation, le vent se cale un peu plus au travers ; le bateau gîte un peu moins, c’est agréable. On se rince tant bien que mal, c’est toujours un peu folklorique ! Demain, on tente la vraie douche !

    Heureusement, nous avions cuisiné un peu en avance pour éviter de devoir nous lancer dans de grandes préparations en mer : c’est plus facile. On avance bien, à 5,5 nœuds de moyenne, une très bonne vitesse pour Noam. À ce rythme, on devrait atteindre Cuba en six jours ! On s’amuse à enregistrer les bruits qui nous entourent : le grincement du bois à l’intérieur, le cliquetis des voiles, l’eau qui se brise sur la coque… On essaie de garder au mieux en mémoire ces moments.

    La troisième nuit se passe bien, le ciel est bien clair avec ces milliers d’étoiles au-dessus de nous. Nous sommes seuls sur l’eau, cette étendue sombre avec le bruit des vagues et du vent. À demi réveillés, dans nos pensées, le temps est suspendu.

    Le lendemain, le bateau avance très bien ! C’est bon pour le moral car, même en avançant bien, notre point progresse doucement sur la carte affichée sur l’écran de la tablette devant nos yeux.

    Nous sommes presque au grand largue. À cette allure, le régulateur n’assure pas aussi bien ; on remet donc le pilote automatique. Nous sommes au niveau du Nicaragua, une zone où nous devons être vigilants : de hauts fonds, loin du Panama (à 170 milles, 230 km), remontent fortement. Nous passons au-dessus de remontées : ça passe très vite de –1 000 m de fond à –15 m, c’est impressionnant !

    Malo met la canne à pêche ; l’allure est plus confortable pour pouvoir pêcher. Au bout de quelque temps, une petite bonite mord au bout de la ligne. Une fois vidée, on la met au frais (ah oui, notre frigo est enfin réparé !) : ce sera notre repas de demain.

    On profite de la fin de journée pour se doucher. On fait comme on peut : agrippés à l’arrière du bateau, on se savonne et on se rince à la douchette ! On se sent comme neufs, on commençait à être vraiment salés.

    On affine les réglages des voiles pour essayer d’optimiser notre allure. Et là, on est ravis : on est au-dessus de 6 nœuds de moyenne, ce qui est assez rare. Sur de longues distances, ça fait une vraie différence. On savoure les belles couleurs du soir en écoutant de la musique. C’est parti pour notre quatrième nuit !
    Les mer

  • J218, Pirate ou Petrole ?

    19.–20. des. 2025, Caymanøyene ⋅ ⛅ 27 °C

    Le vent a un peu faibli pour notre quatrième nuit, mais il nous permet malgré tout de continuer avec une bonne allure. Nous avons eu un peu de stress en début de navigation : la lumière d’un bateau au loin faisait une route parallèle à la nôtre, puis a semblé faire demi-tour vers nous. On nous avait dit qu’il fallait être vigilants au large des côtes du Honduras et du Nicaragua par rapport à la piraterie. Comme au Nicaragua, ce sont souvent des pêcheurs qui, désespérés, tombent dans la piraterie pour survivre. Nous sommes donc un peu parano en regardant cette lumière ; on rigole, on se dit qu’on est quand même un peu peureux. Mais on essaie de passer incognito : on éteint nos lumières de navigation pour tenter de se fondre dans la nuit sans lune. La lumière finit par s’estomper… ouf. Ça nous a donné un peu d’adrénaline pour ce début de nuit.

    La nuit continue et nous voyons au loin plusieurs lumières fixes : ce sont sûrement des plateformes pétrolières installées sur ces hauts fonds. Il y en a un certain nombre ; on vérifiera lors de notre prochaine connexion !

    Je termine un roman et continue mes lectures de notre guide sur Cuba. Ce pays me fascine et m’interroge. Son histoire singulière, si injuste pour son peuple, qui aujourd’hui subit lourdement les conséquences de l’embargo américain. Parallèlement, la beauté de sa nature — et notamment de ses fonds marins — est énormément vantée. Nous avons hâte d’arriver !

    À 7 h, nous sommes tous les deux sur le pont. Malo a eu le quart de 3 h à 5 h ; il somnole sur la banquette extérieure. J’assiste au lever du soleil, qui nous revêt de ses belles couleurs : jaune clair, puis bleu foncé, pour terminer sur un joli bleu ciel. Le soleil va encore rayonner aujourd’hui. Le vent est resté régulier toute la nuit. Nous avons un ris dans la grand-voile et le génois est entièrement déployé : le bateau avance.

    On prend un petit déjeuner — bon, sans café, car avec la gîte du bateau on ne se risque pas à faire bouillir de l’eau — mais bien apprécié quand même. Malo lit La Grande Route de Moitessier et me lit quelques chapitres. C’était une autre époque, une autre navigation. C’est incroyable, ces connaissances et cet esprit de marin endurci décrits dans ces pages.

    On se berce d’aventures entre Moitessier et l’écoute de notre série de podcasts favorite, Les Baladeurs, des récits d’aventuriers en tout genre. La journée s’écoule sous une chaleur de plomb, avec un vent constant. Nous préparons la petite bonite pêchée la veille : on la fait mariner dans de la sauce soja, on ajoute quelques légumes, le tout au four, et c’est prêt pour le dîner !

    En enfournant le poisson, on observe un gros nuage qui se forme : un cumulonimbus assez dense, juste en face de nous. Nous sommes au près serré, nous n’allons pas y échapper. On se prépare, on enfile nos k-ways, on observe l’évolution du nuage, prêts à enrouler le génois. Et hop, c’est parti : la pluie arrive ! Le vent qui l’accompagne n’est pas trop violent, mais il dévente le bateau pendant un certain temps. On enroule donc la voile et on allume le moteur pour garder notre cap.

    Trois belles averses nous passent dessus : ça dessale le bateau. Le nuage finit par passer, nous déroulons la voile puis coupons le moteur. Nous retrouvons un bon vent qui nous pousse à 5,5 nœuds. La nuit tombe ; il risque d’y avoir quelques grains cette nuit. Demain matin, nous devrions être au niveau des îles Caïmans. Nous hésitions à y faire escale, mais nous souhaitons arriver à Cuba pour rejoindre nos amis sans trop tarder, notamment pour les fêtes de Noël. On risque de se décider en passant près de l’île.

    Un grain au loin vient de nouveau perturber le vent en début de nuit. Nous allumons le moteur pendant 1 h 30 afin de conserver notre cap. Le vent se rétablit ensuite. Malo prend le quart pendant que j’essaie d’aller dormir. Je suis réveillée vers 1 h du matin par les craquements du bateau : je sens la vitesse et la force exercées par le vent et la mer. Je sors. Malo se demandait justement s’il ne fallait pas réduire un peu la voilure.

    En soi, le pilote automatique tient, le bateau n’est pas complètement à plat et on avance bien, mais on sent quand même l’énergie à bord. On préfère préserver le bateau : on finit par prendre un autre ris dans la grand-voile et enrouler le génois. On est mieux réglés ainsi. On a réduit notre allure, mais on continue d’avancer. La nuit n’est pas des plus confortables pour dormir : le bateau gîte fort à bâbord. Les nuits seront meilleures au mouillage !

    Pendant que Malo se repose, j’assiste à un beau lever de soleil, agrémenté de nuages denses qui font danser les lumières. On continue notre route sans s’arrêter aux Caïmans : nous avons un vent constant. On profite d’être à proximité de la côte pour capter internet et faire un point météo 🌎
    Les mer

  • J219, Arrivée à Cuba !!

    21.–22. des. 2025, Cuba ⋅ ☀️ 27 °C

    Nous passons la côte de l'île de grand Caïmans. Nous sortons le foc (voile d'avant plus petite que le genois) que nous installons sur l'étai largable. En effet, le vent et la houle se sont un peu renforcés et nous préférons essayer de limiter la contrainte sur le bateau.
    Les navigations au près sont assez éprouvantes pour le materiel et l'équipage ! Malo se met à la proue du bateau pour accompagner la montée du foc. Je suis au winch pour mouliner et hisser la voile sur l'étai de textile situé à l'arrière du génois que nous enroulons.

    Ça y est nous sommes avec 2 ris dans la grande voile et le foc, on avance à 6noeuds, ça file et ça secoue ! ⛵️ Si tout se passe bien il nous reste un peu plus d'une journée de navigation pour arriver à Cayo largo, notre port d'entrée à Cuba. Cayo largo est une île situé au sud de Cuba.

    Jules et Noémie y sont arrivés hier, nous avons eu de leur nouvelle lors de notre accès internet le long de la cote des Caïmans. Ils nous ont dit que les formalités etait simples et le lieux sympa. Les Blue Moana sont encore en navigation, ils devraient arriver peu de temps avant nous. À temps pour fêter Noël ensemble !

    Malo remet la canne à l'eau, après quelques heures il remonte un joli thon. Il a de superbes traits bleu, un thon zélé. Malo le vide, on le mets dans un sac au frigo, on le partagera demain avec nos amis à l'arrivée à Cuba 🐟

    Nous sommes proches du vent, le bateau bien incliné nous devons être vigilant à garder de la vitesse, sans trop s'éloigner du vent. La houle frappe sur le bateau mais nos corps sont bien habitués après 5 jours en mer. L'état un peu nauséeux des premiers jours est bien passé. Nous restons quand même essentiellement allongés sur les banquettes, faute de pouvoir tenir à la verticale. Je fais la lecture à voix haute d'un roman d'un médecin légiste qui raconte ses cas, ça nous occupe bien !

    La nuit commence avec le foc, et la grande voile. Nous devons mettre un appui moteur pendant 2h mais sinon la nuit se passe bien. On enlève le foc pour mettre le genois car le vent a baissé. Les étoiles sont encore au rendez vous !

    Le jour se lève et la houle se calme un peu. Nous commençons à être pressé d'atteindre Cuba, ça y est il nous reste plus que 14 miles (moins de 30km).

    Tout un coup on entends notre VHF grésiller, le signal n'est pas clair mais ça y est nous arrivons à écouter les Blue Moana, c'est Wanda !! Trop chouette, le suspense est à son comble : sommes ils déjà arrivé ? Et oui !! Ils sont arrivés de peu à 8h ce matin. Ils nous attendent avec impatience 🤩

    Le ciel est bleu, Malo sort sous le pont descendre la pavillon de courtoisie du Panama afin de hisser celui de Cuba !

    Nous arrivons à Cayo largo à 14h30, nous sommes acceuilis à la VHF par Jules et Noemie qui sont au mouillage à l'entrée du chenal et les Blue Moana eux sont à la marina.

    Nous devons nous rendre à la marina avec le bateau car à Cuba, les autorités doivent procéder à différents contrôles dont une visite du bateau pour nous donner le laisser passer.
    Nous empruntons le chenal au moteur jusqua l'entrée de la marina. Le décors est sublime, l'eau est turquoise, la mangrove borde la rive, une belle plage sur la gauche... On découvre une petite marina avec quelques bateaux et nos amis au fond sur le troisième ponton.
    À la VHF l'employé de la marina nous indique que nous devons nous mettre sur le troisième ponton et nous souhaite la bienvenue.
    Malo fait la manœuvre, Joanne et Olivier nous aide à amarrer le bateau, on est très contents de les voir ! On a trop envie de se raconter nos histoires de navigation mais nous recevons d'abord notre personnel d'arrivée : deux hommes en tenue militaires aux grands sourires et le commercial de la marina. Ici c'est tout un attirail pour faire l'immigration : nous remplissons un questionnaire, un des hommes en tenue militaire faut un tour d'un bateau, un homme vient regarder l'état de notre nourriture et de nos fruits et légumes, un medecin nous prend la température et la douane vient mettre sous saisie le drone et le téléphone satellite (dans un sac plastique que nois gardons dans le bateau 😅)
    Tout ça nous occupe toute l'après midi, c'est plutôt marrant ! Les gens sont tous adorables mais on se demande un peu l'intérêt de ses contrôles qui ne sont pas très methodique...

    Entre les rendez vous, on nettoie le bateaux, on frotte, on enlève le sel, on fait une lessive, on profite de l'eau douce ! Et bien sûr on discute avec nos amis suisses, ils ont eu une belle navigation eux aussi.
    On est tous un peu fatigués mais trorp contents d'être ici.

    Cayo largo est isolé de Cuba, ce n'est pas encore dans le vrai pays ici. On comprends, en discutant avec les employés, qu'ici les gens ne vivent pas ils y viennent que pour travailler auprès des touristes puis repartent dans leurs famille (généralement a la Havane ou à isla de Juventud). On continue d'en apprendre plus.

    Le coucher du soleil est superbe, on est très abrités ici. On décide de passer la nuit à quai et nous irons au mouillage demain.
    Il vaut mieux profiter de la lumière du jour pour ne pas toucher le fond. Il y a de nombreuses cailles.
    Aussi bien les Blues Moana que Zoanne (le bateau de Noemie et Jules) ont talloné (c'est à dire toucher le fond) avec leur bateau dans la zone ! On préfère donc etre plus sécu et faire le mouillage de jour.

    Tandis que Malo continue de ranger le bateau, je file payer la marina et les visa qui nous ont ete attribués apres tout ces contrôles. Le visa n'est pas tamponné dans nos passeports mais nous avons un papier à part, c'est pour éviter d'être bloqués pour voyager (se rendre aux États-Unis par exemple)...
    Je paye 205$ pour nos deux visas et les démarches.

    De retour à bord, on profite d'une douche des plus méritée puis nous allons boire un verre chez nos voisins.
    Tous un peu éprouvés de la navigation, nous n'avons pas la foi de cuisiner et nous allons diner dans le petit restaurant de la marina.
    Ce n'est pas de la grande gastronomie : pizza et burger surgelé mais ça fait l'affaire. On paye en dollars, cest vraiment un village de touriste ici, nous apsserons au pesos cubain sur l'île principal. On ne traine pas trop, repos de marins !!
    Les mer

  • J223, Cayo Largo

    22.–26. des. 2025, Cuba ⋅ 🌬 25 °C

    Après une nuit de repos à la marina de Cienfuego, où nous avons profité de rincer et frotter le bateau, nous largons les amarres pour nous rendre au mouillage.
    Le mouillage se situe non loin de la, à proximité d'une splendide plage de sable blanc, playa sirena.
    Nous y retrouvons Jules et Noemie et nous mettons l'ancre à côté, les Blue Moana viennent d'y arriver aussi. Les trois bateaux flottent cote cote dans une eau turquoise !

    Comme annoncé, le vent d'est s'est bien levé. Les bateaux tirent sur leur ancre mais le sable les retient bien.
    Nous enfilons nos maillots et nous partons faire une session de snorckeling. L'eau est clair, on decouvre une très belle diversité. Nous sentons que nous sommes plus au nord, l'eau est plus froide ! (Je ne suis pas prête à rentrer me baigner en Bretagne!!).
    Les poissons ne sont pas peureux car ils ne sont que très peu pêché ici (peu de materiel et réglementation locale).

    Le soir, nous nous retrouvons tous à bord de Zoan pour diner le thon pêché par Malo. On le grille au barbecue et chacun ramène légumes et autres accompagnement. La régalade !

    Nous discutons Noël : le 24 au soir nous allons aller dîner chez Lionel et Yamilé un couple franco guyanais. Ce sont des vieux baroudeurs de la mer qu'ils arpentent depuis plus de 20 ans.
    Et pour le 25, nous nous irons sur la plage pour un goûter de Noël et pour nous offrir nos secret santa ! Nous avons tous pioché un nom au hasard auquel nous devons faire un petit cadeau 🎁

    Le mardi justement nous nous affairons avec Malo pour fabriquer nos cadeaux de Noël. Nous sommes obligés d'être inventifs, il n'y a pas de boutique dans le coin ! Malo fabrique un porte savons en noix de coco pour Jules et je fabrique une suspension en macramé avec une petite plante pour Joanne.

    Le matin, j'ai retrouvé Noémie pour aller courir sur la plage. Ça fait du bien, de se défouler sur cette immense étendue de plage. Elle est presque vierge, jusqu'au bout de la plage où il y a un resort qui offre des chaises longues et une zone nudiste 😅 Mais ça n'ouvre que à 10h donc avant ça nous en profitons, seuls au monde. On court pieds nus, mi eau - mi sable.

    Le lendemain, on repart pour 7km en bord de plage. Et puis en ce 24 decembre, nous partons pour la chasse de Noël ! En effet, pour notre diner ce soir c'est langouste au menu, nous devons donc aller chercher le repas.
    Nous partons Malo, Olivier, Joanne et moi à bord de leur annexe direction les roches située à environ 2km de nos bateaux.
    Le vent est encore présent et il y a un peu de mer mais nous y arrivons. Nous arnachons l'annexe à une bouée et c'est parti. Le lasso pour attraper les langoustes entre les mains et c'est parti. C'est une piscine ! C'est vraiment très beau. Nous ne repartons pas bredouille, nous attrapons 7 belles langoustes : énormes !! On va se regaler.

    De retour à bord, nous preparons quelques mets de Noël. Malo va chez les Blue Moana pour tuer et cuire les langoustes, une véritable mission au vu de leur taille !! Un bon couteau entre les yeux puis à l'eau bouillante. Nous montons dans nos annexe avec les vivres pour nous rendre chez Lionel et Yamilé, nous passons une très belle soirée !
    On se regale des produits de la mer, qui trône en profusion sur la table. Lionel et Yamilé, pirates dans l'âme, offre à chacune des filles une véritable perle de culture de Polynésie. Ils en ont plusieurs dans les cales qu'ils commercent au grès de leur voyage ! Nous sommes gâtées 🥰

    Le lendemain, un peu fatigués de la soirée de la veille mais nous sommes bien motivés pour une plongée de Noël avec Malo. On s'équipe et on saute dans l'annexe, le vent est un peu tombé. Heureusement car nous avons un peu de route sur notre petit canot. Nous trainons le kayak ou nous avons mis tout le materiel pour éviter de trop prendre l'eau dans l'annexe. Nous arrivons à passer rle recif, nous mettons l’ancre, nous nous équipons et nous nous immergeons. C'est parti pour une heure de spectacle, c'est magnifique ! L'eau est transparente et de nombreux requins caraibes qui nagent autour de nous, nous tournons la tête et 4 raies léopards dansent avec le courant. C'est magique.

    Nous rentrons avec des étoiles dans les yeux à bord, nous ne tardons pas à retrouver nos amis sur la plage pour le goûter de Noël. Noemie et Jules ont réussi à trouver des fruits et légumes, c'était une vraie mission car la personne leur a vendu cela sous le manteau. Il avait très peur car il n'avait pas le droit de leur vendre. Ils avaient l'impression d'acheter de la drogue ! Tout semble contrôlé par le gouvernement cubain et même vendre des fruits et légumes semble être quelque chose de difficile.
    Cela se ressent dans les prix, les fruits et légumes sont hors de prix...

    Nous nous retrouvons donc tous sur la plage avec les couleurs de fin de journée. On fait un beach-volley avant de passer au goûter et au révélation de nos cadeaux ! Malo a le droit à un beau bracelet tissé à la main avec le nom de Noam réalisé par Yasmine. Wanda m'offre un germoir et des graines pour me lancer dans les graines germées ! Nous sommes gâtés. On passe une belle fin de journée avec un coucher de soleil magnifique sur les trois bateaux.
    Les mer

  • J226, Cayo Sal y Cayo Guano

    26.–29. des. 2025, Cuba ⋅ ☀️ 25 °C

    Ce matin, nous préparons le bateau pour partir en navigation. Nous changeons de mouillage, nous partons à l’est pour Cayo Sal. Nous souhaitons caboter en deux jours afin de nous rendre jusqu’à Cienfuego, ville située sur l’île principale de Cuba. Cela va nous permettre de couper la navigation et de visiter les petites roches au large des côtes cubaines.

    La veille, nous avons réalisé nos papiers de sortie à la marina de Cienfuego. Ils nous donnent un « permiso » sur lequel est retracé l’ensemble des ports où nous nous sommes rendus et où nous allons nous rendre à Cuba. Nous devons remettre ce papier aux autorités à chaque nouvel endroit où nous arrivons. Nous payons également le mouillage, qui est calculé en fonction de la taille du bateau (0,80 $/pied/jour).

    Avant de réaliser les démarches, nous nous arrêtons à bord du Rebelle, le bateau de Lionel et Yamilé. Tous les copains étaient à bord, c’était atelier perçage des perles de culture offertes à Noël ! J’ai percé la mienne pour pouvoir l’enfiler sur une petite chaîne dorée, c’est super joli.

    Jules et Noémie mangent du lambi chez Lionel et Yamilé ce soir. Nous étions là au moment des préparatifs. Lionel a fait le prof pour nous montrer comment préparer ce gros coquillage.

    Étape 1 : Attraper le coquillage, compter deux « mailles » depuis sa pointe.

    Étape 2 : Frapper avec le bord d’un couteau pour faire une ouverture au niveau de cette deuxième maille.

    Étape 3 : Passer le couteau au travers de l’ouverture pour sectionner le nerf.

    Étape 4 : Extraire le mollusque.

    Étape 5 : Éplucher le mollusque, enlever sa peau et les parties indigestes.

    Étape 6 : Frapper le mollusque pour le rendre plus tendre !

    Étape 7 : C’est parti pour la cuisson !

    Malo tente le coup et arrive à sortir le coquillage, c’est une sacrée préparation.

    Nous levons donc l’ancre ce samedi pour caper vers l’est. Nous sommes au près mais le vent est assez faible. On débute toutes voiles dehors, mais nous sommes assez vite contraints de passer au moteur, faute d’air !
    Nous continuons d’avancer en flottille : les Zoan sont partis en premier, nous, suivis de près par les Blue Moana.
    Sans surprise, nous arrivons les derniers !
    L’eau est magnifique, turquoise et transparente, c’est incroyable. Nous arrivons vers 15h30. Nous ne tardons pas à mettre le kayak à l’eau pour explorer l’île.

    C’est un plateau rocheux, corallien, plutôt inhospitalier à premier abord ; la roche est abrasive. Nous avons les masques et les tubas et, de temps à autre, nous passons la tête par-dessus le kayak pour regarder. C’est essentiellement du sable et des herbiers. Nous avons vu assez peu de reliefs et de récifs.
    Nous croisons Jules et Noémie qui exploraient aussi les environs. Ils ont rencontré des pêcheurs qui leur ont offert une langouste !
    Et en effet, nous tombons aussi sur eux. Ils établissent leur campement sur l’île, ils y restent pour quelques jours. En posant pied à terre, nous découvrons de nombreux restes de tortues : un territoire de pêcheurs !

    Après une belle vadrouille en kayak, nous revenons à bord. J’en profite pour développer ma dernière pellicule exposée. C’est plus agréable de faire des activités dans le bateau car les températures sont plus clémentes depuis notre arrivée à Cuba.

    Nous restons tous tranquilles ce soir, le mouillage a l’air assez calme pour une bonne nuit. Mais en fait, à 21h, le vent et la houle se lèvent. On va passer une nuit bien agitée, comme si nous étions en navigation ! Heureusement, les trois bateaux ont bien tenu à l’ancre.

    Le lendemain, on s’équipe pour aller plonger. On arrime le kayak à l’annexe, on y monte les blocs et c’est parti.
    Nous partons à la recherche d’un tombant avec la carte des fonds à côté de nous. On ne trouve pas de gros récifs mais on se met à l’eau autour de petites cailles. Ce n’est pas notre plus belle plongée, mais c’est quand même toujours génial d’avoir la tête sous l’eau.

    Malo continue sa journée sous l’eau en partant pour une petite chasse en début d’après-midi ; il nous ramène une jolie langouste pour ce soir. Nous ne sommes pas près de mourir de faim ici !!
    Pendant ce temps, je profite des UV pour faire quelques cyanotypes avec des fleurs que j’avais récoltées aux San Blas.

    Dans l’après-midi, Noémie et Jules lèvent l’ancre pour se rendre, à 7 miles de là, à Cayo Guano. Nous ne tardons pas à les suivre. Les Blue Moana, eux, restent sur ce mouillage et partiront directement à Cienfuego demain.

    Sans vent, nous atteignons notre nouvelle zone d’ancrage au moteur. En route, Malo pêche un énorme barracuda à la traîne ! Nous préférons le relâcher à cause du risque de ciguatera. Des locaux nous ont dit que la ciguatera était présente uniquement au nord de Cuba, mais nous préférons ne pas prendre le risque.

    Nous arrivons à Cayo Guano, où un imposant phare rouge et blanc nous domine depuis son roc. Notre ancre a un peu de mal à prendre, le sol semble être très dur sous le sable. On ajoute pas mal de chaîne pour limiter le risque de déraper dans la nuit. Le coucher du soleil commence doucement, les couleurs sont sublimes. On saute dans l’annexe pour nous rendre à terre, on aimerait voir le phare.
    Un des deux gardiens du phare nous accueille et nous aide à nous amarrer. On croise Noémie et Jules descendant du phare : « C’est magnifique ! ». Un des deux gardiens nous fait signe : « Venez, vous pouvez monter aussi ! ». C’est parti, nous nous empressons de gravir les plus de 200 marches qui nous conduisent au sommet des 53 mètres de haut, pile à l’heure pour les dernières lueurs du soir. Nous sommes accompagnés par l’un des gardiens.
    Il nous explique qu’ils se relaient par duo : un mois au phare, un mois à terre, un mois au phare, un mois à terre… Cette année, ils passent les fêtes ici, mais l’année prochaine ce sera dans leur famille. Leur quotidien : petits travaux quand nécessaire, pêche, télé… Un sacré travail, gardien de phare ! Il nous explique que ce phare a été construit en cinq ans, en 1960, par un ingénieur français.
    De tout là-haut, nous avons un panorama exceptionnel sur les bateaux et la mer.
    En redescendant, nous proposons une bière à partager avec eux.

    Nous regagnons notre bord à la tombée de la nuit. Demain, nous partons pour Cienfuego ; nous avons plus de 45 miles à parcourir. On prépare le bateau pour être prêts à lever les voiles à 6h. Noémie et Jules partiront en même temps, et les Blue Moana un peu plus tôt car ils ont quelques miles de retard. On espère dormir un peu mieux que la nuit dernière, qui était agitée !

    À 5h30, le réveil sonne. La nuit était un peu secouée, mais moins que la veille. On se met en route, on hisse la grand-voile, je vais à l’avant pour remonter l’ancre, Malo allume le moteur, on prend notre cap et nous déroulons le génois. Nous sommes au près serré mais on a un peu de vent, c’est déjà ça ! Il est censé retomber dans l’après-midi, on espère en profiter au maximum avant de passer au moteur. On vise une arrivée à 17h à Cienfuego ⛵️

    La navigation se passe bien, nous apercevons même quelques dauphins. Nous gardons les voiles au maximum, mais à 19 miles de l’arrivée nous sommes obligés de passer au moteur. Il est 14h, ça y est nous apercevons les côtes de Cuba !
    Les mer

  • J228, Cienfuego

    29.–31. des. 2025, Cuba ⋅ ☀️ 25 °C

    Nous mettons pied sur l’île de Cuba après une dizaine d’heures de navigation. Nous jetons l’ancre à côté de nos fidèles acolytes : Blue Moana et Zoan. Nous sommes dans une baie gigantesque que nous avons rejointe grâce à un chenal de quatre miles de long, serpentant entre les vallées cubaines. Le vent est complètement tombé ; on se croirait sur un lac.

    Nous nous rendons rapidement au bureau d’immigration de la marina de Cienfuegos afin d’effectuer les démarches nécessaires. À proximité du bureau, nous apercevons déjà une vieille voiture : notre imaginaire cubain prend forme. Nous répondons une nouvelle fois aux différentes questions de l’agent afin de nous enregistrer. Une fois les formalités terminées, nous nous retrouvons tous à bord de Blue Moana pour célébrer l’anniversaire de Wanda. Puis, nous allons dîner ensemble dans un restaurant aux abords de la ville.

    Les rues sont plongées dans le noir. Nous apprenons que, la moitié de la semaine, une partie de la ville est privée d’électricité, et que l’autre moitié de la semaine, c’est l’autre partie qui l’est. Ici, l’électricité est produite grâce à des centrales à combustible ; cependant, depuis la guerre en Ukraine et les tensions entre Trump et le Venezuela, principal fournisseur d’essence de Cuba, le pays se retrouve dans une situation très complexe pour s’approvisionner en carburant. Le restaurant que l’on nous a conseillé fonctionne grâce à un groupe électrogène.

    Nous devons être dans un quartier chic : nous observons de petites maisons pavillonnaires bien entretenues, une longue avenue bordée de palmiers. De nombreuses personnes se déplacent en scooter, à vélo ou à bord de vieilles voitures. Nous découvrons les plats cubains : une petite soupe, du riz accompagné de haricots rouges, un peu de salade et de la viande. Nous passons une belle soirée que nous terminons chez Blue Moana pour souffler les bougies de Wanda !

    Le lendemain, nous nous réveillons tranquillement à bord de Noam. La mer est belle et calme. Nous décidons d’aller arpenter les ruelles de Cienfuegos avec Malo. Le soleil brille, mais les températures restent agréables. Nous attendons l’arrivée d’un front froid venant du nord, qui devrait apporter du vent et des températures plus fraîches dans les prochains jours.

    Nous longeons la mer en direction du centre-ville et admirons les superbes voitures : ce n’est pas un mythe ! Les rues sont organisées en carrés, bien droites. Nous découvrons un collectif d’artistes cubains. L’ambiance est bien différente de tout ce que nous avons connu jusqu’alors. Les gens sont très polis et sympathiques, les bâtiments très hauts, aux peintures quelque peu défraîchies.

    Nous constatons qu’il y a très peu d’enseignes sur les bâtiments. Nous croisons plusieurs points de vente ou de collecte où les habitants viennent s’approvisionner en produits de base grâce à des tickets de rationnement. Pas à pas, nous observons le système communiste du pays. Quelques boutiques proposent quelques produits, éparpillés dans des rayons assez vides. Une rue piétonne, en revanche, est bien fournie en souvenirs pour les touristes ; de nombreuses galeries et peintres y exposent également. Les œuvres sont jolies, et nous risquons bien de craquer d’ici la fin du séjour.

    Nous arrivons sur la place principale, où trônent le théâtre et l’ancien casino espagnol, aujourd’hui converti en musée. Le gardien vient discuter avec nous ; il s’appelle Mario. Il a l’air adorable. Nous allons manger un morceau, mais nous lui promettons de revenir pour une visite. Il nous faut un certain temps pour trouver un restaurant, puis nous finissons par dénicher un petit endroit, dans une salle assez sombre, mais fréquentée par des Cubains. Le service est excellent, la serveuse aux petits soins. Ce n’est pas de la grande cuisine, mais nous mangeons pour moins de 10 €. Ici, la monnaie est le CUP ; nous échangeons nos dollars directement dans la rue : 1 $ = 420 CUP.

    Après notre repas, nous retrouvons Mario comme promis. Il nous fait visiter cet ancien bâtiment où trônent de nombreuses maquettes de trains. Cuba fut le premier pays des Caraïbes et d’Amérique centrale à disposer d’un réseau ferroviaire, malheureusement vétuste aujourd’hui. Il nous explique comment la chute de l’URSS, dans les années 1990, a provoqué une crise profonde de l’économie cubaine, puis il évoque la révolution menée par Fidel Castro. Aujourd’hui, Mario nous parle des difficultés à se nourrir et à accéder aux denrées de base. Nous passons un excellent moment aux côtés de cet homme au rire communicatif.

    En le quittant, un homme nous aborde pour nous vendre des cigares. On a l’impression qu’ici, tout se trouve « sous le manteau » : les gens se débrouillent.

    Nous prenons ensuite le chemin du retour vers la marina, car nous devons préparer nos affaires. Demain, nous partons pour La Havane avec Noémie et Jules afin de fêter le Nouvel An. Nous prévoyons d’y passer environ une semaine pour découvrir les terres cubaines. Après La Havane, nous projetons de nous rendre à Viñales, terre d’agriculture et de plantations de tabac. Noémie et Jules ont trouvé un taxi collectif (minibus) pour 100 $ pour quatre personnes jusqu’à La Havane. Le transport est ce qu’il y a de plus cher ici. Nous avons hâte de découvrir La Havane, où nous espérons danser au rythme de la salsa cubaine.

    De retour à bord, nous préparons nos affaires. Demain, nous déposerons le bateau à la marina afin de voyager plus sereinement à terre. Il fait presque froid ce soir ! Le front froid arrive, et on le sent bien. Malo passe une bonne partie de la soirée à discuter sur WhatsApp avec un homme intéressé par l’achat de Noam, un fan absolu de Dufour. C’est une piste sérieuse ! Pendant ce temps, je fais un peu de traitement photo : de beaux souvenirs de Colombie.

    Le lendemain matin, on ne chôme pas : on déplace le bateau à la marina, on termine le rangement, et on va dire au revoir à nos amis de Blue Moana — nous ne savons pas si nous les reverrons à notre retour. Jules et Noémie nous appellent : on se dépêche, le bus est là ! Un minibus nous récupère devant la marina, cap sur La Havane. Trois heures trente de route à travers le pays, la capitale se situant sur la côte nord. Nous empruntons l’autoroute nationale, une grande route avec très peu de circulation. Nous croisons de nombreux chevaux, des carrioles tractées par eux, des vélos… La pénurie d’essence se fait sentir. La terre est ocre ; on observe des plantations de bananes et de canne à sucre, mais aussi des arbres qui nous rappellent la métropole. Ça change !
    Les mer

  • J229, Nouvel an à La Havane

    31. des.–2. jan. 2026, Cuba ⋅ ⛅ 21 °C

    Après trois bonnes heures de taxi, nous atteignons enfin la capitale du pays. La Havane se dévoile à nous à travers de grands bâtiments à l’architecture à la fois haussmannienne et hispanique, héritage de l’époque coloniale espagnole et de la prospérité du début du XXᵉ siècle. Mais dès le premier regard, le constat est frappant : de nombreux immeubles sont vétustes, parfois en ruine, comme figés dans le temps. Et ce n’est que le début de la découverte…

    Nous sommes accueillis par Gisèle, une Cubaine qui nous ouvre les portes de l’appartement où nous allons passer deux nuits. Il est idéalement situé, près de la place de la Cathédrale, au cœur de la vieille Havane. Gisèle est une vraie pipelette. Elle nous met rapidement en garde contre les escroqueries visant les touristes, particulièrement fréquentes le 31 décembre. Elle nous explique aussi que, depuis le Covid et la crise économique aggravée par l’embargo américain, les touristes se font rares et l’économie du pays est exsangue.

    Après avoir posé nos sacs, nous partons à la découverte de la ville. Nous sommes surpris par le peu de monde dans les rues : beaucoup de bâtiments sont fermés, délabrés ou abandonnés. Il y a bien de la musique et une certaine ambiance, mais nous nous attendions à beaucoup plus d’animation pour le 31 décembre. Gisèle nous avait prévenus : ici, cette date se passe généralement en famille. Elle nous a d’ailleurs invités à dîner autour d’un cochon grillé le soir même… on verra si nous y passons !

    Un front froid s’est installé sur l’île. Nous avions prévu des tenues légères, mais finalement nous enfilons jeans et écharpes. La chute de température est impressionnante, nous n’y sommes plus habitués 😅
    Nous arpentons les rues où circulent de nombreuses voitures mythiques des années 50, maintenues en vie par un système D permanent. Des groupes de musique cubaine jouent dans les bars.

    Nous trouvons un petit restaurant pour déjeuner, un peu caché dans un immeuble. Deux musiciens, y jouent, aussi gentils que talentueux. Nous passons des heures avec eux, à discuter, pendant qu’ils nous jouent des morceaux à la guitare et aux maracas.

    Entre deux chansons, ils nous parlent de la situation critique du pays. De la révolution cubaine, de Fidel Castro, et de ce qu’ils considèrent comme une trahison du peuple en s’inscrivant durablement dans un modèle communiste autoritaire. Ils nous expliquent comment vivre dans un pays où un médecin gagne environ 8 000 pesos par mois en fin de carrière, soit à peine 20 € mensuels, et où l’État n’accompagne pas le développement agricole. Ils nous citent egalement l'exemple des retraités. Certaines pensions ont été doublées récemment par le gouvernement : elles sont passées de 1 500 pesos (3.5$) par mois à ... 3 000 pesos (6$)/mois ce qui ne permet toujours pas aux personnes de vivre dignement. L’inflation, les pénuries, le rationnement, les difficultés d’approvisionnement font partie du quotidien. Puis ils reprennent leurs instruments et chantent à nouveau : pour eux, la musique est leur échappatoire.

    Après ce long moment de partage, nous repartons nous balader.
    La vétusté de certains bâtiments est saisissante. L’hyper-centre reste la vitrine : des édifices magnifiques, bien entretenus, souvent restaurés pour le tourisme. Mais dès que l’on s’éloigne, l’état des immeubles devient alarmant. Les murs sont couverts de slogans révolutionnaires : « Hasta la victoria siempre » (« Toujours jusqu’à la victoire »), « Patria o muerte » (« La patrie ou la mort »). Les paroles de Vicente, l’un des musiciens, prennent alors tout leur sens. En parallèle, d’autres slogans, souvent à l’effigie du Che Guevara, prônent des idéaux sociaux et poétiques : « En mis sueños no tendrán fronteras… » (« Dans mes rêves, il n’y aurait pas de frontières… »).

    Nous dînons en terrasse (avec des pulls !) puis poursuivons la soirée dans un petit bar. On nous prévient : entre minuit et une heure du matin, mieux vaut éviter de se promener. La tradition à Cuba consiste à jeter des seaux d’eau sur les passants pour célébrer la nouvelle année ! Effectivement, depuis la fenêtre du bar, nous voyons quelques malheureux recevoir une douche improvisée 😅

    Passé minuit, nous flânons encore un peu dans la ville, qui reste étonnamment calme pour une capitale. Ce n’est pas la fête à laquelle nous nous attendions, mais la soirée reste agréable et marque un joli début d’année !

    Le lendemain, nous poursuivons notre exploration. Nous nous offrons un bon brunch en terrasse avant d’arpenter différents quartiers jusqu’au Malecón, la célèbre promenade en bord de mer. Pour y parvenir, nous traversons plusieurs places mythiques et passons devant le Capitole, réplique impressionnante du Capitole de Washington. Le contraste est saisissant : ce bâtiment immaculé fait face à des immeubles en ruine, derrière lesquels on aperçoit du linge qui sèche, preuve que des gens y vivent encore… on se demande comment.

    Nous passons devant plusieurs bodegas, magasins d’État aux prix fixés par le gouvernement, où l’achat est conditionné par des tickets de rationnement. Enrique nous expliquait que, dès qu’il faut acheter plus, les prix explosent et deviennent inaccessibles avec un salaire local. C’est pourquoi travailler avec les touristes et être payé en « monnaie dure » (euros ou dollars) est souvent la seule solution pour s’en sortir. L'inflation de leur monnaie est énorme : il y a 1 an, 1€ = 25 pesos et aujourd’hui 1€ = 470 pesos ! Les prix ont augmenté mais les salaires non.

    Depuis le 1er janvier 2024, le gouvernement a autorisé l'ouverture de boutiques privés "les pymes". Celles-ci peuvent importer des produits pour être vendu complétant ainsi l'offre gouvernementale. Cependant, les prix restent contrôlés par l'état. Ces boutiques ont l'autorisation d'importer aussi des scooter et voitures conduisant à la multiplication des petits scooters électriques et de véhicules. Comme certains nous disent Cuba change tout les jours, vous revenez dans 6 mois tout sera différent !

    Le long du Malecón, nous observons des embarcations bricolées pour la pêche : ici, chacun se débrouille comme il peut. Une magnifique voiture rose, une Ford Deluxe 1948 originale, attire alors notre attention. Miguel, son chauffeur, nous propose un tour de la ville pour 30 dollars à quatre. Allez, moment touristes assumé ! Nous embarquons pour une virée à travers La Havane, passons sous le bras de mer, devant l’ancienne maison du Che Guevara et plusieurs représentations de Fidel Castro, encore omniprésent dans la capitale.

    Nous arrivons à un point de vue dominé par une grande statue du Christ. Noémie avait emporté des médicaments et des stylos pour en faire don. Nous rencontrons une vieille dame qui mendie ; elle est profondément reconnaissante en recevant les médicaments. Les pharmacies que nous avons croisées étaient totalement vides. Je ferai le tri des médicaments restants sur le bateau pour les distribuer plus tard à Santiago de Cuba, durement touchée par la tempête Melissa.

    Nous poursuivons la visite, admirons de superbes bâtisses, faisons nos photos de touristes sur la voiture 😅, puis nous nous arrêtons sur la place de la Révolution, là où Fidel Castro a prononcé certains de ses discours mythiques, dont l’un a duré plus de sept heures. Pour certains Cubains, ce moment symbolise la trahison du peuple ; pour d’autres, Fidel reste un héros incontesté.

    Nous remercions Miguel et rentrons tranquillement vers l’appartement pour faire un point sur notre argent. Il ne nous reste presque plus d’espèces (le reste est au bateau) et retirer de l’argent ici s’avère être une véritable mission. Nous apprenons que certains grands hôtels permettent de payer par carte et d’obtenir du cash. Le bureau est fermé, nous reviendrons le lendemain matin. En nous enfonçant dans les rues, nous slalomons entre déchets et tas de pierres. Alors que je filme une rue dégradée jonchée de détritus, un homme me lance : « Estás mirando los logros del comunismo » — « Tu regardes les succès du communisme ». À cet instant, nous restons silencieux tous les quatre. La misère côtoie les hôtels de luxe : c’est assez bouleversant.

    Nous trouvons finalement un petit restaurant animé pour dîner. Les portions sont modestes, alors nous partons à la recherche d’un dessert. Dans un restaurant plus chic, nous commandons quatre gâteaux au chocolat… minuscules 😅 Diète imposée ! Nous rentrons ensuite tranquillement à l’appartement.

    Pour notre dernière matinée, nous plions nos bagages et retournons retirer de l’argent. Le taux de change n’est pas avantageux, mais cela nous permet d’être plus sereins pour la suite. Après un petit-déjeuner, nous montons dans un taxi collectif, un minibus qui nous emmène à Viñales, à l’ouest de Cuba. Direction les plantations de tabac… à cheval !

    Je suis ravie d’avoir découvert La Havane et d’avoir un peu mieux compris le pays. Cette ville est splendide, avec ses places et ses bâtiments grandioses, mais cette beauté contraste violemment avec la vétusté des infrastructures et la précarité économique dans laquelle vivent les Cubains.
    Les mer

  • J230, Viñales

    2.–5. jan., Cuba ⋅ ☁️ 23 °C

    Après trois heures de taxi, nous arrivons à Viñales. Nous sommes accueillis dans la casa particular de Daniel et Carmen, dans le village (15 $/nuit pour deux personnes). Nous logeons chez l’habitant : ici, trois générations vivent sous le même toit !

    À Cuba, les touristes sont majoritairement hébergés dans des casas particulares, ce qui permet de véritables échanges avec les locaux et génère un revenu direct pour les familles. Les Américains, d’ailleurs, n’ont pas le droit de loger dans les hôtels, uniquement dans ces casas particulares.

    Nous déposons nos affaires et partons vers le centre du village à la recherche d’un petit restaurant pour déjeuner. C’est très bon : avec Noémie, nous prenons le riz cubain, composé de riz, haricots noirs, œufs, salade et manioc. Les garçons, eux, mangent de la chèvre au vin rouge (cordero estofado), également typique de Cuba.

    Une fois repus, nous partons en vadrouille. Le village est bien animé : toutes les maisons ont une terrasse avec des rocking-chairs où les gens se balancent en regardant passer les habitants et les voyageurs. On entend résonner les fers des chevaux qui tractent des charrettes remplies de bois ou de provisions. On se croirait soixante ans en arrière ! En toile de fond, les montagnes se détachent nettement des plaines : ce sont les mogotes. Nous quittons le village et empruntons un petit sentier de terre rouge, riche en fer.

    Nous sommes dans un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, et on comprend pourquoi : c’est magnifique. Les habitants travaillent la terre à la traction animale, sans intrants chimiques. Les principales productions sont le tabac, bien sûr, mais aussi le riz, le manioc, le maïs et les haricots. Les hommes portent leur traditionnel sombrero et valident tous le chapeau de Malo :
    « Parece a un vaquero !» — « Tu ressembles à un éleveur cubain ! »

    Nous nous dirigeons vers la Cueva de la Vaca (la grotte des vaches). Ici, la roche de ces grandes montagnes est souvent percée de grottes. En nous baladant, un vaquero à l’allure de cow-boy nous interpelle et nous propose de visiter sa ferme, où ils produisent du tabac. Nous n’avons pas d’argent sur nous, mais il nous dit de venir quand même. Nous sommes très bien accueillis par son frère, qui nous explique tout le processus, du semis à la fabrication du cigare. C’est passionnant.

    Nous apprenons que tous les producteurs de tabac doivent revendre 90 % de leur production au gouvernement à un prix plancher. Ces 90 % sont transformés dans des usines d’État pour fabriquer les cigares officiels, avec leurs fameuses étiquettes. Les 10 % restants sont transformés directement chez les producteurs, ce qui leur permet de générer un petit revenu grâce aux touristes. Avant le Covid, il y avait énormément de visiteurs, mais aujourd’hui la situation est plus compliquée.

    Quand nous leur disons que nous sommes venus en voilier, les deux frères nous regardent en plaisantant :
    « Vous n’auriez pas une petite place pour nous ? Sortir de Cuba ! »
    L’un d’eux nous demande si nous pourrions les aider à enregistrer leur activité sur Google pour être plus visibles. Nous repasserons le lendemain pour essayer de les aider.

    Nous poursuivons ensuite notre balade jusqu’à la Cueva de la Vaca. Le site est superbe. Des grimpeurs escaladent les parois rocheuses et, avec la lumière du coucher de soleil, l’ambiance est magique.

    Le soir, nous rentrons à la casa où Carmen et Daniel nous ont préparé le repas (10 $ par personne). C’est délicieux et très copieux. Nous sommes ravis. Nous ne tardons pas à nous coucher : demain, réveil à 4 h pour le lever du soleil.

    Le lendemain, nous sortons du lit alors qu’il fait encore nuit et froid. Nous enfilons un maximum de couches. Notre calèche nous attend devant la maison, tractée par Caramelo, un petit cheval alezan criollo. José Manuel, notre guide, parle français et est super sympa. Nous avons quarante minutes de calèche jusqu’à la montagne. Le cocher aime manifestement son cheval, qui, malgré sa petite taille, nous impressionne par sa force et son endurance.

    Nous descendons pour commencer une marche jusqu’à un point culminant afin d’admirer le lever du soleil. Le froid pique, mais marcher nous réchauffe. Nous arrivons à un point de vue avec une petite cabane où les gens s’affairent à préparer le café et le petit-déjeuner. Peu à peu, l’horizon s’éclaire et nous offre l’un des plus beaux levers de soleil de ma vie : la lumière sur les montagnes, la brume matinale dans la vallée… magique. Des chiens et un chat viennent chercher des caresses autour de nous. José Manuel dresse une table et nous sert un petit-déjeuner délicieux.

    Une fois le jour levé, nous redescendons à travers ce magnifique paysage campagnard : bœufs, chevaux, poules, plantations de tabac, de manioc et de riz.

    Nous reprenons la calèche quelques minutes avec le fidèle Caramelo, puis nous rejoignons nos montures pour une randonnée de cinq heures à cheval à la découverte de la vallée et du parc naturel. Comme en Colombie, les chevaux sont montés à l’américaine (western). Ils semblent en bon état, cela nous convient.
    Malo monte Tequila, Noémie Petit Tonnerre, Jules Mojito, José Manuel Caipirina, et moi Caramelo.

    Les chemins de terre rouge sont souples et peu caillouteux, parfaits pour l’équitation. Les paysages sont splendides : montagnes, plaines, parcelles cultivées, paysans travaillant la terre avec leurs bœufs, cavaliers, animaux en liberté… c’est incroyable.

    Premier arrêt dans une finca, Brisa de Mogote. Un homme y retourne la terre avec ses deux bœufs. Il salue Malo et l’invite à essayer. Malo se prête à l’exercice, mais ce n’est pas si simple ! L’homme nous explique ensuite en détail la transformation du tabac : semis, repiquage, croissance, désherbage manuel quasi quotidien. Lorsque les plants atteignent leur maturité, les feuilles sont récoltées. Selon leur hauteur sur la plante, elles ont un taux de nicotine et des saveurs différentes, ce qui influence l’arôme, la force et le prix des futurs cigares. Les feuilles sont ensuite séchées, la veine centrale (riche en nicotine) est retirée — elle sert d’insecticide naturel — puis les feuilles sont fermentées pendant plusieurs mois dans un mélange de miel et d’épices avant d’être roulées en cigares.

    En tant qu’agronome, je suis impressionné par la qualité des parcelles et leur gestion. Les cultures sont belles et saines, même si je n’ai pas de vision précise des rendements.

    Bien sûr, nous terminons par goûter les cigares, accompagnés du rhum local, qui n’est pas à base de canne à sucre mais d’une petite goyave locale : la guayavita del pinar. À 10 h 30, il faut avoir l’estomac bien accroché ! Nous passons un superbe moment d’échange.

    Nous discutons aussi des quotas imposés par l’État : 90 % du tabac, 10 % du miel, 20 % du café… Par exemple, un sac de manioc de 40 kg peut être vendu 1 500 pesos (environ 4 $) sur le marché libre, alors que l’État l’achète 250 pesos (0,50 $).

    Mario nous explique qu’ils sont paysans, qu’ils ne sont pas malheureux : ils produisent de quoi manger et vivent mieux ici qu’en ville. Le grand-père nous confie que l’une de ses filles est médecin, mais que c’est lui qui l’aide financièrement… Nous apprenons d’ailleurs que les médecins cubains sont une source importante de revenus pour l’État. Les études sont gratuites, mais une fois diplômés, surtout en spécialité, les médecins sont « loués » à d’autres pays. Pendant le Covid, le gouvernement cubain touchait plus de 3 000 € par médecin, tandis que les médecins eux-mêmes percevaient environ 200 €.

    Nous reprenons ensuite nos chevaux, qui nous attendent sagement à l’ombre. Nous nous autorisons quelques petits galops avant d’arriver dans une finca où sont produits le miel et la guayavita pour le rhum. Le miel provient d’abeilles natives, récolté uniquement par un processus naturel, sans cadres. La production est extrêmement limitée : environ 5 litres tous les cinq ans ! Les ouragans fragilisent aussi beaucoup cette activité en abattant les arbres.

    Le rhum de guayavita, quant à lui, est distillé à partir de ce petit fruit, qui n’est finalement pas une goyave mais se rapproche plutôt du raisin. À l’époque coloniale espagnole, la région produisait du raisin (d’où le nom Viñales), mais les Américains ont ensuite favorisé la culture du tabac, plus rentable. Il reste de cette époque la guayavita. La production d’alcool étant strictement contrôlée par l’État, les paysans envoient la récolte à une usine à Pinar del Río, récupérant ensuite 50 % des bouteilles pour la vente. Là encore, les ouragans menacent cette production. À la fin de la visite, on nous offre un cocktail bien chargé ! Jules et Malo jouent les Cubains avec leurs cigares 😅

    Nous repartons ensuite déjeuner chez Christelle et José Manuel. Christelle, Suisse installée à Cuba depuis plusieurs années, a organisé tout notre périple. Nous partageons encore un repas plus que généreux et discutons longuement sur la terrasse.

    En fin de journée, nous rentrons à notre logement. Comme souvent, il n’y a pas d’électricité. Heureusement, nos hôtes disposent de panneaux solaires et d’un petit générateur, mais cela représente un coût important. Depuis deux ans, les coupures sont très fréquentes et de plus en plus imprévisibles. Beaucoup essaient de s’équiper, quand ils en ont les moyens. Christelle s’interroge : pourquoi investir des millions dans de nouveaux hôtels à moitié vides plutôt que de rénover des infrastructures électriques héritées de l’URSS et totalement vétustes ?

    Grâce au générateur, nous profitons d’une bonne douche chaude avant d’aller dîner en ville. Fatigués mais curieux, nous tentons une soirée dans une boîte de nuit située dans une grotte. Direction le Palenque. Nous arrivons un peu tôt, l’ambiance est encore calme, ce qui décourage Jules et Noémie, qui rentrent se reposer. Avec Malo, nous restons un moment pour découvrir ce lieu mythique : du reggaeton dans une grotte semi-ouverte. Thibaud, un Guadeloupéen rencontré chez Christelle, nous rejoint. Nous ne tardons pas à rentrer nous reposer à la casa.

    Le lendemain, Noémie et Jules prennent un taxi pour Cienfuegos. Nous décidons de rester un jour de plus à Viñales, tant l’endroit nous plaît. Après un dernier petit-déjeuner ensemble, ils partent pour un long trajet.

    Nous enfilons nos baskets et repartons explorer les environs. Nous retournons dans la première ferme de tabac pour tenter de les référencer sur Google. Malgré un VPN, c’est impossible :
    « En raison des sanctions internationales, nous ne pouvons pas référencer cette entreprise. »
    Ici, tout peut vite devenir compliqué. Ils nous remercient malgré tout.

    Nous passons la journée à marcher, près de 20 kilomètres à travers ces paysages superbes. Champs, rivière, grotte… parfois nous nous égarons dans les broussailles, couverts de feuilles et de graines. En fin de journée, nous rentrons fatigués mais heureux… avec la mauvaise surprise de découvrir quelques tiques ! Nous les retirons patiemment. C’est le prix de l’aventure.

    Le soir, nos hôtes nous préparent encore un dîner exceptionnel, bien au-delà de notre faim.

    Aujourd’hui, lundi, nous reprenons un taxi collectif pour Cienfuegos, des étoiles plein les yeux en quittant Viñales. Dans le taxi, un couple d’Australiens discute avec nous de la situation au Venezuela. Nous sommes un peu sans voix face aux incertitudes et aux répercussions à venir. Depuis la capture de Maduro, nous essayons de nous informer malgré un accès à Internet très limité.
    Les mer

  • J131, Trinidad

    6. januar, Cuba ⋅ ☀️ 28 °C

    De retour à Cienfuegos, nous nous décidons d’aller visiter Trinidad. Nous réservons un taxi collectif pour 10 $ par personne, qui vient nous récupérer directement à la marina.

    Nous quittons le bateau, encore couvert de la rosée du matin — une nouveauté depuis que nous sommes à Cuba ! Nous embarquons pour un peu plus d’une heure de taxi afin de rejoindre Trinidad, ville située à l’ouest de Cienfuegos et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le taximan, toujours très sympa, nous accueille dans sa vieille Renault. Les routes sont assez larges, laissant la place aux charrettes, vélos, scooters, tuk-tuks, voitures et piétons. Une longue ligne droite longe la mer jusqu’à Trinidad. Les routes sont plutôt désertes comparées à nos habitudes européennes ! On repère quelques petites criques sympas que l’on garde en tête pour y revenir avec le bateau.

    Sur la route, nous embarquons une famille : le papa, la maman et leur petit garçon, installé bien serré sur les genoux de sa mère à l’arrière. Le long de la route, de nombreux Cubains lèvent le pouce, parfois en agitant des billets. Le stop est très courant ici ; les gens s’arrêtent selon leur bon vouloir, parfois en échange d’argent, parfois non.

    Nous arrivons à Trinidad. L’architecture de la ville nous fait tout de suite penser à Carthagène, en Colombie : des maisons colorées à l’architecture hispanique. Fondée au XVIᵉ siècle par les Espagnols, Trinidad s’est enrichie grâce à la culture de la canne à sucre, notamment dans la vallée de los Ingenios toute proche. Lorsque l’industrie sucrière s’est effondrée, la ville est peu à peu tombée dans l’oubli, ce qui a permis de préserver son centre historique quasiment intact.

    D’ordinaire très touristique, la situation géopolitique actuelle nous permet de profiter d’une ville presque vide de visiteurs.

    Les Blue Moana sont ici depuis quelques jours et nous avons prévu de les retrouver pour le déjeuner. Avant cela, nous nous dirigeons vers le sud de la ville et marchons pour prendre le pouls de l’endroit. Les ruelles du centre sont pavées et bordées de petites boutiques. Depuis deux jours, un deuil national a été décrété à Cuba suite à l’assassinat de 32 Cubains lors de l’assaut des États-Unis pour capturer le président vénézuélien Maduro. Par conséquent, la musique live est interdite. Trinidad est habituellement connue pour la musique qui émane de ses rues, mais celles-ci sont donc particulièrement calmes ces jours-ci.

    Nous arrivons sur l’une des places centrales, où de nombreux bancs sont installés. Quelques touristes s’y promènent, mais surtout beaucoup de Cubains. Nous sommes rapidement sollicités par une dame assez insistante qui nous demande si nous avons des choses à lui donner : médicaments, dentifrice, vêtements… Nous avons bien du dentifrice, une plaquette de Doliprane et des stylos, mais son insistance nous met mal à l’aise. Tout au long de notre balade, plusieurs personnes vont nous solliciter. On nous avait prévenus, mais jusqu’alors nous n’y avions pas été trop confrontés ; la ville étant plus touristique, la sollicitation est ici plus présente.

    Nous continuons notre route en nous éloignant du centre-ville et arrivons dans des ruelles plus vétustes, bordées de petites maisons mitoyennes. Nous observons la vie quotidienne : les gens peignent leurs maisons, achètent leur pain, boivent leur café, discutent avec leurs voisins… On remarque de petites cages suspendues aux façades, avec des oiseaux qui chantonnent. C’est une tradition, nous explique un monsieur. Sur un toit, des cages abritent des coqs qui attendent leur tour avant d’entrer dans l’arène. À Cuba, comme dans beaucoup d’îles de la Caraïbe, les combats de coqs font partie de traditions encore très ancrées. Un quatuor de personnes âgées est assis autour d’une table, tapant les dominos sur une petite table en bois devant leur maison.

    Un petit monsieur fripé, nous interpelle avec un grand sourire. Nous discutons et il nous demande si nous aurions des médicaments pour la pression artérielle. Malheureusement non, mais nous lui donnons le Doliprane, qui pourra peut-être soulager certaines douleurs.

    Au détour d’une rue, nous voyons un homme sur la terrasse de sa maison proposer un service de barbier. Malo s’installe donc sur le fauteuil pour se faire tailler la barbe et couper les cheveux. Pour 300 pesos (environ 90 centimes), il repart avec quelques poils en moins !

    Il est temps de retrouver nos acolytes des Blue Moana. Nous nous retrouvons au « Musée de la lutte contre les bandits ». Nous sommes contents de les revoir ; ça devient presque comme la famille ! Nous décidons de visiter le musée, installé dans un ancien monastère, puis école, avant de devenir musée. Une dame nous fait la visite de ce lieu qui retrace, à travers des objets et des photos, la période de la révolution de Fidel Castro contre les partisans de Batista, appelés ici la contre-révolution ou « les bandits ».

    Dans les grandes lignes :
    - 1953–1959 : Révolution cubaine menée par Fidel Castro pour la chute de Batista, alors président de Cuba.
    - 1959 : Chute de Batista et arrivée au pouvoir de Fidel Castro.
    - 1959–1965 : Lutte contre les « bandits », représentant les derniers partisans de Batista.

    La guide nous explique les combats, les alliés, la chute des contre-révolutionnaires… On ne peut s’empêcher de constater un parti pris assez clair en faveur du régime actuel dans la construction du musée et de la visite. Nous terminons la visite en montant au clocher. Du haut de ses 34 mètres c'est le point culminant de la ville !

    Après la visite, nous allons déjeuner tous ensemble dans un petit restaurant niché dans les ruelles colorées. Nous échangeons sur nos dernières aventures à Viñales, à La Havane, et ici à Trinidad. Nous restons un moment à papoter avant de nous séparer.

    Avec Malo, nous partons ensuite en direction de l’ancienne gare, où les rails accueillent encore de vieilles locomotives. Deux petits garçons nous accompagnent et nous demandent ce que nous avons ; nous finissons par leur donner deux stylos. Je m’interroge beaucoup sur ces pratiques de dons : il n’est pas si évident de donner sans réfléchir aux répercussions, notamment sur les enfants. Il est important, je pense, de ne pas les habituer à voir le touriste blanc comme une « machine à dons » et de leur laisser leur dignité. Nous décidons donc que nos prochains dons seront destinés aux professionnels de santé et/ou aux écoles, plus à même de redistribuer. À bord, nous avons un stock de médicaments que nous n’utilisons pas, et à Cuba, les étagères vides des pharmacies témoignent de la pénurie.

    Les deux garçons sont rapidement rejoints par deux écolières sortant de l’école. L’une d’elles tient absolument à nous faire visiter les trains, dans lesquels nous ne tardons pas à monter. C’est impressionnant : ces vieilles locomotives à vapeur fonctionnaient au diesel, le charbon n’étant pas disponible sur l’île. On sonne les cloches, on crapahute sur les wagons rouillés. En arrière-plan, un petit garçon ramène une chèvre chez lui à l’aide d’une corde, deux messieurs rentrent du travail à vélo, et une dame vient réprimander les jeunes garçons pour s’être aventurés ici sans autorisation ! Nous faisons de jolies photos, mais il est déjà temps de rentrer : notre taxi retour nous attend.

    Nous aurions bien passé une nuit ici, tant la ville semble riche, entre montagnes et mer. Malheureusement, le temps commence à se raccourcir pour nous et nous devons poursuivre notre route.

    Nous retrouvons Ranyer, notre chauffeur, sur la place. Il met de la musique électro dans la voiture et c’est parti, c’est drôle ! Sur la route, nous lui demandons de s’arrêter chez un marchand de légumes afin de faire quelques provisions avant de repartir en mer. Il accepte avec plaisir. Nous admirons les superbes tresses d’oignons et d’ail, qui me rappellent celles de chez moi. Nous avons d’ailleurs croisé plusieurs vieux messieurs vendant leurs tresses, comme les Johnnies de Bretagne.

    La voiture fait un peu des siennes sur la route ; nous nous arrêtons, Ranyer resserre la cosse de la batterie, et nous repartons. Aux abords de Cienfuegos, il nous propose un petit détour pour acheter du lait pour ses enfants. Nous passons dans une petite ferme où une dame lui donne deux bouteilles de lait et du yaourt frais. Elle n’en a malheureusement plus pour nous, mais Ranyer nous en offre une : nous sommes ravis !

    Nous arrivons à la marina sous le soleil couchant. Nous récupérons notre linge propre, lavé pour 3 500 pesos (un bon gros sac !), et rentrons tranquillement à bord.

    Demain sera consacré aux derniers préparatifs avant de reprendre la mer jeudi, direction Trinidad, puis les Jardins de la Reine.
    Les mer

  • J134, Rio Hondo

    7.–10. jan., Cuba ⋅ ☀️ 26 °C

    Nous passons notre dernière journée à Cienfuegos. Objectif : terminer l’avitaillement du bateau et préparer le départ prévu au petit matin le lendemain.

    Nous commençons par faire les pleins de diesel et d’essence. On espère en trouver, car la situation à Cuba n’est pas idéale en matière de carburant. La marina nous informe que sa pompe est vide, mais qu’il y a du combustible disponible à la station-service dans la rue. On harnache nos bidons sur le diable et on se met en route. Ouf, il y en a ! Le diesel est à 1,10 $ et l’essence à 1,30 $. Après un peu d’attente, la connexion des pompes ne fonctionnait pas, mais ça y est : nous avons fait nos pleins. On réamarre les bidons et on repart à la marina. Sans grande surprise, le diesel a une couleur sombre et une mauvaise odeur… ce n’est clairement pas de la meilleure qualité. On le mélangera avec notre ancien diesel, de bien meilleure qualité.

    Pendant que Malo retourne au bateau pour ranger les bidons, je m’occupe des papiers de sortie : on paye la marina et on fait le permis de sortie. Notre prochain port est Santiago de Cuba, que nous devrions atteindre d’ici une dizaine de jours, après avoir profité des Jardins de la Reine. Nous terminons nos préparatifs en allant acheter des fruits et légumes à vélo. À midi, on goûte la pizza cubaine ! Ici, tout le monde en mange, à toute heure, pour 180 pesos (environ 0,30 €). Une pâte très épaisse, pas très cuite, une sauce tomate et du fromage 🧀. Ça cale bien l’estomac !

    En rentrant, Bamba, un de nos contacts à Cienfuegos, nous amène les dernières courses que nous n’avons pas trouvées en ville : avocats, œufs… Livraison à domicile, c’est bien pratique. On rentre se poser à bord et, au même moment, on aperçoit un mât : ce sont les Blue Moana ! Ils sont rentrés de Trinidad et reviennent au mouillage. Nous passons une dernière soirée avec eux à bord de Blue Moana, autour d’un de nos traditionnels apéros. Ça y est, c’est le moment des séparations… On se recroisera peut-être en République dominicaine ou en Guadeloupe, mais pas avant un certain temps. Ça fait bizarre, on commençait à s’habituer à nos voisins de navigation après plusieurs mois. Bons vents les amis, à bientôt ✨🫶

    Le lendemain, le réveil sonne aux aurores : nous levons l’ancre à 6h30. Nous avons 30 milles à parcourir. On quitte le chenal et on se met sur notre cap. De petites vagues, régulières et de face, nous gênent dans notre progression. Nous sortons toutes les voiles, mais le peu de vent et la houle de face ne nous aident pas. Malgré tout, après huit bonnes heures de navigation, quasi toujours en appui moteur, nous atteignons le mouillage de Rio Hondo. Juste avant d’arriver à notre point de chute, la canne s’emballe ! Malo ferre le poisson et remonte un magnifique thon de 15 kg !! Située à côté de Trinidad, c’est une petite crique très jolie, avec la montagne en arrière-plan, un pont en face de nous et une jolie maison sur la gauche. Je saute à l’eau avec mon masque pour vérifier les fonds : c’est bon, c’est du sable, on va bien accrocher.

    Le bateau ancré, nous nous lançons dans la préparation du poisson. Malo s’occupe de faire les filets : c’est impressionnant, il est très gros ! Heureusement, nous avons la machine sous vide, c’est l’usine. De mon côté, je prépare de quoi faire des sushis pour ce soir : on va se régaler.

    On profite d’un superbe coucher de soleil avant de déguster nos sushis de poisson frais. Un vrai régal.

    Le lendemain, on s’affaire pour aller plonger. Nous n’avions pas vraiment trouvé de tombants intéressants depuis notre arrivée à Cuba, mais ici, on passe de 3 mètres à 100 mètres de fond sur les cartes. Je sors le matériel : stab et détendeur, que je branche sur les blocs à l’arrière du bateau. On prend nos appareils photo, le tout dans le kayak, et avec l’annexe on rejoint notre point d’immersion. On plonge directement à 39 mètres : ça fait longtemps qu’on n’avait pas eu un peu de profondeur, on est contents. Le fond est assez vaseux et recouvre la roche. On observe un gros pagre, des gramas aux magnifiques couleurs violettes… En remontant progressivement, la plongée devient plus jolie : de beaux reliefs sur le récif, des gorgones et des éponges. Du zooplancton transparent oscille devant nous, tout comme de petites méduses. Après une heure sous l’eau, on remonte à la surface. On rince le matériel et on le fait sécher sur le bateau, tout comme nous : chacun allongé sur le pont, à profiter du soleil pour se réchauffer après l’immersion. Le soleil est agréable ici, juste à la bonne température. On se rend compte que depuis notre arrivée à Cuba, nous n’avons encore eu aucune pluie : c’est la saison sèche !

    Après cette petite sieste, on part en kayak explorer le Rio Hondo, la rivière située de l’autre côté de la plage. Entourés de palétuviers et de mangrove, on rame sur une eau paisible. Malheureusement, on est assez vite contraints de rebrousser chemin : les arbres ont envahi le lit de la rivière et nous empêchent d’aller plus loin. Mais c’est quand même très beau. On profite d’un bain dans l’eau douce, c’est royal. On se fait un peu peur en parlant de crocodiles… Depuis les San Blas, on est un peu parano avec les attaques de crocos !

    De retour sur Noam, on prend deux paquets de poisson pour aller les offrir à la maison située sur la rive : on en a largement assez pour nous deux. C’est le jardinier de la maison qui les récupère et nous remercie avec un sourire timide.

    Une fois encore, le coucher de soleil est sublime. On ne tarde pas à se coucher, car demain nous partons à 6h pour Cayo Blanco, une nouvelle escale en direction des Jardins. Les vents sont favorables uniquement le matin, on ne veut pas rater le créneau.

    Le réveil sonne à 5h. Dernier rangement du bateau pour limiter la gîte liée aux alizés qui nous arrivent au près. C’est parti : on lève l’ancre dans la pénombre, on sort de la crique et on attrape un joli vent. On hisse la grand-voile, on déroule le génois, et nous voilà partis à glisser vers notre prochain point. Les vagues sont moins importantes que lors de notre dernière navigation, c’est plus agréable. Le soleil se lève sur notre bâbord : c’est superbe.
    Les mer

  • J135, Attaque de murène à Cayo Blanco

    10. januar, Cuba ⋅ ☀️ 28 °C

    Nous atteignons Cayo Blanco après quatre belles heures de navigation, le vent nous poussant avec peu de vagues : l’idéal ! Nous découvrons une jolie île aux eaux turquoise. On mange un bout, puis on part visiter l’île : je rejoins la plage à la nage et Malo en annexe.

    J’observe les fonds en chemin ; la visibilité est toujours cristalline. Le fond est sablonneux, parsemé d’herbiers. J’aperçois les restes d’une épave en acier, devenue un véritable îlot de biodiversité où ont fleuri gorettes, poissons-lions, poissons-soleil…

    Nous arrivons à terre et observons le ravitaillement du petit restaurant de l’île. Un catamaran est amarré au ponton et des hommes déchargent du matériel. Ils nous expliquent qu’ils ont reçu de nouveaux panneaux solaires, ce qui leur permettra d’avoir de nouveaux réfrigérateurs et d’autres équipements pour le restaurant. Il s’agit d’un établissement gouvernemental : les employés, travaillant en binôme, se relaient tous les sept jours pour 2 000 pesos par mois…

    Nous décidons de faire le tour de l’île : c’est magnifique ! Elle est essentiellement composée de débris de coraux blancs et de coquillages au bord de l’eau. Les pierres coralliennes s’entassent et, à mesure que l’on avance vers le centre de l’île, elles noircissent. Le contraste entre le bleu de l’eau, le blanc des coraux, le noir des pierres et le vert des plantes est superbe. Nous ramassons de nombreux trésors : coquillages, oursins, petites bouteilles en verre, poissons-globes séchés… Malo grimpe sur le vieux phare qui surplombe l’île. Nous terminons notre tour et rentrons à la nage.

    Nous observons une deuxième épave, ornée de belles anémones et d’oursins, puis retournons voir la première. Une mue de gros crabe est posée près d’un débris de bateau ; je la montre à Malo. Curieux, il plonge pour aller l’attraper. Je le vois glisser sa main sous le débris et… remonter en vitesse, paniqué ! Je me demande ce qu’il se passe : une piqûre de poisson-lion ? Un requin ? Arrivé à la surface, il crie de douleur :
    « C’est une murène verte, elle m’a mordu !! »
    Il parvient à se hisser sur l’annexe, une plaie ensanglantée sur l’avant-bras. Je saute dans l’annexe, démarre le moteur et nous filons au bateau.

    On distingue nettement la trace des crocs acérés de la bête, fins et crochus. On rince à l’eau douce et on désinfecte. J’appelle maman pour obtenir ses premiers conseils d’infirmière. Malgré un réseau très moyen, nous parvenons à faire le nécessaire pour un premier pansement. Malo a déjà moins mal, mais la morsure est impressionnante. Nous prenons rendez-vous par téléphone avec le médecin de notre assurance. Il appelle rapidement Malo en visio, le rassure, lui donne de bons conseils et le met sous antibiotiques pour sept jours. Heureusement, nous avons une bonne pharmacie à bord avec tout le nécessaire ✨️ Malo renverra une photo au médecin dans deux jours pour suivre l’évolution de la plaie.

    Nous sommes un peu rassurés, mais la suite s’annonce compliquée pour Malo : pas de baignade pendant dix jours !! Je vais devoir l’attacher !

    Une fois les émotions retombées, Malo appelle ses parents, puis nous repartons à terre pour boire un petit verre au bar de plage. Il n’y a que les deux employés, c’est désert. Ils nous expliquent que les touristes viennent surtout la journée. Comme toutes les personnes que nous avons rencontrées, ils nous disent que depuis le Covid il n’y a plus grand monde et que, par-dessus tout, Trump ne va pas les aider. Nous observons les nombreux iguanes et bernard-l’ermite qui peuplent l’île. C’est amusant : les coquillages grimpent sur la peau épaisse des iguanes, qui se prélassent mollement au soleil.

    Ils nous offrent une délicieuse coco loco, fraîchement cueillie sur le palmier. Ce n’est pas la saison idéale pour les noix de coco — elles sont meilleures pendant la saison des pluies — mais nous la savourons quand même, malgré quelques iens-iens (mouches piquantes) qui nous embêtent un peu au coucher du soleil !

    Nous remercions nos hôtes et rentrons au bateau. Ce soir, encore du thon au menu : un régal. Demain, nous mettons le cap sur Cayo Zaza. Repos des guerriers. 💙
    Les mer

  • J136, Un paradis de mangrove

    11. januar, Cuba ⋅ ☀️ 25 °C

    Partis aux aurores, nous faisons une très belle navigation, le vent au travers, toutes voiles dehors. Nous découvrons Capo Fuera Zaza, un petit paradis.

    Un archipel de mangroves dont les seuls résidents sont les animaux. À notre arrivée, nous observons les pélicans exécutant leurs plus belles pirouettes pour pêcher, les aigrettes blanches, les hérons perchés sur leurs grandes pattes, les cormorans faisant sécher leurs ailes…

    Nous avançons le bateau jusqu’à nous positionner entre les deux îlots principaux, bien à l’abri. Nous rangeons les voiles, coupons le moteur et puis… un silence incroyable, uniquement ponctué par les cris des oiseaux.

    L’eau est claire et nous devons être vigilants en approchant des faibles profondeurs. Jusqu’à la fin des Jardins de la Reine, les hauts-fonds sont nombreux et la profondeur peu importante.

    Une fois arrivés, nous nous préparons un petit brunch post-navigation avant de profiter du mouillage : lecture pour moi et tri du matériel de pêche pour Malo. Nous refaisons son pansement ; il y a encore un très léger saignement, mais c’est déjà beaucoup mieux.

    Nous organisons ensuite un atelier résine afin de consolider les coquillages ramassés la veille. Nous espérons ainsi pouvoir les rapporter sans casse. Ils sont superbes.

    Lorsque le soleil est un peu moins haut, nous montons dans l’annexe pour explorer la zone. La mangrove est immense. Nous observons un secteur où toute la première ligne d’arbres est morte. Nous imaginons qu’un cyclone a dû ravager cette partie. Pourtant, la nature reprend rapidement ses droits : les racines aériennes des palétuviers descendent de leurs branches pour disséminer de nouveaux individus.

    Un peu plus loin, nous entendons un grognement grave : ce sont des cormorans dans leurs nids, deux adultes avec leurs deux oisillons. Nous éteignons le moteur et nous approchons à la rame pour les observer.

    Les pélicans volent en brigade avant de plonger tête la première pour tenter d’attraper un poisson ; de gros barracudas se faufilent devant l’annexe ; les mouettes piaillent sur une branche sèche ; un héron lance son cri rauque ; nous croisons des cassiopées (méduses de mangrove) et même un jeune requin nourrice, camouflé dans les herbiers. Nous sommes admiratifs devant cette faune et cette flore exceptionnelles.

    Nous rentrons tranquillement à bord, où Malo fait décoller le drone (que nous avions discrètement retiré de son sac scellé !). Vu d’en haut, l’eau et les zones boisées sont tout aussi magnifiques.

    Le coucher de soleil ne tarde pas : un disque doré plonge dans l’horizon dégagé, embrasant le ciel de couleurs flamboyantes. Seuls au monde.

    Ce soir, c’est séance cinéma en plein air. Nous tendons un drap blanc dans le carré extérieur, fixé sur le support du bimini, et projetons un film avec le vidéoprojecteur. Nous revisitons un classique : *Un Indien dans la ville*.
    Pour l’occasion, Malo nous prépare de belles papillotes de poisson aux légumes, et je fais des cookies.

    À la fin du film, le vent se lève légèrement. Nous pensions dormir à la belle étoile, mais la rosée du matin et la petite brise auront raison de nous. Demain, nous reprenons la mer vers Cayo Breton !
    Les mer

  • J137, Cap vers les bretons !

    12. januar, Cuba ⋅ ⛅ 26 °C

    Nous levons l’ancre à 7 h de notre superbe mouillage dans la mangrove. Aujourd’hui, cap sur Cap Breton et, comme par hasard, après cinq minutes de navigation… il pleut ! Le ciel devient gris, un gros grain nous tombe dessus. Nous prenons deux ris dans la grand-voile, tout comme dans le génois. Je barre la première partie de la navigation afin de maintenir le cap. Trempée, je prends un peu froid et file me glisser sous les couvertures pour me réchauffer. Malo met le pilote automatique et nous prenons un cap au large ; le bateau ballotte. À l’intérieur, les affaires se balancent au rythme de la houle.

    En quatre heures, nous parcourons les 22 milles à la voile pour atteindre ce mouillage, encore une fois seuls au monde ! Nous découvrons une nouvelle grande étendue de mangrove, sous un ciel encore un peu gris, mais les lueurs du soleil commencent à percer et apportent une chaleur réconfortante.

    Après une baignade pour moi (Malo est malheureusement privé d’eau pour les prochains jours… vilaine murène !), nous ne tardons pas à monter dans l’annexe pour aller explorer les environs. Nous observons à nouveau une partie de la mangrove morte : les premières lignes d’arbres ont essuyé de violentes tempêtes. La protection qu’offre une mangrove sur un littoral n’est plus à démontrer quand on voit comment ces arbres ont protégé ceux situés derrière.

    Nous observons de nombreux pélicans volant en escadrille, un requin pointe noire qui se faufile devant nous et une raie blanche aux bordures noires, camouflée tant bien que mal dans les quelques centimètres d’eau qui nous séparent d’elle.

    Un phare métallique est installé sur l’un des îlots. Nous nous en approchons pour l’observer. À l’un de ses étages, nous apercevons un gros nid occupé par deux rapaces à tête blanche. Les buses nous surveillent en poussant des cris : promis, on ne vous dérange pas, on repart !

    De retour de cette jolie exploration, nous relevons l’ancre pour aller passer la nuit dix milles plus loin, à Cayo Alcatracito. Nous souhaitons continuer d’avancer afin d’atteindre demain Cayo Cuervo, où nous devrions retrouver Noémie et Jules.

    Nous quittons Cap Breton. Du reggae sort des enceintes, un soleil doux réchauffe nos peaux salées, la mer est bleue. On entend le cliquetis des pinces à linge sur l’étendoir et le pauvre romarin, accroché à bâbord dans sa jardinière, prend les embruns mais résiste malgré tout.

    Nous passons entre les récifs : il n’y a que deux mètres sous le bateau, il faut rester vigilants et bien suivre les cartes. Le vent souffle correctement. La grand-voile est arrisée, tout comme le génois. Malgré cela, la houle est très faible : le récif et la mangrove nous protègent efficacement.

    Nous arrivons en fin de journée au mouillage. Nous sommes contraints de mouiller assez loin de la plage, les fonds remontant plus rapidement que ne l’indiquent les cartes. Nous préparons le dîner. Le vent soufflera cette nuit, mais comme les soirs précédents, un superbe ciel étoilé s’offre à nous.
    Les mer